Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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vendredi 10 juin 2011

Economie de la bibliothèque et du web (cours)

Le matériel de la deuxième semaine du cours sur l'économie du document de la maîtrise en sciences de l'information de l'EBSI est maintenant en ligne. Il comprend un module sur l'économie de la bibliothèque et un module sur l'économie du web. C'est ici.

Cette semaine sera aussi l'occasion de mettre en ligne les billets des étudiants sur leur sujet de dossiers. Il y aura donc trois billets publiés par jour les 15, 16 et 17 juin. Tous les commentaires seront alors particulièrement appréciés.

Rappel : la première semaine de cours est ici et les lectures préalables sont là.

le ebook est une menace pour la liberté (Stallman)

À lire l'intéressant entretien de R. Stallman, toujours aussi radical, sur Actualitté. Extraits :

Les livres numériques sont une menace aux libertés traditionnelles des lecteurs. Le meilleur exemple en est le Kindle, qui attaque les libertés traditionnelles. Pour acquérir une copie d’une œuvre, le droit à l'anonymat, par le paiement en liquide par exemple, est impossible. Amazon garde trace de tout ce que les utilisateurs ont lu.

Il y a aussi la liberté de donner, prêter ou vendre les livres à quelqu'un d'autre. Mais Amazon élimine ces libertés par les menottes numériques du Kindle et par son mépris de la propriété privée. (..)

Il y a aussi la liberté de garder les livres et de les transmettre à ses héritiers. Mais là encore, Amazon élimine cette possibilité par une porte dérobée dans le Kindle, qui a été utilisée en 2009 pour supprimer des milliers d'exemplaires de copies autorisées du 1984 d'Orwell. (..)

La menace à la liberté est le problème principal. Donc les autres bienfaits possibles sont sans importance.

Stallman est ainsi nostalgique du modèle traditionnel de l'édition (voir cours Module 4 en particulier diapo 7 et 20.). Le problème est que le modèle d'affaires du web s'affirme de plus en plus comme celui de la trace. Il y aurait là une place à prendre pour les bibliothèques à condition qu'elles sachent s'affranchir des contraintes des poids lourds du web pour préserver l'anonymat de la lecture (ici).

Actu du 12 juin 2011

Le point de vue de Stallman directement par lui-même ici, repéré par Lorenzo Soccavo là. et traduit en Français par H. Bienvault là.

Actu du 14 juin 2011

Pour élargir la question, on peut remarquer que le traçage des personnes a tendance à les enfermer dans une bulle informationnelle, selon l'expression d'Eli Pariser. Voir critique de son livre sur InternetActu et chez Olivier Charbonneau, et sa conférence à TED ci-dessous :

La tendance à l'entre-soi est naturelle sur les réseaux sociaux.

samedi 04 juin 2011

Usages mobiles et pentagone

Fred Cavazza attire l'attention (ici) sur une étude de Nielsen sur l'utilisation des terminaux mobiles (là). L’enquête a été menée auprès de près de 12.000 possesseurs de terminaux pour savoir comment et où ils utilisaient leur appareil. Voici donc le résultat publié résumé en deux images, la première concerne les lieux d'utilisation, la seconde les temps relatifs d'utilisation des terminaux :

Connected-devices-1.jpg

connected-devices-2.jpg

L'intérêt de l'étude pour moi est de montrer la nette différence d'utilisation des terminaux entre eux, même s'ils permettent tous de naviguer sur le web, et leur rapport avec les médias plus anciens. Les tablettes sont plutôt corrélées à la télévision, on les utilise principalement en regardant le «petit» écran dont elles sont sans doute un adjuvant documentaire. Les liseuses préfèrent la position allongée, comme les livres évidemment. Quant aux téléphones 3G, ils sont utilisés partout, y compris dans les transports ou en faisant les courses. Ces derniers ne sont pas sans rapport avec l'utilisation ancienne de la presse.

Alors on peut reprendre l'organisation des médias en pentagone et leur classement par rapport à la gestion du temps et la tarification (pour suivre le raisonnement, il est indispensable d'avoir intégré le module 4 du cours) et leur adjoindre le terminal mobile le plus proche. Tout se passe alors comme si l'usage des terminaux se raccrochait à l'organisation traditionnelle des médias. On se trouve alors très éloigné d'une convergence qui tendrait vers un uni- ou méta-média, même si le numérique autorise des passages d'un média à l'autre.

Devt-pentagone.jpg

J'ai ajouté un quatrième terminal, l'ordinateur portable, que j'ai corrélé avec le web-média dont la configuration se cherche aujourd'hui. Il y aurait beaucoup à disserter sur ces résultats et l'interprétation esquissée ci-dessus. Disons seulement aujourd'hui que le numérique ne bouleverse pas autant qu'on le dit souvent l'ordre des médias, mais qu'il participe activement à leur transformation.

vendredi 03 juin 2011

Du grain à moudre

On ne chôme pas pendant la session d'été à l'EBSI..

Architecture de l'information

Aujourd'hui 3 juin se conclut la première école d'été co-organisée par l'EBSI et l'ENS-Lyon sur l'architecture de l'information (ici). Parallèlement au cours, plusieurs conférences transatlantiques ont été organisées et enregistrées. Le principe était de réunir sur un même thème chaque fois au moins un spécialiste de chaque côté. Les thématiques ont été les suivantes :

  • Interfaces de recherche fédérée
  • Respect de la vie privée
  • Grands corpus patrimoniaux
  • Préservation à long terme
  • Accessibilité
  • AI dans la société

Je vous laisse découvrir les conférenciers ici, vous trouverez sur la même page les liens sur les conférences. Pour nous en plus d'alimenter les étudiants en contenu, il s'agissait de tester la formule, aussi bien la technique que la confrontation des cultures. Nous aurons beaucoup de leçons à en tirer pour poursuivre cette fructueuse coopération.

Économie du document

Lundi 6 juin démarre le cours en ligne Économie du document de la Maîtrise en sciences de l'information de l'EBSI. Il se déroule cette année sous un format concentré en trois semaines pleines. Le matériel de la première semaine est déjà en ligne (ici). Il comprend cinq modules :

  • Module 1 - Articulation contenant/contenu
  • Module 2 - Les quatre filières techniques
  • Module 3 - L'organisation des médias en modèles
  • Module 4 - Le pentagone des industries de la mémoire
  • Module 5 - Synthèse

Comme les années précédentes le matériel général du cours est en libre accès. Mais les travaux des étudiants, les échanges, les forums, sont en accès réservés. Comme chaque fois, il y a une exception qui aura lieu cette année au cours de la deuxième semaine : les étudiants publieront des billets sur ce blogue qu'ils commenteront.

Web sous tensions

La deuxième version du texte de Roger II qui intègre les quelques 150 commentaires récoltés (ici) avance, mais a pris du retard. Le collectif est au travail, la tâche est rude. Aussi nous avons décidé de reporter sa publication pour la rentrée prochaine de façon à pouvoir recueillir les dernières réactions sans précipitation. Pas d'impatience donc les travaux se poursuivent.

mercredi 25 mai 2011

Le livre toujours

À contrecourant de l'opinion ou du souhait d'un bon nombre de blogueurs, il se confirme que, pour le moment, le livre résiste aux assauts du numérique. C'est à dire que le livre se maintient dans l'unité de ses trois dimensions (forme-texte-médium), avec une transposition numérique. De nouveaux acteurs importants ont émergé en aval de la filière (Amazon, Apple, Google), celle-ci est toujours dominée par l'acteur principal de l'amont, l'éditeur. Les expériences de livres augmentés, livres inscriptibles, livres-réseau ou même auto-édition restent marginales, quantitativement et économiquement, même si elles sont importantes, comme éclaireurs, inventions de nouvelles formes, nouvelles littératures, nouvelles relations. La comparaison souvent faites avec le destin de l'industrie musicale ne parait pas pertinente.

L'affirmation peut paraître brutale, elle ne surprendra pas les lecteurs assidus de ce blogue (p. ex. ici). Trois documents récents la confortent aujourd'hui. Les trois proposent une synthèse, de pertinence variable nous le verrons, sur un point clé de l'évolution de la filière.

Achats et ventes de droits de livres numériques

Perceval Pradelle, Achats et ventes de droits de livres numériques : panorama de pratiques internationales (Bureau international de l’édition française, mars 10, 2011). Pdf

le BIEF a réalisé une enquête auprès de professionnels du livre à Munich, Milan, Madrid, Londres, Barcelone, New York, São Paulo et Tokyo. 32 entretiens ont été menés de novembre à décembre 2010. Sans doute, les résultats d'une enquête pilotée par un organisme défendant les éditeurs doivent être interprétés avec prudence. Néanmoins, ils sont très radicaux, montrant qu'aujourd'hui l'édition numérique n'est qu'une déclinaison supplémentaire de l'édition traditionnelle, comme il y en a déjà eu souvent dans l'histoire. Extraits :

Les éditeurs anglo-saxons ou japonais acquièrent ainsi les droits numériques depuis une dizaine d’années. Bien souvent, obtenir ces droits est une condition sine qua non à l’achat des droits papier chez les éditeurs anglo-saxons rencontrés (dealbreaker). Sur les autres marchés (européens et brésiliens), l’achat systématique des droits numériques est plus récent, remontant à une ou quelques années, dans tous les cas moins de dix. p.15

Autoédition

En examinant la question de plus près, il apparaît que le refus de céder les droits est plus souvent le fait des agents que des auteurs. (..)

Plusieurs raisons peuvent expliquer le choix de conserver les droits. Bien souvent, les auteurs souhaitent simplement attendre de voir comment évolue le marché et les rémunérations. L’autoédition attire certains d’entre eux et, en raison de la tentation que celle-ci représente, tout éditeur est désormais en droit de craindre le départ d’auteurs phares, dont la production assurait jusque-là une part importante des revenus de la maison.

Un des agents interrogés rappelle toutefois que, dans le cas précis des auteurs célèbres, dont les titres drainent les ventes, l’avance qui leur est versée en contrepartie de la cession des droits papier représente souvent des montants colossaux, à six ou sept chiffres, et constitue donc un revenu sûr – face à des ventes numériques hypothétiques – ainsi qu’un argument de poids pour convaincre les auteurs de céder leurs droits. p.19

Au Japon enfin, les éditeurs rencontrés disent avoir, en comparaison avec les pays occidentaux, un lien plus direct et plus fort avec leurs auteurs, lien qui se caractérise notamment par une large prise en charge financière de la phase de rédaction des manuscrits. Aussi, les auteurs sont-ils plus fidèles à leur éditeur et moins enclins à couper les liens mutuels. Quelques rares cas de refus sont néanmoins rapportés. Ils sont justifiés par des projets d’autoédition et, phénomène singulier, il arrive que des auteurs s’associent en petits groupes de 3 ou 4 personnes pour exploiter conjointement leurs œuvres sous forme numérique. p.20

Livres augmentés

À l’exception du Japon, où le genre d’édition numérique prédominant est le manga, les maisons interrogées proposent essentiellement des livres numériques constitués de textes, copies homothétiques de l’édition papier. Les illustrés et livres pour enfants sont fréquemment exclus de l’offre numérique, tout au moins temporairement, ou, lorsqu’ils en font partie, ne représentent qu’une part mineure de celle-ci. En effet, d’une numérisation complexe sur le plan technique, les livres illustrés requièrent également de la part de l’éditeur de s’assurer de la possession des droits numériques pour chacune des images, un processus souvent long et aux résultats incertains. p.30-31

Sans surprise, la production de contenus enrichis demeure marginale parmi les éditeurs interrogés. Cela s’est vérifié dans chacune des villes visitées. Citons pour illustrer une enquête récente tentant de quantifier ce phénomène sur le marché américain – enquête réalisée au mois de décembre 2010 auprès de 600 maisons d’édition par le cabinet Aptara3 – et faisant apparaître que seules 7 % d’entre elles ont déjà produit des livres numériques augmentés. Si la production reste faible, plusieurs expérimentations sont réalisées toutefois dans ce sens, quelques unes connaissant même un certain succès. p.31

Ventes

Si toutes les maisons pratiquent la vente de livres numériques à l’unité, certaines, une minorité, envisagent de développer en parallèle la formule par abonnement, permettant de télécharger un nombre limité de titres pour une somme forfaitaire mensuelle. Ce système de commercialisation est déjà bien implanté au Japon pour la vente de magazines et de mangas sur téléphones portables, et les éditeurs japonais qui y recourent réfléchissent à une extension de ce modèle sur lecteurs numériques (liseuses et tablettes). p.32

Google et les éditeurs français

Matthieu Reboul, « Google et les éditeurs français : les raisons de la colère », INA Global, mai 23, 2011, ici .

INA-Global propose une remarquable synthèse du feuilleton de Google-Books et des relations orageuses entre Google et les éditeurs français et des jeux entre les règles et les systèmes juridiques différents des deux côtés de l'Atlantique. La bataille n'est pas terminée, mais il est déjà sûr que le livre, dans son acception traditionnelle, en sortira gagnant. Son intégrité n'est plus remise en cause, ni la pertinence de la propriété intellectuelle sur l’œuvre. La question qui se pose aujourd'hui est celle de l'entrée de Google sur le marché du livre.

Il s'agit pour la firme d'une diversification qui souligne un renoncement. Son métier de base est, en effet, de traiter les textes, indépendamment des documents, autrement dit ici de déconstruire les livres. Même si quelques timides applications sont proposées (p. ex. N-Gram), on ne voit pas de ce côté de grandes ambitions poindre. Google semble avoir admis l'ordre des livres.

La stratégie d'Amazon

Amazon.com : l’Empire caché FaberNovel, mai 2011. Diapos

La stratégie d' Amazon a fait l'objet de moins d'analyses que celle d'autres firmes en vue du Nasdaq aussi ce diaporama était bienvenu. Malheureusement, il pêche par manque de rigueur et privilégie l'effet sur les faits. Ainsi par exemple, les chiffres d'affaires des cinq premières années de ebay, Google et Amazon sur la diapositive 6 sont farfelus comme on pourra le constater facilement sur les bilans des entreprises (Ebay2000 p.22), Google2004 p.19, Amazon2000 p.19).

Néanmoins oublions les premières diapositives, l'analyse proposée a le mérite de pointer les stratégies complémentaires et emboitées de la première librairie mondiale : la distribution classique élargie à toutes sortes de produits, tirant partie de toutes les économies qu'autorise le réseau pour un nouveau venu ; le suivi des clients ; la bascule vers les produits numériques (Kindle) et la vente d'espace machine (cloud).

Amazon est bien une des plus belle réussite économique sur le web, à partir du plus traditionnel des produits culturels, le livre.

Actu du 31 mai 2011

Sur Google-Book voir : What next for Google after the Google Books Settlement rejection, eReport, 31 mai 2011, ici.

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