Bloc-notes de Jean-Michel Salaün

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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Mot-clé - 121. AU COMMENCEMENT - LA BIBLIOTHEQUE ; La valeur créée ; Le retour sur investissement

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lundi 07 mars 2011

Bibliothèques publiques et développement local

Sans doute on aurait du mal à trouver l'équivalent dans le monde francophone où l'articulation de la culture avec l'économie est souvent considérée comme un blasphème. Et pourtant..

Un rapport américain, intitulé Making Cities Stronger: Public Library Contributions to Local Economic Development (ici), publié en 2007 apporte un éclairage intéressant sur la contribution des bibliothèques publiques des villes américaines au développement local. Il souligne quatre apports essentiels :

  1. Les services de lecture pour les jeunes qui sont le premier maillon d’une chaîne d’investissements indispensables pour construire une force de travail éduquée qui assurera une compétitivité locale dans l’industrie de la connaissance.
  2. Les ressources sur l’emploi et les carrières préparent les travailleurs aux nouvelles technologies. Grâce à leurs ordinateurs en accès libre, les bibliothèques sont le premier point d’entrée aux nouvelles technologies pour nombre d’usagers. Maintenant que la recherche d’emploi se fait en ligne, les bibliothèques se sont organisées, souvent en collaboration avec les agences locales, pour fournir des formations aux nouvelles technologies.
  3. Des ressources et des programmes pour les petites entreprises pour abaisser les barrières à l’entrée sur les marchés. Une des plus grandes difficultés classiques des petites entreprises est l’accès courant et clair aux données sur les produits, les fournisseurs et le financement. Les bibliothèques sont un point d’entrée permanent pour ces bases de données maintenant en ligne.
  4. Les bibliothèques, comme lieu, servent de catalyse pour le développement local. Par leur fréquentation importante, les bibliothèques animent des zones de chalandise.

Le rapport conclut (trad JMS) que les bibliothèques publiques sont bien placées pour alimenter non seulement la nouvelle, mais aussi la prochaine économie par leur rôle dans la construction des compétences technologiques, l’activité entrepreneuriale et leurs lieux vivants et accueillants. La combinaison entre un rôle plus important dans les stratégies de développement économique et leur omniprésence – 16.000 antennes dans plus de 9.000 systèmes – fait des bibliothèques publiques des outils stables et puissants pour les villes qui cherchent à construire une économie solide et résistante. (p.3)

Pour avancer dans ces directions le rapport propose aussi des outils d'analyse stratégique.

mardi 12 août 2008

«Relié au monde» B. Obama

Barak Obama avait fait le discours d'ouverture de l'American Library Association le 23 août 2005 dans sa ville de Chicago. Sans doute il jouait sur du velours avec un public conquis d'avance qui fut aux premières lignes du combat contre le Patriot Act, sans doute il n'a pas hésité à jouer la corde sensible de la famille et des enfants.. mais tout de même imagine-t-on S. Harper, premier ministre du Canada, ou Jean Charest, premier ministre du Québec, ou le président français Nicolas Sarkozy prononcer ces paroles, quand ils étaient députés ? La réponse est dans la question et tient au moins autant à l'engagement politique des uns et des autres qu'à la différence de position des bibliothèques dans la société américaine :

Plus qu‘un bâtiment qui renferme des livres et des données, la bibliothèque représente une fenêtre ouverte sur un monde plus grand, c‘est l‘endroit où nous découvrons toujours les grandes idées et les profonds concepts qui aident l‘histoire américaine et l‘histoire humaine à aller de l‘avant. C‘est la raison pour laquelle, depuis l ‘antiquité, ceux qui veulent le pouvoir afin de contrôler l ‘esprit s ‘en prennent aux bibliothèques et aux livres. ()

Il n‘est pas inutile de le rappeler à une époque où la vérité et la science sont constamment menacées par les programmes politiques et les idéologies, une époque où le langage est utilisé non pour éclairer mais bien plutôt pour obscurcir, une époque où est rejetée la théorie de l‘évolution, où l‘imposture scientifique est utilisée pour repousser les tentatives de limiter le réchauffement global ou encore celles qui permettent de financer la recherche scientifique et la sauvegarde de la nature. A une époque où la censure réapparaît, les bibliothèques nous rappellent que la vérité n‘appartient pas à ceux qui crient le plus fort mais à ceux qui disposent d ‘une information exacte. ()

Notre liberté repose sur notre capacité à accéder à la vérité. ()

Au moment où nous persuadons un enfant, n‘importe quel enfant, à franchir le seuil, le seuil magique d ‘une bibliothèque, nous changeons sa vie pour toujours, pour le meilleur. ()

Je veux travailler à vos côtés et vous garantir que les bibliothèques continueront d‘être des sanctuaires de la connaissance, où chacun est libre de lire ce qu‘il veut et d‘étudier ce qui lui plaît sans craindre que Big Brother ne regarde par dessus notre épaule pour épier ce que nous pourrions faire de mal. ()

Quand des groupes de pression ont essayé de censurer de grandes œuvres de la littérature, vous étiez ceux qui mettaient sur les rayonnages « Huckleberry Finn » et « l’Attrape-coeurs ». ()

Vous êtes les défenseurs à plein-temps des libertés les plus fondamentales que nous possédons. Pour cela, vous méritez notre reconnaissance. ()

Il y a seulement quelques dizaines d ‘années il était possible d‘entrer dans la vie active à condition d‘être optimiste, d‘avoir une bonne condition physique et d‘avoir envie de travailler. Et cela n‘avait pas d‘importance si vous aviez décroché du lycée (« high school dropout ») , vous pouviez être embauché à l‘usine ou dans une exploitation agricole et trouver un emploi qui vous permettait de gagner votre vie et d ‘élever une famille. Cette économie a disparu. Elle ne reviendra pas. Dès lors que la révolution dans la technologie et les télécommunications a commencé à briser les barrières entre les Etats et à connecter les gens à travers le monde, de nouveaux emplois, de nouvelles industries nécessitant davantage de savoir-faire et de connaissance ont pris le pas et dominent aujourd‘hui l ‘économie. ()

Mais avant que nos enfants simplement sachent répondre à une annonce, se rendre à une entretien de recrutement pour l‘un de ces nouveaux emplois, avant même qu‘ils puissent remplir un dossier de candidature ou obtenir le diplôme professionnel exigé, ils seront dans l‘obligation de choisir un livre, de lire ce livre et de le comprendre. ()

Dans une économie de la connaissance où ce type de compétence est nécessaire pour survivre, comment se débrouilleront nos enfants s‘ils ont un niveau de CM1 (« Fourth Grade ») ? Comment allons-nous faire ? Je ne sais pas. A l‘heure où je vous parle, 1 adulte sur 5 vivant aux Etats-Unis est incapable de lire à voix haute un conte à un enfant. Durant ces 20 dernières années, 10 millions d‘Américains ont atteint la terminale (« 12th grade ») sans avoir acquis un niveau de lecture élémentaire. Ces problèmes de maîtrise de la langue (« literacy ») commencent bien avant le lycée. En 2000, seulement 32 % des enfants en CM1 ont été jugés compétents en lecture (« reading-proficient »). ()

Cela n ‘a pas de sens de voir certains lycéens de Chicago quitter le lycée à 13h30 parce qu‘il n ‘y a pas assez d ‘argent pour organiser des cours l ‘après-midi. ()

Il y a beaucoup à faire pour améliorer nos écoles et réformer nos méthodes éducatives mais ce ne sont pas quelques experts à Washington qui règleront seuls ce problème. Nous devons commencer à la maison. Nous devons commencer avec les parents. Et nous devons commencer dans les bibliothèques. Nous savons que les enfants qui sont au jardin d‘enfants prennent conscience du langage et de l ‘apprentissage du son des lettres (« basic letter sounds ») et que, par conséquent, ils deviendront de meilleurs lecteurs et rencontreront moins de problèmes plus tard. Nous savons que si les enfants ont à leur disposition chez eux des matériaux pédagogiques, ils obtiendront de meilleurs résultats quand ils passeront des tests d'évaluation. ()

Nous devons mettre des livres entre les mains de nos enfants, tôt et souvent.(..)

Instiller l ‘amour de la lecture chez nos enfants, c‘est leur donner la chance de réaliser leurs rêves. C ‘est ce que chacun de vous fait tous les jours, et pour cela, vous avez ma gratitude.

Extraits de la traduction proposée par Jacques Faule et postée sur Biblio-fr (ici), reproduits avec sa permission. Le discours complet en anglais a été publié dans le numéro d'août 2005 d'American Libraries, le journal de l'ALA ()

lundi 31 décembre 2007

Le rôle social des bibliothèques en Amérique du nord

Le Monde (ici) vient de relayer une dépèche de Reuters annonçant la publication d'un nouveau rapport du Pew Internet & American Life Project. L'article insiste sur la fréquentation des bibliothèques par les jeunes adultes américains de 18-35 ans, mais ce n'est pas l'objet premier de l'étude et son interprétation risque d'être mal comprise en France si on ne remet pas les résultats dans leur contexte.

On trouvera ici l'ensemble de l'étude :

Estabrook Leigh, Witt Evans, Rainie Lee, Information Searches That Solve Problems, How people use the internet, libraries, and government agencies when they need help, Pew Internet & American Life Project, 30 déc 2007, 40p. Résumé (Html), Rapport (Pdf)

Un objectif de l'étude était de savoir si les bibliothèques avaient perdu pour les nouvelles générations leur rôle de ressources pour résoudre les problèmes de la vie quotidienne au profit d'Internet. Les résultats montrent qu'il n'en est rien, bien au contraire et de façon paradoxale, pour la génération Y (18-35 ans), mais en partie à cause de la possibilité de consultation libre de l'internet dans les bibliothèques.

Sans doute ces résultats sont importants et méritent lecture. Ils montrent la robustesse du positionnement des bibliothèques publiques américaines, ils confirment aussi la place primordiale de l'internet dans la fonction renseignement.

Mais ils sont difficilement transposables dans un contexte différent, sauf pour s'en inspirer. Le rôle social des bibliothèques est beaucoup plus accentué de ce côté-ci de l'Atlantique qu'en France. Il est naturel de venir s'y renseigner pour des difficultés de toutes sortes, c'est aussi un lieu de rencontre entre voisins.

vendredi 23 novembre 2007

Récolte de fonds et bibliothèques

Suite à une question posée dans un commentaire récent de Damien Belvèze sur un ancien billet, voici quelques précisions sur le fonctionnement de la récolte de fonds dans les bibliothèques universitaires de Montréal. J'ai recopié simplement des extraits d'un article sur le sujet, grâce à la complicité de son auteur.

Guisset M., Canada : L'argent privé des BU, Livres Hebdo N 688 du 4 mai 2007.

Les dons se montent à environ 7 millions de dollars canadiens (4,6 millions d’euros) pour la bibliothèque de McGill, contre 350000 dollars côté université de MontréaL Ils représentent 22 % du budget de fonctionnement des bibliothèques et permettent en outre l’achat de livres ou de matériel informatique. Le poste de la directrice lui-même est financé par un legs d’une ancienne bibliothécaire, complété par la famille afin de fonder la première chaire dotée du Canada à l’intention d’une bibliothèque universitaire. Une partie des fonds récoltés est placée: entre 22 et 23 millions de dollars (14 à 15 millions d’euros) pour les bibliothèques de l’université McGill, autour d’un million (650000 euros) pour celles de l’université de Montréal. (..)

L’université McGill collecte des fonds auprès d’un réseau mondial de 174000 anciens diplômés, mais aussi auprès des parents des diplômés et également auprès des étudiants. « Tous les étudiants ont accepté de verser 5 à 6 dollars en plus de leurs frais d’inscription, affirme Janine Schmidt, directrice des bibliothèques. Ils sont très impliqués et décident de l’affectation de cet argent. Nous avons de la chance, car ces trois dernières années, ils ont favorisé les bibliothèques.»

Note JMS : l'argent des étudiants a notamment été affecté à l'ouverture de nuit de la bibliothèque pendant les périodes d'examen. Comme des étudiants sont recrutés pour cette tâche, c'est du win-win, comme on dit à McGill.

De juin 2005 à mai 2006, 3800 personnes ont fait des dons pour les bibliothèques de McGill, 1700 pour celles de l’université de Montréal. Les dons sont de toutes sortes: espèces, valeurs mobilières, titres, obligations, police d’assurance-vie, legs testamentaires... Paradoxalement, ce sont les dons en nature — livres, collections, documents divers — qui sont les plus problématiques car ils présentent souvent peu d’intérêt pour les collections existantes et leur évaluation a un coût.

La collecte de dons, pratique typiquement nord-américaine, peut s’analyser comme une orientation volontaire des subventions publiques par le donateur privé. Son don lui procure, en effet, un avantage fiscal d’environ 50% du montant. Parfois, si le don est habilement planifié, l’avantage peut être bien supérieur. Compte tenu de l’évolution démographique et des richesses accumulées par les jeunes retraités, les années à venir pourraient accentuer la tendance.

Documentation Université McGill

J'ajoute que la tradition de récolte de fonds est nord-américaine anglophone, très ancrée dans l'esprit américain et initiée par l'appel à la philanthopie d'Andrew Carnegie qui a financé plus de 2500 bibliothèques dans le monde au début du XXème siècle. À ma connaissance on ne trouve pas son équivalent au même volume ailleurs. Celle-ci est bien expliquée dans le livre :

Martel Frédéric, De la culture en Amérique, Gallimard 2006, 614p.

samedi 01 avril 2006

Livre, mots-clés

Les mots-clés renvoient aux billets du blogue correspondant aux différents chapitres, parties et sous-parties du livre.