Bloc-notes de Jean-Michel Salaün

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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Mot-clé - 524. À LA RECHERCHE DU NEODOCUMENT ; L’élaboration d’un modèle commercial ; Intégration

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mercredi 25 avril 2012

Trimestre contrasté pour Apple, Google et Facebook

Le premier trimestre des trois entreprises que je suis dans ce blogue a été plutôt contrasté, confortant les tendances déjà notées. Rien à changer donc pour l'analyse.

Nouveau succès pour Apple

Une nouvelle fois Apple annonce un succès explosif pour le premier trimestre de cette année civile : 39,2 Milliards de $ de CA, 11,6 Milliards de profit. Le contenu ne représente toujours qu'une part très réduite des rentrées financières (5,5%), trois fois moins que la vente d'iPads et surtout dix fois moins que la vente d'iPhones qui se maintient à un niveau très élevé et fait plus de la moitié du CA de la firme.

En chiffre absolu, la vente de contenu par Apple représente pour la firme 2,1 Milliards de $ pour ce trimestre.

Maintien de Google

Le premier trimestre de ''Google'' a aussi été bon avec un ralentissement saisonnier peut-être un peu plus marqué que d'habitude. Le chiffre d'affaires s'est élevé à 10,6 Milliards de $ toujours réalisé à 96% par la publicité et la répartition entre les sites internes et externes n'a pas vraiment bougé. La recentrage voulu par Larry Page ne se lit pas encore dans les comptes.

Voilà le graphique actualisé. CA-Google-Q1-2012.png

Incertitude pour Facebook

Malgré les articles et analyses favorables à la veille de son entrée en bourse (ici), la situation de Facebook est plus incertaine. Ce trimestre montre une baisse nette de son chiffre d'affaires (1Mds pour ce trimestre), supérieure à ce que l'on pourrait attendre des variations saisonnières, en particulier face à la croissance toujours très forte de son implantation et de son activité qui induit forcément des coûts de structure en augmentation sans, semble-t-il, générer de rentrées proportionnelles.

Le partage entre ressources publicitaires et ressources dues au paiement ne semble pas avoir évolué de façon significative. Voilà le graphique actualisé.

CA-Facebook-Q1-2011.png

Actu 16-05-2012

Facebook n'est pas forcément l'affaire du siècle

samedi 17 décembre 2011

"Jusqu'à quel prix sommes nous prêts à payer le numérique ?"

En cette fin d'année, il semble que le dialogue de sourds entre les tenants d'un renforcement des outils répressifs pour défendre le droit d'auteur sur le web et les promoteurs d'un web débarrassé de toutes contraintes soit reparti de plus belle (voir par ex ici, une de ces postures sans nuance, présentée au nom des bibliothécaires). Je n'ai jamais été très convaincu par ces rhétoriques attisées par les intérêts commerciaux des éditeurs et producteurs d’un côté et ceux des opérateurs de réseaux et fournisseurs de services web de l’autre. Et les hérauts du web, sous couvert de la défense des droits fondamentaux, me paraissent souvent proclamer une opinion reflétant plutôt leur position particulière.

Un nouvel équilibre entre propriété intellectuelle et partage, se construira par tâtonnements successifs en fonction de l'avancement l'économie du webmédia et les tentatives précipitées de légiférer seront soumises à l'épreuve des faits.

J'ai été plus intéressé par le résumé d'un rapport à venir rédigé par Jeffrey I. Cole, directeur du Center for the Digital Future, Is America at a Digital Turning Point? qui me parait poser des questions plus lourdes pour l'avenir (repéré grâce à M-C Beuth). En voici quelques extraits (en italique les citations traduites, en normal mes commentaires intégrant les citations dans la théorie du document). Le centre de recherche est lié à une école de journalisme, ce qui oriente la problématique. Sans doute d'autres thèmes pourraient être pointés, mais ceux-là méritent attention et posent de bonnes questions.

A un extrême, nous trouvons des usagers capables d'avoir une connexion sociale continue, un accès à l'information illimité et des capacités d'achat sans précédent. A l'autre extrême, nous trouvons une pression extraordinaire sur notre temps, de fortes préoccupations sur la confidentialité et des questions vitales sur la prolifération de la technologie, y compris un certain nombre qui n'existaient pas il y a dix ans. (...)

Nous trouvons d'énormes avantages dans les technologies en ligne, mais nous payons aussi un prix personnel pour ces prestations. La question est : jusqu'à quel prix sommes-nous prêts à payer le numérique ?

Voici les neuf leçons tirées de dix années d'enquêtes du centre :

1. Les médias sociaux explosent, mais la plupart de leur contenu n'a aucune crédibilité

(...) Notre enquête la plus récente montre que 51% des usagers indiquent que seulement une petite portion, ou aucune des informations qu'ils voient sur les réseaux sociaux est pertinente. Seulement 14% ont dit que la plupart ou toutes les informations sont fiables.

L'accent des médias sociaux mis sur la transmission (3e dimension du document) se fait au détriment du contenu (2e dimension), ou la communication prime sur l'information, le signal sur le signe, le phatique sur le sémantique.

2. La saturation numérique (E-Nuff Already) continue de s'étendre

(...) Autrefois, la messagerie était la principale préoccupation. Aujourd'hui la saturation numérique s'est encore accru, incluant de nombreux services et équipements qui ont d'énormes avantages pour les usagers, mais qui sont aussi perçus comme empiétant sur leur vie. (...)

Nous recevons trop de messages, le barrage des textes est continu, nous portons de multiples terminaux, de nouveaux services, de nouveaux gadgets continuent d'être produits. Combien de temps cela va-t-il durer avant que les Américains disent "ça suffit !". (...)

L'attention devient le bien le plus précieux.

3. L'ordinateur de bureau est mort. Longue vie à la tablette.

(...) L'ordinateur de bureau est un dispositif où l'on se penche en avant ('lean forward' device), un outil posé sur un bureau qui force à aller vers lui. La tablette propose une attitude où l'on se penche en arrière ('lean back' allure), plus pratique et confortable que les ordinateurs portables et bien plus séduisante. (...)

La domination à venir des tablettes va entrainer des changements majeurs dans la façon et le moment où les Américains se connecteront.

La forme change (1e dimension) et d'énormes batailles sont engagées pour la domination de cette dimension cruciale, en particulier au travers des brevets (ici).

4. Temps de travail = sept jours sur sept, jour et nuit.

Les ordinateurs personnels et les technologies connectées ont augmenté la productivité et l'efficacité au travail. Mais pour de nombreux employés, le prix de cette productivité est aussi l'allongement du travail à leur vie en dehors du bureau. (...)

Est-il raisonnable de considérer que le temps de travail s'étende sept jours sur sept, jour et nuit ?

L'arrivée du néodocument modifie la régulation du travail par l'extension spatiale et temporelle de ses fonctions de transmission et de preuve.

5. La plupart des journaux imprimés auront disparu dans cinq ans.

La distribution des journaux imprimés continue de chuter, et nous pensons que seuls survivront les plus éloignés de la moyenne : les plus grands et les plus petits. (...)

Quelles seront les conséquences des changements dans la distribution du contenu sur la qualité et le sérieux du journalisme ?

Le webmédia en prenant sa place modifie les équilibres internes des anciens médias. Les conséquences vont jusqu'à la deuxième dimension, le contenu et le genre des documents.

6. Nous avons perdu notre vie privée.

(...) La question de la vie privée est simple. Si vous vous connectez, quel que soit l'objet, votre vie privée n'existe plus. Les Américains adorent pouvoir acheter en ligne, chercher de l'information en ligne, et rejoindre des communautés en ligne. Mais le prix à payer est que nous sommes constamment surveillés. les sociétés privées savent sur nous tout ce qu'il est possible de savoir : nos intérêts, nos préférences d'achat, nos comportements et nos croyances.

Le modèle d'affaires du webmédia implique la surveillance de la navigation pour une revente ciblée de l'attention des internautes. Ce que nous gagnons en liberté de navigation, en personnalisation des services, nous le perdons en découverte inattendue, en suggestion d'achats et plus généralement en menace sur les libertés individuelles.

7. L'influence de l'Internet sur la vie politique américaine est encore en question.

(...) Au delà des deux prochains cycles d'élection l'Internet deviendra un facteur majeur de changement du paysage politique.

Le webmédia va continuer à trouver sa place dans l'espace public, comme porteur des valeurs de la postmodernité.

8. Internet va continuer à transformer les habitudes d'achat au détriment du commerce de détail.

Dans cinq ans, le paysage traditionnel de vente au détail sera complètement différent de ce qu'il est aujourd'hui.

Tout comme pour le travail, l'arrivée du néodocument modifie la régulation du commerce de détail par l'extension spatiale et temporelle de ses fonctions de transmission et de preuve.

9. Et ensuite ?

En 2006, YouTube et Twitter venaient de naître, et Facebook était encore un bambin. Il y a une demi-décennie, qui aurait pensé que ces technologies naissantes deviendraient les standards de la communication sociale en 2011 ? La prochaine grande tendance est développée actuellement par une nouvelle culture de visionnaires d'Internet qui n'attendent que d'être entendus.

La mise en place du néodocument est loin d'être terminée. Attention, si le succès d'audience des trois services indiqués est avéré, leur modèle d'affaires est encore incertain. Ainsi la captation de la valeur commerciale de l'attention à partir de la navigation n'est pas triviale et, effectivement, il est probable que bien des surprises soient encore à venir.

lundi 16 mai 2011

La régulation de la concurrence sur le numérique

Le Xerfi, agence française d'analyse industrielle, propose toute une série de conférences sous format vidéo. À écouter une demi-heure dense sur la régulation de la concurrence dans le numérique par Anne Perrot, vice-présidente de l'autorité française de la concurrence.

La concurrence dans les médias numériques, 23 février 2011 ici.

Celle-ci présente avec une grande clarté trois catégories de problèmes par vraiment nouveaux pour les économistes, mais posés différemment par le numérique : concentration verticale (TV sur internet ou Apple), effets de réseau (plateforme, Google, Facebook), régulation culturelle (équipement numérique des salle de cinéma, prix du livre). Mais tout va très vite sur le numérique et de nouvelles concurrences se construisent. Il est tout à fait intéressant d'entendre sur ce sujet le mode de raisonnement d'une responsable d'une autorité de la concurrence.

Voir aussi le Pdg de Dailymotion (7 oct 2010) , qui insiste notamment sur le déport de l'offre de vidéo numérique vers le mobile et l'écran TV, ou encore sur l'organisation de la publicité vidéo.

vendredi 13 mai 2011

Musique et industries du fair use

INA Global fait un point intéressant sur les stratégies récentes des plus grosses firmes du web sur la musique :

Erwan Le Gal, « Apple, Amazon, Google : la bataille de la musique dans les nuages », INA Global, mai 11, 2005, ici.

Je ne reviens pas sur les faits bien exposés dans l'article, mais je relèverai juste ici l'insistance mise par les firmes sur le fair use pour justifier les positions et s'affranchir des discussions avec les Majors. L'argument illustre clairement en effet les logiques démontées sur ce blogue.

J'ai déjà montré à la fois l'importance et l'ambiguïté de la notion de fair use pour dégager la capacité d'innovation et de captation de la valeur des principales firmes du web documentaire de la domination des firmes profitant de l'effet de rente du copyright (ici).

J'ajouterai que le fair use fait référence au deuxième marché du document ( pour le ebook), celui de l'accès et du partage fondé sur le modèle bibliothéconomique. Pour la musique, chronologiquement le premier modèle a été le modèle promotionnel, celui du spectacle où la priorité est de capter l'attention qui s'est décliné par la radio, spectacle à domicile. Le modèle éditorial dans la musique a pu se construire grâce à l'enregistrement sur disques et supports divers. L'articulation entre l'édition de disque et la promotion radiophonique a ouvert la porte au star-system et à la montée des Majors (voir la thèse de B. Labarthe-Piol, ).

La montée en puissance du troisième modèle témoigne d'une évolution du rapport de force dans l'industrie. Ce modèle joue ici toujours sur une valorisation décalée visant à capter le consommateur : pour Apple, il faut vendre des machines (ici) pour Amazon, il s'agit de fournir un service supplémentaire à ses clients pour les inciter à n'acheter de musiques que chez lui et pour Google l'important est de maintenir les internautes sur ses sites pour rentabiliser la publicité ().

mercredi 27 avril 2011

Tendances mobiles

La tendance est connue, mais ce schéma a l'avantage d'être très clair et de venir d'une institution légitime, l'Union Internationale des Télécommunications :

ITU-Trends-2010-11.jpg

Il est tiré du résumé du rapport annuel Trends in Telecommunication Reform (Pdf).

On y repère l'extraordinaire succès du téléphone cellulaire ou mobile, dont le nombre d'abonnements atteint l'équivalent de 8 pour 10 habitants de la planète. Cela ne signifie pas que 8 habitants sur 10 disposent d'un téléphone mobile, nombre d'entre eux, et notamment les actifs, ayant plusieurs abonnements, mais cela représente bel et bien un changement radical de la téléphonie, aussi bien dans sa couverture que dans ses pratiques. On peut repérer aussi qu'en 2008 les appareils mobiles sont passés devant les appareils fixes pour la connexion sur internet. Les appareils mobiles ne concernent évidemment pas que les téléphones 3G, mais aussi les portables, tablettes etc. qui sont directement reliés au réseau sans passer par une ligne fixe. Là encore, il s'agit d'un changement important qui accentue l'individualité dans la pratique de l'internet. Enfin, dernière leçon : la croissance de la téléphonie est bien supérieure à celle de l'internet, d'autant que l'internet supporte aussi des services de téléphonie.

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