Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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Mot-clé - 432. L’ECONOMIE DU DOCUMENT ; L’économie du document ; Le secteur du document

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vendredi 16 novembre 2012

Les sept piliers de l’économie du document révisés (COOPT-Enssib)

Voici une première occasion d’appliquer mes bonnes résolutions sur les COurs Ouverts Pour Tous (COOPT). Il ne s’agit pas encore du cours transatlantique annoncé, mais, dans le cadre du master Politique des bibliothèques et de la documentation de l’Enssib, je dois animer quelques séances sur les « écosystèmes du document ». Compte tenu du petit nombre de séances, du public visé et des limites de mes compétences, je m’en tiendrai à une introduction à l’économie du document publié. Ce sera en même temps un test et une préfiguration pour le cours transatlantique ultérieur.

Les séances ont lieu en présentiel mais je vais utiliser la méthode de la classe inversée : le cours s’assimile à l’extérieur, avant la rencontre avec le professeur qui sert, elle, à vérifier que les notions ont été comprises et acquises. Dans la logique d’un COOPT, le cours (c'est-à-dire la partie non présentielle du processus) peut ainsi être ouvert et tout le monde peut en profiter… et même y participer, soit en annotant directement les matériaux du cours mis en ligne, soit en réagissant par Twitter avec #ecodoc. Je m’efforcerai de répondre à toutes les remarques.

La première séance sera consacrée aux particularités de l’économie du document. J’ai depuis longtemps l’habitude de les présenter sous forme d’une parabole dont les deux protagonistes sont une baguette de pain et un journal, parabole que j’actualise régulièrement. On trouvera ci-dessous la dernière version, fortement révisée par rapport à la précédente. Vous pouvez l’annoter, la commenter, contester, demander des explications et précisions, ajouter des références, etc. directement sur le fichier (l’outil est prévu pour par le bouton <Comment> en haut de la fenêtre) ou sur Twitter #ecodoc. Je suggère en particulier aux étudiantes de l’Enssib inscrites au cours de profiter de cette opportunité… cela leur sera très utile en vue de leur premier examen.

(si vous avez des difficultés de lecture, n'hésitez pas à agrandir le texte par la petite loupe en haut à gauche et tout rentrera dans l'ordre)

Pour aller plus loin, on peut lire la troisième partie du chapitre 4 du livre Vu, lu, su, et pour un lien vers les billets de ce blogue concernés par la thématique, cliquer sur les mots clés en haut de ce billet.

Autoévaluation

Pour vérifier votre compréhension, ci-dessous un petit quiz que je vous suggère d'annoter avec vos réponses et de discuter celles posées par d'autres lecteurs éventuels. De la confrontation nait la lumière !

(si vous avez des difficultés de lecture ou d'écriture, n'hésitez pas à agrandir ou rétrécir le document par les boutons en haut et à gauche de la fenêtre)

mardi 04 octobre 2011

Protodocument, document et néodocument

Hervé Le Crosnier dans le commentaire d'un billet récent me reproche d'avoir détourné la notion de protodocument telle qu'initiée par Pédauque. Je plaide (presque) coupable, pour la bonne cause. Mais le commentaire de Hervé et le rebond de Jean-Daniel Zeller qui le suit ouvre, à mon avis, d'autres questions, non sur le(proto)document mais plutôt sur le (néo)document qui nait sous nos yeux et au sujet duquel l'analyse reste encore bien faible.

Je reprends les propos de Hervé (en italiques) suivis de mes réponses :

D'après ma lecture de Pédauque, j'avais une autre vision du "protodocument". Non pas le prototype qui sera soumis au processus industriel de la duplication, mais un ensemble informel de "sources" (un terme utilisé par les historiens et les éditeurs de classiques, curieusement absent de ton texte), regroupés par un(e) "auteur(e)" (i.e. une entité responsable de la création du document, si l'on reprend la formule abstraite de définition du Dublin Core... qui peut donc être machinique, créative-personnelle, ou anonyme, notamment "par excès d'auteurs", comme dans Wikipédia) en vue de produire un "document" (une trace "intentionnelle" portant mémoire d'un événement ou de son interprétation). Tu proposes ici une autre définition (en tout cas différente de celle que j'avais compris/interprété), qui me semble peu opérationnelle.

Oui, j'ai peut-être employé le terme protodocument dans un sens (légèrement) différent de celui de Pédauque. Le terme est apparu dans le 3ème texte de Pédauque qui distinguait les proto-documents (collection de matériels documentaires, plus ou moins cohérents et organisés) du document (entité transmissible et socialement instituée).

Mais non, le terme ne se réduit pas dans mon esprit à la notion de prototype nécessairement reproduit industriellement. Bien des protodocuments, dans le sens que je suggère, ne seront pas reproduits. Les sources d'un historien, comme les tessons d'un archéologue, sont bien pour ces derniers des protodocuments, c'est à dire des entités uniques qu'ils sont capables de «lire» car ils ont acquis les compétences nécessaires à cet effet, intégré le contrat de lecture commun à leur spécialité. Le protodocument est ici le document de S. Briet, celui qui fait preuve. Dès lors, mon acception est surtout plus précise et plus claire que celle de Pédauque qui laisse largement place à l'interprétation.

J'ai compris dans cette notion aussi la première épreuve d'un texte car elle est bien aussi la preuve de la production de son auteur.

Mon premier objectif était de comprendre et non d'être opérationnel. Néanmoins, cette distinction éclaire, par exemple, la proximité et la différence entre l'archivistique et la muséologie, d'un côté, qui s'occupent de protodocuments et la bibliothéconomie, de l'autre, qui privilégie les documents et donc tous les outils associés aux uns et aux autres.

Les FRBR (Functional Requirements for Bibliographic Records) distinguent une frontière qui ne vaut pas forcément pour une définition globale, mais qui semble opérationnelle dans le monde des "documents édités" : il y aurait d'un côté les travaux "intellectuels" de création du document (ce qui au passage signifie que les bibliothèques ne considère comme tels, i.e. comme méritant l'insertion dans un catalogue de bibliothèque, que les "lus" qui relèvent d'une production "intellectuelle"), dans laquelle on distinguerait les "œuvres" (en général l'original) et ses "expressions" (par exemple les diverses traductions)... et de l'autre côté les "incarnations" de ce travail intellectuel dans des "manifestations", éventuellement multiples ("items").

On trouvera ici et une bonne présentation des FRBR. Les FRBR marquent en fait, mais de façon partielle en mettant en avant la notion d’œuvre et celle de manifestation, la différence entre les dimensions du document (Vu, lu, su), et non celle entre un protodocument et un document. Ces derniers ont bien toujours les trois dimensions.

Oui les bibliothèques mettent plutôt l'accent dans leur modèle sur le «lu», le contenu, du fait de l'utilisation de la non-rivalité de l’œuvre, c'est-à-dire des possibilités de partage des documents. C'est ce que j'ai tenté de montrer dans le dernier numéro du Documentaliste ou à Marseille récemment.

La tendance à confondre traces/protodocuments (i.e. recueil organisé de traces ou de sources, ou encore de "témoins") et "documents" (relevant d'une "décision" auctoriale, fut-elle machinique et algorithmique) ne me semble pas porteuse. Notamment quand on regarde les effets du côté du "su" : quels sont les droits (y compris le droit d'appartenir au Domaine public) associés à de tels "documents" sans "intention" ? Comment va-t-on leur associer un "droit moral", surtout si'l est "inaliénable" ? N'est-ce pas trop dangereux pour l'avenir tant du domaine public que du partage "volontaire" de la connaissance ? (..)

Il ne s'agit pas de confondre traces et protodocuments. Si toute trace, comme tout objet, peut devenir un protodocument, toutes les traces et tous les objets ne sont pas des protodocuments. Au contraire, rares sont celles et ceux qui ont acquis ce statut. Pour cela il faut bien, en effet, qu'il y ait eu une intention, c'est à dire un auteur ou un «inventeur» qui ait intégré la trace ou l'objet dans un système documentaire par un contrat de lecture lui donnant une signification pour une communauté. Donc la question du droit moral ou du domaine public n'est pas différente de celle qui est débattue aujourd'hui.

Il me semble néanmoins que les réactions de Hervé comme de Jean-Daniel soulignent d'une autre difficulté de plus en plus manifeste avec les développements du web (web 2.0 et web des données) et que ne lève en effet pas la distinction entre protodocument et document.

En réalité nous sommes de plus en plus confrontés à des néodocuments construits à la volée à partir de sources diverses et visant à répondre à nos requêtes ou même à les prévenir grâce aux calculs réalisés sur les traces que nous laissons. Dans ce nouveau régime documentaire, l'intention, l'auteur ou l'inventeur est le lecteur lui-même. Il gagne en efficacité et surtout en dépenses cognitives, du moins c'est l'objectif, mais il est pris dans un processus qui lui échappe et dont il ne peut mesurer les termes car il lui reste opaque.

Une version radicale de ce mouvement vers des néodocuments est présentée par le rapport sur les produits de données signalé et commenté récemment par Hubert Guillaud.

Dans cet horizon, les protodocuments sont réduits à des unités documentaires, les données, réunies en bases de données. Il s'agit bien ici de traces intentionnellement collectées et réunies selon un protocole qui s'apparente à un contrat de lecture permettant de les interpréter en croisant les bases entre elles. Mais les documents s'effacent progressivement pour un pilotage de services censés répondre à nos besoins sans dépense cognitive de notre part. L'exemple le plus parlant est peut-être celui de la carte géographique pour piloter une automobile. Celle-ci est remplacée d'abord par un GPS qui calcule la position et les itinéraires en temps réel et l'affiche sur un écran, puis par une voiture automatique capable de se rendre toute seule d'un point A à un point B, en tenant compte du trafic.

Intégrer un processus complexe et donc effacer les documents qui le décrivait n'est pas nouveau, c'est le propre même d'une machine. La différence est qu'aujourd'hui, la machine est une machine documentaire, c'est à dire une machine qui s'appuie directement sur des protodocuments qu'elle lit et interprète toute seule pour engager l'avenir. Il y a là matière à réflexions.

Actu du 12 octobre

À lire absolument le billet de A-M Chabin et la discussion qui le suit sur la traduction de record en français, russe, espagnol, allemand, roumain. Une superbe discussion sur la notion de document d'archive. Traductibilité, 10 oct 2011

mercredi 08 septembre 2010

Les contours de l'économie du document

Je suis en train de rédiger un manuel ou un livre pour accompagner le cours sur l'économie des documents, ce qui m'amène à réviser bien des notions présentées. J'en proposerai périodiquement quelques extraits pour les soumettre à une critique éventuelle. Voici donc un extrait du deuxième chapitre sur la délimitation du secteur.

La Commission européenne a publié en 2010 un livre vert sur les « industries culturelles et créatives » actuellement soumis à la discussion (ici) et qui s'appuie sur un rapport préalable sur la mesure des activités culturelles (pdf). Les experts européens, après avoir fait la synthèse des propositions des différents pays et organismes, ont suggéré de regrouper les activités culturelles en un « secteur culturel et créatif » dont les frontières sont définies dans le tableau ci-dessous (p.56).

Secteur-culturel-creatif-europe-56.jpg

On peut remarquer tout d’abord le découpage en un « cœur » et trois « cercles ». Le cœur représente les activités fondatrices du secteur : les arts visuels, les arts du spectacle, le patrimoine. Le cercle 1 reprend les industries culturelles dans leur acception classique. Les cercles 2 et 3 présentent ce que la Commission européenne appelle désormais les industries créatives : le design, l’architecture et la publicité d’une part et, d’autre part, les industries connexes. La délimitation de ces dernières constituant le cercle 3 est indiquée comme plus floue, car elles appartiennent aussi à d’autres sous-secteurs. Les activités citées sont les fabricants de matériels d’enregistrement et de lecture et les opérateurs de réseaux, reliés au secteur des technologies de l’information et de la communication.

Le cœur indiqué représente, en réalité, les origines anciennes de l’économie du document, on pourrait dire sa préhistoire. Les productions ont bien aussi les caractéristiques d’un document et notamment sa fonction de transmission ou de preuve, mais elles restent limitées au stade du prototype : l’œuvre d’art, le spectacle, le monument ou l’archive. Il s’agit en quelque sorte d’une activité protodocumentaire.

Il est une activité ici placée dans le patrimoine qu’il faut pourtant déplacer pour rendre compte correctement de l’économie du document. Suite à la diffusion du livre à grande échelle, puis des revues et des journaux, les bibliothèques quittent, en effet, ces prémices artisanaux et aléatoires pour se multiplier en inventant progressivement la bibliothéconomie, c'est-à-dire une organisation rationnelle, on pourrait dire industrielle, d’un service d’accès aux documents. Il faut donc les retirer du cœur ou des origines, du moins pour celles dont la mission première n’est pas la conservation, et les placer dans la rubrique suivante qui réunit les activités industrielles, le cercle 1.

Plusieurs corrections ou ajustements doivent être effectuées dans ce premier cercle. La musique, tout d’abord, est mise comme une catégorie générale dans les industries culturelles. Cela se justifie en économie de la culture par la cohérence, la complémentarité des différentes activités musicales et leur articulation. Mais, d’un point de vue documentaire, les concerts, la musique vivante relève du spectacle, c'est-à-dire de la catégorie précédente, tandis que la musique enregistrée, qui est directement de l’information consignée donc bel et bien un objet documentaire, participe clairement à la catégorie industrielle. Celle-ci, de plus, comprend aussi les bases de données qui sont exclues dans le tableau de la Commission. Enfin le plus problématique est que les nouveaux industriels du web-média sont absents de ce premier cercle, à part les jeux vidéos : ni les portails, ni les moteurs, ni les réseaux sociaux ne sont mentionnés. Pourtant ils jouent un rôle crucial aujourd’hui pour l’économie du document, déstabilisant les industries traditionnelles. Ajoutons-les donc dans cette rubrique sous l’appellation de web-média. L’ensemble de cette rubrique est nommée par les experts de la Commission européenne « industries culturelles ». J’en ai modifié les contours, il faut donc en changer le nom. Conformément à notre propos, je les baptiserai « industries de la mémoire ».

Dans le deuxième cercle, seule parmi les éléments initiaux la publicité concerne l’économie du document. Mais son importance relève moins de sa créativité que de l’ouverture d’un second marché, celui des annonceurs ou plus précisément la construction d’un marché bi-face comme nous l’avons vu au chapitre précédent. La publicité relève donc aussi des industries de la mémoire, mais d’une façon décalée. Son activité est parallèle et articulée à celle de la presse, de la radio-télévision et, depuis peu, du web-média.

La notion de secteur créatif ne fait pas directement sens pour l‘économie du document qui se fonde sur le l'information consignée. Par contre, d’autres activités ne relevant pas directement des industries de la mémoire reposent sur une création, manipulation, distribution de documents. L’éducation transmet des savoirs par l’intermédiaire de professeurs, mais aussi d’une intense activité documentaire. Les administrations, privées et publiques, fonctionnent avec des documents. Tout une série de professions, notaires, avocats, agents, sont là pour rédiger et certifier l’authenticité de documents, agissant comme tiers parties. Ces trois domaines se sont transformés avec l’arrivée des moyens légers de production et reproduction documentaires, machine à écrire, reprographie, photocopieuses. Ils explosent aujourd’hui avec la bureautique et les facilités offertes par le traitement, les mémoires et les réseaux numériques. Ils forment un secteur que l’on appelle de plus en plus la gestion des connaissances, plus connu sous sa dénomination anglaise : le knowledge managment. L’économie de ce secteur est difficile à circonscrire et mesurer.

Le troisième et dernier cercle enfin est succinctement évoqué, comme « industries associées » dans le rapport de la Commission européenne. Il agrège les fabricants de matériels, de logiciels et les opérateurs de télécommunication et comprend un « etc. » qui laisse la porte grande ouverte. Il est indiqué en remarque qu’il s’agit notamment du secteur des technologies de l’information et de la communication. Pour l’économie des documents, ces acteurs sont essentiels car ce sont eux qui de plus en plus supportent, mettent en forme les documents et les rendent accessibles. Mais leur dynamique dépasse très largement ce rattachement car ils concernent aussi d’autres activités et s’adressent à d’autres marchés comme le e-business, le e-commerce, ou simplement la bureautique et le téléphone.

Toutes ces remarques permettent maintenant de présenter les contours de l'économie du document sur un tableau qui s’inspire du tableau précédent en l’amendant et le simplifiant.

Economie-du-document.png

mardi 06 avril 2010

eCommerce et Webmédia

La Commission des finances du Sénat de la République française a commandé à un cabinet de consultant un rapport : Greenwich Consulting, Evaluer l’impact du développement d’Internet sur les finances de l’Etat, octobre 2009, Rapport, synthèse

C'est une mine pour tout ce qui concerne le ecommerce, un des documents les plus complets que j'ai pu consulter, même si, comme dans toute étude de ce genre, on pourrait contester certains chiffres. Son objectif premier était de réfléchir sur le jeu des entreprises de l'internet avec les différences de fiscalité entre les États membres de l'Union européenne. Sur ce point le constat est édifiant, mais la richesse du rapport est d'abord dans la complétude du panorama.

Pour ce billet, je m'en tiens à trois tableaux :

Le premier présente l'ensemble des activités du ebusiness :

ebusiness-Greenwich-consulting.jpg

Le tableau nous appelle à la modestie. Le domaine qui nous intéresse sur ce blogue, celui des médias et des industries de contenu, ne représente qu'une petite part de cette activité. On la trouvera en totalité ou en partie :

  • pour BtoC dans la case Produits culturel, un peu dans Hi-tech, un tout petit peu dans Équipement de la maison
  • pour Intermédiation dans Petites annonces
  • pour BtoB dans Communication Web

Cette modestie est encore renforcée par la traduction de l'activité BtoC dans un panier de dépenses :

Panier-moyen-Grennwich-consulting.jpg

Les biens culturels se trouvent à la toute dernière place avec 28 Euros. Rappelons qu'en 2006, selon l'INSEE le budget d'une famille française consacré à la culture représentait environ 12% de ses dépenses totales (ici). Je crois que l'on a là une des meilleures illustrations de la difficulté à construire une économie viable du contenu sur le Web, alors même que celui-ci en est un des principaux matériaux.

Ces chiffres évidemment ne tiennent pas compte des rentrées publicitaires, mais nous savons que celles-là, puisqu'elles s'appuient sur une logique d'accès et non de diffusion (), échappent maintenant pour une grande part aux industries de contenu, pour se rattacher à toutes les autres activités listées ci-dessus.

Enfin pour revenir à l'objet principal du rapport, j'ai retenu parmi bien d'autres ce tableau :

Fiscalite-Amazon-Greenwich-consulting.jpg

Il souligne spectaculairement la faiblesse de la structure de l'Union européenne face à des firmes transnationales.

dimanche 28 mars 2010

Échange inégal

L'Unesco a publié en octobre dernier un volumineux et important rapport : Investir dans la diversité culturelle et le dialogue interculturel (UNESCO, 2009), présentation, rapport, résumé.

Ci-dessous quelques éléments du chapitre 5 sur les médias Communication and cultural contents. Rien de nouveau, ni de révolutionnaire, mais des faits qu'il est important de rappeler régulièrement, car on les oublie vite et pourtant ils éclairent crûment bien des débats, pressions et polémiques actuelles.

En 2006, les industries des médias et de la culture représentaient plus de 7 % du PIB mondial et pesaient environ 1 300 milliards de dollars des États-Unis, soit environ deux fois les recettes du tourisme international, estimées au même moment à 680 milliards de dollars. Dans les années 1990, l’économie de la culture et de la création a connu dans les pays de l’OCDE un taux de croissance annuel deux fois supérieur à celui du secteur tertiaire, et quatre fois supérieur à celui de la production industrielle. Ces dernières années ont vu une concentration du secteur entre les mains de quelques grandes sociétés multimédias transnationales et d’une poignée d’acteurs mondiaux de l’univers des médias.

En réalité les échanges commerciaux de biens et services culturels ne concernent que les pays de l'OCDE, c'est à dire les pays développés (composition de l'OCDE)

Unesco-export-import-2006.jpg

L'Europe est, de loin, le principal exportateur de documents imprimés et de musiques enregistrées. Puis vient l'Amérique du nord et enfin l'extrême Orient, avec là aussi la montée récente de la Chine.

UNESCO-Export-2006.jpg

Les États-Unis dominent le cinéma et l'image animée en général.

Unesco-films-2006.jpg

Le tableau montre aussi la résistance de certaines cinématographies nationales, comme l'Inde avec Bollywood et la France, grâce à sa politique d'aide.

Maintenant, relisons ces données en pensant aux discussions sur Google-Books, Amazon-Kindle ou Apple-iPad, et auparavant celles sur la musique numérique. Une clé de compréhension ne se trouve-t-elle pas aussi dans ces rapports commerciaux, très géographiquement centrés et dans la recherche d'un nouveau partage au dessus de l'Atlantique à partir du numérique ?

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