Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Mot-clé - 122. AU COMMENCEMENT - LA BIBLIOTHEQUE ; La valeur créée ; La valeur ajoutée

Fil des billets

lundi 10 décembre 2012

Economie de la bibliothèque (COOPT-Enssib-3)

Après avoir repéré et assimilé les particularités économiques du document et avoir compris la logique de la mise en place de modèles économiques pérennes pour le document publié, la troisième séance du cours sur l'écologie du document sera consacrée à l'économie de la bibliothèque, logique puisque je m'adresse prioritairement à des étudiantes de l'Enssib. Elle s'articulera en deux moments : une présentation générale et une étude de cas.

Ci-dessous, on trouvera les éléments de la présentation générale qui propose deux points de vue opposés. Le premier prétend qu'il est quasi-impossible de mesurer la valeur économique d'une bibliothèque, tandis que le second présente, au contraire, quelques études qui cherchent à calculer leur "retour sur investissement".

L'étude de cas sera pour un autre billet.

L'incommensurable économie des bibliothèques

L'économie de la bibliothèque a été pendant longtemps la grande oubliée des économistes de la culture. J'ai essayé de faire le point dans le texte ci-dessous (certaines parties de ce texte ont été reprises dans le premier chapitre du livre Vu, lu, su). Comme pour les sept piliers de l'économie du document de la première séance, je vous suggère de l'annoter afin que nous avancions collectivement sur cette question.

La mesure du retour sur investissement

Récemment des études, issues du monde anglophone, ont cherché à calculer le retour sur investissement des bibliothèques. Ces études, souvent méconnues dans la francophonie, posent de bonnes questions, même si les réponses proposées ont des limites. Elles méritent d'être prises en compte et aussi d'être discutées. Là encore, les commentaires sont donc ouverts.

Pour aller plus loin, on peut suivre les références proposées en bibliographie dans les deux articles. Pour une relation avec des exemples pris dans l'actualité, cliquer sur les mots clés en haut de ce billet.

lundi 30 juillet 2012

L'impact économique d'un centre de données publiques

Il est toujours délicat de mesurer la valeur économique des services documentaires, même si les études se sont multipliées ces dernières années utilisant les avancées dans l'analyse économique. Deux rapports récents sur l'impact économique des centres de données fournissent un éclairage révélateur, en utilisant des méthodes comparables :

Houghton, John. Costs and Benefits of Data Provision. Melbourne, Australie: Centre for Strategic Economic Studies Victoria University, septembre 2011. Pdf

Beagrie, Charles et Houghton, John (The Centre for Strategic Economic Studies, CSES). Economic Impact Evaluation of the Economic and Social Data Service. Royaume-Uni: Economic and Social Research Council, mars 2012. Pdf.

Le premier rapport s'intéresse à la valeur économique des centres de données publiques en Australie, plus précisément à la mesure du gain économique de la mise en accès libre des données publiques (Public Sector Information, PSI). Le raisonnement de l'étude est résumé par cette équation :

Houghton-Melbourne-2011.jpg

Je n'ai pas vraiment eu encore le temps d'en dégager les grandes lignes. Le second rapport m'a paru plus précis, fouillé et opérationnel. Il s'intéresse à la valeur d'un centre de données britannique, The Economic and Social Data Service (ESDS). Voici quelques extraits traduits du résumé :

Notre analyse économique additionne une série d'approches, partant des mesures les plus immédiates et directes de valeur, qui représentent probablement les estimations les plus faibles de la valeur des données et des services d'ESDS, pour aller vers l'extérieur afin d'estimer les avantages économiques plus larges. Cela comprend :

  • La valeur de l'investissement et de l'usage - les dépenses en temps et argent pour produire et obtenir les données et services d'ESDS, ce qui représente la valeur minimale d'ESDS.
  • La valeur contingente - le montant que les utilisateurs accepteraient de payer pour accéder aux données et services d'ESDS (propension à payer) et/ou le montant qu'il faudrait leur donner pour qu'ils renoncent à ces services (propension à accepter), ce qui représente la valeur d'ESDS pour les utilisateurs.
  • Le surplus du consommateur (ou rente du consommateur) - le total de la propension à payer moins le coût pour obtenir le service, soit le bénéfice qui découle de l'utilisation d'ESDS.
  • La valeur économique nette - le bénéfice découlant pour l'utilisateur moins le coût pour fournir les données et services d'ESDS.
  • La performance ou les gains d'efficacité - estimation des gains en efficacité de la recherche et de l'enseignement réalisés par les utilisateurs d'ESDS, qui représentent l'impact d'ESDS sur la communauté d'utilisateurs.
  • L'augmentation du retour sur investissement pour la création de données et les infrastructures - estimation de l'augmentation potentielle des retours sur investissements provenant des usages additionnels facilités par ESDS, qui indique l'impact d'ESDS sur les bailleurs de fonds, les créateurs et donneurs de données et les communautés d'utilisateurs.

Les données pour l'analyses proviennent de recherches d'information, d'entretiens et de deux enquêtes en ligne. Le résultat est résumé par ce tableau (j'ai converti les £ en € au taux du 1er janvier 2012) :

Valeur et impact de l'infrastructure de données de recherche ESDS

Le rapport propose par ailleurs de repérer les avantages résultant d'ESDS à partir des entrées suivantes sans pour autant les chiffrer. Il utilise pour cela un outil baptisé KRDS Benefits Framework, pour Keeping Research Data Safe proposé par Ch. Beagrie et schématisé ainsi :

ESDS-5-2012.jpg

ESDS-2-2012.jpg ESDS-3-2012.jpg ESDS-4-2012.jpg

Même si ces rapports montrent que la réflexion sur l'évaluation des collections avance maintenant rapidement, ces méthodes restent délicates dans leur application. Il est en effet toujours difficile de quantifier les résultats des services publics et les chiffres fournis, par exemple, pour la valeur contingente restent fragiles. Néanmoins les étapes qui séparent la valeur créée pour les usagers, celle, plus globale, qui concerne l'objectif de la collectivité desservie, et enfin l'impact sur la société dans son ensemble me paraissent aller dans le bon sens (voir ici).

lundi 14 février 2011

L'impact des bibliothèques en temps de crise et de numérique

OCLC a publié un nouveau rapport sur la perception des bibliothèques qui actualise les résultats de 2005 (ici). Il est bourré d'informations, de chiffres et graphiques sur les avis et attitudes des Américains face à leur bibliothèque. La partie la plus intéressante à mon avis est l'analyse fine des perceptions des populations les plus touchées par la crise économique qui baissent leurs dépenses culturelles, mais augmentent leur fréquentation de la bibliothèque, à la fois pour leurs loisirs et pour les informations sociales qui y sont accessibles, notamment par l'accès libre à l'internet.

Voici quelques uns des résultats les plus significatifs :

  • La principale raison de l'augmentation de l'usage de la bibliothèque en 2010 est de faire des économies. Les dépenses de livres, CDs et DVDs ont baissé pour 76% de ceux pour lesquels la récession a eu un impact négatif sur le travail. La bibliothèque comble le fossé. 1/3 de cette population utilise plus la bibliothèque et 75% de ceux-là disent qu'ils empruntent maintenant des livres ou des CD plutôt que d'en acheter.
  • Les moteurs tiennent toujours le haut du pavé pour la recherche d'information. Mais les taux de satisfaction baissent pour tous les services de recherche en ligne. Le succès des moteurs ne tient pas seulement à leur rapidité mais aussi à leur fiabilité à fournir une information utile, crédible et gratuite.
  • Les réseaux sociaux concernent tous les âges.
  • Rester connecté est une priorité. Les consommateurs paient pour cela.
  • Les consommateurs d'information ont confiance dans leur capacité à trouver l'information. S'ils doutent, ils font d'autres recherches.
  • l'utilisation des services de questions à un expert a fort augmenté de 15% en 2005 à 43% en 2010. Mais les services de questions à un bibliothécaire (ask-a-librarian) n'ont pas décollé.
  • Le « livre » est plus que jamais l'image de marque de la bibliothèque. 69% le mettait en premier en 2005, 75% en 2010.
  • Pour les plus jeunes (14-17) la bibliothèque est d'abord un lieu pour lire, pour tous les autres c'est d'abord un lieu pour avoir des livres, de la vidéo et de la musique.
  • La préoccupation principale en 2005 était que les bibliothèques ajoutent du contenu, en 2010, c'est : ouvrez plus longtemps.
  • Moins de personnes recherchent de l'aide (68% en 2005, 51% en 2010).
  • La bibliothèque en ligne ne s'est pas substituée à la bibliothèque physique. Les usages de la bibliothèques ont fortement augmenté en 2010, pas les consultations des sites web de bibliothèques.
  • Seuls 17% des usagers pensent que les bibliothécaires font de la publicité pour leurs services.
  • Les usagers sont conscient de la valeur ajoutée par les bibliothécaires.

De quoi méditer, mais pas vraiment de quoi être pessimiste.

jeudi 13 mai 2010

«La pierre angulaire de la ville de savoir»

La ville de Montréal vient de publier un document-manifeste d'une trentaine de pages sur la Bibliothèque du XXIème siècle. C'est un document étonnant, constat, projet et même rêve, dans sa formulation à la fois analytique, précise, prospective et lyrique qui positionne la bibliothèque publique au centre des enjeux éducatifs, culturels et sociaux de la ville de demain.

Clairement Montréal, après avoir fêté les 5 ans de la très grande bibliothèque (ici), aime ses bibliothèques et a pris la mesure de leur impact sur le développement urbain. Ci-dessous la page de conclusion.

Bib-XXI-Montreal.jpg

L'étude sera présentée à la Commission permanente sur le développement culturel et la qualité du milieu de vie en séance publique le 3 juin à 19h à l'Hotel de ville ().

L'EBSI participe à cet élan, des nouvelles prochainement à ce sujet.

jeudi 29 avril 2010

Économie de la conservation numérique

Le Blue Ribbon Task Force on Sustainable Digital Preservation and Access (que l'on peut traduire par le groupe de travail sur les politiques publiques de conservation et d'accès numérique), lancé il y a deux et demi par la NSF et la fondation Mellon (en collaboration avec la Bibliothèque du Congrès, JISC, le CLIR et les Archives nationales US) vient de publier son rapport final :

Blue Ribbon Task Force Final Report, Sustainable Economics for a Digital Planet: Ensuring Long-Term Access to Digital Information, February 2010. ici Le site propose aussi une bibliographie sur le sujet.

Le rapport n'aborde pas la technologie, mais les politiques et surtout pour le thème de ce blogue l'économie du processus. Il s'agit plus d'une étude théorique, un cadre de réflexion, que d'une analyse de terrain et on peut regretter l'absence de données empiriques qui auraient donné du corps et du poids aux arguments. Néanmoins les réflexions de cette nature sont rares et donc précieuses.

Pour ce billet, j'ai retenu les quatre caractéristiques économiques de la conservation numérique (en italique, ce sont des citations du rapport, Ch2 p.24-30 trad JMS) :

1. La demande pour une conservation numérique est une demande dérivée

Autrement dit, la demande n'est pas directe, on ne conserve pas pour conserver, mais pour donner accès à l'avenir à des informations numériques. Cette caractéristique n'est pas très originale, ni propre au numérique. C'est le cas de nombreux biens et services en économie, en réalité toutes les matières premières ou encore les biens intermédiaires. Mais elle a des conséquences, notamment que le marché n'est pas toujours capable de réguler cette activité :

Parce que la conservation est une demande dérivée, la décision de conserver viendra en définitive de la valeur perçue associée au matériel numérique dans le temps.

2. Les matériaux numériques sont des biens durables dépréciables

Un bien durable dépréciable est quelque chose qui dure longtemps en produisant de la valeur continuellement, mais la qualité et la quantité de cette production peut décliner si des actions ne sont pas engagées pour maintenir la viabilité ou la productivité du bien. (..)

Parce que le matériel numérique est un bien durable dépréciable, on doit faire continuellement des investissements pour leur maintenance si l'on peut soutenir leur possibilité de créer de la valeur dans le temps.

3. Les biens numériques sont des biens non-rivaux et autorisent les passagers clandestins

Cette caractéristique est bien connue des économistes de l'information.

Les biens numériques sont des biens non-rivaux, car il suffit qu'un acteur conserve un bien, il l'est pour toute intention ou objectifs conserver pour tous. Dans ces circonstances, l'incitation pour un seul acteur à assumer les coûts de la conservation est affaiblie, puisque les autres pourront profiter gratuitement des bénéfices.

4. La conservation numérique est un processus dynamique qui dépend du chemin suivi

Cette caractéristique est la plus originale et la plus spécifique au numérique et donc la plus intéressante. Dans l'analogique, le processus de conservation venait en fin du cycle de vie du bien, c'est à dire à la dernière étape du circuit classique de création-production-diffusion. Dans le numérique, chaque étape peut influer sur le processus de conservation et celui-ci implique des décisions à chaque stade.

Le fait que les décisions de conservation dépendent du chemin suivi signifie que les décisions peuvent influer à chaque moment les conditions futures et déterminer l'éventail des choix futurs.

Malgré l'intérêt de cette réflexion, il me semble qu'il lui manque le plus important, c'est à dire une interrogation sur la nature économique de la valeur de la conservation. Les propos sur cette question (p.20) auraient pu être plus approfondis, notamment en faisant référence par exemple à l'économie de l'assurance.

Le chapitre suivant présente la répartition des responsabilités et des rôles en soulevant les enjeux qui se posent à chaque étape.

L'ensemble est illustré sur quatre domaines d'application (ch4) : le discours scientifique, les données de la recherche, le contenu culturel commercial et le contenu produit collectivement sur le Web. L'intérêt du rapport est de fournir un cadre d'analyse et de réflexion.

- page 1 de 2