Bloc-notes de Jean-Michel Salaün

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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vendredi 24 juin 2011

Énonciation et pédagogie en ligne

Petit retour sur la cuisine du cours en ligne. Il ne s'agit ici que d'une réflexion subjective personnelle, non d'une étude plus approfondie avec recul et recueil de données. À prendre avec ces limites donc.

Après trois années d'un cours en ligne, le montage et le suivi plus ou moins directs de cours et conférences transatlantiques sous différentes formes entre l'Ebsi, l'Ina et l'Ens-Lyon, la participation à un petit film et l'observation d'autres expériences. Il me semble que l'essentiel de la réussite tient d'abord dans le dispositif d'énonciation. Dans ce domaine, la tendance est parfois à la sur-qualité qui nuit à l'efficacité, celle de la production, comme de la réception.

Image animée, image fixe, son, écrit

L'image animée suppose un gros travail de réalisation pour être efficace. Ce film a été enregistré phrase par phrase. Chaque phrase a fait l'objet de plusieurs prises, avec deux caméras, cela a pris 4 heures, juste pour l'enregistrement non compris l'installation du matériel. Le texte avait été rédigé et discuté avec le réalisateur (Julien Sultan Fournier) à l'avance et celui-ci a ensuite construit ses animations pendant plusieurs jours dans un studio spécialisé. Le tout pour un film de 9 minutes. Cela est hors de portée à grande échelle pour de l'enseignement en ligne.

Sauf exception souvent très préparée en amont (ex TED), une conférence enregistrée est peu efficace et délicate à suivre en ligne car monotone et difficile à «feuilleter». La conférence est un dispositif interactionnel avec un auditoire, l'orateur peut hésiter, revenir en arrière, éventuellement se déplacer, réagir, interpeller le public etc. Ce qui compte c'est l'ici et le maintenant. Les cours enregistrés en direct sont souvent irregardables. Cette technique doit être privilégiée pour le synchrone.

Réservons donc l'image animée enregistrée à la promotion qui a une tout autre économie.

L'écrit est apparemment moins couteux et plus efficace, mais il s'agit d'une illusion. Rédiger entièrement un cours, non pour soi-même mais pour les étudiants, est un énorme travail. Tous les professeurs le savent bien et les manuels sont souvent la résultante de plusieurs années de cours qui ont permis d'affiner et de roder un discours dont l'écriture se modèle petit à petit.

D'autre part un cours écrit est soit un scénario déclinable sur différent support, soit un livre. Dans le premier cas, on se retrouve mutatis mutandis dans la même situation que le film avec ses lourdeurs. Dans le second, on peut se demander quelle est la valeur ajoutée par rapport à un livre. L'édition sait très bien faire cela, et la gestion du temps est très différente de celle d'un cours.

La solution retenue pour le cours Économie de l'information, même si elle a aussi ses limites me parait plus efficace et raisonnable. Elle marie plusieurs techniques, mais le corps du cours est constitué de diapositives sonorisées.

Je n'ai pas grand chose à ajouter sur les diapositives, sinon qu'elles doivent répondre aux mêmes critères que celles qui illustrent un cours traditionnel avec un accent plus fort mis sur la coïncidence entre le son et le pointage sur l'image par des animations sobres et simples (par ex Module 4 Diapo 3 et 36).

L'enregistrement du son est moins familier aux professeurs et trois années successives m'ont donné une petite expérience dont voici quelques leçons.

J'enregistre et mixe le son, diapositive par diapositive, tout seul au calme devant mon ordinateur. Pour cela j'utilise Audacity. Un enregistrement de son est représenté ainsi :

Son-cours-SCI6355.jpg

Cette représentation visuelle autorise très facilement le montage, c'est à dire le copier-coller à l'instar d'un traitement de texte dans l'écrit. Aussi je n'écris rien de mon commentaire. J'enregistre directement, je bafouille, je répète jusqu'à trouver la bonne énonciation et je coupe et monte au fur et à mesure. Le montage peut être très fin grâce au zoom sur la représentation du signal. D'une année sur l'autre, je peaufine, changeant tout une diapositive ou simplement un bout de phrase ou même un mot, c'est selon.

Il s'agit d'une sorte d'écriture de la parole. Elle a l'avantage de sa très grande souplesse. Elle ne ressemble pas vraiment à une parole naturelle. Les silences sont raccourcis, les respirations coupées, le ton moins accentué. Cela peut surprendre au début à l'écoute, mais j'ai le sentiment qu'on s'y habitue très vite car sa supériorité est la densité du propos. Chaque mot est juste et à sa place. On peut, de plus, facilement y revenir par la navigation diapositive par diapositive.

Bien sûr, la première année l'enregistrement de la totalité du son est un lourd travail, moins lourd néanmoins que la rédaction totale du cours. Et le document final est un capital que l'on améliore, actualise, enrichit ensuite d'une année sur l'autre. Dès lors sur trois années, l'investissement primitif devient vraiment intéressant et les étudiants en sont les premiers bénéficiaires car le cours s'améliore.

Ce document visuel et sonore, monté pour ce cours sur Adobe Presenter, à l'avantage de pousser l'attention de l'étudiant par le flot du son tout en gardant la flexibilité du feuilletage et la précision du contenu.

Attention, assiduité et participation

Le second défi du cours à distance est l'attention et l'assiduité de l'étudiant. Dans un cours traditionnel, l'étudiant est tenu d'être dans la salle, d'écouter le professeur. voire de participer aux discussions. Même si cette obligation est relative, la pression est là. Le dispositif est conçu pour cela (horaires réguliers, organisations des salles, face à face..). À distance cette pression saute.

Il serait démagogique et peu efficace de s'en remettre à la simple responsabilité de l'étudiant. Il faut alors construire un autre dispositif pour le mettre en condition d'apprentissage. Pour cela, le réseau est un outil très différent.

Voici comment je m'y suis pris pour «forcer» la participation des étudiants. À la fin de la première semaine, les étudiants avaient un examen sous forme d'un quiz dont les réponses demandaient réflexion. Chaque étudiant avait 5 questions tirées au sort parmi une vingtaine. L'ensemble des questions a été mis en ligne au début du cours et un forum a été ouvert pour qu'ils puissent en discuter. Ils avaient évidemment intérêt à proposer leur réponse à toutes les questions, puisqu'ils ignoraient lesquelles leur seraient posées. Ils n'ont pas manqué d'en débattre et ainsi d'amorcer un dialogue confiant et constructif entre eux autour de la thématique du cours.

La deuxième semaine le débat s'est déplacé sur le blogue, c'est à dire sur un espace public où le statut de la prise de parole est différent, plus risqué. Chaque étudiant avait un billet à rédiger sur une thématique de son dossier et, en même temps, devait commenter 3 billets de ses collègues nommément désignés. Là encore les échanges ont été fournis.

La troisième semaine, ils ont analysé une étude de cas en équipe puis ont donné leur avis sur le diagnostic final, sachant qu'une question de l'examen porterait dessus.

Voici donc quelques éléments mis en place pour remplacer la pression du dispositif présentiel. D'autres pourraient être sûrement imaginés. Ceux-là ont montré une certaine efficacité.

jeudi 23 juin 2011

Redocumentarisation et web documentaire

Pour conclure les trois semaines intensives du cours sur l'économie du document de la maîtrise en sciences de l'information de l'EBSI, voici un dernier module (M9) qui élargit la problématique en développant la notion de redocumentarisation et, cerise sur le gâteau grâce à l'amabilité du Collégium de Lyon, ci-dessous un petit film qui articule la théorie du document et son économie numérique contemporaine, présentée dans un module précédent (M7).

Pour aller plus loin :

Olivier Ertzscheid, L'homme est un document comme les autres : du World Wide Web au World Life Web, Hermès, no. 53 (2009): 33-40.

Roger T. Pédauque, Le document à la lumière du numérique, C&F éditions, 2006.

Roger T Pédauque, “Document : forme, signe et médium, les re-formulations du numérique” dans Le Document à la lumière du numérique (C & F éditions., 2006), English version, Versión española

Roger T. Pédauque, Document et modernités, dans Le Document à la lumière du numérique (C & F Éditions, 2006), .

Jean-Michel Salaün, Web et théorie du document. Utopie des ingénieurs et appétit des entrepreneurs. In 3ème Conférence "Document numérique et Société", sous la dir. de Evelyne Broudoux, Parina Hassanaly, Ghislaine Chartron. 15-16 novembre 2010, Aix en Provence. ADBS-Édition.

Il me reste à remercier les étudiants pour avoir parfaitement joué le jeu de l'intelligence collective (quelques 70 commentaires sur les billets du blogue et une participation intensive sur les forums et travaux internes) et Martin Bélanger, mon assistant sur ce cours, pour son aide discrète mais très efficace.

vendredi 17 juin 2011

Internet et le commerce du livre ancien (US vs Europe)

Ce billet a été rédigé par Christian Lacombe dans le cadre du cours SCI6355 sur l'économie du document de la maîtrise en sciences de l'information de l'EBSI.

John Wronoski, bibliophile de renommée, propose un état des lieux du commerce du livre ancien en Amérique depuis l’arrivée d’internet dans un article. Malgré une sombre vision de la profession en Amérique, depuis l’arrivée d’internet, JW pense que les libraires américains représentent un renouveau dans la profession. En Amérique, dit-il, il n’y a pas d’attache au passé, la population tout comme les professionnels sont tournés vers l’avenir et cela demande du courage et une volonté saine pour avoir une attitude neuve vis-à-vis d’une vieille profession. Il pense que, même s’il ne faut pas avoir peur des clients venant d’internet, la clientèle de base rétrécit à cause du manque de contact avec les livres via les bouquinistes spécialisés qui se raréfient. Alors que l’on peut remarquer la présence de plus en plus forte des maisons de vente dans le commerce du livre ancien en Amérique, on peut en même temps déplorer le manque de jeunes libraires qui ouvrent ou reprennent un commerce avec pignon sur rue. À l’inverse, on constate une surabondance de nouveaux libraires sur internet.

Depuis l’arrivée des plateformes sur le web, la librairie de livres anciens est à un moment critique de son histoire, car cette technologie modifie radicalement la façon de conduire les affaires. Aucun sujet ne préoccupe autant les libraires américains qu’internet assure JW. Certains libraires voient en cette technologie une possibilité d’atteindre un nombre infini de clients qu’ils n’auraient jamais pu rejoindre auparavant. Les libraires de livres anciens sont très soupçonneux, alors que les libraires généralistes (livres d’occasions mais pas nécessairement anciens) y voient un outil indispensable pour le commerce d’aujourd’hui. Pour ceux-là, internet révèle la valeur réelle des livres, il y a une uniformisation du marché. Pour les autres, internet met en relief l’ignorance du métier de libraire, car les informations consignées sur les notices ne sont plus fiables (copiage de notice pour des ouvrages différents).

JW fait référence à l’Antiquarian Booksellers' Association of America ABAA qui observe ce phénomène et s’inquiète, elle aussi, du manque de jeunes libraires de livres anciens en Amérique (moins de 10 libraires en dessous de 40 ans adhèrent à l'ABAA et à la Ligue Internationale de la Librairie Ancienne LILA). JW affirme qu’en Amérique le livre appartient à une technologie vue comme rétrograde. En effet, la possibilité pour un jeune libraire de se trouver un mentor est rare, les connaissances nécessaires demandent de nombreuses années de confrontation avec les vieux documents, ce qui n’est pas facile et les coûts d’installations sont excessifs. Des libraires canadiens et américains, déjà en fonction, pensent qu’il est beaucoup plus difficile de se forger une réputation et une personnalité avec les plateformes en ligne.

Alain Marchiset, libraire à Paris et président du Syndicat national de la librairie ancienne et moderne SLAM lui répond dans un entretien transposé en article. Le texte de JW serait révélateur de la différence de culture entre l’Amérique et l’Europe. AM le considère comme trop «apocalyptique». L’amateur du dimanche est une denrée courante en Europe et l’on peut remarquer la profusion de vieilles librairies avec leurs chineurs. Par contre, à l’inverse des États-Unis, les bibliothèques universitaires européennes ne sont plus des clients réguliers des librairies, car elles n’ont pas autant d’argent. De même il n’existe pas en Europe de grands mécènes correspondant au prototype américain qui constitue des collections de rêve. (J’aimerais pourtant rappeler ici que le manuscrit de L’histoire de ma vie de Casanova est entré récemment à la BnF grâce à la générosité -7 millions d’euros- d’un mécène «anonyme») AM rappelle que les européens ont refusé en bloc, lors du dernier congrès de LILA, de faire des bases de données de librairies de types : BIBLIOFIND ; BIBLIOCITY. Pour eux, le libraire doit préserver son style et sa spécificité, garder sa singularité en proposant des collections choisies très rigoureusement.

JW appelle à un renouveau du libraire en Amérique, mais il ne propose aucune piste. Je pense que la profession se transforme, que les livres rares seront peut-être moins recherchés par des «fétichistes» mais deviendront des valeurs de placement. AM assure que les libraires européens refusent en bloc l’idée de base de données, mais «tous» sont sur Abebooks. Il faut aussi rappeler que le monde de la librairie ancienne tel que le présente AM est réservé à une classe sociale très privilégiée, les exemples de gens sans fortune ayant une boutique de livres anciens en France sont rares…

Payer le journal à la cenne près!

Ce billet a été rédigé par Guillaume Cloutier dans le cadre du cours SCI6355 sur l'économie du document de la maîtrise en sciences de l'information de l'EBSI.

Bien des gens sont familiers avec les micropaiements sans le savoir. Il suffit de penser à Itunes pour s’en convaincre. En effet, presque quiconque possède un Ipod a déjà acheté une chanson en ligne au microprix de 99 cents. Un fois l’inscription complétée et les coordonnées bancaires entrées, il suffit de quelques clics pour procéder au paiement de la chanson : rapide, efficace, facile et quasi-indolore pour le portefeuille. Il s’agit ici de payer un petit prix pour avoir accès à un petit morceau de contenu. Si ce modèle d’affaires peut faire vivre Itunes, ne peut-on pas penser que les journaux en ligne pourraient en tirer partie et trouver enfin une solution de rentabilité? C’est l’idée que je veux explorer dans ce billet.

Les micropaiements ne sont pas une idée nouvelle, bien au contraire. Ils ont eu une brève vague de popularité à la fin des années 1990 avec des compagnies comme Beenz, Fleez, Bitpass, CyberCash et Peppercoin. Comme le disais Walter Isaacson dans un billet paru sur le site Time.com: si vous vous souvenez de ces compagnies c’est probablement parce que vous y avez perdu de l’argent! Bref, en dehors de quelques notables exceptions, les micropaiements n’ont jamais su s’imposer comme façon de rentabiliser du contenu. Néanmoins sitôt oubliée, l’idée réapparaît ailleurs, avec la promesse que, cette fois-ci, il s’agit de la bonne.

C’est ce qui s’est passé en 2009 quand le puissant Rupert Murdoch et son Wall Street Journal ont annoncé l’arrivée d’un système de micropaiements donnant accès à certains articles au contenu exclusif (voir l’article). L’arrivée de ce système et le retour des micropaiements ont été surveillés de près par la plupart des grands acteurs de la presse. Malgré cette percée du WSJ, les micropaiements ont autant d’admirateurs (billet ici) que de détracteurs (billets ici et ici).

Un des problèmes pratiques du micropaiement est le coût de la transaction. À supposer que le coût d’un article soit le même que celui d’un message texte comme le dit Monsieur Murdoch, soit environ 10 cents, il faudra nécessairement trouver un système transactionnel fiable, sécuritaire et surtout peu coûteux pour que l’ensemble fonctionne sans qu’il y ait une trop grande érosion de la marge de profit. Or un système définitif reste à établir et bien des compagnies ont connu leur Waterloo en tentant d’élaborer un tel système. Il faudra en quelque sorte un système de paiement quasi-universel. Un tel système reste toujours à implanter sur une grande échelle.

L’autre grand problème, largement plus complexe, est celui d’amener le consommateur à accepter de payer pour un contenu autrefois accessible gratuitement et, de plus, de s’assurer que ce même contenu n’est pas accessible ailleurs gratuitement. Or cette barrière du paiement est un des problèmes majeurs auquel fait face l’industrie. Idéalement, il s’agirait de trouver un contenu si exclusif et nécessaire au consommateur que ce dernier franchirait la barrière du paiement pour y avoir accès. Il est hautement improbable que le lecteur paiera pour lire des articles très généraux. Mais plus les articles se spécialisent et répondent à un besoin informationnel précis plus il est probable que le consommateur paiera les quelques sous pour y avoir accès. Chose certaine, les journaux en ligne devront rivaliser de créativité pour aller chercher une clientèle habituée aux nouvelles gratuites et instantanées.

Je me suis renseigné plus amplement sur un des systèmes de micropaiements existant : Press+ (leur site web est accessible ici). Le site définit le système comme un kiosque à journal réinventé pour le 21e siècle. En quelques minutes, l’usager peut ouvrir un compte et lorsqu’il naviguera sur le Web à la recherche d’information, il tombera probablement sur un des partenaires de Press+ qui demandera un micropaiement en échange de certain morceau de contenu. En entrant son mot de passe et son nom d’usager, l’utilisateur pourra accéder au contenu sans avoir à ouvrir un compte pour chaque site. Il s’agit en quelque sorte de l’idée d’un guichet unique pour le paiement virtuel de l’information. Il sera intéressant de voir l’évolution de ce système et de ses compétiteurs dans un avenir rapproché.

Je terminerai ce court billet en spécifiant que les micropaiements sont un modèle parmi plusieurs autres et à mon avis, il est fort probable que plusieurs modèles de rentabilité coexistent sur le marché. Ainsi, on peut imaginer un journal générant des revenus provenant à la fois des micropaiements, des abonnements en ligne traditionnels, des abonnements papiers, des publicités, des petites annonces, etc. C’est un peu le modèle du WSJ. Ce n’est pas les sources de revenus potentielles qui manquent, mais bien un modèle économique fort qui permettrait la pérennité du journalisme tel qu’on l'a connu jusqu’à maintenant. Reste à savoir si les micropaiements s’inséreront durablement dans ce modèle économique.

jeudi 16 juin 2011

Contrôler ses données.. pour un ciblage efficace

Ce billet a été rédigé par Marie-Andrée Dubreuil-Moisan et Marie-Eve Lamoureux dans le cadre du cours SCI6355 sur l'économie du document de la maîtrise en sciences de l'information de l'EBSI.

L’exploitation massive des données personnelles sur le Web sert à financer les réseaux sociaux et moteurs de recherche. Les réseaux se considèrent propriétaires des données techniques, navigationnelles, déclaratives et comportementales vendues pour fin de statistiques aux compagnies publicitaires.

Selon Helen Nissenbaum, nous avons assez perdu de temps à déterminer ce qui est du domaine privé et ce qui est du domaine public, aussi quelles informations dans ces sphères doivent demeurer privées alors qu’en fait la préoccupation serait de trouver des moyens de préserver la confidentialité sur le Web. À cet effet, des options émergentes permettent de naviguer de manière plus invisible pour se protéger du traçage et du profilage, par exemple TrackMeNot. On pourrait même s’inspirer de la manière des hackers, par contre il y a fort à parier que ces options pourraient être piratées par des experts. La protection des données privées sur le Web est un sujet chaud et une préoccupation pressante qui implique la participation de diverses sphères sociales, par exemple pour le ministère de la Culture français ici, enjeux 12. Pour ce billet, nous nous en tiendrons au profilage à des fins publicitaires.

Un courant de pensée original propose aux individus que certaines données soient traquées dans une optique de ciblage marketing optimal. Les utilisateurs choisissent eux-mêmes de laisser des traces spécifiques sans violation de la confidentialité, par exemple Adnostic. Pour la société, la publicité occupe un rôle économique important (p. 85) qu’il ne faut pas négliger et si les individus peuvent y trouver leur compte avec une expérience satisfaisante qui ne soit pas compromettante, le profilage en optique marketing serait alors gagnant.

D’autant plus que les grands joueurs voulant monopoliser le Web comme par exemple Google, tiennent trop à leur clientèle pour utiliser les informations qu’ils colligent sur eux à des fins malicieuses. Pourtant tel que rapporté dans un article du WSJ, en raison de sa dépendance relative est-ce que la clientèle est réellement en position simple de quitter Google? Dans ce même article, Holman et Jenkins relatent les propos de Éric Schmidt selon lesquels la publicité web est la source de pratiquement tous les profits de Google, la publicité ciblée c’est leur spécialité et par l’entremise de la boîte recherche, Google nous connaît presque complètement. Ce dernier vise maintenant un nouveau type de service qui nous devancerait sur l’interprétation de nos propres besoins en matière d’information. On peut s’interroger sur l’éthique d’une telle pratique, mais ne serait-ce pas simplement une publicité supplémentaire s’ajoutant au bain dans lequel chacun nage chaque jour en y appliquant une attention sélective et un esprit critique et analytique développé par l’habitude à l’exposition publicitaire dès un très jeune âge?

Si la plupart des internautes sont insensibles au trafic des données en vue de publicités ciblées; il existe des groupes pour qui cette pratique est inadmissible. Certains enfin cherchent à dépasser cette dichotomie en introduisant une dimension humaniste dans l’équation données, publicité et exploitation. Le projet VRM (pour vendor relationship managment), à Harvard, insiste sur la nécessité de rétablir des relations respectueuses entre les consommateurs et les entreprises. Leurs valeurs se basent sur des écrits parus en 1999 d’abord sur un site et ensuite publiés. Le site original présente 95 déclarations prônant la communication et redéfinissant les règles du marché notamment en faisant l’apologie du marché en réseau et comment l’appui les uns des autres surpasse l’intervention d’un vendeur. Le projet courant de recherche de VRM consiste en la vérification de cette théorie, soit qu’un consommateur libre est plus intéressant pour une entreprise qu’un consommateur captif. Plusieurs questions se posent mais le mot liberté se retrouve en chacune d’elles. Il est dommage qu’aucune conclusion n’ait été publiée à ce jour..

Une startup montréalaise, animée par Tara Hunt, Cassandra Girard et Jérôme Paradis, s’inspirant largement de ces idées propose depuis janvier 2010, un site qui invite le consommateur à reprendre le contrôle sur les données qui composent l’historique de ses intentions d’achats et de ses achats effectifs. Il s’agit de l’un de ces marchés en réseau qui s’organisent plus vite que les entreprises qui les ont traditionnellement ciblés. Grâce au Web, ces marchés deviennent mieux informés, plus intelligents et plus exigeants en qualité. La proposition de Buyosphere.com se résume ainsi : reprendre à son compte son profil d’utilisateur pour optimiser son expérience d’achat. Cela semble plus prometteur que d’ériger des barrières qui seront contournées tôt ou tard. Comprendre ses habitudes de consommation et maintenir son propre historique d’achat permettra aux utilisateurs du site d’entrer en contact avec des vendeurs/des marques qui seront mieux outillés pour répondre à leurs besoins.

Le site fonctionne comme on rafraîchit son profil avec la possibilité d’inclure des produits saisis de partout avec un simple bouton placé sur la barre de commande (aime/achète). Puisqu’il semblerait que l’activité #1 des femmes sur Facebook serait de parler de leurs achats, la pertinence d’un tel site se justifie amplement. La différence principale réside dans le fait que les utilisateurs restent maîtres de leurs données et peuvent, grâce à la plateforme et aux outils fournis, communiquer directement avec les compagnies, échanger leurs données contre des offres personnalisées et consolider ainsi une relation plus satisfaisante pour les deux parties.

Il importe que les gens sachent que leurs données sont amassées et utilisées afin qu’ils puissent être plus sélectifs à certains égards dans la diffusion de leurs propres données. Il faut aussi que les gens aient la possibilité d’apprendre comment devenir le point d’intégration de leurs propres données et l’origine de ce qu’il en advient. Pour ainsi profiter des bon côtés du profilage et en éviter au maximum les désavantages potentiels.

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