Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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Recherche - web média

vendredi 15 juin 2007

Diffusion vs accès : illustration par l'image

À lire une excellente analyse (version pdf) de l'évolution de la photographie de reportage ou de témoignage selon qu'elle est soumise à une logique de presse ou du Web 2.0, par A, Gunthert, même si je ne goute pas vraiment le titre de son billet/article, qui suggère un jugement de valeur : L'image parasite. Après le journalisme citoyen.

Préprint Etudes photographiques, n° 20, juin 2007 (à paraître). Référence: André Gunthert, "L’image parasite. Après le journalisme citoyen", Études photographiques, n° 20, juin 2007, p. 174-186

Conclusion du billet/article (les chiffres entre parenthèses indiquent des notes non-reproduites ici) :

En revenant à la confrontation au document brut, les images électroniques diffusées par l'intermédiaire des plates-formes visuelles renouent avec les toutes premières motivations du recours au document iconographique dans les publications illustrées(18). Les photoreporters qui tentent de défendre la production professionnelle au nom de la compétence et du bon goût n'ont pas encore compris à quel point les usages récents s'inscrivent à rebours de cette tradition du photojournalisme qui a privilégié la qualité éditoriale au détriment du pouvoir du document(19). L'image parasite n'est nullement une panacée – elle constitue une réponse partielle et provisoire à un certain état de la production de l'information. Après les affrontements de la gare du Nord, le 27 mars 2007, de nombreux témoins ont envoyé leurs enregistrements sur Dailymotion. Pourtant, ces séquences réalisées au téléphone portable, trop brèves, affreusement pixellisées, ne donnaient à peu près rien à voir d'un événement complexe. Ramenés à l'attestation d'un pur acte de présence, ces documents ne contenaient que très peu d'information visuelle et n'apportaient rien de plus que les extraits choisis des journaux télévisés. Mais le réflexe était acquis: plusieurs centaines de milliers d'internautes allaient consulter ces vidéos dans les jours suivants. Même si ce public n'a pas forcément trouvé les éléments d'information qu'il recherchait, sa réaction signalait que le traitement de l'événement par les médias autorisés n'avait pas été jugé satisfaisant.

C'est une illustration par l'image de la thèse souvent défendue sur ce blogue de l'antagonisme actuel entre deux modèles économiques de médias : ici pour la proposition de base, pour son application concrète, pour l'évolution du marché publicitaire et dans bien d'autres billets encore.

Et sur un registre complémentaire, c'est une illustration des propositions de Roger sur l'évolution du document dans une nouvelle modernité.

lundi 11 juin 2007

Marché publicitaire et modèle de Web-média

Le rapport de IAB sur les revenus de la publicité sur Internet en 2006 pour les USA est paru. Pour ce blog maintenant que nous avons avancé dans la compréhension du Web-média, le tout peut être résumé par quatre graphiques.

Les commentateurs ont surtout retenu la montée globale de ce marché, il est vrai spectaculaire, mise en perspective.

Malgré cette croissance radicale. Le rapport de force interne à l'industrie n'a pas vraiment évolué. Les 10 premiers font toujours 70% des revenus. Cette répartition montre que la structure du marché est stable. Un modèle parait bien se conforter.

La répartition entre des revenus issus d'une publicité traditionnelle, celle que l'on trouve dans les médias (22+7= 29%), une publicité issue de la recherche (40%) et la vente ou les petites annonces (8+18 = 26%) est aussi parlante. Il s'agit, grosso-modo, de la répartition entre la déclinaison des médias traditionnels sur le Web, la montée de ce que j'ai appelé le Web-média et l'organisation des Web-services. Ainsi sur le Web, les médias traditionnels ont perdu un marché (les petites annonces qui se sont autonomisées) et trouvé un concurrent : le Web-média. Dit autrement, la valeur d'attention s'est en partie déplacée vers l'aval. Les médias traditionnels pré-sélectionnent un contenu pour leur public dont ils captent ainsi une attention qu'ils peuvent revendre. Le Web-média proposent à son public de sélectionner lui-même un contenu, l'attention est captée en aval au moment de la recherche. Cette logique déjà développée dans plusieurs billets est ici confirmée par le marché.

La différence entre les deux logiques se traduit aussi par une différence entre les modes de vente de l'attention : coût par mille selon la logique traditionnelle, coût par clic ou par action selon celle du Web-média ou du Web-service.

Nous assistons bien à l'émergence du Web-média. CQFD..

vendredi 08 juin 2007

Livres numérisés : vers une économie mixte

Les signatures de Google avec des bibliothèques pour la numérisation de livres se poursuivent à grande vitesse dans le cadre du programme Google Book Search. La dernière annoncée marque un changement d'échelle puisqu'il s'agit d'un consortium de douze universités de recherche du Middle-West des US.

Ainsi il me semble maintenant que la messe est dite et que le Web-média, au moins pour la partie livres numérisés, s'organise dans un partenariat privé-public, avec d'un côté quelques très gros joueurs (presque exclusivement Google et Microsoft, et sur un registre différent Amazon) et, de l'autre, un grand nombre de grosses bibliothèques agissant plutôt en ordre dispersé. Reste à connaitre les engagements et responsabilités des uns et des autres.

Cette nouvelle a inspiré une série de réflexions, proches de ce point de vue, au très compétent responsable de la recherche d'OCLC Lorcan Dempsey qu'il a consigné dans un billet au titre révélateur : Systemic change: CIC and Google. J'en ai traduit cet extrait.

Pour moi, l'annonce du CIC déplace la discussion sur la numérisation de masse à un autre niveau. Le partenariat de Google avec les bibliothèques a paru une initiative intéressante. Mais il est maintenant probable que nous allons vers un changement systémique dans la façon de nous engager sur certaines catégories de matériaux. Cela à son tour a pour conséquence de nous obliger à réfléchir à la façon dont les ressources de la bibliothèque sont organisées globalement. Cela concerne notamment :

  • Trouvaille, découverte, fourniture. Cette initiative met en valeur le changement de dynamique de la découverte et de la fourniture dans un environnement réticulaire. Comme les gens ont une expérience de découverte plus riche, il devient plus important pour les bibliothèques de révéler dans ces environnement ce dont elles disposent et d'offrir des services complets intégrés. Une bibliothèque voudra qu'un utilisateur de Google Book Search connaisse ce qui est disponible dans sa propre institution. Bien sûr, Google fait actuellement le lien vers la bibliothèque, mais il doit devenir plus intuitif.
  • Collection commune. À mesure que le nombre de matériaux numérisés augmente, une réflexion plus forte doit être menée sur une approche collective de la gestion des collections : depuis l'accès, le développement, la gestion de l'inventaire et la conservation future. On le repère déjà dans les discussions qui s'amorcent sur les entrepôt extérieurs au site ou encore l'utilisation des espaces de la bibliothèque. Dans les prochaines années, je crois que nous aurons des initiatives collectives importantes dans ces directions.
  • Droit d'auteur, copyright. Ces questions sont bien connues et discutées. Pour les bibliothèques, et d'autres aussi, il est important de pouvoir repérer effectivement le statut de la propriété intellectuelle d'un objet aux différentes étapes de son cycle de vie. Nous ne pouvons encore le faire, pas efficacement, et certainement pas de façon automatisée et rendu accessible à partir d'une base de données interrogeable facilement pour une vérification. Plusieurs initiatives sont en cours, parmi elles celle d'OCLC qui explore la faisabilité d'un registre de droits.
  • Gestion des connaissances. Les bibliothèques, les centres d'archive, les musées et bien d'autres font d'important investissements dans la structuration des données sous forme de taxonomies, liste d'autorité, etc. La valeur de ces ressources doit être exploitée sur le Web. Tandis que Google affine son approche sur le texte, ou que d'autres sont capables de lancer des calculs sur les ressources, il y a alors une occasion intéressante de voir comment celles-ci pourraient être utilisées pour repérer les identités (nom de personnes, de lieux, etc.) dans une grosse masse de textes et comment ces outils pourraient eux-mêmes être améliorés par ces processus.
  • Conservation. Les bibliothèques et les organisations comparables ont exercé collectivement une responsabilité vis à vis des documents scientifiques et culturels. Elles ont préservé les matériaux rares. Elles ont aussi géré un large éventail de produits publiés. Et pour la plupart avec des conséquences négligeables sur le circuit de distribution des documents imprimés. Un grand nombre de copies ont préservé l'ensemble. Bien sûr, le numérique change aussi cette dynamique. Nous devons donc aussi réfléchir à la conservation des copies numériques produites. Mais cela souligne aussi des questions sur la gestion publique des documents imprimés et sur la dispersion des responsabilités dans ce domaine. Et des problèmes intéressants surgissent aussi sur la qualité, la couverture, la spécificité, etc. que nous attendons de la numérisation des imprimés, qui devraient nous occuper encore quelques temps.

lundi 28 mai 2007

Économie de la musique toujours

Repéré grâce à G. Chartron.

Le Département des études, de la prospective et des statsitiques du ministère français de la culture lance une nouvelle lettre consacrée à l’investigation d’hypothèses, à des mises en relation originale et à des travaux de prospective sur des champs connus comme sur des terrains plus marginaux ou expérimentaux. le premier numéro s'intitule :

Musique enregistrée et numérique : quels scénarios d’évolution de la filière ?, Culture Prospective, Production diffusion et marché, 2007-1, Marc Bourreau, Michel Gensollen et François Moreau. 16p.

La première partie donne dans un langage plutôt abscons les caractéristiques économiques d'un document numérique. Je préfère mon journal et ma baguette, il s'agit en effet de notions plutôt simples que la prose économique a tendance à obscurcir. Mais je m'en servirai pour affiner ma présentation de l'année prochaine aux étudiants ;-). Cinq scénarios sont ensuite proposés pour le développement de la filière musicale.

Le plus intéressant est dans la conclusion. Extraits :

Lorsque toute la musique enregistrée sera fournie avec l’achat d’un baladeur de même que les micro-ordinateurs sont équipés d’un système d’exploitation, la valeur des contenus viendra clairement des moyens logiciels et sociaux de naviguer parmi ces fichiers et de trouver ce qui peut plaire et surprendre. Dans un monde d’abondance des informations, la prescription et la méta-information créent la valeur des contenus. De ce point de vue, le mode de prescription des médias de masse et celui de la promotion décentralisée en ligne par l’intermédiaire du bouche-à-oreille électronique sont susceptibles de donner des résultats bien différents. (..)

Lorsque la valeur de la musique dépendait des contenus et que la technique ne permettait pas leur copie et leur diffusion à des coûts très faibles, le recueil de cette valeur sur le marché pouvait financer la création musicale. Si la valeur de la musique repose désormais, au moins en partie, sur la métainformation, de nouveaux problèmes se posent : le mode de recueil de cette valeur pour financer les plates-formes, éventuellement les contenus ; la mesure des audiences à partir de la consommation de méta-information ; et, finalement, la recherche d’un financement de la création par des transferts de recettes depuis les activités qui dépendent plus ou moins directement de la musique : produits dérivés, industries des terminaux et des consommables, industries des réseaux.

Bref, nous sommes dans la construction tâtonnante d'un modèle nouveau de Web-média qui se cherche entre deux économies pour le moment antagoniques. Peut-être pourrait-on avancer un peu plus en repérant qu'il se trouve à mi-chemin entre le modèle de la bibliothèque et celui de la télévision..

mercredi 23 mai 2007

"Je" les intéresse

H. Le Crosnier signale sur la liste RTP-DOC un article du Financial Times éclairant sur la stratégie de Google.

Google’s goal: to organise your daily life, By Caroline Daniel and Maija Palmer, Published: May 22 2007 21:08

Extraits :

“The goal is to enable Google users to be able to ask the question such as ‘What shall I do tomorrow?’ and ‘What job shall I take?’ ”

The race to accumulate the most comprehensive database of individual information has become the new battleground for search engines as it will allow the industry to offer far more personalised advertisements. These are the holy grail for the search industry, as such advertising would command higher rates. (..)

Mr Schmidt told journalists in London: “We cannot even answer the most basic questions because we don’t know enough about you. That is the most important aspect of Google’s expansion.” (..)

Earlier this year, however, Google bowed to concerns from privacy activists in the US and Europe, by agreeing to limit the amount of time it keeps information about the internet searches made by its users to two years.

Voilà sans doute de quoi alimenter les inquiétudes d'Olivier sur le nouveau service de recherche universel de Google. Mais à vrai dire, il ne s'agit simplement que d'une avancée supplémentaire dans la mise en place de l'économie du Web-média dont j'ai montré la logique, pour le moment antagonique à celle des médias de diffusion.

L'oubli et l'anonymat

Plutôt que de dénoncer vainement un mouvement naturel de l'économie (post-)moderne, peut-être pourrait-on relever que la mise en place de plus en plus évidente de ce volet de l'économie de l'attention ouvre des voies nouvelles aux métiers traditionnels de la documentation : ceux d'archiviste et de bibliothécaire par la gestion de l'oubli et la préservation de l'anonymat, à condition bien sûr d'en prendre pleinement la mesure et de savoir imposer leur choix.

Les archivistes sont les maîtres de l'oubli. Ils décident ce qui doit être gardé et pour combien de temps (calendrier de conservation). Un papier récent signalé par InternetActu, montre que certains font déjà de l'archivistique, comme monsieur Jourdain faisait de la prose.. sans le savoir.

Useful Void: The Art of Forgetting in the Age of Ubiquitous Computing, By Viktor Mayer-Schoenberger Working Paper Number:RWP07-022, Submitted: 24/04/2007

Résumé :

As humans we have the capacity to remember – and to forget. For millennia remembering was hard, and forgetting easy. By default, we would forget. Digital technology has inverted this. Today, with affordable storage, effortless retrieval and global access remembering has become the default, for us individually and for society as a whole. We store our digital photos irrespective of whether they are good or not - because even choosing which to throw away is too time-consuming, and keep different versions of the documents we work on, just in case we ever need to go back to an earlier one. Google saves every search query, and millions of video surveillance cameras retain our movements. In this article I analyze this shift and link it to technological innovation and information economics. Then I suggest why we may want to worry about the shift, and call for what I term data ecology. In contrast to others I do not call for comprehensive new laws or constitutional adjudication. Instead I propose a simple rule that reinstates the default of forgetting our societies have experienced for millennia, and I show how a combination of law and technology can achieve this shift.

Par ailleurs, les bibliothécaires américains, dans leur combat contre le Patriot Act, on montré combien la notion d'anonymat dans la lecture était importante. Voir par exemple la présentation de Ph. Cantié dans le BBF. Sans doute, la perspective de Google est plus soft, commerciale, moins brutale et moins directement politique, néanmoins il me parait essentiel que les individus puissent trouver encore des lieux de culture et de connaissance où leurs comportements ne soient pas orientés par une logique marchande.

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