Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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Mot-clé - 523. À LA RECHERCHE DU NEODOCUMENT ; L’élaboration d’un modèle commercial ; La stratégie du médium : Facebook

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vendredi 27 juillet 2012

Facebook, une économie de plus en plus politique

Facebook, suite à son entrée en bourse, présente pour la première fois ses résultats trimestriels. Ainsi nous pouvons maintenant suivre plus lucidement l'évolution de la firme. Pour autant le décryptage n'est pas évident car il se confirme qu'il ne s'agit pas d'une firme comme une autre. Les résultats officiels sont accessibles ici. Ci-dessous quelques leçons que j'en ai tirées.

Priorité à la publicité

Après un trimestre inquiétant, le chiffre d'affaires est reparti à la hausse tout en restant modeste par rapport à la croissance en volume de la firme (1.184 M de $). La croissance ne provient que de la publicité qui reste la part principale des revenus. La tentative de monétisation des services, principalement les jeux, semble stagner d'autant que le plus gros "joueur", Zynga, a présenté des résultats décevants ce trimestre (ici).

Facebook-revenus-Q2-2012.png

Facebook a toujours eu du mal à attirer les annonceurs. Il y a une raison structurelle que l'on pourrait appeler l'effet "Séraphin Lampion" : comme le capitaine Haddock, nous préférons les amis désintéressés. A celle-ci vient s'ajouter le fort développement de l'usage de FB par le téléphone mobile qui augmente encore la difficulté.

Priorité au management

L'effort semble toujours mis sur la R&D et sur le management, au détriment des résultats financiers. La firme affiche ainsi des pertes ce trimestre de 150 M de $... justifiées par la distribution d'actions aux salariés.

Les boursiers l'ont maintenant compris et la firme se trouve à la valorisation boursière attendue par les plus lucides, autour des 22 $ (ici)

La firme dispose de 10,2 milliards de cash dont 6,8 proviendraient du résultat net de l'entrée en bourse. C'est un chiffre intéressant à la fois parce qu'il montre que la firme dispose de liquidités pour financer sa croissance, mais aussi inversement parce qu'il démontre bien que la firme s'appauvrit et vit toujours sur la spéculation. En effet si l'on retire l'apport boursier, nous arrivons à une somme de 3,4 milliards, soit 0,5 de moins que le cash annoncé dans le document d'entrée en bourse. Dans l'intervalle, seul l'achat d'Instagram qui représente en cash 0,3 milliard de dépense est notable (ici).

L'Occident finance la croissance de Facebook dans le reste du monde

Aujourd'hui la crise touche l'Occident tandis que les pays dits émergents tirent l'économie mondiale vers le haut par une croissance à deux chiffres. Mais pour le développement de Facebook, la situation est plutôt inversée : c'est l'Occident qui finance la croissance du réseau dans le reste du monde. Deux figures le montrent clairement.

Facebook-ARPU-Q2-2012.png Le revenu moyen par usager aux Etats-Unis (3,2 $) est aujourd'hui plus du double de celui de l'Europe (1,43), six fois supérieur à celui de l'Asie (0,44) et plus encore comparé au reste du monde. Sur deux années, ce revenu a légèrement augmenté pour ces derniers pays, tandis qu'il passait de 1,87 à 3,2 aux US.

Facebook-usagers-Q2-2012.png Inversement, il y a aujourd'hui plus d'usagers FB non-occidentaux qu'occidentaux. Le croisement des courbes a eu lieu au milieu de l'année 2011. On voit sur la figure qu'en nombre d'usagers la croissance de FB stagne maintenant aux Etats-Unis, Canada et Europe tandis qu'elle reste fortement orientée à la hausse dans le reste du monde.

Si l'on croise ces différentes informations, on constate que la firme n'a pas de souci à court terme pour sa croissance et son innovation du fait de l'argent frais récupéré en bourse. Cela correspond bien à la culture d'origine de l'entreprise. Inversement sauf changement stratégique majeur en direction du commercial et donc rupture par rapport à sa culture originelle, on voit mal comment elle pourra valoriser sa croissance à l'extérieur de l'Occident qui risque de peser de plus en plus lourd dans ses charges (ici).

Mais on peut faire une tout autre lecture de cette évolution et considérer que l'implantation internationale de Facebook devient maintenant un enjeu géopolitique pour les Etats-Unis, un peu à l'image de la stratégie d'implantation internationale du cinéma hollywoodien au lendemain de la seconde guerre mondiale. Les exemples des conséquences politiques de l'usage de FB dans les pays non-occidentaux ne manquent pas. En effet, la firme est à la fois un outil important de promotion du modèle occidental à l'échelle mondiale et un précieux outil de connaissance et de surveillance du comportement des populations. Si l'on suit cette interprétation, il est probable qu'on saura trouver sur le marché américain de quoi maintenir la bonne santé de la firme.

18 août 2012

Un peu naïf, mais significatif de l'avenir de l'économie politique de la firme :

Howard, Philip N. « Let’s Nationalize Facebook ». Slate, août 16, 2012.

30 Août 2012

Voir INA-Global Facebook : le boom des pays émergents

lundi 21 mai 2012

La valeur de Facebook

A lire...

« Well, Now That Everyone Has Sobered Up, Let’s Figure Out What Facebook Is Actually Worth... » Business Insider, 21 mai 2012.

L'entrée en bourse de Facebook pourrait être un désastre pour des millions d'investisseurs individuels.

Un prix correct pour Facebook pourrait-être entre 16 et 24$. (l'action a été proposée à 38$)

Facebook-vs-Google-Businessinsider.jpg

Au moins les lecteurs de ce blogue étaient prévenus.

jeudi 17 mai 2012

Facebook : Take the money and run...

J'ai déjà eu l'occasion (ici ou ) de montrer combien les entreprises du web suivies sur ce blogue étaient pilotées par les ingénieurs-managers sur le dos des actionnaires-spéculateurs les plus naïfs, les plus malins récupèrent aussi le jackpot. L'entrée en bourse de Facebook est une nouvelle illustration d'un fonctionnement dont le moins que l'on puisse dire est qu'il a perdu toute rationalité économique et morale, comme le montre un récent article de La Tribune. A cette occasion :

  • Marc Zuckerberg va récupérer personnellement plus de 1 Mds de $.... pour payer ses impots, en vendant quelques actions tout en conservant 58,8% des droits de vote ;
  • Peter Thiel, fondateur de PayPal compagnon du précédent depuis 2004 dont j'ai déjà eu l'occasion de souligner les opinions libertariennes, va céder pour plus de 200 millions de dollars d'actions (il aurait en réalité vendu 1/3 de sa participation pour 640 M de $...) ;
  • Le fonds Accel Partners, au capital depuis 2005, un an après le lancement du réseau social, se déleste de 20% de ses titres, pour un montant de l'ordre du milliard de dollars ;
  • Le fonds russe DST de Yuri Milner vend aussi 28% de ses parts pour plus de 800 millions et la société Internet russe Mail.ru cède également pour 350 millions (c'était prévu).
  • La banque Goldman Sachs vend aussi une douzaine de millions d'actions, un autre compère dont les opérations douteuses avaient déjà aussi été pointée sur ce blogue.

Dans le même temps, nous savons que les résultats financiers de la firme sont préoccupants et General Motors vient d'annoncer le retrait de son budget publicitaire faute d'efficacité.

Bien sûr, la réussite en terme de services et de couverture de la firme est toujours très impressionnante. Mais le contraste avec la réalité économique immédiate est inquiétant. Et surtout le gouffre entre les comportements et les discours lénifiants sur le web est abyssal.

18-05-2012

Libé : Dans le grand bain de la bourse, Facebook fait un plat

Facebook a récupéré dans l’opération 6,84 milliards de dollars, sur une opération totale de quelque 16,02 milliards de dollars, le solde revenant à des actionnaires initiaux.

11-06-2012

Pour une défense argumentée, mais discutable de FB, voir :

[Opinion Facebook : les marchés font preuve de passéisme !|http://blog.lefigaro.fr/medias/2012/05/opinion-les-marches-sont-passeistes.html] de MC Beuth

22-08-2012

Acte 2 :

« Les principaux actionnaires de Facebook ont commencé à revendre leurs titres, Actualités », Les Echos

jeudi 19 avril 2012

Instagram, pique et pique et colegram

Beaucoup d'observateurs se sont esbaudis ces derniers jours du prix payé par Facebook pour l'achat de Instagram (1 Milliards de $), se sont interrogés sur les subtilités stratégiques de cette acquisition ou encore se sont inquiétés des conséquences sur le service rendu aux usagers.

Mais plusieurs articles de la presse US qui éclairent les détails de cette transaction (NYT, WSJ, repérés par Le Monde) montrent aujourd'hui qu'il s'agit surtout d'un tour de passe-passe du Pdg de Facebook qui illustre jusqu'à la caricature la thèse présentée ici même dans un billet précédent sur le pouvoir absolu des ingénieurs managers (voir d'ailleurs dans le même temps une autre illustration chez Google Libé).

Instagram ne sera pas payée 1 Milliards de $

Sur la base d'un prix de 1 Mds, le rachat de la firme s'est fait pour 30% en cash et 70% en actions. Cela signifie qu'aujourd'hui dans ce deal personne ne peut dire combien vont toucher les propriétaires d'Instagram, mais Facebook, lui, ne paiera "que" 300 Millions de $.

La valeur finale du prix touché dépendra donc de la valeur des actions de Facebook qui doit entrer en bourse mi-mai. Il semble que le deal se soit construit sur une valorisation de 75 Mds, en dessous des prévisions actuelles des observateurs actuellement à 100 Mds. Il est donc possible que les vendeurs touchent plus que le milliard promis.

D'un autre côté, le cout payé par Facebook, 300 Millions, n'est pas une si mauvaise affaire puisqu'Instagram était valorisée juste avant l'opération à 500 Millions sur le second marché.

Ainsi les dirigeants des deux firmes touchent le jackpot, sur le dos des spéculateurs boursiers. Le vendeur en récupérant un joli pactole, l'acheteur en ajoutant au portefeuille de son entreprise des services complémentaires aux siens à un coût intéressant. Mieux en attirant l'attention sur Facebook à un moment propice, on favorise sa valorisation à venir. Ce qu'on appelle dans les affaires du win-win.

Les deux compères

Il est un peu vain alors, je crois, de tenter une analyse stratégique sophistiquée de cette histoire, qui ressemble plus à une combine qu'à un choix entrepreneurial.

L'opération, racontée par le WSJ, s'est réglée en un week end, dans un quasi tête à tête entre Mark Zuckerberg, 27 ans, et Kevin Systrom, 28 ans. Le premier détient 28% des actions de sa société, mais contrôle 57% des votes. Le second détient 45% des parts de la sienne. Tous les deux sont donc très directement intéressés, et n'ont pas besoin de l'aval de leurs investisseurs pour prendre des décisions. Du moins aujourd'hui.

Selon le WSJ, le pdg d'Instagram aurait demandé d'abord un prix de 2 Mds de $. Voilà l'argumentaire de la négociation selon le WSJ (trad JMS) :

On raconte que M. Zuckerberg, qui envisageait de payer principalement en actions, a demandé à M. Systrom ce qu'il pensait de la valeur de Facebook. S'il croyait qu'un jour Facebook vaudrait autant qu'une société comme Google, 200 Milliards ou plus, alors l'équivalent de 1% de Facebook serait suffisant pour atteindre son prix.

C'était un argument comme un autre, sachant que la façon traditionnelle d'évaluer une société, par son cash-flow ou la somme de ses parties, est sans fondement quand la société ne propose qu'un produit et le donne gratuitement.

Ce dernier paragraphe sonne curieusement dans un tel journal. Il montre à quel point la finance est fascinée par la croissance explosive en activité des médias sociaux. Croyant sans doute à un futur âge d'or de l'exploitation des données personnelles, elle a perdu tout esprit critique.

Drole de monde. En attendant, certains gamins astucieux savent profiter de la situation.

Bourre et bourre et ratatam...

mardi 07 février 2012

Le monde selon Facebook et selon Google

Pour rebondir sur la discussion d'un précédent billet voici deux images révélatrices des conceptions documentaires du monde par Facebook et par Google. Il reste à trouver celle qui représenterait le monde d'Apple. La comparaison des deux images est en effet instructive.

Facebook-P-Butler-14-12-2010.jpg

WebGL-Globe-Search-2012.jpg

On connait l'emblématique image des relations de Facebook, qui ressemble à une carte des lignes aériennes que l'on trouve dans les magazines disponibles dans les avions ou encore à celles des flux migratoires ou des échanges commerciaux des manuels de géographie de ma jeunesse. Facebook, chantre de la connexion, représente son activité sur une carte par des flux d'échanges.








Google propose de son côté un service expérimental de visualisation de données géolocalisées sur un globe terrestre, The WebGL Globe, et, comme exemple, il présente les recherches sur son moteur (search) colorée par langue dans le monde. On trouvera ci-contre une copie d'écran, mais l'image animée en 3D est beaucoup plus spectaculaire. Google présente ici son activité comme cumulative. Il ne s'agit plus de flux, mais de stock. La richesse d'informations accumulées en un lieu. Sans doute, la représentation est contrainte par l'algorithme qui organise de cette façon la visualisation des données, mais l'exemple n'est pas du au hasard, c'est aussi une image fidèle du modèle d'origine de la firme, issu de la bibliothéconomie. Dans la construction du modèle de Webmédia qui croise télé (-phone et -vision) et bibliothèque ou archives. Facebook penche plus, lui, vers la première origine.

Dans les deux cas, sur les deux cartes, on peut aussi visualiser l'implantation comparable des deux firmes américaines avec des déserts pourtant habités dus soit à l'absence d'activité sur l'internet dans ces zônes (Afrique), soit à l'existence de concurrents mieux implantés (Russie, Chine).

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