Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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Mot-clé - 413. L’ECONOMIE DU DOCUMENT ; Les trois modèles de valorisation du document ; Su : spectacle-dialogue

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dimanche 21 mars 2010

Cellulaire et fracture numérique

L'Union internationale des télécommunications a publié récemment la dernière version de Measuring the Information Society 2010 (rapport, synthèse, communiqué), 100 pages bourrées de chiffres dont l'objectif principal est de mesurer les variations de l'Indice de développement des TIC (IDI) selon les pays, c'est à dire la part prise par les technologies de l'information à la croissance différenciées des régions du monde.

J'ai extrait deux diagrammes de la synthèse. Le premier illustre, une nouvelle fois, l'explosion du téléphone cellulaire.

IUT-Mobiles-2010.jpg

Fin 2009, il y aurait 4,6 Mds d'abonnés au mobile cellulaire, soit 67 abonnements pour 100 habitants, avec des variations importantes entre les pays riches et pauvres (de plus de 100% à 57%). Mais le rattrapage est très rapide.

Ainsi, en 2008, la pénétration du mobile cellulaire et du large bande fixe dans les pays en développement a atteint le niveau auquel se situait la Suède (premier au classement IDI) près d’une décennie plus tôt, et le nombre d’internautes pour 100 habitants était égal à celui de la Suède juste 11 ans plus tôt. Par comparaison, l’espérance de vie dans les pays en développement accuse un retard de 66 ans par rapport à la Suède, et le taux de mortalité infantile y était en 2007 au niveau que connaissait la Suède 72 ans plus tôt. p.7

Pour autant, même si les auteurs du rapport sont optimistes, il ne faut pas confondre le mobile cellulaire avec l'accès internet au réseau large bande. Pour ce dernier, les écarts sont encore considérables, même s'ils se réduisent.

IUT-Prix-services-2010.jpg

À parité de pouvoir d'achat le téléphone fixe et le cellulaire sont moins chers dans les pays en développement, alors que l'accès à l'internet large bande est presque 7 fois plus élevé, le rendant inaccessible à la population. En Afrique, l'abonnement est égal à cinq fois le revenu mensuel moyen.. tandis que le prix tombe à 2% en Europe, région la meilleure marché.

Pour les intéressés, le Canada est 21ème au rang IDI en 2008, il a perdu 2 places par rapport à 2007. La France est au 18ème rang contre 22 en 2007.

Actu du 27 avril 2010

Sur l'importance et les conséquences du développement du téléphone cellulaire en Afrique voir :

« Dans le domaine du mobile, le Kenya est en avance sur l’Europe », Entreprise Globale, 13 mars 2009, ici.

En contrepoint, voir l'exemple du Japon et la difficulté d'exporter son modèle des réseaux sociaux et du mobile :

« Le Japon reste une grande puissance de l’innovation. Voyez l’avance dans les réseaux sociaux sur mobile », Entreprise Globale, 24 avril 2010 .

dimanche 06 décembre 2009

Livre et spectacle.. même combat pour l'attention

Deux discussions, actuelles et récurrentes, sur les blogues et ailleurs sont utiles à croiser pour mieux comprendre l'émergence du Web-média, sa perturbation des anciens modèles et, en même temps, leur résistance.

La première, qui rebondit encore une fois ces derniers jours, est autour de la définition du livre. Pour certains, il serait devenu flux, tandis que d'autres, dont je suis, considèrent que, même si d'autres formes s'inventent, si celle traditionnelle du livre se décline sur le numérique, elle garde encore toute sa valeur et perdure. On suivra ces débats à partir de La Feuille qui sert de portail et d'aiguillage (ici, et ) et j'ai déjà longuement il y a longtemps exprimé ma position sur ce blogue (ici et entre autres).

La seconde discussion, plus récente, a émergé à partir de l'utilisation de Twitter pendant les conférences. Pour les uns, c'est un formidable moyen d'élargir l'audience, de construire un compte-rendu collectif, ou même de démarrer une discussion dans l'auditoire. Pour d'autres, c'est une perturbation de l'exercice de la conférence par une distorsion, perverse car non assumée ni maîtrisable, du processus de communication instauré : un orateur vers un auditoire par un son et un regard direct.

Joe McCarthy a écrit un billet qui résume bien le débat actuel : The Dark Side of Digital Backchannels in Shared Physical Spaces (ici). J'ai retenu tout particulièrement cette réflexion éclairante qu'il fait au sujet de la perturbation de la conférence de Danah Boyd, un des déclencheurs du débat (trad JMS) :

Les deux meilleures leçons, et les plus ironiques, que je tire de sa conférence (qui était écrite avant d'être prononcée) ont été données à la toute fin :

  • La publicité est fondée sur la capture de l'attention, généralement en interrompant le message diffusé ou en étant insérée dans le contenu lui-même.
  • Vous tous donnez le ton de l'avenir de l'information. Gardez tout cela excitant, et ayez conscience du pouvoir dont vous disposez !

Je n'étais pas à la conférence, mais après l'avoir visionnée, lu nombre de compte-rendus dans des billets de blogues et des commentaires, je dirais que quelques uns des participants avaient clairement conscience de leur pouvoir et donnait le ton en se servant d'un canal détourné pour insérer du contenu et, par là même, interrompre le message. Et ils faisaient par là même de la publicité pour eux-mêmes, donnant un exemple de publicité négative.

J'ai eu déjà l'occasion d'indiquer combien l'ouverture de la Wi-fi dans les amphis était contradictoire avec leur dispositif même (). La question posée au livre et à la salle de spectacle par le réseau est analogue. L'un et l'autre sont des dispositifs de captation d'attention. Leur superposer un autre mode de communication, sans précaution ni réfléchir, revient à les transformer radicalement. Pourquoi pas ? Mais encore faut-il admettre qu'il s'agit alors d'autre chose. Il est bon d'expérimenter, il est bon d'inventer d'autres formes. Mais il n'y a aucune raison pour autant de jeter des formes anciennes efficaces sous prétexte d'une modernité mal assumée.

lundi 25 mai 2009

Economie de l'attention et université

Nous avons tenu récemment notre réunion annuelle de bilan à l'EBSI. Le bilan comprend, entre autres, un examen des avis et questions posés par les étudiants de maîtrise. Parmi celles-là, il était suggéré d'aller vers l'exigence d'un portable par étudiant à la fois pour l'apprentissage des logiciels spécialisés et pour le suivi des cours par une navigation collective sur Internet, comme c'est le cas chez notre voisin HEC.

En réalité, la discussion avec les professeurs et les professionnels a souligné plusieurs problèmes. Certains sont particuliers à une école comme l'EBSI. D'autres plus transversaux. Le grand nombre de logiciels spécialisés que les étudiants doivent manipuler au cours de leur apprentissage poserait des problèmes insolubles en terme de licence et plus encore en terme de maintenance de chaque appareil individuel. Mais l'échange le plus intéressant a été le plus général.

Les professeurs ont partagé leur expérience quant à l'attention des étudiants dans le couplage cours/ordinateur. En résumé, il apparait que les étudiants ne peuvent porter leur attention que sur une seule chose à la fois : soit ils regardent et manipulent leur ordinateur, soit ils écoutent le professeur et prennent des notes. Et même, le bruit de la prise de note sur un clavier actuel est réellement perturbante pour les voisins, y compris le professeur.

On retrouve exactement la même problématique sur InternetActu où Hubert Guillaud fait la synthèse de plusieurs analyses sur l'économie de l'attention à l'université, (en particulier celle de Howard Rheingold, ) :

Sommes nous multitâches ? (1/2) : comment apprendre à maîtriser notre attention ? ici

Dans un ancien billet, j'ai écrit :

« Je ne crois pas à la fin du cours traditionnel, dispensé devant des étudiants (tout comme je ne crois pas à la fin du codex). Ces dispositifs ont fait la preuve de leur efficacité depuis des millénaires. Prétendre que des étudiants ne sont plus capables, ou simplement moins capables qu'autrefois, d'y soutenir leur attention est une spéculation qui mérite démonstration. Sans doute il y a nombre de questions à se poser en ce sens et nombre de techniques pédagogiques à réviser, mais prendre l'affirmation pour un acquis est dangereux.. et bien peu scientifique. »

« Les terminaux mobiles (cellulaires, blackberries, PC portables), sont des concurrents directs des professeurs sur la captation de l'attention en cours si l'on donne accès au réseau dans les amphithéâtres, car ils permettent d'échapper électroniquement au dispositif physique. L'université ne doit pas si facilement abandonner ses dispositifs traditionnels. En effet, le risque est que l'attention perdue ne se reporte pas sur l'apprentissage, mais sur bien d'autres activités qui permettent de dégager du temps de cerveau disponible pour des annonceurs. Le cerveau des étudiants est comme celui de chaque humain, facilement distrait. »

Et je me trouve conforté par Minh Thi Trinh de l'EBSI, merci à elle, qui m'a signalé une recherche récente sur l'attention des étudiants en classe faite à l'Université Brunel, au Royaume-Uni (UK) :

Mark S Young and alii, Student Pay Attention!

L'objectif de l'étude était de mesurer l'efficacité des cours traditionnels. Elle a montré notamment une baisse d'attention généralisée entre 10 et 30 mn de cours. Extraits de la conclusion (trad JMS) :

Les résultats de cette étude suggèrent que la concentration des étudiants décroit au cours d'un cours écouté de façon passive de la même manière que celle d'un opérateur humain de surveillance d'un équipement automatisé, avec de graves implications pour l'apprentissage et la performance. Les recommandations en termes de maintien de l'attention et de la concentration sont également analogues - au lieu d'intercaler des périodes de contrôle manuel (Parasuraman et al., 1996), on peut faire de courtes pauses ou de nouvelles activités visant à rétablir temporairement l'attention à un niveau normal. (..)

Alors que les groupes de discussions et autres sessions interactives ont des avantages clairs, ils ont aussi des inconvénients tels que la diminution du temps du cours, la réduction de l'exactitude et de la maîtrise du cours (Huxham, 2005; Lammers et Murphy, 2002). (..) Bien que nous ayons pris une interprétation « stricte » de l'apprentissage actif, les résultats de notre étude montrent qu'une vraie interactivité n'est pas nécessairement un critère d'approfondissement de l'apprentissage, ce qui suggère qu'une définition plus large de l'apprentissage actif comme « un processus d'engagement dans l'apprentissage à la fois au niveau cognitif et affectif » (Fry et al., 2003: 432) est probablement plus appropriée.

Sur cette base, simplement casser la baisse de vigilance peut être tout aussi efficace.

Ajout du 28 mai 2009

Voir aussi le deuxième volet de la synthèse d'H. Guillaud (ici) qui traite notamment des vertus de la distraction et ne m'a pas vraiment convaincu.

Ajout du 13 juin 2009

voir aussi :

Staphen Mahar, "The dark side of custom animation" in Int. J. Innovation and Learning, 2009, 6, 581-592 présentation ici

et Les nouveaux médias , un plus pour la mémorisation ?, Les Cahiers pédagogiques n 474 Par Éric Jamet

samedi 27 octobre 2007

Amphi vs Wi-Fi

Ce billet m'a été inspiré par une vidéo de M. Wesch, pointée par un des billets des étudiants de l'EBSI sur leur blogue. Pour suivre, il faut donc d'abord visionner la vidéo. Mon propos est de montrer que celle-ci souligne une vraie question, mais flirte avec la démagogie en présentant les technologies comme un destin. Elle pourrait alors justifier des décisions contestables, comme celle de l'Université de Montréal d'ouvrir à terme des accès Wi-Fi sur tout le campus, y compris dans les salles de cours.

Pour cela faisons d'abord un petit détour par l'économie de l'attention :

On connait la fameuse phrase de P. Le Lay, à l'époque pdg de la principale chaîne de télévision française Tf1 :

« Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective 'business', soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. (…)

Or pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible.(…)

Rien n'est plus difficile que d'obtenir cette disponibilité. C'est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l'information s'accélère, se multiplie et se banalise…»

(on trouvera la mise en contexte de cette interview et de la polémique qu'elle a suscitée sur wkp)

Pour lapidaire que soit l'affirmation, elle est juste et comprend deux dimensions : la captation de l'attention (ici par le flot du programme de TV) et la vente d'une partie de celle-ci, celle rendue disponible, à un tiers (l'annonceur). J'ai déjà eu l'occasion de l'écrire plusieurs fois (voir par ex ici), l'économie commerciale du Web fonctionne sur la même logique, en inversant le sens de la captation de l'attention : elle ne se fait plus à partir du diffuseur, mais à partir de l'activité de l'internaute.

La captation de l'attention n'est pas une activité nouvelle et n'a pas simplement une vocation commerciale. Son dispositif le plus ancien est, peut-être, l'amphithéâtre, lieu d'exercice du spectacle vivant (théâtre, cabaret, concert.. puis cinéma), du forum politique (Parlement), des conférences.. et des cours d'université. L'architecture de l'amphithéâtre est tout entière construite sur cet objectif : gradins, parfois demi-cercle, acoustique et même.. fauteuils peu confortables qui évitent l'endormissement. Le spectateur est «forcé» de suivre la performance de celui qui officie devant, en bas et au centre. À l'université le dispositif est encore plus contraignant puisque le professeur balaye du regard l'ensemble des élèves et peut éventuellement repérer les attentions distraites trahies par une gestuelle détachée.

L'objectif de l'université : la transmission de savoirs et l'accompagnement des apprentissages nécessite une attention et une concentration forte de la part des étudiants. Pour le dire à la manière de P. Le Lay, le temps de cerveau doit y être consacré au maximum et cela demande un effort important.

L'accès au réseau modifie, on le sait, les attitudes, jusqu'à peut-être les modalités de la pensée et les formes de construction du savoir. Je suis persuadé, comme beaucoup, qu'il nous faut, comme professeurs, non seulement en tenir compte, mais y participer et faire évoluer notre pédagogie en conséquence et je m'y applique. Néanmoins, il ne faut pour autant tomber dans l'angélisme et la naïveté. Je ne crois pas à la fin du cours traditionnel, dispensé devant des étudiants (tout comme je ne crois pas à la fin du codex). Ces dispositifs ont fait la preuve de leur efficacité depuis des millénaires. Prétendre que des étudiants ne sont plus capables, ou simplement moins capables qu'autrefois, d'y soutenir leur attention est une spéculation qui mérite démonstration. Sans doute il y a nombre de questions à se poser en ce sens et nombre de techniques pédagogiques à réviser, mais prendre l'affirmation pour un acquis est dangereux.. et bien peu scientifique. Cela revient à dire, sans démonstration, que les dispositifs de captation de l'attention mis en place pour les annonceurs sont plus efficaces que les dispositifs traditionnels de l'université. C'est un sophisme.

Les terminaux mobiles (cellulaires, blackberries, PC portables), sont des concurrents directs des professeurs sur la captation de l'attention en cours si l'on donne accès au réseau dans les amphithéâtres, car ils permettent d'échapper électroniquement au dispositif physique. L'université ne doit pas si facilement abandonner ses dispositifs traditionnels. En effet, le risque est que l'attention perdue ne se reporte pas sur l'apprentissage, mais sur bien d'autres activités qui permettent de dégager du temps de cerveau disponible pour des annonceurs. Le cerveau des étudiants est comme celui de chaque humain, facilement distrait.

dimanche 25 mars 2007

Regarder la télévision sur son téléphone

L'Atelier propose une série de reportages sur l'Asie.

Un de ceux-là concerne la télévision reçue sur le téléphone cellulaire. Celle-ci s'est imposée très rapidement en Corée du Sud. Extraits du billet :

Le succès a été immédiat : un million d’abonnés en seulement vingt mois pour accéder à ce nouveau service qui, et cela doit être souligné, est payant ! (..)

L’investissement est en effet considérable : 500 millions d’euros ont été injectés par les actionnaires pour mettre en place le système de diffusion (satellite et relais terrestres) auxquels s’ajouteront bientôt 73 millions d’euros pour développer davantage encore le service.

Les revenus sont pour 99% générés par les abonnés. Il faut compter environ 20 dollars pour ouvrir un compte et 11 dollars/mois d’abonnement. Des programmes au Pay Per View sont également disponibles pour environ 2 dollars. TU Média perçoit directement environ 50% de ces recettes. Les fournisseurs de contenus et les télécoms touchent 25% chacun.

La publicité, la distribution de contenus et la fourniture de technologies ne génèrent que 1% des revenus pour le moment. TU Media souhaite faire monter ce type de services entre 5 et 10% de ses revenus dans les années à venir.

Selon ce modèle économique, TU Media estime son seuil de rentabilité à 4,5 millions d’abonnés. Aujourd’hui, plus d’1 million de Coréens a pris le pli.

On trouve aussi dans le billet une présentation impressionnante des récepteurs. À retenir qu'il s'agit bien ici de télévision au sens traditionnel, il n'y a pas d'interactivité.

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