Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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lundi 16 mai 2011

La régulation de la concurrence sur le numérique

Le Xerfi, agence française d'analyse industrielle, propose toute une série de conférences sous format vidéo. À écouter une demi-heure dense sur la régulation de la concurrence dans le numérique par Anne Perrot, vice-présidente de l'autorité française de la concurrence.

La concurrence dans les médias numériques, 23 février 2011 ici.

Celle-ci présente avec une grande clarté trois catégories de problèmes par vraiment nouveaux pour les économistes, mais posés différemment par le numérique : concentration verticale (TV sur internet ou Apple), effets de réseau (plateforme, Google, Facebook), régulation culturelle (équipement numérique des salle de cinéma, prix du livre). Mais tout va très vite sur le numérique et de nouvelles concurrences se construisent. Il est tout à fait intéressant d'entendre sur ce sujet le mode de raisonnement d'une responsable d'une autorité de la concurrence.

Voir aussi le Pdg de Dailymotion (7 oct 2010) là, qui insiste notamment sur le déport de l'offre de vidéo numérique vers le mobile et l'écran TV, ou encore sur l'organisation de la publicité vidéo.

vendredi 13 mai 2011

Musique et industries du fair use

INA Global fait un point intéressant sur les stratégies récentes des plus grosses firmes du web sur la musique :

Erwan Le Gal, « Apple, Amazon, Google : la bataille de la musique dans les nuages », INA Global, mai 11, 2005, ici.

Je ne reviens pas sur les faits bien exposés dans l'article, mais je relèverai juste ici l'insistance mise par les firmes sur le fair use pour justifier les positions et s'affranchir des discussions avec les Majors. L'argument illustre clairement en effet les logiques démontées sur ce blogue.

J'ai déjà montré à la fois l'importance et l'ambiguïté de la notion de fair use pour dégager la capacité d'innovation et de captation de la valeur des principales firmes du web documentaire de la domination des firmes profitant de l'effet de rente du copyright (ici).

J'ajouterai que le fair use fait référence au deuxième marché du document (là pour le ebook), celui de l'accès et du partage fondé sur le modèle bibliothéconomique. Pour la musique, chronologiquement le premier modèle a été le modèle promotionnel, celui du spectacle où la priorité est de capter l'attention qui s'est décliné par la radio, spectacle à domicile. Le modèle éditorial dans la musique a pu se construire grâce à l'enregistrement sur disques et supports divers. L'articulation entre l'édition de disque et la promotion radiophonique a ouvert la porte au star-system et à la montée des Majors (voir la thèse de B. Labarthe-Piol, là).

La montée en puissance du troisième modèle témoigne d'une évolution du rapport de force dans l'industrie. Ce modèle joue ici toujours sur une valorisation décalée visant à capter le consommateur : pour Apple, il faut vendre des machines (ici) pour Amazon, il s'agit de fournir un service supplémentaire à ses clients pour les inciter à n'acheter de musiques que chez lui et pour Google l'important est de maintenir les internautes sur ses sites pour rentabiliser la publicité (là).

mercredi 11 mai 2011

Économie des bibliothèques

Avec l'autorisation des éditeurs, j'ai déposé sur les archives ouvertes de l'EBSI la version française non encore révisée d'un chapitre sur l'économie des bibliothèques à paraître en anglais dans Handbook on the Economics of Cultural Heritage, Ilde Rizzo & Anna Mignosa (éd.). Londres : Elgar Publishing.

L’incommensurable économie des bibliothèques

Résumé :

Le modèle de la bibliothèque, très ancien, s’est adapté aux évolutions des sociétés démontrant sa souplesse et sa robustesse. Il s’appuie sur un écosystème fondé sur le partage et comprend deux moments, celui de la constitution d’une collection et celui de sa mise en accès et définit un écosystème autonome. Récemment les bibliothécaires ont développé des études pour mesurer le retour sur investissement de leurs services. Malgré l’intérêt de ces calculs, la valeur ajoutée originale de la bibliothèque est difficile à appréhender précisément. Elle s’appuie selon les contextes sur la mutualisation ou sur la capacité à trouver rapidement des informations inattendues et celle de conserver des informations potentiellement importantes. Le modèle et sa valeur peuvent s’interpréter comme mémoire additionnelle d’un individu, capital informationnel d’une organisation, ou empreinte d’une civilisation. Le numérique ébranle la bibliothèque, mais chaque média émergent a obligé celle-ci à se repositionner. Inversement, la bibliothèque a été une des premières sources d’inspiration pour le web dont certains acteurs ont réussi, aujourd’hui, à faire de l’exploitation son modèle une activité très profitable.

Accessible ici

Le web est un média documentaire

AOL en partenariat avec Nielsen a réalisé une intéressante étude sur les échanges de contenu sur le web. L'étude porte sur un échantillon conséquent, amène des résultats sinon inattendus, du moins moins convenus que la vulgate habituelle et enfin elle affiche clairement son objectif (comment construire un dispositif publicitaire, et donc en retour une économie du web ?). Mais elle n'est évidemment pas désintéressée. AOL y souligne l'importance de ses services, notamment le courriel.

Content is the fuel of the social web Pdf. (il faudrait que les designers de AOL apprennent l'usage des couleurs, c'est pourquoi je n'ai reproduit ici qu'une diapo..)

L'étude s'appuie sur les outils et panels de Nielsen. 10,000 messages envoyés sur les médias sociaux ont été analysés, 1000 personnes ont été suivies pendant 10 jours consécutifs entre le 13 et le 23 décembre dernier. La marge d'erreur serait de moins de +/-10%.

Quelques leçons pour la thématique de ce blogue :

AOL-Nielsen-2011-Temps-Web.jpg

Ainsi la navigation sur le web, mesurée par le temps, est (reste) majoritairement documentaire.

Mais le plus intéressant est l'analyse des 30% consacrés à la communication interpersonnelle ou de groupe (médias sociaux et courriels). 23% des messages sur les médias sociaux incluent un lien vers du contenu (par contenu l'étude comprend des articles publiés, des vidéos et des photos, mais ni des vidéos familiales, ni les photos de fêtes) et si on ajoute les conversations sur ce contenu le pourcentage est certainement beaucoup plus élevé.

Lorsque l'on demande aux personnes quel est l'outil privilégié pour partager de l'information la réponse est à 66% le courriel. Les autres canaux sont loin derrière : 28% pour les réseaux sociaux, le reste est en dessous de la marge d'erreur.

Lorsque l'on demande les canaux privilégiés pour partager l'information selon l'audience. Tous les canaux sont utilisés vers les amis, un peu moins les sites de partage. Le courriel puis les réseaux sociaux sont privilégiés pour la famille, comme pour le partage entre collègues. Enfin ce sont les sites de partage qui sont privilégiés pour diffuser plus largement l'information.

Même s'il faut tenir compte du commanditaire, cette étude relativise quelques idées reçues :

  • la navigation sur le web reste très majoritairement documentaire,
  • le courriel n'est pas sur le déclin pour partager l'information,
  • le multicanal est la règle pour partager.

Cette structure ne facilite pas la construction d'une économie publicitaire. Même si, à l'évidence, l'information se diffuse et se partage, l'attention est éclatée.

Actu du 14 juin 2012

Voir le CR d'INA-Global qui élargi la perspective et donne d'autres références ici

mercredi 27 avril 2011

Tendances mobiles

La tendance est connue, mais ce schéma a l'avantage d'être très clair et de venir d'une institution légitime, l'Union Internationale des Télécommunications :

ITU-Trends-2010-11.jpg

Il est tiré du résumé du rapport annuel Trends in Telecommunication Reform (Pdf).

On y repère l'extraordinaire succès du téléphone cellulaire ou mobile, dont le nombre d'abonnements atteint l'équivalent de 8 pour 10 habitants de la planète. Cela ne signifie pas que 8 habitants sur 10 disposent d'un téléphone mobile, nombre d'entre eux, et notamment les actifs, ayant plusieurs abonnements, mais cela représente bel et bien un changement radical de la téléphonie, aussi bien dans sa couverture que dans ses pratiques. On peut repérer aussi qu'en 2008 les appareils mobiles sont passés devant les appareils fixes pour la connexion sur internet. Les appareils mobiles ne concernent évidemment pas que les téléphones 3G, mais aussi les portables, tablettes etc. qui sont directement reliés au réseau sans passer par une ligne fixe. Là encore, il s'agit d'un changement important qui accentue l'individualité dans la pratique de l'internet. Enfin, dernière leçon : la croissance de la téléphonie est bien supérieure à celle de l'internet, d'autant que l'internet supporte aussi des services de téléphonie.

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