Bloc-notes de Jean-Michel Salaün

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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Mot-clé - 331. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES ; D’une modernité à l’autre ; Objectivité et réflexivité

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mardi 05 avril 2011

La redocumentarisation (du journalisme) en deux citations

Après les quatre images du billet précédent, voici deux citations pour illustrer la redocumentarisation. Il s'agit de montrer l'inversion de la perspective du rapport à la vérité qui s'est opéré entre le début du 20e et celui du millénaire en prenant l'exemple du journalisme. Comme précédemment les commentaires sont bienvenus.

La première citation m'a déjà servi dans un précédent billet. Elle est tirée du livre de P. Starr The Creation of The Media (trad JMS) :

Lippmann {en 1920} exhortait les journalistes à être plus «objectifs», un mot qui venait d'apparaître pour décrire le journalisme. Les critiques aujourd'hui dénoncent l'objectivité comme une idéologie professionnelle, mais il est important de comprendre les pratiques professionnelles que Lippmann voulait faire adopter aux journalistes. Il voulait que les journalistes s'inspirent de la science en développant un «sens de la preuve» et en reconnaissant franchement les limites de l'information disponible : il les exhortait de démonter les idées reçues et les abstractions et de refuser de laisser de côté des nouvelles ou de mettre la morale ou n'importe quelle autre cause avant la véracité. Ce que Lippmann demandait avant tout aux journalistes était la responsabilité (accountability). p.396

La seconde citation est tirée d'un entretien sur RSLN avec Michael Cross du Guardian, un des plus avancés dans le journalisme de données :

(..) Que va t-il se passer si les données sont mal comprises et interprétées ? J’ai peur que nous ne puissions pas y faire grand chose et qu’il faille faire avec.

Dans le même temps, plus les données sont disponibles, plus il y a de chances pour que les gens en parlent, les analysent, les croisent : la discussion offre une chance de réinterpréter les données de manière efficace et fiable, même si elles sont peut-être utilisées pour servir un certain agenda.

Les données sont accessibles et, avec la puissance du web, nous pouvons faire en sorte que l’interprétation la plus fiable se retrouve mise en avant.

Reprenons les mots clés de l'une et l'autre citations sur un tableau pour les mettre en perspective. 1920 correspond à l'organisation systématique des systèmes documentaires qui a pour modèle la science positive. 2010 correspond à la transformation de notre rapport au document sur un tout autre modèle de rapport à la vérité. Le tableau montre l'écho de ce mouvement dans les pratiques journalistiques.

Redocumentarisation-journalisme.jpg

lundi 06 décembre 2010

De la transparence.. et des documents

Quelques remarques rapides pour accompagner le feuilleton WikiLeaks, à partir des préoccupations de ce blogue sur l'économie des documents.

P. Starr dans son livre The Creation of The Media rappelle la naissance de la notion d'objectivité dans la presse. Il cite Walter Lippman qui un des premiers en 1920 dans Liberty and The News l'a mise en avant. Extrait (trad JMS) :

Lippmann exhortait les journalistes à être plus « objectifs », un mot qui venait d'apparaître pour décrire le journalisme. Les critiques aujourd'hui dénoncent l'objectivité comme une idéologie professionnelle, mais il est important de comprendre les pratiques professionnelles que Lippmann voulait faire adopter aux journalistes. Il voulait que les journalistes s'inspirent de la science en développant un « sens de la preuve » et en reconnaissant franchement les limites de l'information disponible : il les exhortait de démonter les idées reçues et les abstractions et de refuser de laisser de côté des nouvelles ou de mettre la morale ou n'importe quelle autre cause avant la véracité. Ce que Lippmann demandait avant tout aux journalistes était la responsabilité (accountability). (..) Mais les journalistes ne pouvait pas faire tout seuls le travail indispensable ; ils avaient besoin d'experts pour organiser l'information à leur place et Lippmann suggérait la création de «observatoires politiques » - des instituts de recherche à la fois en dedans et en dehors du gouvernement - pour fournir les preuves systématiques qui pourraient servir, par exemple, pour évaluer les performances des agences gouvernementales. p.396-397

On retrouve bien des dimensions de ces fondations du journalisme moderne dans l'affaire Wikileaks, y compris dans l'évolution de la personnalité de son responsable. Mais ce que montre surtout Wikileaks est un déplacement de la notion de preuve vers l'évidence (au sens français et non anglais). On croit ce qui est publié non pas à cause d'une démonstration, mais parce que la méthode de publication des documents semble en garantir la véracité, à la fois parce qu'ils proviennent de témoins directs et qu'ils sont potentiellement visibles par tout le monde et donc vérifiables par tout un chacun. Cette évolution de l'« objectivité » vers la « transparence », avec les mêmes limites théoriques et la même efficacité pratique de l'une et l'autre utopie, est parfaitement en cohérence avec l'architecture anarchique et l'économie décalée du web et ses conséquences sur la transformation des médias. Les mêmes forces sont à l'œuvre dans la transformation de la science en e-science ou encore dans les débats sur la vie privée autour des réseaux sociaux.

Sans doute, ce succès est à mettre en résonance avec l'évolution même de nos sociétés dites post-modernes et leur rapport avec la vérité (sur ce point, voir Roger (ici et) : La seconde modernisation introduirait un effet de retour sur cette prétention à la maîtrise qui caractérisait la première car les conséquences ne peuvent plus être repoussées au-delà de nos générations. La prétention à la totalisation du savoir et au triomphe des autorités scientifiques seraient battues en brèche : la seconde modernisation introduit l'exigence d'une réflexivité, d'un savoir qui se déclare lui-même et qui se contrôle en connaissant ses limites et ses conditions de production. p.161

Néanmoins dans l'histoire de WikiLeaks la théorie du document permet de voir les limites de cette nouvelle idéologie. Même si les documents sont pour une part en accès libre, leur décryptage, c'est à dire leur accessibilité intellectuelle (lu), passe par cinq des journaux les plus prestigieux des États-Unis et d'Europe (ici). Et ainsi les données brutes, triées, mises en contexte et publiées par les journaux prennent le statut d'information journalistique avec toute la confiance attachée à ce statut (su). C'est la responsabilité journalistique (accountability), telle que définie dans les années vingt du siècle dernier qui l'a emporté.

L'erreur du raisonnement serait de croire que l'on transforme un ordre documentaire à partir d'une simple mise en accès (vu). L'abandon de la mise en ligne sans tri préalable des données brutes qui était pourtant le dogme initial du site () souligne a fortiori la prégnance d'un ordre documentaire pour la diffusion de documents d'archives d'institution.

Le passage de l'objectivité à la transparence modifie aussi les responsabilités d'une autre profession qui doit s'adapter très vite à la nouvelle donne du web. Il n'y a pas eu, en effet, d'enquête journalistique dans cette affaire, simplement la consultation par des journalistes de documents qui leur ont été proposés spontanément. On peut parier qu'à l'avenir la fonction archivistique, avec ses différents attributs va s'en trouver considérablement renforcée, pour le meilleur et pour le pire.

Je rappelle que, selon le manuel, les archivistes québécois évaluent, sélectionnent, acquièrent, conservent et mettent à disposition des documents d’archives, assurant leur intégrité intellectuelle et une conservation physique responsable, pour le bénéfice des utilisateurs actuels et celui des générations futures" (Association of Canadian Archivists 1999, notre trad.) comme leurs collègues ailleurs au Canada. Toutefois, à la différence de ces derniers, les québécois entendent aussi exercer des responsabilités sur « la gestion des documents qui consiste à assurer le contrôle systématique des documents pendant leur cycle de vie. »

Paradoxalement, il semble que dans cette histoire c'est bien l'ordre documentaire traditionnel, journalistique et archivistique, qui sortira renforcé, mais l'un et l'autre devront s'adapter à une nouvelle architecture de l'accès à l'information.

Actu un peu plus tard

Parmi les très nombreux billets sur WikiLeaks, deux proches de mes préoccupations Christian Fauré et Martin Lessard.

Actu du 15 déc 2010

Sur les chgts du journalismes, voir :

David Carr, “WikiLeaks Taps Power Of the Press — The Media Equation,” The New York Times, Décembre 12, 2010, rub. Business Day / Media & Advertising, ici.

Actu du 3 mars 2011

Pile sur le sujet, un papier de Y Benkler qui commence par une citation de T Roosevelt sur le journalisme à scandale et analyse en détail l'affaire Wikileaks, montrant à la fois les tentatives d'attaque contre le service et son responsable et ses capacités de résistance et constatant qu'il s'agit d'une évolution des formes du 4e pouvoir.

A FREE IRRESPONSIBLE PRESS: WIKILEAKS AND THE BATTLE OVER THE SOUL OF THE NETWORKED FOURTH ESTATE ici

jeudi 02 décembre 2010

Le web et l'espace public

Toujours dans la continuité des billets précédents sur la troisième dimension du web et les différentes stratégies industrielles à l'œuvre, et au moment où le monde des médias bruisse de l'affaire WikiLeaks, il est bon de revenir à quelques fondamentaux de l'analyse. Pour cela je prendrai quelques extraits d'un excellent livre sur la naissance des médias modernes (le livre s'arrête en 1941 au moment de l'entrée des États-Unis en guerre) et une intervention plus récente du même auteur.

Paul Starr, The Creation of the Media, Basic Books., 2004, ici.

Paul Starr, “Statement to the Federal Communications Commission Workshop on the Future of Media and Information Needs of Communities,” Mars 4, 2010,.

Deux extraits du livre (trad JMS). Le premier fait allusion à la notion habermassienne d'espace public à laquelle l'auteur n'adhère que partiellement, le second au début du vingtième siècle :

L'espace public public dans l'Europe moderne ne doit pas être confondu avec un idéal démocratique, comme si la raison avait atteint sa forme la plus élevée et cultivée parmi les arômes capiteux des cafés de Londres et les parfums des salons de Paris du dix-huitième siècle, pour glisser sur la voie de la dégradation au cours des siècles suivants. Alors que les débuts de l'espace public moderne représentaient un abandon du secret politique, il restait toujours socialement exclusif, limité par les pressions habituelles de l'argent et du statut, et régulièrement manipulé par les personnes au pouvoir. L'opinion publique a pu émerger comme une force nouvelle dans la politique, mais l'espace public, dont les États européens ont permis le développement dans le début des temps modernes, a fortement limité l'audience de cette opinion. Sauf dans certains domaines très limités, l'espace public n'a pas encore pu fournir à la société un moyen de gouvernance. p.46

La capacité des médias à exercer un pouvoir par eux même dépend à la fois de leur autonomie par rapport au pouvoir de l'État et de leur indépendance commerciale. Pour chacun des deux, l'Amérique a fourni au développement des médias un terrain fertile et quant à leur pouvoir, les médias ont été beaucoup plus avancés aux États-Unis que nulle part ailleurs : une presse puissante mais encore décentralisée, prônant un journalisme agressif et souvent porté sur le sensationnalisme ; une industrie du cinéma concentrée dans une poignée de sociétés qui dominaient les écrans aussi bien à l'étranger que localement ; et le seul réseau de radio-télévision significatif dans le monde, avec des centaines de stations locales et deux réseaux nationaux. Ces institutions ont été les signes avant-coureurs d'une époque où les médias sont devenus un facteur d'indépendance en politique aussi important, par exemple, que les partis politiques eux-mêmes qui avaient eu la haute main sur beaucoup d'entre eux. p.386

Extrait de l'intervention devant la FCC :

Les innovations dans les informations en ligne sont pleines de promesses, mais la tendance dominante est inquiétante. Le déclin à la fois de la publicité et de la distribution des journaux ne se renversera pas une fois la récession économique terminée. La presse survit grâce un lectorat vieillissant qui achète par habitude le journal et fait face à une perte catastrophique de lecteurs chez les jeunes adultes. Cette baisse n'est pas limitée aux seuls journaux. Entre 1998 et 2008 d'après les enquêtes du Pew Research Center le nombre d'Américains qui disaient qu'ils ne prenaient des nouvelles auprès d'aucun support au cours d'une journée moyenne est passé de 14 à 19%. Parmi les 18-24 ans durant la même période, il est passé de 25 à 34%.. Comme ces données le montrent, un environnement plus fragmenté se développe pour les médias où de plus en plus d'Américains n'ont plus accès aux nouvelles en partie parce qu'ils ne les croisent plus dans les journaux, ni à la radio, ni à la télévision.

Cette dernière citation est à mettre en relation avec cet autre billet.

Curieusement, il semble que P. Starr n'arrive pas à poursuivre son propre raisonnement sur notre période post-moderne en la considérant simplement dans la continuité des précédentes, sans en percevoir les changements qu'il analyse pourtant si bien pour celles-là. Je crois qu'il faut distinguer trois phénomènes interdépendants. D'une part la modification de l'architecture des médias par le web, d'autre part la stratégie des industriels et enfin la transformation de l'espace public, c'est à dire de l'échange public des idées qui l'accompagne. La question qui reste ouverte est de savoir quel sera le statut du document dans celui-là. Le modèle du journaliste avait mis en avant l'objectivité au vingtième siècle suite à l'histoire présentée par l'auteur. La transparence prendra-t-elle sa place au vingt-et-unième, avec quelles conséquences ?

Actu du 3 décembre 2010

Comparé à ses collègues des trois années précédentes, les revenus publicitaires de la presse américaine au 3ème trimestre de 2010 sont pour la première fois positifs voir ici.

Toutes les données sur la presse US sont accessibles sur la NAA.

lundi 24 mars 2008

La vérité peut-elle avancer masquée ?

La réponse est oui, et sur le Web, c'est même une aventure courante. Wikipédia est un exemple de ce rapport à la vérité qui se construit et se déconstruit constamment, sous l'impulsion de contributeurs le plus souvent masqués. Un exemple troublant, qui perturbe plus d'un bon esprit baigné dans la philosophie classique, mais qui témoigne d'une nouvelle relation documentaire qui se cherche.

Nul doute que l'objectif des principaux animateurs du site est la recherche de la, peut-être faudrait-il dire plutôt d'une, vérité à partager. Les efforts continus qui s'accélèrent pour en améliorer la fiabilité en témoigne. Olivier signale (et commente ici, à lire aussi l'entretien qu'il a donné à Libération sur le sujet ) cet intéressant billet de la présidente de la fondation Wikimédia. Elle y décrit les dernières tentatives, notamment celle de poser des drapeaux (des flags) pour valider les rubriques, et pose quelques questions. Je relève ci-dessous la dernière, pour le moins paradoxale :

Question 3: Quelle responsabilité légale pour le flaggeur ? les implications légales sont mystérieuses. Pour l'instant, la Foundation est responsable en tant qu'hébergeur. Les participants sont responsables de ce qu'ils écrivent. Si nous mettons en place une modalité permettant à un utilisateur de valider une version, il acquiert un nouveau degré de responsabilité éditoriale, et il devient responsable de la totalité du contenu de l'article en tant qu'agent du processus de validation. J'ignore ce que la justice en pensera, ce qui est certain est que l'avocat de la Foundation a fortement suggéré à toute l'équipe salariée ainsi qu'aux membres du conseil d'administration de ne JAMAIS flagger un article.

Rendons à César, Par Anthere, jeudi 20 mars 2008. Ici

Quelle étrange dynamique qui conduit à rechercher la vérité, sans pouvoir en assumer la responsabilité ! Je ne cherche pas ici à en contester les avancées. De mon point de vue, la preuve est largement faite de l'efficacité du processus. Mais, j'aimerais en avoir une analyse plus solide que celles lues jusqu'ici. Il serait peut-être temps de reprendre les interrogations posées, il y a plus de cinq ans par Y. Maignien :

Maignien Yannick, Vérité et fiction sur Internet, Les défis de la publication Web, 9 au 11 Décembre 2002. ici

Actu du 29 mars 2008 Voir aussi :

La "Vérité Analogique" progresse toujours: 10 millions d'articles sur Wikipedia, Didier Durand, Media & Tech, 29 mars 2008, ici

vendredi 02 novembre 2007

Responsabilité et redocumentarisation

Voilà un jugement qui montre très clairement les ambiguïtés de la redocumentatisation. Wikimédia, la fondation propriétaire de Wikipédia, a été attaquée en France pour atteinte à la vie privée et diffamation avoir laissé révéler sur son site l'homosexualité de trois personnes sans leur consentement. Ces dernières ont été déboutées. Je cite l'article du Monde qui m'a fait découvrir cette nouvelle :

Foucard Stéphane, Wikipédia, ni coupable, ni responsable, LE MONDE, 03.11.07, Html

La justice française a ainsi estimé qu'en dépit des apparences Wikipédia ne fait pas œuvre éditoriale. Elle n'assure, selon cette interprétation, qu'un hébergement technique aux contributions des internautes. En accord avec ses principes fondateurs, l'encyclopédie est, en effet, bénévolement construite, rédigée et amendée par les internautes qui le désirent. "Le juge a estimé que, puisque la fondation n'exerce aucun contrôle sur le contenu des articles, elle n'a pas à supporter une responsabilité de type éditorial", explique Lionel Thoumyre, directeur de la revue en ligne spécialisée Juriscom.net.

Wikipédia est un objet documentaire non identifié. Ce ne serait pas un produit éditorial, selon le juge dont le raisonnement a sa cohérence. Même si, en effet, aujourd'hui tous les efforts de ses fondateurs et principaux activistes visent à en contrôler, valider et améliorer le contenu par diverses techniques (ce qui relève manifestement d'une activité éditoriale), fondamentalement l'écriture reste ouverte à tous les internautes sans quoi le cœur même de sa dynamique s'écroulerait.

Mais alors se pose un lourd problème de responsabilité, comme le montre ce procès, puisqu'il est possible impunément de diffamer n'importe qui.

Dans son éditorial Le Monde revient sur la question. Je cite :

Le Net est bien sûr un outil formidable de travail et de communication. Mais, tout comme la "bulle" spéculative Internet avait gonflé jusqu'à la démesure avant d'éclater, l'euphorie suscitée par ce nouvel espace mondial de liberté a suscité un vertige collectif qui a longtemps masqué ses effets pervers. Sans même compter les possibilités accrues de fraude et d'escroquerie et les risques d'addiction, Internet devient en effet une arme de diffusion massive de ragots et de fausses nouvelles. Un instrument pratique et redoutable de vengeances anonymes, parfois de menaces. De tout temps, la rumeur a pu détruire des vies et des réputations. Internet démultiplie cet effet, offrant des possibilités nouvelles aux "corbeaux" de tous ordres.

Deux arguments peuvent être avancés pour réduire le problème au moins sur la question particulière de Wikipédia :

  • celui du temps, le filtrage se faisant a posteriori, la correction sera faite tôt ou tard. Mais même s'il faut espérer qu'elle soit faite le plus tôt possible, il n'y a pas de garantie, celle-ci n'est pas sanctionnée et il restera toujours dans l'historique la trace de la diffamation initiale.
  • celui de la traçabilité. Le seul responsable est donc dans le raisonnement du juge l'auteur de la diffamation. Il faut donc pouvoir remonter à la source, et on sait que des outils ont été développés à cette fin. Mais alors, c'est la fin de l'anonymat.

Mais en réalité la traçabilité attire surtout les appétits des marketers, et avec les dits «réseaux sociaux» les problèmes de responsabilité risquent de se poser de façon de plus en plus graves. On le sait en s'inscrivant à FaceBook, l'internaute perd toute propriété sur ses données personnelles (voir la traduction du contrat réalisée par J.-M. Le Ray). On apprend aujourd'hui par TechCrunch (ici) que le service publicitaire de FaceBook irait beaucoup plus loin en centralisant toutes les traces de navigation de l'internaute inscrit sans que ce dernier ne puisse aucunement réagir..

C'est ainsi qu'aux US les associations de consommateurs s'organisent pour s'opposer à cette traçabilité débridée et dangereuse en demandant de préserver un internet sans traçabilité, une Do not track list Html. (repéré par J. Batelle)

Mais alors comment retrouver un responsable de diffamation, si on ne peut le tracer ? Pas simple. Il faudra sans doute quelques affaires ou quelques scandales pour que l'on commence à penser qu'il serait peut-être temps de réfléchir à un nouvel ordre documentaire..

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