Bloc-notes de Jean-Michel Salaün

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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Jeudi 19 novembre 2009

Des barbelés sur la toile

Un intéressant billet de Tim O'Reilly a été traduit en français par Framablog. Le billet original s'intitule The War For the Web (ici), traduit de façon un peu ambigüe par La guerre du web (). Je serais plus tenté d'écrire quelque chose comme La conquête de la toile.

T. O'Reilly pointe un hiatus entre la logique initiale du web, anarchique, et le développement du marché qui l'accompagne. Extraits :

Nous nous sommes donc habitués à un monde où un seul moteur de recherche domine, où une seule encyclopédie en ligne domine, un seul cyber-marchand, un seul site d’enchères, un seul site de petites annonces dominent, et nous avons été préparés à un monde où un seul réseau social dominera. (..)

Mais surtout, les camps sont maintenant bien établis entre Apple et Google (ne ratez pas l’analyse de Bill Gurley à ce sujet). Apple domine l’accès au Web mobile avec son appareil, Google contrôle l’accès à l’une des applications mobiles les plus importantes et limite son accès gratuit aux seuls terminaux Android pour l’instant. Google ne fait pas des merveilles que dans le domaine de la recherche, mais aussi en cartographie, en reconnaissance vocale, en traduction automatique et dans d’autres domaines adossés à des bases de données intelligentes phénoménales que seuls quelques fournisseurs peuvent s’offrir. Microsoft et Nokia disposent également de ces atouts, mais eux aussi sont en concurrence directe avec Apple et, contrairement à Google, leur économie repose sur la monétisation de ces atouts, pas sur la gratuité du service.

Il se peut qu’ils trouvent un moyen de co-exister pacifiquement, et dans ce cas nous pourrions continuer à jouir du Web interopérable que nous connaissons depuis deux décennies. Mais je parierais plutôt sur l’effusion de sang. Nous sommes à la veille d’une guerre pour le contrôle du Web. Au fond, c’est même plus que ça, c’est une guerre contre le Web en tant que plateforme interopérable. Nous nous dirigeons plutôt vers la plateforme Facebook, la plateforme Apple, la plateforme Google, la plateforme Amazon, les grandes entreprises s’étripant jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une. (..)

PS : Une prédiction : Microsoft sera le grand défenseur du Web ouvert, encourageant l’interopérabilité des services Web, tout comme IBM est devenu l’entreprise soutenant le plus Linux.

Si le constat me parait fort juste, je n'ai pas été vraiment convaincu par le reste du propos appelant au sursaut des développeurs vers l'Open-Source qui me parait en contradiction. Il me semble confondre le choix de structure technique du Web et son économie. Sans doute la structure technique du Web est en théorie anarchique, au sens fort, et cela a fait beaucoup pour son développement. Mais la structure anarchique du web n'a pas permis de développer un marché multipolaire où des acteurs de toutes tailles auraient pu s'épanouir. Au contraire, comme le dit T O'Reilly, elle a aussi favorisé les concentrations et aujourd'hui les enjeux économiques sont devenus trop forts pour ne pas dominer.

Mardi 13 octobre 2009

Twitter, sous-traitant des moteurs ?

Nous avons vu comment s'était conclu le rachat par Google de YouTube (ici). Les discussions avec Twitter pourraient aussi amener un nouvel épisode de surenchères à l'aveugle si l'on en croit le blogue de Kara Swisher du Wall Street Journal :

Twitter Talking Separately to Microsoft and Google About Big Data-Mining Deals, 8 octobre 2009 ici Repéré grâce à O Le Deuff.

La situation est, semble-t-il, pourtant différente car Twitter ne cherche pas à être racheté, mais à vendre les informations procurées par le flot de milliards de gazouillis lancés par les 54 millions d'utilisateurs mensuels. En théorie, ce flot devrait permettre d'affiner le pagerank puisque nombre de ces messages sont en réalité des liens flottants répétés et donc facilement modélisables. Inversement, ces recommandations échappent aux moteurs et donc effritent leur efficacité. Twitter deviendrait une sorte de sous-traitant des moteurs. Reste qu'il s'agit encore une fois d'un pari, notamment sur la pérennité des accros au service.

C'est en tout cas une nouvelle tentative pour trouver la martingale du Web 2.0.

En attendant, il a encore levé le mois dernier 100 M de $, qui s'ajoutent aux 55 millions qu'il avait déjà ramassés.. avec un chiffre d'affaires ridicule.

Lundi 12 octobre 2009

La résistance du blogueur de fond

Narvic propose un billet plus impressionniste que démonstratif mais stimulant intitulé Web de flux contre Web de fond (Novövision 2, 10 oct 2009, ici) dont il introduit ainsi le propos :

Nous sommes en train de passer insensiblement sur le web d’un modèle dominant de diffusion de l’information à un autre. Du « modèle Google », construit autour d’un « web de fond » et de l’analyse algorithmique de la popularité des contenus, à un « modèle Twitter », construit autour d’un « web de flux » et de la recommandation sociale des contenus selon la réputation du prescripteur.

Le web de fond intéresse, selon l'auteur du billet, directement les professionnels de l'information et cette présentation résonnera agréablement aux oreilles des ebsiens :

Ce « web de fond » tient l’une de ses particularités d’ailleurs de ses allers-retours permanents entre l’actualité et l’archive, la documentation, les données... J’aime bien l’image proposée sur ce thème par Nicolas Vanbremeersch dans son livre, l’image des « trois webs ». L’un d’entre eux est précisément pour lui ce web de l’archive, un web qui resterait statique, totalement inanimé, si des blogueurs, documentalistes, experts ou journalistes, ne participaient à son « animation », en plongeant à l’intérieur pour faire remonter à la surface des liens vers les contenus profonds.

Mais le Web de flux séduirait de plus en plus certains d'entre les spécialistes de l'information d'après toujours Narvic :

Il est très symptomatique, à mon avis, que Twitter séduise aujourd’hui avant tout des spécialistes de l’information sur le net, c’est à dire - en gros - des blogueurs « techno » et des journalistes, et que l’usage principal qu’ils en font, c’est de diffuser des liens vers des billets dont ils recommandent la lecture.

Et il remarque la déconnexion, par exemple, entre la pratique du blogue et celle de Twitter. Ainsi, un écart de plus en plus manifeste se creuserait entre les deux dynamiques, celle du Web de fond et celle du Web de flux, qui sont supportées non seulement par des pratiques différentes, mais aussi par des sociétés commerciales différentes.

Mais pour reprendre la thématique de ce blogue, rappelons qu'il y a un abîme entre les rentrées financières de Google et celles des concurrents qui développent selon Narvic le Web de flux (Twitter, FaceBook..). Restons donc prudent face au flux éphémère, non parce qu'il est inefficace, moins sérieux, ou se renouvelle sans cesse, mais parce qu'il n'a pas de base économique. Bien des services vedettes du Web ont déjà été oubliés par le passé..

Pour ma part, je continue de croire au travail de fond. Celui qui est supporté notamment par des experts, et je crois même, contrairement à bien des sirènes post-modernes, à leur chance renouvelée. Ce billet d'A Kluth sur sa pratique d'information (ici), repéré par Pisani () me conforte dans cette idée :

Conclusion d'A Kluth (trad JMS):

Ce que j'ai découvert en observant ma propre pratique des médias, c'est que je suis aujourd'hui bien mieux informé que je ne l'ai jamais été. Mais que bien des informations que je consulte ne viennent plus des journalistes.

Elles viennent aujourd'hui en beaucoup plus grand nombre des universités, des groupes d'experts (think tanks) sur mon fil RSS et iTunes de l'Université, de scientifiques et de penseurs et experts à des conférences comme TED, et de vous, qui vous êtes un groupe auto-sélectionné et donc qualifié d'éditeurs.

Jeudi 8 octobre 2009

Comment perdre un milliard de dollars ?

Voici un dialogue cité par CNET-News (ici repéré par D. Durand qui le commente), sorti tout droit d'un épisode de Ally Mc Beal quelque peu surréaliste. La scène se passe entre M. Schmidt et un avocat au cours d'une déposition faite en mai dernier par le directeur financier de Google dans le procès mettant en prise la société avec Viacom sur une question de droit d'exploitation de clip-vidéos (sur le procès voir ici).

Extraits (trad JMS) :

Stuart Jay Baskin, un avocat de Viacom : Alors pourquoi ne pas nous dire ce que vous vous rappelez avoir dit aux dirigeants (de Google) concernant cette estimation (de YouTube) ?

Schmidt: Je crois que YouTube devait valoir quelque chose autour de 600-700 millions de dollars.

Baskin: Et vous l'avez indiqué aux dirigeants ?

Schmidt: Oui.

Baskin: de Google ?

Schmidt: Oui.

(..)

Baskin: Et suis-je exact en disant que vous avez demandé aux dirigeants d'approuver un prix d'acquisition de 1,65 milliards de dollars ?

Schmidt: Oui.

Baskin: Je ne suis pas très bon en math, mais je crois que cela devrait faire quelque chose comme un milliard de plus que ce que vous pensiez que la société valait réellement.

Schmidt: C'est exact.

(..)

Baskin: Pouvez vous nous expliquer le raisonnement que vous avez tenu ?

Schmidt: Bien sûr. C'est une société qui avait un très petit revenu, avec une forte croissance des utilisateurs, une croissance bien plus forte que celle de Google-Vidéo qui était le service dont disposait Google. Et ils nous avaient prévenus qu'ils allaient être vendus, et nous pensions qu'ils allaient recevoir une offre d'un concurrent qui, à cause de la position de Google, serait bien supérieure à la valeur de la société. Dans le jeu de la négociation, il faut se rappeler que le prix n'est pas fixé par mon jugement ou par un modèle financier ou par l'actuel cash-flow. Il est fixé par ce que les gens sont prêts à payer. Et nous avons conclu finalement que 1,65 milliards incluait une prime pour une transaction rapide et nous assurer de pouvoir participer au succès d'audience de YouTube.

C'est donc un éclairage cru sur les valorisations actuelles des sociétés du numérique. À l'évidence, celles-ci n'ont rien à voir avec un raisonnement économique raisonnable (voir ici par ex pour FaceBook). Et je ne suivrai pas D. Durand quand il dit que l'audience capturée pourra se monétiser quand l'énigme de cette monétisation sera résolue. C'est un pari dangereux à ce niveau de transactions, rien ne dit qu'une solution sera trouvée. Elle n'a toujours pas été trouvée pour YouTube, malgré bien des tentatives et les conditions optimum et confortables pour sa recherche trois années, presque jour pour jour, après son acquisition par Google. Le même genre de pari a conduit au crack financier des banques qui au final aura fait beaucoup de dégâts.

Dimanche 21 juin 2009

17820

;-). 51 nouveaux abonnés pour une liste en théorie fermée depuis le 6 juin.

Voir ici, ou sur ce blogue, mais surtout et pour l'annonce de la fermeture de Biblio-fr et la discussion qui suit (tout particulièrement le propos de J. Kessler).

Je crois que la question maintenant posée dépasse largement l'histoire de la liste et pose bien des questions au cœur de la thématique de ce blogue. Rien que cette discussion, mise en regard avec celles éclatées des blogues sur le même sujet pourrait faire l'objet d'une recherche sur la communication de groupe via l'électronique.

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