Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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vendredi 25 avril 2008

Éco-doc : révision séquence 6

Poursuite des réflexions sur le cours sur l'économie du document, prévu à l'automne à distance (Plan et explications ici), avec la sixième séquence.

Comme pour la séquence précédente l'objectif est d'approfondir les modèles industriels présentés dans la Séquence 3 (ici). Après les modèles de diffusion, les modèles d'accès sont évoqués, toujours avec une alternance entre un cours classique et un dossier présenté par un groupe d'étudiants.

Cette cinquième séquence est peut-être trop longue dans sa version prévue initialement. En effet cette thématique concerne le plus directement les étudiants, puisque l'on aborde d'abord l'économie de la bibliothèque et son évolution, puis celle du Web-média. Les deux modèles préoccupent à juste titre frontalement les étudiants en sciences de l'information et il est sans doute préférable de bâtir deux séquences séparées plutôt qu'une seule : une sur le modèle bibliothéconomique et une autre sur le modèle du Web-média. Je ne parlerai donc dans ce billet que de la première des deux.

Contrairement à l'économie du livre ou de la télévision, présentées dans la séquence précédente, il n'existe que peu de travaux et de données, de plus pour ceux que je connais pas toujours très convaincants, sur l'économie des bibliothèques. Aussi cette séquence s'appuie principalement sur mes propres analyses.

La logique des modèles de l'accès, contrairement à celle des modèles de la diffusion, est basée sur le service, c'est donc du côté de l'économie des services que l'on trouvera les outils les plus appropriés pour leur analyse. Le principe de ce cours est d'étudier l'économie de la bibliothèque comme celle d'une entreprise de services. L'idée est de montrer que la bibliothèque est un système de médiation entre deux mondes, celui du document dans lequel est colligé un savoir et celui du lecteur qui cherche à s'enrichir d'un savoir supplémentaire en vue d'améliorer sa situation. Cette médiation peut s'analyser à plusieurs échelles, micro, méso ou macro. On en trouvera une esquisse très succincte dans l'article suivant (deux premières pages) :

Salaün, Jean-Michel. 2008. Le défi du numérique : redonner sa place à la fonction documentaire. Documentaliste-Sciences de l'information, no 1 : 36-39. ici

Comme le suggère le même article, le numérique déplace les fonctions de la bibliothèque. Ce déplacement est alors examiné dans la seconde partie du cours.

Ici encore, la difficulté principale n'est pas pour moi le contenu général du cours, puisque je l'ai bâti sur mes propres travaux. Mais il faut avouer que les chiffres disponibles sur l'économie des bibliothèques ne sont pas légion, et quand ils existent ne sont pas toujours très rigoureux ou simples à interpréter. On dispose surtout de statistiques sur les collections et la fréquentation. Du côté du budget, suite à la crise des périodiques, les statistiques sur les acquisitions se sont affinées. On connait aussi parfois les subventionnements des bibliothèques. OCLC propose quelques indicateurs globaux, discutables mais qui méritent d'exister. La carence n'est pas difficile à comprendre. Les bibliothèques, au moins jusqu'à une période très récente, étaient perçues comme en marge de l'économie. La perception, au moins en Amérique du nord, se transforme radicalement ces dernières années, pour autant on ne dispose pas plus d'indicateurs très convaincants.

Un ou deux dossiers d'étudiants, réalisés selon les modalités décrites en séquence 2 (ici) ont été remis par un ou deux groupes d'étudiants. Ils sont mis en ligne sur le site de partage du cours. Ils concernent des problématiques d'actualité permettant d'aborder l'ébranlement par le numérique du modèle de la bibliothèque. Un débat en ligne est lancé à partir d'une ou deux questions proposées par le professeur sur chacun de ces dossiers. C'est à la suite de ce processus que chaque groupe pourra réaliser le billet à publier sur le blogue.


Séquence 6 : Économie de l'accès : 1. la bibliothèque

Objectif général

À la fin de la séquence l'étudiant(e) devrait connaitre :

  1. Les principales caractéristiques de l'économie de la bibliothèque.
  2. Les problématiques de l'économie des services appliquées à la bibliothèque.
  3. Les conséquences du numérique sur les fonctions et le positionnement de la bibliothèque.

Objectif spécifique

À la fin de la séquence l'étudiant(e) devrait être capable de :

  1. Repérer pour une bibliothèque particulière les différents éléments présentés.
  2. Interpréter les réponses proposées par la bibliothèque aux changements induits par le numérique.

Contenu de la séquence (base à réviser)

  • Positionnement des modèles de l'accès (rappel)
  • La bibliothèque comme entreprise de services
    • Au service des lecteurs (back-office, servuction)
    • Au service d'une collectivité (marché du document, organisation de l'action)
    • Au service de l'intérêt général (marchandise, bien public)
  • Décadrages
    • Évolution des fonctions
    • Marchandisation de l'activité
    • Repositionnement

Évaluation

L'évaluation de cette séquence est différente selon les étudiants. Les auteurs du dossier sont évalués sur celui-ci. Les autres sur leur participation au débat en ligne.

Bibliographie (à venir)

Le contenu n'est (décidément) pas le roi

Dans un article célèbre A. Odlyzko a montré que les industries du contenant ont toujours dans l'histoire présidé à celles du contenu.

Odlyzko Andrew, Content is Not King, First Monday, volume 6, number 2 (February 2001), ici

Mathématicien et économiste chez Bell, A. Odlyzko reflétait sans doute aussi le point de vue de son employeur. Mais l'actualité de cette fin de premier trimestre 2008 lui donne une nouvelle fois raison de façon spectaculaire, et on peut penser que nous sommes à la veille d'une révision radicale des modalités de financement d'une industrie du contenu, dont le rempart du droit d'auteur paraît aujourd'hui dérisoire et décalé par rapport au quotidien du fonctionnement des réseaux numériques.

D'un côté les industries de l'accès, financées par une publicité renouvelée, tiennent le haut du pavé (voir Google ici). Ironie de l'histoire, les plus anciennes industries du contenu profitent de la situation pour développer des services qui ignorent la rémunération des sources (Elsevier ou encore, plus anecdotique mais symbolique, Bertelsmann ). Mais celles de la musique, ou de la presse quotidienne prise en ciseau (voir ), souffrent.

De l'autre, un autre champion aux États-Unis de ce premier trimestre pourtant bien morose pour la bourse est Apple (voir sur La Tribune ici, communiqué de la firme ). La rentabilité de la Pomme repose essentiellement sur la vente de matériel. Mieux, son magasin de musique, iTunes est une réussite extraordinaire dans ses moments de dépression pour l'industrie musicale. Il est devenu le premier magasin aux US et son chiffre d'affaires égalera bientôt celui de la Warner Music. Pourtant, il a une rentabilité bien moindre que la vente de matériel pour Apple.. sans doute parce qu'il faut ici partager les recettes avec des ayant-droits. De fait, iTunes permet surtout de vendre des iPods, dont le succès par effet de halo ou par des produits-joints participe à la vente des autres matériels. Sur la stratégie du iPod, voir :

How Apple Is Preparing for an iPod Slump, Saul Hansell, Bits, New-York Times, 23 avril 2008. ici

Alors que faut-il en penser ? Tout d'abord que A. Odlyzko avait raison quand il concluait son article en disant (trad JMS) :

Le contenu n'a jamais été le roi, il n'est pas le roi aujourd'hui, et il est peu probable qu'il le soit un jour. L'internet s'est très bien débrouillé sans contenu, et peut continuer à prospérer sans lui. Le contenu aura une place sur l'internet, peut-être une place substantielle. Cependant cette place restera probablement subordonnée à celle du monde des affaires et des communications interpersonnelles.

Ensuite, qu'il serait important pour le domaine documentaire de faire la différence entre :

  • un processus de constitution d'un Web-média, pour lequel il faudra tôt ou tard trouver un moyen de rétribuer les producteurs de contenus, même si ces derniers y ont une place moindre que dans les modèles de diffusion traditionnels du fait de l'exploitation des archives et des écritures spontanées.
  • un processus de redocumentarisation, beaucoup plus large qui déstabilise notre rapport ancien aux documents, à la preuve et aux savoirs. Dans ce processus, la rétribution du contenu n'est pas vraiment la question essentielle. Mais les industries du contenant sont au coeur.

vendredi 18 avril 2008

Petits ruisseaux.. et grosses machines

Deux annonces récentes de résultats du premier trimestre nuancent mon billet précédent. Contrairement à l'économie générale américaine, E-Bay (voir ici sur La Tribune), puis Google (voir sur La Tribune), viennent d'annoncer des résultats insolents, trompant les prévisions plus pessimistes de la plupart des analystes.

Il semble que dans l'un et l'autre cas les mêmes facteurs aient joué :

  • un accrochage aux micro-transactions, on pourrait presque dire au petit commerce.

Extrait d'un article du New-York Times (trad JMS), qui confirme une nouvelle fois le positionnement Web-média de Google :

La société repose presque exclusivement sur des textes publicitaires courts qui apparaissent à côté des résultats de recherche et sur d'autres sites Web. Les analystes disent que c'est parce qu'ils sont mieux ciblés et utilisés par les commerçants pour orienter le trafic vers leur site qu'ils sont moins sensibles à la conjoncture que les bannières ou les autres publicités graphiques, qui cherchent à accroitre la notoriété de la marque.

Google Defies the Economy and Shows Profit Surge, MIGUEL HELFT, NYT April 18, 2008. ici

  • un positionnement transnational

Les deux entreprises profitent largement de leur implantation internationale, doublement même, d'une part en répartissant les effets néfastes des conjonctures locales difficiles, de l'autre en profitant largement des variations des changes, ici de la chute du dollar.

Ainsi ces deux entreprises se démarquent des tendances négatives de l'économie américaine. En ce sens elles ne sont pas des entreprises tout-à-fait comme les autres, contrairement à ce que je suggérais dans le billet précédent (ici). Mais suivant ce même billet clairement, leur puissance informatique est un élément clé de cette réussite. Sans elle, la gestion optimale d'un nombre considérable de micro-transactions serait hors de portée.

Les résultats, évidemment très attendus, de Yahoo! sont pour mardi prochain.

Actu du 20-04-2008

Comscore avait signalé une baisse des clics sur les mots clés sponsorisés de Google. C'est cette information qui avait incité le pessimisme des analystes. Voici sa justification après coup.. un peu alambiquée :

Reconciling comScore’s and Google’s Paid Click Data, Andrew Lipsman, Comscore, 18 avril 2008. (ici)

Par ailleurs, voici deux diapos tirées de la présentation officielle de Google, particulièrement parlantes :

Il ressort très clairement la part de plus en plus importante prise par les sites internes de Google et donc son affirmation de vrai média. J'en ai souvent parlé. J'y reviens prochainement lorsque j'aurai plus de disponibilité.

Il ressort la place prise par l'international. Mais, contrairement à ce qui est souvent dit, il n'y a pas une croissance manifeste de celle-ci depuis l'année dernière. En effet, la baisse du dollar joue ici à plein. Le calcul précis n'est pas évident à réaliser, mais je ne serai pas étonné qu'abstraction faite des variations de change, il n'y a pas une croissance plus forte de l'international que du marché US, même peut-être l'inverse.

Source : Google Q1 2008 Quaterly Earnings Summary, 17 avril 2008, Pdf ici.

Actu du 22 avril 2008

La suite de la justification de Comscore intéressante par les explications sur les limites des interprétations statistiques actuelles sur l'économie des moteurs, mais toujours embarrassée, normal Comscore a du faire perdre de l'argent à plus d'un boursicoteur..

Reconciling comScore’s and Google’s Paid Click Data Part 2: It’s the U.S. versus the World, Andrew Lipsman, Comscore 20 avril 2008. ()

En résumé, Comscore n'a pas tenu compte de l'augmentation des tarifs des «Pay-per-click» aux US, due à un nettoyage par Google des clics involontaires, ce qui réduirait la baisse de revenus anticipés par la simple baisse des clics et, par ailleurs, l'augmentation des revenus à l'international compenserait et au delà cette dernière.

Voir aussi sur la modification de l'attitude des annonceurs :

A Web Shift in the Way Advertisers Seek Clicks, STEPHANIE CLIFFORD, New-York Times, April 21, 2008. (ici)

dimanche 06 avril 2008

Google est-il un «vrai» média ?

Oui et non.

Tout d'abord, je dois avouer que la question m'a été soufflée par cette inquiétude d'un référenceur, citée dans un billet de Neteco :

« C'est la vraie question et c'est celle qui fait peur à l'industrie toute entière. Google n'est plus neutre dans ses résultats de recherche et se transforme en un vrai média qui veut garder l'internaute plus longtemps sur ses pages »

La recherche universelle de Google va t’elle changer les règles du référencement ?, Jérôme Bouteiller, Neteco, 4 Avril 2008. ici

L'inquiétude est fondée et l'évolution de la structure du chiffre d'affaires de Google, éclairante sur ce point, m'avait déjà fait répondre oui à la question première (voir ). Néanmoins cette réponse est incomplète, car, j'ai affirmé, par ailleurs (), que la logique économique des médias classiques orientée vers la diffusion était antagonique à celle du Web-média, dont Google est le plus beau fleuron.

En réalité, je crois que l'on peut maintenant avoir une meilleure vue d'ensemble. Deux arguments supplémentaires permettent de mieux comprendre.

1. Diffusion et accès s'équilibrent

Source : Impact des campagnes marketing on line sur les visites des sites web, XITIMonitor, 2 avril 2008 ici, repéré par le billet de Neteco.

Si l'on croit cette étude, les internautes arriveraient sur un site à part égale au travers d'un moteur de recherche ou d'un accès direct (par l'URL), chacun des chemins représentant 1/3 environ. Ensuite pour moins de la moitié des précédents, on trouve deux autres chemins : les liens d'autres sites, soit ce que certains appellent l'écologie du Web qu'il convient donc de relativiser ; les liens sponsorisés, dominés par Google qui contrôlerait 83% de ce trafic. Le reste étant marginal.

D'une façon un peu grossière, on peut en conclure en additionnant les chiffres que le trafic du Web est généré par une logique de diffusion ou d'accès, à parts strictement égales (45,8%). En effet, les internautes qui se rendent directement sur un site ou passent par un autre pour y arriver ont un comportement de lecteur de média classique, piloté par la diffusion. Tandis que ceux qui s'adressent à un moteur sont dans une logique de Web-média, telle qu'elle est entendue ici pilotée par la recherche d'information.

Il convient évidemment de prendre ces chiffres avec prudence. Mon propos vise simplement à montrer qu'il s'effectue progressivement un partage entre les deux logiques de navigation, sans chercher à le chiffrer précisément.

2. Bannières et mot-clés se complètent

Mais la structure du chiffre d'affaires de Google sera en 2008 sensiblement différente de celle des années précédentes, non que la publicité y tiendra moins de place, mais parce que la firme a depuis absorbé un gros joueur Doubleclick. Comme le montre très clairement D. Durand, jusqu'ici Google s'adressait à un marché publicitaire de longue traîne, caractéristique d'une logique d'accès dont les demandes sont très éclatées. C'est son génie d'avoir su innover et y appliquer son savoir faire par la vente de mots clés. Doubleclic, à l'inverse, se positionne dans la publicité classique, celle des bannières, celle des médias de diffusion.

On peut alors s'interroger sur les motivations de Google dans ce rachat. J'en vois au moins deux en suivant D. Durand : la première est de dominer le marché de la régie publicitaire sur le Web, ce qui peut relativiser l'inquiétude de la citation ouvrant ce billet (Google est autant aujourd'hui une régie qu'un média) mais creuser celle d'une position monopoliste dans le domaine ; la seconde, plus intéressante pour le raisonnement tenu ici, est la nécessité pour la firme de ne pas tarir la création de contenu et donc de laisser la place à une rentabilisation de contenu pour les principaux médias classiques en dynamisant le marché publicitaire.

Google (via Doubleclick) domine maintenant tous les segments de la publicité online, Didier Durand, Média & Tech, 3 avril 2008, ici.

Ainsi progressivement le Web-média affirme sa place dans le pentagone. Les rôles se redistribuent en partie, les recettes se récoltent et se partagent différemment. Et l'antagonisme entre les deux logiques d'accès et de diffusion s'atténue. Une des conséquences est la réalisation de forts gains de productivité, soit par stratégie (Google «rationalise» Doubleclic), soit sous la contrainte (réorganisation des journaux).

jeudi 03 avril 2008

Le repositionnement des bibliothèques publiques

Jusqu'à présent les bibliothèques publiques n'étaient pas vraiment atteintes au cœur de leur métier par le numérique, contrairement aux bibliothèques universitaires.

Ces dernières ont vécu et vivent encore une révolution. Elles ont vu en quelques années leur échapper la gestion des collections, au moins pour les périodiques, s'inverser le flux d'informations avec l'archivage ouvert, se transformer la référence avec les moteurs.. Mais elles ont pu progressivement se repositionner, même s'il reste encore bien du chemin à faire selon les contextes, en se plaçant au centre des flux documentaires scientifiques de leur communauté et en transformant leurs espaces en lieu de vie et centre de ressources. La clé de cette évolution est la structuration de la communauté desservie : homogène, hiérarchisée, tenue par des contraintes sociales fortes (tant du côté étudiants qu'enseignants et chercheurs) dont la relation au document est un élément fédérateur, dans le temps et dans l'espace. Dès lors la BU est l'outil approprié pour structurer l'accès aux ressources documentaires qui, elles-même, reflètent symboliquement la collectivité. Le numérique dans ce contexte trouve à l'université une écologie pour organiser son économie car nous sommes dans un "club" aux rites connus et solides, même si les tensions entre les acteurs des transactions commerciales sont parfois vives.

Tout autre est la position des bibliothèques publiques. Même si elles servent une population géographiquement située, celle-ci est hétérogène, "anarchique" au sens où elle n'est pas soumise à des contraintes d'autorité particulière, sinon celles de la civilité ordinaire. Dès lors, les bibliothèques publiques assistent plus en spectatrices qu'en acteurs de premier niveau au bouleversement du Web. Elles peuvent élargir leurs services en proposant d'autres supports, améliorer leurs prestations ou leur promotion en utilisant, par exemple. des outils du Web 2.0. Mais le cœur de leur métier n'est pas transformé.. ou ne l'était pas car il est probable que la révolution s'approche.

Deux exemples pris dans l'actualité l'illustrent : la structuration progressive de l'économie de la musique enregistrée ; les dernières annonces d'Amazon. Je ne prétend pas qu'ils montrent la seule voie des évolutions en cours, mais ils me paraissent caractéristiques des interrogations à se poser à moyen terme pour les bibliothèques publiques.

On le sait l'économie de la musique enregistrée subit actuellement une révolution radicale avec le Web. Sans entrer dans l'analyse, par ailleurs très largement documentée, les derniers épisodes montrent une évolution progressive vers un modèle de licence selon des modalités variables. Parmi d'autres, on trouvera chez Pierre Mounier un bref rappel de la situation (ici). Cette évolution n'est pas sans rappeler celle des éditeurs scientifiques.. sauf qu'ici les bibliothèques publiques perdent non seulement la gestion des collections mais aussi, et contrairement aux BU, la gestion de l'accès qui passe directement par les opérateurs de téléphone ou Apple, via le iPod. Voilà donc une menace réelle pour les services de musiques des bibliothèques publiques et, si les premières informations se confirment, un repositionnement nécessaire.

Amazon vient d'annoncer, coup sur coup, l'ouverture, plutôt la modification, de deux services, l'un d'impression à la demande, l'autre de commande de produits directement par SMS. On trouvera, par exemple, chez Virginie Clayssen une présentation de l'une et l'autre. Les analyses et commentaires s'attardent pour le moment à mesurer les conséquences sur les acteurs commerciaux de l'économie du livre. Mais les conséquences, si encore une fois ces services se développent, risquent d'être importantes, et peut-être positives pour les bibliothèques publiques. Quel est l'endroit en effet où l'on peut feuilleter, et même emprunter gratuitement un nombre considérable de livres, parfois même indisponibles chez les libraires ou éditeurs ? Il y a une forte complémentarité entre les collections accessibles des bibliothèques publiques et l'évolution des prestations à distance de Amazon. Les premières autorisent l'expérimentation, les secondes d'appropriation à une échelle jusqu'ici inaccessible.

Deux remarques pour conclure :

  • Une fois encore, on voit que le Web-média emprunte nombre d'éléments au modèle bibliothéconomique.
  • Les bibliothèques sont d'abord des lieux du visuel et du tangible. La musique n'y a trouvé sa place que lorsqu'elle est devenue (provisoirement ?) matérielle et silencieuse, c'est à dire inscrite sur un objet.

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