Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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Mot-clé - 33. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES ; D’une modernité à l’autre

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dimanche 12 février 2012

Le Web sous tension (2)

Voici enfin la nouvelle version du Web sous tension de Roger II Pédauque !

L'écriture collective du texte de Roger II a pris du retard. Le temps de la coordination entre les membres du groupe initial et celui de la maturation de la réflexion est très éloigné de la réactivité de l'internet.

Voici comment s'est déroulé le processus. Dans une première étape, les auteurs des différentes parties ont intégré les commentaires du texte initial et celui-ci a été largement remanié. Puis, constatant que cette nouvelle version ne répondait pas à notre attente, nous nous sommes réunis au cours d'un séminaire de deux jours, nous répartissant la critique du texte. Il y a été décidé de publier une nouvelle version du texte en deux temps :

  1. Tout d'abord un résumé soulignant l'essentiel de l'enjeu sur le ton d'un manifeste, c'est ce résumé qui est aujourd'hui mis en ligne et soumis à la critique.
  2. Ensuite, certaines parties, amendées et corrigées du texte initial serviront de développements et d'illustrations des propos du résumé. Le texte, alors complet, sera publié courant avril.

Nous avons aussi prévu une suite, sous une forme différente, intégrant toutes ces réflexions.

Je crois que cela valait de coup de prendre son temps... Le temps est justement la principale tension du Web que Roger II a fait ressortir. Le nouveau texte est là :

Et pour un accès direct, c'est ici.

samedi 17 décembre 2011

"Jusqu'à quel prix sommes nous prêts à payer le numérique ?"

En cette fin d'année, il semble que le dialogue de sourds entre les tenants d'un renforcement des outils répressifs pour défendre le droit d'auteur sur le web et les promoteurs d'un web débarrassé de toutes contraintes soit reparti de plus belle (voir par ex ici, une de ces postures sans nuance, présentée au nom des bibliothécaires). Je n'ai jamais été très convaincu par ces rhétoriques attisées par les intérêts commerciaux des éditeurs et producteurs d’un côté et ceux des opérateurs de réseaux et fournisseurs de services web de l’autre. Et les hérauts du web, sous couvert de la défense des droits fondamentaux, me paraissent souvent proclamer une opinion reflétant plutôt leur position particulière.

Un nouvel équilibre entre propriété intellectuelle et partage, se construira par tâtonnements successifs en fonction de l'avancement l'économie du webmédia et les tentatives précipitées de légiférer seront soumises à l'épreuve des faits.

J'ai été plus intéressé par le résumé d'un rapport à venir rédigé par Jeffrey I. Cole, directeur du Center for the Digital Future, Is America at a Digital Turning Point? qui me parait poser des questions plus lourdes pour l'avenir (repéré grâce à M-C Beuth). En voici quelques extraits (en italique les citations traduites, en normal mes commentaires intégrant les citations dans la théorie du document). Le centre de recherche est lié à une école de journalisme, ce qui oriente la problématique. Sans doute d'autres thèmes pourraient être pointés, mais ceux-là méritent attention et posent de bonnes questions.

A un extrême, nous trouvons des usagers capables d'avoir une connexion sociale continue, un accès à l'information illimité et des capacités d'achat sans précédent. A l'autre extrême, nous trouvons une pression extraordinaire sur notre temps, de fortes préoccupations sur la confidentialité et des questions vitales sur la prolifération de la technologie, y compris un certain nombre qui n'existaient pas il y a dix ans. (...)

Nous trouvons d'énormes avantages dans les technologies en ligne, mais nous payons aussi un prix personnel pour ces prestations. La question est : jusqu'à quel prix sommes-nous prêts à payer le numérique ?

Voici les neuf leçons tirées de dix années d'enquêtes du centre :

1. Les médias sociaux explosent, mais la plupart de leur contenu n'a aucune crédibilité

(...) Notre enquête la plus récente montre que 51% des usagers indiquent que seulement une petite portion, ou aucune des informations qu'ils voient sur les réseaux sociaux est pertinente. Seulement 14% ont dit que la plupart ou toutes les informations sont fiables.

L'accent des médias sociaux mis sur la transmission (3e dimension du document) se fait au détriment du contenu (2e dimension), ou la communication prime sur l'information, le signal sur le signe, le phatique sur le sémantique.

2. La saturation numérique (E-Nuff Already) continue de s'étendre

(...) Autrefois, la messagerie était la principale préoccupation. Aujourd'hui la saturation numérique s'est encore accru, incluant de nombreux services et équipements qui ont d'énormes avantages pour les usagers, mais qui sont aussi perçus comme empiétant sur leur vie. (...)

Nous recevons trop de messages, le barrage des textes est continu, nous portons de multiples terminaux, de nouveaux services, de nouveaux gadgets continuent d'être produits. Combien de temps cela va-t-il durer avant que les Américains disent "ça suffit !". (...)

L'attention devient le bien le plus précieux.

3. L'ordinateur de bureau est mort. Longue vie à la tablette.

(...) L'ordinateur de bureau est un dispositif où l'on se penche en avant ('lean forward' device), un outil posé sur un bureau qui force à aller vers lui. La tablette propose une attitude où l'on se penche en arrière ('lean back' allure), plus pratique et confortable que les ordinateurs portables et bien plus séduisante. (...)

La domination à venir des tablettes va entrainer des changements majeurs dans la façon et le moment où les Américains se connecteront.

La forme change (1e dimension) et d'énormes batailles sont engagées pour la domination de cette dimension cruciale, en particulier au travers des brevets (ici).

4. Temps de travail = sept jours sur sept, jour et nuit.

Les ordinateurs personnels et les technologies connectées ont augmenté la productivité et l'efficacité au travail. Mais pour de nombreux employés, le prix de cette productivité est aussi l'allongement du travail à leur vie en dehors du bureau. (...)

Est-il raisonnable de considérer que le temps de travail s'étende sept jours sur sept, jour et nuit ?

L'arrivée du néodocument modifie la régulation du travail par l'extension spatiale et temporelle de ses fonctions de transmission et de preuve.

5. La plupart des journaux imprimés auront disparu dans cinq ans.

La distribution des journaux imprimés continue de chuter, et nous pensons que seuls survivront les plus éloignés de la moyenne : les plus grands et les plus petits. (...)

Quelles seront les conséquences des changements dans la distribution du contenu sur la qualité et le sérieux du journalisme ?

Le webmédia en prenant sa place modifie les équilibres internes des anciens médias. Les conséquences vont jusqu'à la deuxième dimension, le contenu et le genre des documents.

6. Nous avons perdu notre vie privée.

(...) La question de la vie privée est simple. Si vous vous connectez, quel que soit l'objet, votre vie privée n'existe plus. Les Américains adorent pouvoir acheter en ligne, chercher de l'information en ligne, et rejoindre des communautés en ligne. Mais le prix à payer est que nous sommes constamment surveillés. les sociétés privées savent sur nous tout ce qu'il est possible de savoir : nos intérêts, nos préférences d'achat, nos comportements et nos croyances.

Le modèle d'affaires du webmédia implique la surveillance de la navigation pour une revente ciblée de l'attention des internautes. Ce que nous gagnons en liberté de navigation, en personnalisation des services, nous le perdons en découverte inattendue, en suggestion d'achats et plus généralement en menace sur les libertés individuelles.

7. L'influence de l'Internet sur la vie politique américaine est encore en question.

(...) Au delà des deux prochains cycles d'élection l'Internet deviendra un facteur majeur de changement du paysage politique.

Le webmédia va continuer à trouver sa place dans l'espace public, comme porteur des valeurs de la postmodernité.

8. Internet va continuer à transformer les habitudes d'achat au détriment du commerce de détail.

Dans cinq ans, le paysage traditionnel de vente au détail sera complètement différent de ce qu'il est aujourd'hui.

Tout comme pour le travail, l'arrivée du néodocument modifie la régulation du commerce de détail par l'extension spatiale et temporelle de ses fonctions de transmission et de preuve.

9. Et ensuite ?

En 2006, YouTube et Twitter venaient de naître, et Facebook était encore un bambin. Il y a une demi-décennie, qui aurait pensé que ces technologies naissantes deviendraient les standards de la communication sociale en 2011 ? La prochaine grande tendance est développée actuellement par une nouvelle culture de visionnaires d'Internet qui n'attendent que d'être entendus.

La mise en place du néodocument est loin d'être terminée. Attention, si le succès d'audience des trois services indiqués est avéré, leur modèle d'affaires est encore incertain. Ainsi la captation de la valeur commerciale de l'attention à partir de la navigation n'est pas triviale et, effectivement, il est probable que bien des surprises soient encore à venir.

lundi 16 août 2010

Vieux et nouveau monde (2) (la Chine)

Je ne résiste pas à la tentation de reproduire l'image publiée par l'agence d'information officielle chinoise, Xinhua (ici), à l'occasion de la signature d'un accord entre cette même agence et la plus importante firme mondiale en nombre d'abonnés de téléphone mobile, China Mobile Communications Corp., pour fonder une nouvelle société consacrée à un moteur de recherche.

Xinhua-China-Mobile_to-search-engine-joint-venture.jpg

Il y aurait beaucoup à dire sur cette initiative, concernant les relations avec Google, le marché de la publicité sur le téléphone mobile, la concurrence potentielle avec le moteur chinois Baïdu ou encore, bien sûr, l'implication directe du gouvernement chinois dans la circulation de l'information sur le web. On trouvera quelques questions pertinentes sur ce compte-rendu de Business Insider (ici). Il est trop tôt pour apporter des réponses et même proposer une analyse.

Mais cette photo d'une cérémonie anachronique (les deux autres qui accompagnent l'article de l'agence sont du même tonneau) m'en a rappelé une autre publiée dans un ancien billet () à l'occasion de l'intervention d'un représentant de Google à la Sorbonne :

flickr-chanzi

J'écrivais à cette occasion « Cette journée a montré de façon éclatante combien l'époque que nous vivons peut se lire comme un choc, une confrontation, entre un nouveau monde qui se cherche, audacieux parfois jusqu'à l'arrogance et l'inconscience, et un vieux monde qui l'observe, sage mais parfois jusqu'à la frilosité et l'aveuglement. »

La Chine subit les mêmes soubresauts, avec sa culture et son histoire propre. On pourra s'en facilement convaincre en lisant le récent compte-rendu de voyage passionnant de O. Ezratty dans ce pays ().

jeudi 13 mai 2010

(Dés)ordre documentaire et (dés)ordre social

Francis Epelboin relate comment en Tunisie certains groupes islamistes arrivent à faire fermer des comptes Facebook à leurs yeux impies, simplement en utilisant les fonctionnalités automatiques du réseau (ici). L'histoire est édifiante et mérite d'être lue et méditée. Il est probable que la Tunisie ne soit ici que la partie émergée d'un iceberg de manipulations variées. Sans revenir sur les aspects éthiques, politiques et sociaux évidemment fondamentaux de cette histoire, je voudrais réfléchir tout haut et sans prétention ici à sa dimension documentaire.

Reprenant une métaphore habituelle sur le net l'auteur démarre ainsi son billet : Si Facebook était un pays, il serait l’un des plus peu­plés de la pla­nète, mais il serait égale­ment aux prises avec une guerre civile qui prend des pro­por­tions inquié­tantes. Cette métaphore est séduisante mais trompeuse. Elle fait comme si nous existions sur le web comme dans la vie ordinaire. Il y a pourtant une différence de taille : certes nous existons bien sur le web, mais notre existence y est documentaire (ici).

C'est une évidence que l'on a tendance à oublier ces derniers temps. L'ordre documentaire et l'ordre social sont sans doute le reflet l'un de l'autre, mais il s'agit d'un reflet sérieusement déformé : le monde du document est soumis à des contraintes sensiblement différentes de celles du monde matériel, notamment celles de ses trois dimensions (par ex ici).

En schématisant de façon outrancière, l'ordre ancien, celui de la documentarisation que nous quittons progressivement, s'appuyait d'abord sur la forme du document qui était un objet que l'on pouvait repérer et que l'on s'échangeait. Aujourd'hui la bataille qui se mène sous nos yeux est celle de la reconstitution d'un ordre documentaire, par une redocumentarisation, sans nul doute radicalement différent du précédent, mais qu'il ne faudra pas confondre non plus avec l'ordre social dont il n'est qu'une des composantes, on pourrait dire sa mémoire externe. ()

Google, en se positionnant sur la dimension texte pour capter l'attention par la recherche, a déjà fait basculer cet ordre par son activité de «lecture industrielle» pour reprendre l'expression d'A. Giffard (). Mais si la capacité de chercher transversalement dans l'ensemble des textes réduit leur hiérarchisation et peut remettre en cause une «doxa», voir par exemple la polémique entre l'État chinois et Google ou plus prosaïquement son interprétation à géométrie variable du copyright, l'ordre social n'est touché qu'indirectement.

Facebook, en voulant utiliser sa maîtrise du graphe social comme un avantage concurrentiel décisif pour valoriser la vente d'attention, polarise l'ordre documentaire sur sa troisième dimension, le medium. Il radicalise alors l'homologie individu-document, autrement dit l'ordre documentaire est soumis à celui des individus. Il importe la versatilité et la réactivité des clivages sociaux dans les arcanes des logiques documentaires, qui avaient auparavant recul et inertie. Alors l'ordre documentaire devient celui de la mémoire vive.

mercredi 17 mars 2010

Sens et contresens sur la lecture des jeunes

Très jolie provocation sur l'incohérence des discours actuels sur le livre et joli hommage à la typographie.

Repéré par l'excellent Étreintes digitales ici.

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