Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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Mot-clé - 321. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES ; Le document au XXIe siècle ; Vu : des sites multiformes

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mardi 06 novembre 2012

La redocumentarisation en 50 diapos

Beaucoup à dire sur ce diaporama de Mary Meeker de mai dernier, mais ce sera pour le cours. Pour ce billet, je retiens déjà une merveilleuse illustration de la redocumentarisation (baptisée de façon imprécise par l'auteur re-Imagination) sur 50 diapositives. La première et la dernière :

Mary-Meeker-1.jpgMary-Meeker-2.jpg

En passant, entre autres, par :

Mary-Meeker-4.jpg Mary-Meeker-5.jpg

L'ensemble est là (diapos 33 à 84) :

KPCB Internet Trends 2012

mercredi 07 septembre 2011

La matrice du néodocument

Extrait d'un billet publié au printemps ici :

Précédemment nous trouvions une représentation du livre sur chacun des sommets du triangle, même si la différence de perspective soulignait les différences de dimensions. Cette fois, le document n’apparait plus qu’au centre, comme un navigateur qui le reconstruira à la demande de l’internaute. On pourrait dire que le système documentaire a réintégré la construction du document. La notion « parenthèse Gutenberg » prend alors une tout autre ampleur. L’imprimerie avait sorti la production documentaire des bibliothèques, des infrastructures épistémiques de l’époque. Le numérique réintègre la production documentaire dans l’infrastructure épistémique contemporaine : le web.

WS-dimensions-document.jpg

Il y aurait une thèse à écrire sur l'émergence et l'évolution du navigateur. En attendant qu'un étudiant futé s'y mette, voici une superbe infographie aussi intéressante par ce qu'elle présente que parce qu'elle cache. L'évolution du web, réalisée par une équipe de développeurs de Google Chrome. L'objectif est évidemment de montrer que le dernier né des navigateurs est celui qui s'appuie sur les technologies les plus performantes parce que les plus actuelles.

L'infographie a l'avantage de résumer l'évolution des navigateurs et des langages, méthodes et logiciels qui les portent. Depuis l’ancêtre Mosaïc, qui a posé le concept, seuls six navigateurs se sont imposés, dont cinq sont encore en fonction. Les dernières tendances montreraient une montée de Chrome au détriment d'Explorer, toujours leader, et surtout de Firefox. Le navigateur est le principal instrument de la constitution du néodocument du nouveau millénaire, sa matrice.

Quelles leçons tirer de ce graphique ? En voici quelques-unes sans prétendre du tout épuiser le sujet :

  • Le très petit nombre d'alternatives et l'énorme succès de quelques-unes souligne l'importance de la normalisation de fait. Le néodocument remplace de plus en plus les anciens documents qui règlent notre vie en société et il a naturellement a envahi notre quotidien et suppose un contrat de lecture pour être repéré, décrypté et éventuellement transmis. Il nous serait insupportable d'avoir à apprendre plusieurs contrats de lecture. Passer d'un navigateur à un autre, aux fonctionnalités pourtant très proches est souvent agaçant, sans compter que nous devons aussi apprendre à gérer d'autres services concurrents (messageries, applications des mobiles, etc.).
  • Tous les navigateurs sont gratuits, et pourtant, ils sont le fruit d'un intense travail de recherche-développement, d'ajustements et d'intégration de fonctionnalités continues. Cette gratuité est significative. On paye sa connexion, mais on n'imagine pas payer la matrice du néodocument.
  • La difficulté du navigateur Opéra, un des plus anciens et, on le voit bien sur l'animation, un des plus innovants, souligne l'importance d'un écosystème pour le développement du néodocument. Explorer, Safari et tout récemment Chrome profitent de leur inclusion de fait dans le système documentaire de l'internaute, par la bureautique, le design ou la recherche. Firefox se place dans une position d'alternative libre, mais était de fait soutenu par Google. L'arrivée de Chrome le fragilise.
  • L'inclusion progressive des services au navigateur mériterait d'être étudiée de près. Depuis le multimédia, la dynamique, l'interactif, le partage, etc., elle marque l'évolution de la typographie numérique, du texte et de la fonction de transmission, les trois dimensions du néodocument.

mercredi 23 septembre 2009

Le codex inscriptible

Les commentaires d'un précédent billet sur une expérience de livre numérique inscriptible (ici) en sont restés à la question accessoire du titre anglais (Read/Write Book), que ses défenseurs justifiaient par une référence au code informatique. Ce dernier autoriserait des livres d'un genre nouveau et, pourrait-on dire, inédit, dont les principales caractéristiques originales seraient la possibilité d'intervenir sur le livre en modifiant son contenu (lire/écrire) et d'accéder à partir du livre à bien d'autres ressources (livre-réseau). Une petite histoire montrera que ces fonctionnalités ne sont pas réservées exclusivement au numérique et que l'intégrisme numérique peut faire parfois des dégats.

Suite à notre évaluation de l'année académique dernière à l'EBSI, nous avons décidé d'organiser une formation à l'utilisation des PowerPoints pour les professeurs. Elle a été menée tambour battant par un collègue d'une faculté voisine. Il nous a présenté en conclusion une réalisation pour laquelle il a obtenu un prix de pédagogie du ministère de l'Éducation. A priori rien d'original puisqu'il s'agit du polycopié de son cours, fourni sur un codex papier et sur Pdf aux étudiants. Mais celui-ci est inscriptible, des plages sont réservées pour des notes et des réponses des étudiants, et il autorise des liens avec des séquences Ppt sonorisés, des animations par exemple sur des courbes, des exercices et d'autres sources extérieures. Ainsi le professeur fait son cours en présentiel devant les étudiants qui prennent des notes et font les exercices directement sur le polycopié. Rentrés chez eux, ils disposent de la totalité du matériel du cours, personnalisés, y compris ses extensions en passant en ligne. Le fait d'avoir un codex n'est pas anodin, comme on va le voir.

Depuis l'année dernière, sa faculté, convertie à la modernité numérique, a décidé que l'ensemble du matériel pédagogique devrait être uniquement accessible sous format numérique. Le professeur a donc redécoupé en séquences et transformé son matériel pour ne plus fournir de papier aux étudiants. Mais dès la deuxième séance du cours, l'association des étudiants est arrivée avec une caisse comprenant les tirages papiers des fichiers, évidemment non reliés et en désordre pour les distribuer suite aux réclamations qu'elle avait reçues. Les étudiants trouvaient beaucoup plus confortables et sûr d'avoir un support papier pour suivre le cours. Après une vigoureuse protestation, le professeur qui ne manque pas d'énergie a pu revenir au codex originel. Il n'a pas pour autant renoncé au numérique qu'il manipule avec dextérité comme il nous en largement a fait la démonstration au cours de la formation.

Je crois qu'il faut se méfier des excès. Reconnaître les vertus du codex n'efface pas celles du numérique et vice-versa. Si le papier a des limites, le numérique a les siennes. Les meilleures réalisations sont celles qui savent utiliser au mieux les performances des différents supports.

mardi 13 mai 2008

Naviguer et lire, l'attention et le regard

Deux études signalées récemment ont attiré mon œil ou mon attention. La nuance n'est pas ici fortuite.

L'une et l'autre s'intéresse à la lecture, mais leur perspective est radicalement différente et en dit long sur les réflexions qui restent à mener sur la dimension Forme de la redocumentarisation.

La première est proposée par le gourou de l'usabilité des sites Web, Jacob Nielsen, qui retraite les données d'une recherche antérieure réalisée par des chercheurs allemands :

How Little Do Users Read?, Jakob Nielsen's Alertbox, May 6, 2008. (ici), repéré par F. Pisani ()

Harald Weinreich, Hartmut Obendorf, Eelco Herder, and Matthias Mayer, Not Quite the Average: An Empirical Study of Web Use, ACM Transactions on the Web, vol. 2, no. 1 (February 2008), article #5. ()

Après les avoir nettoyées des évènements accidentels, il en conclut (extraits trad JMS) :

J'ai été capable de construire de très belles formules pour décrire les pratiques de lecture des usagers pour les pages qui contenaient entre 30 et 1250 mots. Pour de plus longues pages, la lecture devient tout à fait erratique. De toutes façons, les pages avec un énorme nombre de mots ne sont sans doute pas de «vraies» pages - ce sont probablement plutôt soit des articles scientifiques ou des clauses contractuelles, sur lesquelles les gens ne passent pas leur temps (dans notre recherche pour le livre Prioritizing Web Usability, nous avions trouvé que les gens ne lisent environ que 10% des textes qu'ils sont supposés «accepter»). (..)

D'habitude, je considère que la vitesse de lecture est de 200 mots par minute, mais les usagers de cette étude sont particulièrement cultivés. J'irai donc jusqu'à 250 mots par minute. À cette vitesse de lecture, les internautes peuvent lire 18 mots en 4,4 secondes. Dès lors, quand on ajoute du texte à une page, on peut considérer que les clients en liront 18%.(..)

La formule semble indiquer que les gens passent une partie de leur temps à comprendre la mise en page et les fonctionnalités de navigation, comme à regarder les images. Il est clair que les gens ne lisent pas durant chaque seconde de leur visite.

Pourtant la totalité du temps passé sur une page est nécessairement la limite la plus haute du temps de lecture. Ainsi nous pouvons calculer le nombre maximal de mots qu'un usager est capable de lire, s'il consacrait tout le temps de sa visite à cette activité. (..)

La courbe décline très rapidement. Dans une visite moyenne, les usagers lisent la moitié des informations seulemnt sur les pages qui ont 111 mots ou moins.

Sur la totalité des données, une page moyenne comprend 593 mots. Donc en moyenne, les usagers auront le temps de lire 28% des mots s'ils consacrent tout leur temps à la lecture. De façon plus réaliste, disons que les usagers lisent environ 20% du texte sur une page moyenne.

On peut évidemment contester ces affirmations, qui ont néanmoins le mérite de nous alerter sur la différence entre lire et naviguer. Mais le plus intéressant pour moi est de noter la posture prise : l'objectif est de faire coller les pages Web aux limites de l'attention de l'internaute. Puisque l'internaute lit très peu, on nous conseille d'écrire très peu. Ainsi peut se configurer un certain ordre documentaire du Web.

La perspective de l'autre étude est tout autre. Je l'ai découverte grâce à Alain Pierrot (ici). Elle a été réalisée dans le mythique centre de recherche de Fuji Xerox à Palo Alto. Il s'agit de reformater des zônes d'un document afin qu'elles soient lisibles sur des terminaux de différents formats, en particulier sur les écrans minuscules d'un téléphone cellulaire. La meilleure synthèse est sur ce diaporama :

Seamless Documents, Inside Innovation at Xerox, Palo Alto California, 28029 avril 2008 Pdf

L’objectif est ici de permettre au lecteur de lire un passage préalablement repéré d’un document sur différents terminaux et tout particulièrement les écrans minuscules des téléphones cellulaires. Il est facile de comprendre l’enjeu. Le principe même du XML est de séparer la forme du contenu. On voudrait pouvoir lire chaque document sur n’importe quel support. Mais il reste que la mise en page a une signification et qu’il n’est pas anodin pour un document de passer d’un support à un autre d’une autre configuration. La proposition est ici de laisser la main au lecteur pour signaler les passages qu’il souhaite lire.

Mais tout comme dans l'étude précédente, ce qui m'intéresse le plus est la posture. Ce n'est pas pour rien que Xerox s'appelle The Document Company. Le point de départ n'est pas ici l'attention du lecteur, mais la surface du document.

Dans la première étude, l’attention est limitée et il faut produire des documents répondant à cette contrainte. Dans la seconde, c’est la surface du terminal qui est limitée et il faut pouvoir redécouper les documents pour qu’ils rentrent dans un espace contraint. Deux objectifs de redocumentarisation à partir d’un raisonnement sur la forme aux prémisses forts différents.

mardi 10 avril 2007

Le mythe de la non-lecture à l'écran

Voici une étude de Poynter faite par oculométrie auprès de 600 lecteurs entre un journal classique, un tabloïd et une lecture à l'écran à lire.. en version abrégée ou complète en pdf, html ou même en diapo ou vidéo.

L'étude confirme, parmi bien d'autres résultats, que l'idée d'une lecture moins attentive et moins longue à l'écran est un mythe, en tous cas dans les conditions, nécessairement un peu artificielles de cette expérience.

Repéré par Mediashift

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