Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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Mot-clé - 333. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES ; D’une modernité à l’autre ; « Je » est un document

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jeudi 20 décembre 2012

Big Data, mythes et enjeux (V. Peugeot et Télécom Paris Tech)

2012 a été l'année du Big Data et on peut parier sans risque que 2013 ne verra pas s'éteindre le buzz ou peut-être la bulle. En attendant, j'ai retenu deux références significatives ces derniers jours.

La première est une journée complète sur le big data, organisée par Télécom Paris Tech le 6 décembre dernier qui a mis en ligne à cette occasion une série de courtes vidéos des intervenants pointant des questions vives. On y constate que la grande école se positionne clairement sur le thème avec des formations et des chaires de recherche dédiées. Un débat ressort, qui n'a certainement pas fini de rebondir, celui de la place de l'individu face aux possibilités de traçage et les calculs sur les données personnelles.

La seconde référence est une intervention dans une table ronde récente de Docforum à Lyon de Valérie Peugeot, chercheur chez Orange mais aussi très impliquée depuis longtemps dans le mouvement sur les Communs. Ses diapos sont accessibles ici. J'ai retenu celle-ci :

VPeugeot-Docforum-2012.png

V. Peugeot y montre que la thématique suscite des espoirs et peurs dans des champs très différents. Il faut comprendre ici le terme "mythe" dans son plein sens : un récit qui nous permet de penser l'inexplicable, une possible illusion ou un horizon souhaitable. Les huit mythes cités renvoient à des imaginaires différents. L'image de la Pythie est là pour nous rappeler que l'enjeu derrière les mythes est deviner l'avenir.

Les deux questions, auxquelles elle fait allusion, sont :

  1. Comment protéger les données produites par les utilisateurs ?
  2. Comment valoriser les données ?

21-12-1012

Une bonne illustration de ces mythes vue à partir d'une perspective UX Architecture de l'information :

Connecting (Full Film) from Bassett & Partners on Vimeo.

mardi 02 octobre 2012

Economie de surveillance (2)

J'ai rendu compte à l'automne en 2010 d'une série d'articles du WSJ sur l'économie de surveillance qui se mettait en place. Deux ans plus tard, un nouvel article du même journal montre que les efforts dans ce domaine n'ont pas molli. Si l'on a toujours du mal à percevoir la réalité du retour sur investissement de ces efforts, par contre le quadrillage systématique mis en place pour la surveillance à l'aide des réseaux numériques témoigne d'une tentative de changement profond de la régulation de nos sociétés. Pas mal flippant...

The Economics of Surveillance, Wall Street Journal, 28 sept 2012

Extraits (trad JMS) :

Du fait de la baisse des coûts de stockage des données et de l'augmentation de la volonté de dépenser dans le domaine, les entreprises et les forces de l'ordre sont souvent capables d'engranger un très grand nombre de données, juste au cas où elles pourraient être utiles un jour.

"Aujourd'hui les téléphones portables sont des capteurs, indique le colonel Lisa Shay, professeur à l'académie militaire de West Point, vous portez maintenant un capteur personnel avec vous tout le temps."

"L'information, qui était autrefois éphémère, dure maintenant beaucoup plus longtemps, affirme Shay, si je suis photographié, ces données resteront potentiellement dans une bases disponibles plusieurs années" (...)

L'espoir pour les entreprises, comme pour les gouvernements est que l'augmentation des données améliorera et facilitera leur travail. Plus ils auront de données plus ils pourront repérer de modèles de comportement : l'application de la loi pourra pointer les criminels potentiels, et les annonceurs pourront envoyer le bon message à la bonne personne exactement au moment opportun.

On ne sait pas vraiment si cet objectif est à portée de main ou si plus de données ne créent simplement pas plus de bruit. Les forces de l'ordre disent que l'énorme quantité d'information ne leur facilite pas toujours le travail pour attraper les criminels. (...)

Une industrie près de 30 milliards a été créée dans la Silicon Valley autour des entreprises construisant des modèles opérationnels de collecte de données personnelles et d'utilisation de ces données pour attirer les annonceurs. Et le WSJ a constaté que le ministère américain de la Sécurité intérieure a dépensé plus de 50 millions de dollars en subventions fédérales aux locaux forces de l'ordre pour la technologie sur les lecteurs de plaques d'immatriculation au cours des cinq dernières années.

Le journal passe ensuite en revue les technologies de collecte de données personnelles, juste dans les situations de la vie quotidienne :

  • En voiture : lecteur de plaque d'immatriculation, GPS, ordinateur de bord, GPS externe.
  • Sur les ordinateurs personnels : réseaux sociaux, messagerie, recherche, connexion et wifi
  • Chez soi : TV cablée, téléphone, tablette, compteur électrique
  • En faisant ses courses : ordonnances, cartes de fidélité, cartes de crédit, distributeurs de billets
  • En déplacement : caméra et reconnaissance faciale, téléphone portable, relais téléphoniques
  • Comme citadin : enregistrements pour le vote, adresses postales, courrier

vendredi 31 août 2012

Big data, la fourmilière ou les Lumières

Edge vient de publier une conversation avec Alex Pentland qui a fondé au MIT un centre de recherche transversal intitulé : Center for Connection Science and Engineering. J'en reproduis de larges extraits traduits ci-dessous, mais l'ensemble mérite lecture.

« Reinventing Society In The Wake Of Big Data ». Edge, août 30, 2012. .

Je crois que le pouvoir des Bib Data c'est qu'elles renseignent sur les gens plutôt que sur leurs croyance. Il s'agit du comportement des consommateurs, des employés et des prospects pour vos nouvelles affaires. Contrairement à ce que la plupart des gens croient, il ne s'agit pas des choses que vous postez sur Facebook, il ne s'agit pas de vos recherches sur Google, et ce ne sont pas non plus les données tirées du fonctionnement interne de l'entreprise et des RFID. Les Big Data proviennent de choses comme les données de localisation de votre téléphone mobile ou de votre carte de crédit. Ce sont les petites miettes de données que vous laissez derrière vous quand vous vous déplacez sur terre.

Ce que ces miettes racontent, c'est l'histoire de votre vie. Elles disent ce que vous avez choisi de faire. C'est très différent de ce que vous mettez sur Facebook. Ce que vous mettez sur Facebook, c'est ce que vous voudriez dire aux gens, rédigé selon les normes d'aujourd'hui. (...)

Si je peux connaitre certains de vos comportements, je peux inférer le reste juste en vous comparant avec la foule de ceux qui vous ressemblent. Vous pouvez raconter toutes sortes de choses sur une personne, même si elle ne sont pas explicitement dans les données, parce que les gens sont tellement pris dans le tissu social environnant qui détermine le genre de choses qu'ils pensent normales, et les comportements qu'ils vont apprendre les uns des autres. (...)

Ce qui compte vraiment, c'est comment les gens sont reliés les uns aux autres par les machines et comment ils créent un marché financier, un gouvernement, une entreprise et d'autres structures sociales. (...)

C'est la promesse d'un système financier qui ne s'écroule pas, de gouvernements qui ne soient pas embourbés dans l'inaction, de systèmes de santé qui fonctionnent vraiment, et ainsi de suite, et ainsi de suite. (...)

Bien qu'il soit utile de raisonner sur des moyennes, les phénomènes sociaux sont faits en réalité de millions de petites transactions entre les individus. Il existe des modèles dans ces petites transactions qui sont responsables du krach boursier ou du printemps arabe. (...)

Cela veut dire que vous pouvez construire des villes plus efficaces, beaucoup plus humaines et qui dépensent énormément moins d'énergie. Mais vous avez besoin de voir les gens bouger pour obtenir ces résultats. (...)

Y a-t-il une opposition (au partage des données dans les entreprises) ? Étonnamment, peu. Les historiques de l'internet sont sans doute les plus opposés parce que (et je ne leur reproche pas) Facebook et Google ont grandi dans un monde complètement déréglementé. Pour eux, il est naturel de penser qu'ils ont le contrôle de leurs données, mais lentement, lentement ils en viennent à admettre qu'ils devront faire des compromis. (...)

Ce nouveau monde pourrait faire de George Orwell un petit joueur manquant d'imagination. Il est devenu très clair que l'on doit réfléchir fortement à la défense de la vie privée et à la propriété des données. George Orwell n'avait pas vu que si vous pouvez observer les modèles de comportements des gens qui interéagissent vous pouviez alors prévoir des choses comme qui va voter pour quoi ou comment va-t-il réagir à des situations variées comme un changement dans les réglements et ainsi de suite. Vous pouvez construire quelque chose qui, en première approximation ressemble vraiment à l'empire du mal. Et, bien sûr, certains chercheront à le faire. (...)

Même si on peut penser qu'il y a encore loin entre cette présentation et les réalisations concrètes, c'est une édifiante lecture sociale du mouvement des Big data, et de la redocumentarisation des personnes, faisant la différence entre l'explicite (le publié) et l'implicite (l'agit) montrant la bascule de l'explication statistique vers l'algorithmie. Il y a aussi derrière ce discours une idéologie de la transparence qui mériterait d'être plus interrogée et mieux assumée. J'ai essayé de poser quelques questions à ce sujet, m'en tenant à la problématique documentaire, dans un article écrit pour l'INRIA :

Salaün, Jean-Michel. Du document à la donnée et retour. La fourmilière ou les Lumières. In "Le document numérique à l’heure du web de données", séminaire INRIA, 1er au 5 octobre 2012, Carnac. Paris, ADBS Éditions, 2012

04-09-2012

« Internet et les fourmis fonctionnent de la même manière | Slate ». Slate.fr.

05-09-2012

Driscoll, Kevin. « From Punched Cards to “Big Data”: A Social History of Database Populism ». communication 1 1, nᵒ. 1 (août 29, 2012). http://scholarworks.umass.edu/cpo/vol1/iss1/4.

mercredi 27 octobre 2010

Synthèse sur les pratiques culturelles en France

Compétences de l'auteur et clarté de son propos. Lecture indispensable :

Olivier Donnat, “Les pratiques culturelles à l'ère numérique,” BBF, n°. 5 (2010): 6-12 ici.

Résumé :

La comparaison des résultats de l'enquête 2008 Pratiques culturelles des Français avec ceux de la précédente enquête réalisée onze ans auparavant permet une description générale de l'évolution des pratiques culturelles au cours d'une décennie marquée par la diffusion de l'internet et des nouveaux écrans. Si la révolution numérique n'a pas (jusqu'à présent ?) bouleversé la structure générale des pratiques culturelles ni infléchi la plupart des tendances observées dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, plusieurs indices laissent entrevoir la profondeur des mutations en cours, notamment dans les jeunes générations.

lundi 11 octobre 2010

Les origines libertariennes de Facebook

En ces temps où on veut toujours nous faire croire que les débuts de l'internet étaient seulement portés par une idéologie californienne libératrice (ici), il est salutaire de lire ou relire l'article de Tom Hodgkinson sur Facebook. Prémonitoire et on ne peut plus d'actualité près de deux ans plus tard, soit une éternité à l'échelle temporelle du web :

Tom Hodgkinson, “With friends like these ...,” The Guardian, Janvier 14, 2008, ici, traduit en français par Noslibertés (la toute dernière partie n'est pas traduite. L'auteur y suggère simplement de remplacer le mot Facebook par Big Brother dans l'énoncé de la politique de la firme sur la vie privée. L'effet est saisissant au sens propre !). Repéré par l'Encyclopédie de l'Agora ()

Extraits :

Facebook est un projet bien établi, et les personnes derrière le financement, sont un groupe de spécialistes du capital-risque de la Silicon Valley, qui ont clairement pensé l'idéologie qu'elles souhaitent diffuser dans le monde entier. (..)

Bien que le projet ait été au départ conçu par le très médiatisé Mark Zuckerberg, le vrai dirigeant derrière Facebook est le philosophe Peter Thiel, spécialiste du capital-risque et futurologue de la Silicon Valley, âgé de 40 ans. Il y a seulement trois membres du conseil de direction sur Facebook : Peter Thiel, Mark Zuckerberg et Jim Breyer, appartenant au groupe de capitalrisque Accel Partners.(..)

Mais Thiel est plus qu'un capitaliste intelligent et avare. C'est un philosophe du futur et un activiste des néoconservateurs. Il est diplômé de philosophie à Stanford, en 1998 il coécrit un livre appelé "Le mythe de la diversité", qui est une attaque détaillée sur l'idéologie multiculturelle qui domine Stanford. Il estime que le multiculturalisme a conduit à une diminution des libertés individuelles. Alors qu'il était étudiant à Stanford, Thiel fondait un journal de droite, encore en service actuellement, appelé "Que la lumière soit". Thiel est un membre de TheVanguard.Org, un groupe de pression néoconservateur sur Internet, qui a été créé pour attaquer MoveOn.org, un groupe de pression de gauche qui travaille sur le Web. (..)

L'Internet fait immensément appel aux néoconservateurs tels que Thiel, parce qu'il promet une certaine forme de liberté dans des relations humaines et dans les affaires : absence de droits nationaux embêtants, suppression des frontières, etc. L'Internet est le cheval de Troyes du libre-échange et de l'expansion du laissez faire. Peter Thiel semble également soutenir les paradis fiscaux en mer, et réclame que 40 % de la richesse du monde réside dans les endroits tels que Vanuatu, les Îles Cayman, Monaco et les Barbade. Je pense qu'il est réaliste d'indiquer que Thiel, comme Rupert Murdoch, est contre l'impôt et les taxes. Il aime également la mondialisation de la culture numérique parce qu'elle rend les banquiers mondiaux difficiles à attaquer. «Vous ne pouvez pas avoir une révolution des ouvriers contre une banque, si la banque est domiciliée au Vanuatu, » estime t-il... (..)

Ainsi, Peter Thiel essaye de détruire le monde réel, qu'il appelle aussi « nature », pour le remplacer par un monde virtuel, et c'est dans ce contexte que nous devons regarder le succès de Facebook. Facebook est une expérience délibérée dans la manipulation globale, et Peter Thiel est une lumière pleine de promesse pour les néoconservateurs, avec un penchant pour les folies utopiques de la technologie. Pas vraiment quelqu'un que je souhaite aider à devenir riche pour ses projets...(..)

Bien sûr, il a un côté excessif dans la dénonciation, naïf dans la nostalgie et quelque peu ignorant du travail des ingénieurs et de la complexité des rouages économiques, mais il remet pas mal de pendules à l'heure et cela nous change des propos lénifiants habituels.

21-08-2012

« Transcript: Schmidt and Thiel smackdown - Fortune Tech ».

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