Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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Mot-clé - 32. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES ; Le document au XXIe siècle

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mardi 06 novembre 2012

La redocumentarisation en 50 diapos

Beaucoup à dire sur ce diaporama de Mary Meeker de mai dernier, mais ce sera pour le cours. Pour ce billet, je retiens déjà une merveilleuse illustration de la redocumentarisation (baptisée de façon imprécise par l'auteur re-Imagination) sur 50 diapositives. La première et la dernière :

Mary-Meeker-1.jpgMary-Meeker-2.jpg

En passant, entre autres, par :

Mary-Meeker-4.jpg Mary-Meeker-5.jpg

L'ensemble est là (diapos 33 à 84) :

KPCB Internet Trends 2012

mercredi 27 avril 2011

Tendances mobiles

La tendance est connue, mais ce schéma a l'avantage d'être très clair et de venir d'une institution légitime, l'Union Internationale des Télécommunications :

ITU-Trends-2010-11.jpg

Il est tiré du résumé du rapport annuel Trends in Telecommunication Reform (Pdf).

On y repère l'extraordinaire succès du téléphone cellulaire ou mobile, dont le nombre d'abonnements atteint l'équivalent de 8 pour 10 habitants de la planète. Cela ne signifie pas que 8 habitants sur 10 disposent d'un téléphone mobile, nombre d'entre eux, et notamment les actifs, ayant plusieurs abonnements, mais cela représente bel et bien un changement radical de la téléphonie, aussi bien dans sa couverture que dans ses pratiques. On peut repérer aussi qu'en 2008 les appareils mobiles sont passés devant les appareils fixes pour la connexion sur internet. Les appareils mobiles ne concernent évidemment pas que les téléphones 3G, mais aussi les portables, tablettes etc. qui sont directement reliés au réseau sans passer par une ligne fixe. Là encore, il s'agit d'un changement important qui accentue l'individualité dans la pratique de l'internet. Enfin, dernière leçon : la croissance de la téléphonie est bien supérieure à celle de l'internet, d'autant que l'internet supporte aussi des services de téléphonie.

jeudi 13 mai 2010

(Dés)ordre documentaire et (dés)ordre social

Francis Epelboin relate comment en Tunisie certains groupes islamistes arrivent à faire fermer des comptes Facebook à leurs yeux impies, simplement en utilisant les fonctionnalités automatiques du réseau (ici). L'histoire est édifiante et mérite d'être lue et méditée. Il est probable que la Tunisie ne soit ici que la partie émergée d'un iceberg de manipulations variées. Sans revenir sur les aspects éthiques, politiques et sociaux évidemment fondamentaux de cette histoire, je voudrais réfléchir tout haut et sans prétention ici à sa dimension documentaire.

Reprenant une métaphore habituelle sur le net l'auteur démarre ainsi son billet : Si Facebook était un pays, il serait l’un des plus peu­plés de la pla­nète, mais il serait égale­ment aux prises avec une guerre civile qui prend des pro­por­tions inquié­tantes. Cette métaphore est séduisante mais trompeuse. Elle fait comme si nous existions sur le web comme dans la vie ordinaire. Il y a pourtant une différence de taille : certes nous existons bien sur le web, mais notre existence y est documentaire (ici).

C'est une évidence que l'on a tendance à oublier ces derniers temps. L'ordre documentaire et l'ordre social sont sans doute le reflet l'un de l'autre, mais il s'agit d'un reflet sérieusement déformé : le monde du document est soumis à des contraintes sensiblement différentes de celles du monde matériel, notamment celles de ses trois dimensions (par ex ici).

En schématisant de façon outrancière, l'ordre ancien, celui de la documentarisation que nous quittons progressivement, s'appuyait d'abord sur la forme du document qui était un objet que l'on pouvait repérer et que l'on s'échangeait. Aujourd'hui la bataille qui se mène sous nos yeux est celle de la reconstitution d'un ordre documentaire, par une redocumentarisation, sans nul doute radicalement différent du précédent, mais qu'il ne faudra pas confondre non plus avec l'ordre social dont il n'est qu'une des composantes, on pourrait dire sa mémoire externe. ()

Google, en se positionnant sur la dimension texte pour capter l'attention par la recherche, a déjà fait basculer cet ordre par son activité de «lecture industrielle» pour reprendre l'expression d'A. Giffard (). Mais si la capacité de chercher transversalement dans l'ensemble des textes réduit leur hiérarchisation et peut remettre en cause une «doxa», voir par exemple la polémique entre l'État chinois et Google ou plus prosaïquement son interprétation à géométrie variable du copyright, l'ordre social n'est touché qu'indirectement.

Facebook, en voulant utiliser sa maîtrise du graphe social comme un avantage concurrentiel décisif pour valoriser la vente d'attention, polarise l'ordre documentaire sur sa troisième dimension, le medium. Il radicalise alors l'homologie individu-document, autrement dit l'ordre documentaire est soumis à celui des individus. Il importe la versatilité et la réactivité des clivages sociaux dans les arcanes des logiques documentaires, qui avaient auparavant recul et inertie. Alors l'ordre documentaire devient celui de la mémoire vive.

mardi 26 janvier 2010

La guerre du Web (nouvel episode : le netEmpire du milieu contre-attaque)

En rédigeant ce billet, j'ai été frappé par la parenté entre l'histoire du Web qui s'écrit sous nos yeux et la saga des Star Wars. Ce n'est évidemment pas un hasard, l'imaginaire des créateurs se nourrit de nos rêves et de nos utopies et vice-versa. On sait ce que la construction de l'internet doit à l'utopie californienne. Je laisse à d'autres plus savants que moi en sémiologie poursuivre cette piste, mais je suis sûr que Larry Page ou Serge Brin se rêvent déjà en Jedi ;-)

Ideogramme.TN__.jpg

Je ne reviens pas sur la discussion en cours. On trouvera sur le site de l'Atelier (ici) une bonne chronique du développement de l'internet en Chine.

La partie qui se joue aujourd'hui entre la Chine et les États-Unis est passionnante et sans doute décisive pour bien des équilibres planétaires : commerciaux, culturels, politiques et peut-être aussi militaires. Pour la comprendre correctement, il faut revenir un peu en arrière :

  • Google et d'autres gros de l'internet ont tenté avec un succès mitigé de s'implanter en Chine. Les raisons sont expliquées ici et .
  • L'État chinois a la volonté de faire évoluer sa société, tout en maintenant un contrôle étroit sur la communication. Il n'y a là rien de nouveau dans son histoire, mais l'internet est pour lui à la fois une formidable opportunité et un danger.
  • La crise financière a changé le rapport de force économique entre les USA et la Chine.

Hubert Guillaud (ici) vient de donner un éclairage intéressant sur le bras de fer qui se joue à présent entre Google-USA et l'État chinois. Il semble que ce dernier serait en passe de réussir son contrôle de l'internet via les DNS rédigées en idéogramme chinois. Dès lors, c'est tout un marché qui risque d'échapper à Google et aussi, au delà du contrôle politique qui agite beaucoup les commentateurs, c'est la mise en place potentielle d'un très puissant outil de protection commerciale via les réseaux sociaux, la publicité contextuelle et les sites de e-commerce.

Il est trop tôt pour proposer une vraie analyse. Mais voici quelques pistes qui montrent l'ampleur des questions posées :

Importance de l'écriture

J'ai déjà eu l'occasion de l'écrire. La vraie muraille de Chine contemporaine, c'est son écriture. L'écriture fait l'unité de la Chine, pourtant partagée en plusieurs langues. Mais elle reste inaccessible pour la quasi-totalité du reste du monde. Il est plus que symbolique que le champ de bataille soit aujourd'hui d'une part les moteurs de recherche dont la compétence est justement le traitement de la langue au travers de son écriture et d'autre part l'écriture des adresses. Il s'agit de la maîtrise de la faculté de nommer les choses et, au sens le plus fort, leur redocumentarisation.

Ainsi, nous assistons à la confrontation de deux mondes ou plutôt de deux humanités. Pour qui connait un peu la Chine, il n'y a pas vraiment de surprise. Reste à espérer que chacun puisse s'enrichir de la différence de l'autre. Mais cette partition est inégale. L'équivalent du mandarin chinois pour le monde occidental est l'écriture anglaise. Celle-là est beaucoup plus accessible et beaucoup plus répandue, y compris en Chine où l'on considère qu'il y a aujourd'hui plus d'étudiants anglophones qu'aux États-Unis mêmes.

Il reste au moins encore une écriture importante dans le monde qui n'utilise pas vraiment, me semble-t-il, l'internet comme outil de développement fort : l'arabe littéraire. Mais elle a trouvé un autre vecteur : le livre et la religion.

Retour des États et bipolarisation

On a eu tort de croire que la messe était dite pour les États et qu'ils ne pourraient plus contrôler un Internet devenu transnational. On reproche à la Chine de vouloir contrôler Internet, mais tous les États, avec leur culture propre, ont toujours cherché à contrôler les médias. Là encore, il est très significatif que ce contrôle passe par celui des moteurs et celui des adresses. C'est exactement comme dans la vie réelle : la circulation et les lieux.

Il est frappant de constater l'absence de l'Europe dans cette bataille. L'Europe est absente aussi bien au niveau industriel (aucun champion sur le Web) qu'au niveau politique (silence radio total pour le moment sur cet épisode). Ainsi il s'agit bien d'une bi-polarisation de chaque coté du Pacifique dont on verra à l'avenir quelle ampleur elle prendra.

Actu du 29 janvier

Voir les points de vue optimistes du président de l'ICANN (ici) et de T. Berners-Lee ().

Actu du 5 février 2010

Pour en rajouter dans le roman d'espionnage :

Piratage : la NSA pourrait venir en aide à Google... mais à quel prix ?, Numerama, 5 février 2010, ici et l'article du Washington Post ,

Actu du 10 mars 2010

Voir aussi cet article d'E. Scherer : Le web chinois, un énorme intranet ? ici

Actu du 13 mars 2010

Il semble que le départ de Google de Chine est imminent ici. Il devrait être suivi par celui d'eBay, une histoire différente mais qu'il faut sans doute aussi analyser comme une réplique sismique, une fois que l'on enlève le vernis politique là.

Actu du 30 avril 2010

Voir aussi ici l'AFP.

jeudi 24 avril 2008

Les paradoxes du Wikipapier

Tout le monde a annoncé la prochaine édition sur papier en Allemagne par Bertelsmann d'une version de Wikipédia et nombreux sont les commentateurs à faire la comparaison avec Quid qui, inversement, vient d'abandonner son tirage papier (p ex ici parmi bien d'autres).

En réalité cette décision est instructive pour les thématiques développées sur ce blogue, mais pas forcément en suivant les propos des commentaires lus ici et là. Voici rapidement trois réflexions en forme de paradoxe :

  • Crédibilité.La reprise par un grand éditeur du travail de l'encyclopédie en ligne, du moins dans sa version allemande, est une victoire des Wikipédiens qui montrent ainsi leur crédibilité reconnue par les vestales de la distribution du savoir traditionnel. Mais inversement, c'est aussi une victoire pour le codex qui montre ainsi qu'il reste le meilleur garant de la stabilité des savoirs.
  • Rémunération du contenu. La comparaison avec le Quid montre sans doute l'efficacité sans pareil du modèle Wikipédien pour construire une encyclopédie. Inversement, elle peut inquiéter sérieusement sur les modalités d'une économie du contenu, puisque contrairement à la première qui rémunère ses auteurs, le principe même de la seconde est le partage bénévole.
  • Coûts de structure. L'annonce de la grande «générosité» de Bertelsmann qui rétrocédera 1% à la fondation Wikimédia des 19,95 Euros du prix de vente peut être interprétée comme un différentiel de capacité de négociation des deux contractants. Elle montre surtout à la fois la très faible importance des coûts de structure de l'encyclopédie en ligne qui n'a besoin que de très peu de moyens pour tourner dans sa forme actuelle (qui de plus ne dispose d'aucune équipe, ni tradition pour négocier) et inversement l'importance de ceux de l'éditeur, qui devra sans doute effectuer un lourd travail éditorial (et dont par ailleurs la négociation est le quotidien).

Actu du même jour

Quelques précisions dans le NYT :

A Slice of German Wikipedia to Be Captured on Paper, NOAM COHEN, New-York Times, April 23, 2008. ici

Complément du 5 septembre 2008

Voir aussi :

Hervé Le Crosnier, “Abondance d'auteurs et concentration des vecteurs ,” davduf|net, juillet 23, 2008, ici.

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