Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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lundi 08 novembre 2010

Tout (ou presque) sur l'économie du e-book

Un étudiant qui prépare aujourd'hui un mémoire ou une thèse sur l'économie du livre numérique ne manquera pas de références. Le nombre de rapport, études, enquêtes sur le sujet est impressionnant. Pour démarrer son sujet, je lui suggérerai deux lectures synthétiques et complémentaires toutes chaudes.

La première est un livre numérique justement, une réflexion ample, stimulante et plaisante par deux grands connaisseurs de l'édition, du livre et du numérique. Ce livre là pose les bonnes questions, clairement mais sans simplisme, sur la notion d'œuvre, sur la place des auteurs, des éditeurs, des libraires, des bibliothèques ou sur le rôle du lecteur. Il relativise quelques fausses évidences parfois proférées par les évangélistes du numérique sans pour autant sousestimer l'importance des changements.

Jean Sarzana et Alain Pierrot, Impressions numériques, Publie.net., 2010. ici.

La seconde lecture est une enquête réalisée pour le Forum d'Avignon. Les enquêteurs se sont intéressés aux comportements d'achat et de lecture numérique dans six pays (Corée, États-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne et Japon).

Bain & Cie, Les écrits à l'heure du numérique (Forum d'Avignon, 2010), Pdf. Une quarantaine de références, une mine, accompagnent l'étude ().

La principale leçon n'étonnera pas les lecteurs réguliers de ce blogue. Extrait (p.6-7) :

Le livre ne devrait pas connaître de scénario catastrophe similaire à celui de l’industrie musicale. Plusieurs indicateurs émanant de l’étude étayent ce constat. Les lecteurs qui ont effectué leur migration vers le numérique restent profondément attachés à la lecture papier, et trouvent à l’ebook des usages complémentaires. Cet ancrage dans la lecture du papier se vérifie également au sein des nouvelles générations, pourtant nées avec le numérique. En parallèle, des facteurs sousjacents assurent à l’industrie du livre une stabilité au moins temporaire sur laquelle l’industrie musicale n’a pas pu compter : une fragmentation des contenus limitée, en particulier pour la littérature, et un piratage modéré même parmi les jeunes lecteurs, au moins en ce qui concerne la “première vague” d’utilisateurs.

L’appétit pour le numérique est cependant bien réel, et les ebooks pourraient représenter de 15 à 25 % du marché du livre à l’horizon 2015. Les marchés les plus avancés comme les États-Unis et la Corée ont peu de temps pour se mettre en ordre de marche : environ 5 % des volumes y sont déjà vendus en numérique. Cette mutation devrait s’accélérer pour atteindre 20 à 25 % du marché dans les cinq prochaines années, à mesure que le numérique dématérialisé se substitue notamment aux volumes commercialisés par internet aujourd’hui. Les pays comme la France migreront plus graduellement avant que le numérique n’atteigne autour de 15 % du marché à l’horizon 2015 - en partie du fait de réseaux de distribution physiques encore denses, rendant le produit papier plus immédiatement accessible.

La migration vers les lectures numériques s’accompagne de deux tendances de fond qui pourraient animer une industrie à la croissance limitée depuis plusieurs années.

Première bonne nouvelle, la migration vers le numérique présente une opportunité de renverser les tendances de marché. La simplification de l’acte d’achat et la portabilité de la bibliothèque représentent en effet des facteurs de consommation supplémentaire. Plus de 40 % des lecteurs équipés de support numérique déclarent lire plus qu’auparavant. Certes, les écrits numériques bénéficient d’un effet de nouveauté qui pourrait s’estomper au cours du temps. Mais quand bien même il s’agirait d’un phénomène de court terme, la constitution de “bibliothèques numériques” par les lecteurs pourrait s’avérer bénéfique pour l’industrie du livre, tout comme le renouvellement des audiothèques fut l’un des moteurs de croissance du Disque Compact.

De plus, une majorité de consommateurs se disent prêts à payer pour les ebooks qu’ils consomment, et 70 % des utilisateurs de tablettes et autres liseuses déclarent acheter aujourd’hui la majorité de leurs ebooks alors que la consommation d’ebooks sur ordinateur n’a jamais déclenché d’acte d’achat significatif.

Ces remarques sont à confronter avec deux schémas tirés de la même étude. L'industrie du livre ne peut se comparer à celle de la musique ou de la presse, comme veulent encore nous le faire croire des observateurs trop pressés. Pour celles-là, le numérique a été un véritable traumatisme économique. Pour le livre, la transition devrait être plus douce.

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Presse-Brain-Forum-Avignon-2010.jpg

Actu du 9 novembre 2010

Contre-argument :

“Negroponte : “Le livre est mort. Dans 5 ans, il aura disparu.”,” ebouquin, Novembre 8, 2010, ici.

Negroponte fait allusion ici à l'utilisation de son ordinateur XO distribué aux enfants dans les pays en développement. S'il est vrai que la déstabilisation du livre imprimé sera vraiment effective quand les enfants n'apprendront plus à lire et écrire sur des codex, deux remarques :

- malgré les très nombreux avantages du numérique, il n'est pas sûr que remplacer complètement le papier ou l'ardoise par un écran électronique pour l'apprentissage élémentaire de la lecture/écriture soit sans danger pour l'autonomie des lecteurs. Ils deviennent alors dépendants de technologies dont la maîtrise complète leur échappe. Ceci est une question particulièrement cruciale pour les pays en développement.

- L'annonce de la mort du livre est un marronnier, au congrès de l'IPA en 2000, Dick Brass de Microsoft indiquait déjà : « En 2005 les ventes de livres et journaux électroniques atteindront un milliard de dollars, en 2008 elles égaleront celles des livres imprimés, en 2010 les auteurs seront leurs propres éditeurs, en 2012 commenceront les campagnes de publicité en faveur de cet objet en voie de disparition que sera le livre imprimé, en 2015 toutes les collections de la Bibliothèque du Congrès seront numérisées; en 2018 paraîtra le dernier numéro du dernier journal imprimé, en 2019 la première définition du livre dans les dictionnaires sera défini comme "un substantiel morceau d'écriture (a substantial piece of writing) généralement accessible sur un ordinateur ou un objet électronique personnel" » rapporté par R. Chartier, cité par Julie Roy (ici). En 2010, Forrester prévoit un marché de 1 milliard de $ pour le ebook pour bientôt..

Actu du 24 novembre 2010

Voir aussi l'itw de l'auteur du livre-enquête sur l'édition US et UK :

“Is Publishing Doomed? JOHN B. THOMPSON with Williams Cole - The Brooklyn Rail,” Novembre 2010, http://www.brooklynrail.org/2010/11/express/is-publishing-doomed-john-b-thompson-with-williams-cole. ici

Il montre que les transformations actuelles de l'édition sont dues d'abord à la concentration et la pression des actionnaires sur les grands groupes pour une plus forte rentabilité et à la montée des agents littéraires. Cela conduisant à des stratégies concentrées sur quelques titres phares (big books). Le e-book arrive dans ce contexte qui s'est construit indépendamment. Extrait (trad JMS) :

Il n'y a pas de consensus sur cette question. J'ai interrogé beaucoup, beaucoup de responsables dans les départements numériques de tous les grands éditeurs, aussi bien que des moyennes et des petites et tous étaient très intéressés par le sujet, mais chacun avait une opinion différente sur ce qui pouvait arriver dans le futur. Les uns croient qu'il va balayer livre imprimé qui ne sera plus qu'une relique que l'on ne trouvera que sur les étagères des collectionneurs. D'autres pensent qu'il va se stabiliser à un certain niveau. Certain disent qu'il fera 10% des lecteurs, d'autres 20%, d'autres 50%. Chacun a une opinion différente sur le sujet. Mon point de vue est que le marché va se segmenter. Les lecteurs et les consommateurs ont des valeurs, des croyances, des préférences diverses et certains seront très content de lire sur l'un ou l'autre appareil électronique. D'autres voudront rester à l'imprimé et voudront des livres sous cette forme. Celle-ci est profondément ancrée dans les pratiques culturelles de lecture et d'écriture et cela ne changera ni vite, ni facilement.

dimanche 31 octobre 2010

Colloques et document numérique

La recherche francophone sur le document est bien vivante. Deux colloques sur le document numérique en témoignent. Ils se tiendront prochainement en France, par ordre chronologique :

La troisième édition de Document numérique et société (DOC-SOC) : Documents, contenus numériques : politique en question, les 15 et 16 novembre 2010 à Aix en Provence. ici

La treizième édition du Colloque international sur le document électronique (CIDE) : Document numérique entre permanence et mutation les 16-17 décembre à Paris.

Les programmes sont alléchants.

Petit paradoxe : l'un et l'autre colloques distribuent aux participants les actes imprimés. Il ne semble pas prévu de mise en ligne. Il serait intéressant que les organisateurs expliquent leur choix, sinon on pourrait conclure qu'il s'agit simplement d'une histoire classique de cordonnier.

En attendant, puisque je suis conférencier dans le premier voici le texte de mon intervention.

Du côté québécois, cette semaine du 3 au 5 novembre c'est le congrès des milieux documentaires qui réunit pour la seconde année consécutive l'ensemble des associations professionnelles à Montréal ici.

Actu du 9 février 2011

Voir critique de la conf ici

jeudi 28 octobre 2010

La demande de livres piratés stagnerait

Éric Hellmann a tenté par Google Trends une mesure de l'évolution de la demande de livres «piratés» (ici). Le résultat, qu'il faut prendre avec prudence compte tenu de l'outil, est néanmoins suffisamment spectaculaire pour être significatif.

Pour sa mesure, il a utilisé l'interrogation suivante : ebook rapidshare,ebook torrent,ebook megaupload,ebook hotfile,ebook 4shared. On peut voir ici le résultat brut.

Il en a tiré la courbe ci-dessous.

piratedemand-E-Hellmann.png

Extraits (trad JMS) :

Après quelques années d'une croissance à 100%, 2008 montre un net ralentissement de la croissance. Le ralentissement se poursuit jusqu'au début de 2010 et puis c'est le calme plat. Depuis février 2010, la croissance de l'intérêt pour les livres piratés s'est complètement arrêtée.

On peut remarquer que cette stabilisation est arrivée au moment des fortes ventes de liseuses, dont les Kindles, Nooks et les iPads. En réalité, le lancement de l'iPad a coïncidé avec la stabilisation de la demande pour les livres piratés.

Il est difficile de savoir ce qui se passe réellement, mais une interprétation de ces comportements est que la forte augmentation d'une disponibilité conviviale de livres électroniques avec une licence appropriée dans les deux dernières années a écrasé la croissance de la demande illicite pour les livres. Selon ce point de vue, la demande restante peut-être interprétée comme le signe d'une faible disponibilité de livres électroniques à des prix abordables sur les campus et dans les pays en développement.

Ainsi si cette hypothèse se vérifiait, les imprimeurs-libraires du troisième millénaire (ici) seraient en train de gagner leur pari.

À confronter avec l'étude du Motif Portrait des cyberpirates du livre (pdf)

mercredi 27 octobre 2010

Synthèse sur les pratiques culturelles en France

Compétences de l'auteur et clarté de son propos. Lecture indispensable :

Olivier Donnat, “Les pratiques culturelles à l'ère numérique,” BBF, n°. 5 (2010): 6-12 ici.

Résumé :

La comparaison des résultats de l'enquête 2008 Pratiques culturelles des Français avec ceux de la précédente enquête réalisée onze ans auparavant permet une description générale de l'évolution des pratiques culturelles au cours d'une décennie marquée par la diffusion de l'internet et des nouveaux écrans. Si la révolution numérique n'a pas (jusqu'à présent ?) bouleversé la structure générale des pratiques culturelles ni infléchi la plupart des tendances observées dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, plusieurs indices laissent entrevoir la profondeur des mutations en cours, notamment dans les jeunes générations.

Facebook et les déplacements de valeur

Après Apple et Google, voici donc le troisième billet illustrant la théorie du document sur la stratégie d'une firme : Facebook. Bien évidemment après la forme privilégée par Apple, le texte par Google, le réseau social s'appuiera principalement sur la troisième dimension : le médium.

Il est délicat de mesurer l'économie de Facebook, car la firme n'étant pas cotée en bourse on ne dispose pas de chiffres certifiés. L'année dernière, elle a annoncé qu'elle avait, pour la première fois, équilibré ses comptes sans autre précision. Les observateurs parlent d'un chiffre d'affaires entre 500 M et 1 Mds de $ en 2009 et qui pourrait osciller en 2010 entre 1 et 2 Mds de $. Ces chiffres, pour peu qu'ils soient exacts, paraissent impressionnants, pourtant ils sont moins élevés que Google dans le même délai :1,5 Mds après 5 ans et 3,2 l'année suivante (23,6 Mds de CA et 6,5 Mds de bénéfices en 2009), et finalement très modestes si l'on considère que Facebook.com a dépassé Google.com sur le trafic internet US en mars 2010 (Hitwise). Un calcul rapide et approximatif chiffre à 7,87 Mds de $ le chiffre d'affaires de Google.com sur le seul marché US pour l'année 2009.

Facebook est un immense succès public, mais n'a clairement pas encore réussi à monétiser son audience. Il suffit de comparer en les feuilletant les pages destinées aux annonceurs de Facebook (ici) avec celles de Google pour comprendre que l'on ne joue pas dans la même cour.

Une économie spéculative

D'autres chiffres astronomiques font du jeune fondateur Marc Zuckerberg un des hommes les plus riches du monde (Forbes), mais cette richesse est basée sur une appréciation des marchés financiers qui ont depuis longtemps perdu la mesure de l'économie réelle, tout particulièrement dans le numérique. Ils font un autre raisonnement déconnecté du chiffre d'affaires et des bénéfices de la firme, basé sur la capacité à revendre ses parts à un prix plus élevé que celui de leur achat initial.

Ainsi par exemple, un fonds de capital risque russe, Mail.ru, cherche aujourd'hui à valoriser sa participation dans Facebook en vendant à un prix élevé ses propres actions et ). On trouvera une seconde illustration dans l'exposé de la stratégie d'investissement dans Facebook d'un autre fond, GreenCrest Capital LLC, qui cherche à racheter des actions aux anciens employés du réseau (WSJ). Même si elles sont rapportés par un journal du groupe Murdoch, concurrent direct du réseau avec MySpace les explications sont éclairantes. Extraits (trad JMS) :

Puisque certains de ces fonds ne sont pas sanctionnés par les starts-up dans lesquelles ils ont investi, ils n'ont pas accès aux informations de gestion, financières et autres. Cela rend ces investissements risqués, disent des observateurs professionnels de l'investissement. Les investisseurs potentiels peuvent obtenir des compte-rendus du conseil d'administration et quelques informations financières limitées d'actionnaires vendeurs, mais pas beaucoup plus. (..)

Le prix des actions Facebook sur le marché secondaire a considérablement augmenté, dit M. Halpert (un des directeurs du fond), d'environ 5 $ un an et demi auparavant il est aujourd'hui à environ 70 $, avant le récent fractionnement d'actions de 1-pour-5, ce qui valoriserait de l'entreprise à 33 milliards de dollars. Cette évaluation serait l'ordre de grandeur pour les actions de Facebook sur le second marché, selon une personne proche de la négociation en cours sur ce service.

La réalité économique de Facebook est dans cette économie spéculative. Les chiffres exponentiels de son audience, complaisamment relayés, permettent de faire monter les enchères. On ne parle toujours pas d'introduction en bourse et on s'attend à une prochaine levée de fonds qui sera d'autant facilitée que sa valorisation sera élevée.

L'économie de Facebook signifie souvent l'économie générée par ceux qui utilisent le réseau comme plateforme pour développer leurs propres activités rémunératrices (VisualEconomics et pour la principale application Zynga ). Les chiffres présentés sont parfois aussi spectaculaires en terme d'audience, mais pratiquement jamais exprimés en chiffre d'affaires ou bénéfices. Il y a ainsi comme une connivence dans la surenchère spéculative entre le réseau et les producteurs d'application, l'écosystème.

Cette situation n'est pas sans rappeler le début du millénaire, juste avant l'éclatement de la bulle internet. Il ne faudrait pas pour autant sousestimer le succès public de Facebook ni dénier à cette économie spéculative la capacité à construire de la valeur. Contrairement aux starts-up de l'épisode malheureux précédent, les réseaux sociaux produisent une activité. Ainsi selon la dernière enquête IFOP, pratiquement tous les Français (98%) connaissent Facebook et 43% ont un compte (ici). Même si un pourcentage sensiblement moindre y est actif, bien des entreprises rêveraient d'un tel succès.

L'individu-document

Difficile alors de garder la tête froide et de produire une analyse lucide du phénomène. Sans prétendre y arriver complètement, je voudrais suggérer que la théorie du document peut donner quelques clés de compréhension.

Facebook, comme les autres réseaux sociaux, inverse les propriétés documentaires du web. Les humains n'y recherchent pas des documents, les documents ne sont plus que des vecteurs qui relient entre eux des humains ou d'autres entités personnalisées (marques). Ainsi le réseau polarise l'ordre documentaire sur sa troisième dimension : le médium.

Mieux, les techniques du web documentaire servent à indexer les individus pour les décrire et les repérer, non seulement dans leur « forme », c'est-à-dire leur identité et caractéristiques, mais aussi dans leur « texte », leurs comportements et intentions. On pourrait dire comme Olivier Ertzscheild « L’homme est un document comme un autre » (ici, voir aussi mon billet). Dès lors toute la productivité d'un système documentaire est déplacée sur un terrain, la communication entre les hommes, où elle était jusqu'à présent peu utilisée faute d'outils adéquats (courrier postal, téléphone..).

La radicalisation de l'homologie individu-document, modifie l'ordre traditionnel des documents qui est alors soumis à celui des individus. L'individu-document est moins stable que l'objet-document. La versatilité et la réactivité des clivages sociaux s’introduisent dans les arcanes des logiques documentaires, qui, si elles ne les ignoraient évidemment pas, avaient auparavant plus de recul et d’inertie. On pourrait dire que l'ordre documentaire s’apparente ici celui de la mémoire vive, avec ses emballements et ses oublis.

La valorisation économique de ce positionnement se cherche aujourd'hui sur deux marchés : la publicité et la revente des données comportementales. Sur l'un et l'autre elle rencontre des difficultés.

Facebook cherche à utiliser sa maîtrise du «graphe social», c'est à dire l'empreinte des liens entre les personnes, comme un avantage concurrentiel décisif pour valoriser la vente d'attention. Vous pouvez cibler votre publicité par géographie, sexe, âge, mots-clés, situation amoureuse, emploi, lieu de travail ou établissement scolaire. Lorsque vous choisissez vos critères de ciblage, Facebook affiche le nombre approximatif d’utilisateurs concernés, peut-on lire sur les pages réservées aux annonceurs. Ce ciblage peut faire rêver les annonceurs. Il suppose néanmoins que les membres du réseau aient renseigné de façon sincère ces critères et acceptent de partager ces informations, c'est à dire qu'ils se soient auto-documentarisés. Nombreuses ont été les tentatives de la firme pour «obliger» les membres à diffuser leurs profils et nombreuses ont été les polémiques. Il ne s'agit pas de maladresses, mais bien d'un tâtonnement pour trouver un équilibre acceptable entre la protection des individus et les nécessités du commerce. Reste à savoir s'il existe vraiment.

Les données comportementales sont récoltées par les traces de navigation des internautes. Il s'agit cette fois d'une documentarisation automatique. Un marché souterrain de ces données, mariant les premières et transversal aux réseaux s'est mis en place non sans ambiguïtés ().

Aujourd’hui le débat éthique est très vif. Jusqu’à présent seules les organisations policières confondaient l’ordre documentaire et l’ordre social pour contrôler ce dernier. Cela n'était acceptable qu'avec des normes sociales explicites et acceptées sous le contrôle strict d'un État démocratique (), sans pour autant éviter de nombreux dérapages. L'idéologie libertarienne des fondateurs de Facebook accentue encore le malaise ().

Même en faisant abstraction de ce débat, la valeur économique de cette stratégie n’est pas encore vraiment démontrée. On en perçoit les potentialités qui font rêver les uns, cauchemarder les autres. Certaines rentabilisations pointent, mais il n’est pas évident que l’homologie individu-document soit à terme éthiquement supportable et économiquement rentable.

Actu du 31 octobre 2010

Voir aussi : 1. “Social Media and Revenues: Where’s the Profit?,” Master of Media, Octobre 31, 2010, ici.

Actu du 22 novembre 2010

Pour s'interroger sur quelques conséquences de la redocumentarisation des humains par Facebook :

Zadie Smith, Generation Why?, The New York Review of Books, November 25, 2010

Critique en français ici

Actu du 18 déc 2010

Quelques éléments sur les revenus 2010 de Facebook dans Inside Facebook ici.

Voir aussi Numerama,(), très optimiste.. et maniant curieusement les chiffres.

Actu du 3 fév 2011

Voir aussi cette infographie de Google vs Facebook. Je ne suis pas sûr des chiffres financiers à vérifier ici

Actu du 31 déc 2010

Bonne analyse détaillant différents mode de calcul de la valorisation :

Robert Cyran et Rob Cox, “Will 2011 be the year that Facebook’s value gets real?,” Reuter Breakingviews, Décembre 28, 2010, ici.

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