Bloc-notes de Jean-Michel Salaün

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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Mot-clé - 433. L’ECONOMIE DU DOCUMENT ; L’économie du document ; Caractéristiques économiques du document

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mardi 26 avril 2011

Introduction au cours sur l'économie du document

La mise en ligne de la version 2011 du cours en ligne sur l'économie du document approche. Cette année, il sera concentré sur trois semaines pleines. Le temps réduit oblige les étudiants à avoir assimilé quelques notions fondamentales avant le début du cours.

C'est pourquoi j'ai développé la thématique de la séance introductive sous forme d'un texte rédigé comme un chapitre de livre. ici. Après avoir montré l'oubli de la notion de document par les économistes, le texte insiste sur sept caractéristiques de son économie, présentées comme sept piliers et montre qu'elles se combinent pour structurer trois marchés distincts.

Il reprend donc la parabole de la baguette et du journal déjà présentée sur le blogue dans une version plus ancienne et succincte, mais illustrée. ici

Pour approfondir, on pourra consulter cette bibliographie :

  1. Chris Anderson, “The Long Tail” (Change This, Décembre 13, 2004), .
  2. Yochai Benkler, The Wealth of Networks: How Social Production Transforms Markets and Freedom. New Haven, Conn: Yale University Press. 2006, (version française :La Richesse des réseaux. Marchés et libertés à l'heure du partage social, Presses Universitaires de Lyon., 2009, Introduction en ligne sur InternetActu ).
  3. Didier Durand, “ Revue de livre: "The Long Tail" ("La Longue Traîne") de Chris Anderson,” Media & Tech, Septembre 8, 2006, .
  4. Xavier Greffe, Introduction : L’économie de la culture est-elle particulière ?, Revue d'économie politique, 2010/1 (Vol. 120)
  5. Xavier Wauthy, “No free lunch sur le Web 2.0! Ce que cache la gratuité apparente des réseaux sociaux numériques,” IRES, Université Catholique de Louvain, no. 59, Regards économiques (Mai 2008),
  6. Carl Shapiro et Hal R Varian, Information Rules, A Strategic Guide to the Network Economy, (Harvard Business School Press, 1998). Site compagnon (voir en particulier <Themes> et <Teaching/The Information Economy>) : .

Exemples d'application du raisonnement :

mercredi 28 juillet 2010

Économie immatérielle

Autre suggestion de lecture longue pour l'été :

Olivier Bomsel, L'économie immatérielle : Industries et marchés d'expériences, Nrf Essais (Gallimard, 2010). (itw Télérama).

Par une relecture d'auteurs, classiques et plus récents, ce livre ne suggère pas moins qu'une révision du sens de l'histoire de la pensée économique et, sans doute, de l'économie elle-même. Partant du principe que la science économique depuis A. Smith s'intéressait à «l'économie des choses» et à la division du travail ou l'équilibre des marchés, il montre qu'une rupture du raisonnement s'est opérée par la proposition de R. Coase en 1937 dans son célèbre article The nature of the firm (pdf). Coase suggère de prendre en compte les coûts de transaction pour expliquer le partage de la production et la distribution des biens entre un marché d'un côté et des organisations de l'autre. Dès lors, la division du travail pour améliorer la productivité n'est plus l'explication essentielle du développement économique, mais il faut plutôt la chercher du côté des conventions ou des contrats qui se mettent en place, souvent par écrit, pour configurer l'économie. Mieux, avant même de contracter, les protagonistes doivent se renseigner sur les modalités des diverses formules (marché ou organisation) pour faire un choix éclairé, tout ce processus est informationnel et coûteux. Ainsi nous serions passés progressivement d'«une économie des choses» à «une économie immatérielle».

Autre proposition de l'auteur : dans cette économie, les effets de réseaux sont importants, et donc les externalités, positives ou négatives, dont profitent ou que subissent chaque consommateur individuel du fait de la consommation d'un bien ou d'un service par d'autres individus. Les effets de réseaux sont particulièrement importants dans les biens informationnels qui se trouvent maintenant au cœur de l'économie. O. Bomsel suggère que les institutions mises en place pour «internaliser» ces effets, c'est à dire les maîtriser et les réguler pour le bien de la collectivité soient intégrées dans le raisonnement économique.

Je ne saurai ici relever tous les points stimulants de ce livre qui a le mérite de sortir du discours convenu sur l'économie numérique et de faire réfléchir. Pour alimenter sa thèse, O. Bomsel relit de nombreux classiques de l'économie. C'est très salutaire et très éclairant, même si on peut s'étonner de l'absence d'H. Simon et la rationalité limitée (wkp) ou encore O. Williamson sur les coûts de transaction (wkp). De plus, il ne semble pas opérer une distinction nette entre le rôle de l'information dans l'économie et les activités économiques consacrées à l'information (industries culturelles, industries de l'information). Sans doute, la thèse d'une «économie immatérielle» suggère que toutes les activités économiques sont consacrées à l'information, mais je ne suis pas vraiment sûr, même si la notion de «biens d'expérience» ou la signification des consommations s'étend que les particularités des branches jusqu'ici spécialisées dans ce domaine se retrouvent dans le reste de l'économie.

L'auteur m'a beaucoup moins convaincu lorsqu'il s'éloigne de l'économie elle-même pour la psychanalyse, la linguistique ou la sémiotique. Il cite J. Lacan ou M. Foucault, mais ignore J. Baudrillard (celui du Système des objets ou de Pour une critique de l'économie politique des signes) ou encore G. Debord, qui auraient pu enrichir ou nuancer ses propos. Et surtout il méconnait les travaux en sciences de l'information, et notamment les interrogations sur la notion d'information et celle de document, à part une référence au livre de 1991 sur l'histoire de la signature de B. Fraenkel (pour un travail plus récent du même auteur sur le sujet voir cairn). Pourtant, la question qu'il pose est bien celle du rôle prééminent dans l'économie de «l'information consignée», l'objet premier des sciences de l'information.

Sur ces dimensions, l'auteur, fasciné par le livre Écrire à Summer de JJ Glassner sur l'invention de l'écriture cunéïforme, déduit dans un raccourci rapide que le numérique serait une nouvelle écriture universelle puisque tous les signes s'y réduisent à une série de 0 et de 1. Mais, si une formule comme «c'est la première fois depuis cinq mille ans qu'on invente une nouvelle écriture» peut séduire un journaliste de Télérama et frapper l'imagination des lecteurs, il s'agit là d'un contresens : le numérique n'est pas une nouvelle écriture. On peut objecter, en effet, de nombreux arguments à cette proposition. Tout d'abord, le 0 et le 1 sont des chiffres arabes écrits (wkp) dont l'universalité ne date pas d'hier. Ensuite, personne ne sait lire un programme informatique écrit en binaire, il s'agit en réalité de commandes envoyées à la machine et non une écriture. Les 0 et 1 ne représentent qu'une alternative de commande, oui ou non, fermé ou ouvert, et la grande innovation de ce côté est d'y avoir introduit le calcul booléen. Une écriture que personne ne peut lire n'a pas d'existence.

Ainsi, il serait plus juste de comparer la possibilité de consigner et reproduire tous les signes grâce à l'informatique à l'invention de l'imprimerie qu'à celle de l'écriture, une réelle innovation, une révolution même grâce aux possibilités quasi-infinies de reproduction, de combinaison et de transformation qu'ouvrent la puissance du calcul. C'est déjà beaucoup et n'est pas sans conséquence sur les écritures traditionnelles elles-même, comme en leur temps l'invention des caractères mobiles (voir, par exemple, les conséquences de la multiplication des SMS sur la connaissance des caractères chinois ici). Mais est-ce alors compatible avec la proposition de l'auteur d'une «économie immatérielle» ? Je ne sais.

samedi 04 octobre 2008

«Le marché des médias devient un marché de consommation comme les autres», vraiment ?

Voilà des réflexions tout à fait en phase avec le cours de cette semaine sur le pentagone (voir ici) :

Éric Scherer, “Fin de la TV et crise terminale des quotidiens d’information,” MediaWatch, Octobre 4, 2008, .

Extrait :

« Fin de la TV » : en fait, c’est plutôt de « la fin du broadcasting et de la mort de la grille des programmes » dont il s’agit, a précisé Veron, ce matin à l’occasion lors d’un Colloque au Sénat pour les 20 ans de la revue Hermès.

Jusqu’ici, le producteur de contenus TV était dans la situation incroyablement confortable de pouvoir programmer à la fois l’offre et la demande. Désormais, le marché des médias devient un marché de consommation comme les autres, avec « la mise à mort de la grille des programmes », où « la programmation de la production est passée du producteur au récepteur ». Et « en Argentine, quand un jeune couple s’installe, il n’achète plus de téléviseurs ».

«Crise terminale des quotidiens d’informations » : « elle s’est déroulée encore plus vite qu’on ne le pensait il y a 10 ans ». « La proportion de personnes qui lisent chaque jour un quotidien a diminué de moitié ces dernières années, pour ne représenter plus que 7% en Argentine ». « Ils vont disparaître et très bientôt, il n’y aura plus de gens qui lisent des journaux tous les jours. »

Dans certains pays, le lien le matin avec le journal était aussi fort qu’avec le JT du soir. « C’est en train de se décomposer totalement. Ca s’est cassé ces 5 dernières années ».

La question est bien de savoir si, comme parait le constater en Argentine Eliseo Veron, le pentagone est en train de s'effondrer au profit du Web-média ou si les différents médias vont coexister une fois la redistribution terminée. Car il y a une erreur dans son raisonnement : le marché des médias n'est pas devenu un marché de consommation comme un autre. Il n'y a pas dans le Web-média un lien direct entre la consommation d'un document et une transaction financière. Si le marché de l'attention domine, il faudra toujours la capter et il n'est pas sûr alors que, pour l'audiovisuel, les bonnes recettes de la programmation ne restent pas les plus efficaces. La difficulté de rentabilisation de YouTube n'est pas anodine.

mercredi 17 septembre 2008

Wikipapier et les sept piliers

Le lancement par Bertelsmann d’une version papier de Wikipédia a été le premier sujet de discussion du forum des étudiants du cours en ligne. L’exercice consistait à analyser le projet de l’éditeur, présenté dans un précédent billet (ici) grâce aux éléments apportés par le premier cours ().

Comme l’actualité nous rattrape et que le livre est maintenant sorti (), je reproduis ci-dessous la synthèse de la discussion en reprenant, dans l’ordre, les «piliers» présentés dans le cours.

  • Pilier 1 : la non-rivalité a permis de proposer une encyclopédie gratuite en ligne à tous les internautes. C’est un apport essentiel de Wikipédia. Mais celle-ci interdit en réalité sa valorisation pour les producteurs. Le passage sous format papier, redonnant quelques caractéristiques rivales d’une marchandise ordinaire, permet cette valorisation. Pour vous en convaincre, je vous suggère la lecture de ce billet ci-dessous qui est un autre exemple du même processus (La publication par P. Assouline des commentaires de son blogue). La différence entre les rémunérations est frappante.

Nicolas Kayser-Bril, “Brèves de blog: Une nouvelle forme de monétisation?,” Window on the Media, Septembre 11, 2008, ici.

  • Pilier 2 : le cout de la première copie de Wikipédia est dérisoire comme rappelé dans le billet, du fait de l’appel au bénévolat et d’une économie du don. Ceci amène à une situation étrange pointée par H. Le Crosnier où 90.000 auteurs sont répertoriés sur 27 pages, sans évidemment bénéficier de la moindre rémunération, ni en argent, ni même en prestige. Dans ce processus Bertelsmann sort grand gagnant puisqu’il n’a assumé aucun coût de création et paie des droits minimes. Même s’il faut prendre en compte les coûts d'édition (mise en page, correction..), les risques de l’édition papier deviennent très réduits.
  • Pilier 3 : Bertelsmann ne publie évidemment pas la totalité du site, mais simplement certains articles dument validés. La publication papier stabilise le contenu et lui confère un statut plus fort, encore souligné, comme cela est suggéré dans le billet, par l’aura du livre. Il y a là une tentative intéressante d’appuyer la valeur du contenu sur l’apport symbolique des deux supports.
  • Pilier 4 : Les liens et la possibilité de navigation à l’intérieur de Wikipédia en ligne sont une réelle valeur ajoutée par rapport au papier. Le numérique permet une utilisation optimale de la plasticité des informations. Mais celle-ci est-elle valorisée pour les producteurs de contenu ? En réalité, elle ne bénéficie qu’au lecteur, la production de Wikipédia étant bénévole et quasiment anonyme. Il ne faut évidemment pas négliger ce bénéfice, important pour la société dans son ensemble, mais l’absence d’économie du contenu fait de l’expérience Wikipédia, une expérience unique, peu reproductible. L’intérêt de la plasticité est aussi qu’elle permet d’utiliser les fonctionnalités différentes de différents supports et dispositifs pour un même contenu. Il s’agit bien de deux produits différents. Il s'agit néanmoins de la même marque et des mêmes éléments de contenu dont seulement les fonctionnalités et la plasticité seront différentes. Le livre papier a aussi des avantages fonctionnels qui expliquent sa résistance, alors même qu’il est sur le déclin depuis de longues années. Il est vrai que le pari n’est pas gagné puisque, justement malgré la résistance globale du livre papier, le marché des encyclopédies, lui, s’est écroulé face au numérique. Mais dans ce cas précis le risque financier est maigre (voir Pilier 2). La mise en abime, grâce à la plasticité, est encore plus fascinante puisque le livre est aussi consultable sur Google-books, comme le signale Olivier (ici).
  • Pilier 5 : la notoriété capitalisée par Wikipédia autour de sa marque sert à lancer le produit papier. Si des lecteurs achètent le livre, ce sera grâce à cette dernière. Inversement, comme indiqué dans le billet, Wikipédia bénéficie de la reconnaissance officielle et non-négligeable compte-tenu des polémiques à son sujet, d’un éditeur.
  • Pilier 6 : Par sa position dans l’audience captée sur le Web, Wikipédia pourrait valoriser une vente d’attention. Elle n’a pas fait ce choix qui risquerait peut-être de tarir l’ardeur de ses bénévoles. Néanmoins, l’attention ainsi captée ne peut non plus être valorisée par un autre acteur, sinon au niveau des requêtes par un moteur de recherche. D’un point de vue marchand, il y a là une destruction nette de valeur. Ironiquement, celle-ci peut-être en partie récupérée via Google-books. Wikipédia se positionne alors comme un «bien public», hors économie marchande et en concurrence avec cette dernière.
  • Pilier 7 : En choisissant les thèmes les plus consultés, Bertelsmann se positionne dans la partie gauche de la courbe, ce qui est tout à fait en cohérence avec une économie éditoriale. Il y a là la possibilité d’une complémentarité entre la version papier et la version en ligne qui autorise une consultation de l’ensemble des articles, y compris les moins populaires. De ce point de vue, la version en ligne est proche d’une économie de bibliothèque. La bibliothèque est en effet la première structure à avoir utilisé l’économie de la longue traîne. Bien avant que C. Anderson propose ce nom, les bibliothécaires avaient repérés cette distribution de la demande chez leur lecteur. Et on peut même faire l’hypothèse que c’est parce que les coûts de stockage, classement, distribution des documents peu demandés étaient trop lourds qu’un marché n’a pu se développer dans ce domaine avant l’arrivée du numérique.

samedi 01 avril 2006

Livre, mots-clés

Les mots-clés renvoient aux billets du blogue correspondant aux différents chapitres, parties et sous-parties du livre.