Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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jeudi 23 octobre 2008

À lire..

François Bon, “comment j'ai téléchargé mon propre livre à la Fnac,” le tiers livre, Octobre 25, 2008.

.. ainsi que les commentaires qui suivent. C'est une illustration forte de la comparaison erronée faite trop souvent entre l'industrie de la musique et l'édition de livre. Elles diffèrent entre autres :

  • par la relation du texte au lecteur et aussi à l'auteur,
  • par la relation auteur-éditeur,
  • par la mise en forme finale,
  • par le type de fichier,
  • par l'interopérabilité,
  • par la transposition,
  • etc.

Comme le disait Roger.. un document écrit n'est pas un simple texte ASCII :

Roger T. Pédauque, “Le texte en jeu, Permanence et transformations du document” (Avril 7, 2005).

François Bon vient prochainement au Salon du livre de Montréal, notamment pour parler de livre numérique.

mercredi 22 octobre 2008

Quel est l’enjeu économique des encyclopédies en ligne ?

Ce billet a été rédigé par Sandrine Vachon, étudiante de l'École de bibliothéconomie et de sciences de l'information dans le cadre du cours Économie du document.

La popularité des encyclopédies numériques ne se dément pas : alors que Wikipédia se range toujours parmi les 10 sites les plus consultés du Web, faisant fureur auprès des étudiants et de tous les curieux de la planète, une dépêche du Calgary Herald (ici) nous annonçait, à la fin août, que même le Sénateur John McCain utilisait un peu trop l’encyclopédie collaborative dans ses discours électoraux. Cet exemple nous éclaire sur la portée de Wikipédia et sur le changement radical qui s’est opéré dans les habitudes de recherche de tout un chacun ; désormais, il n’est plus question de perdre son temps à fouiller dans de gros bouquins, alors que toute l’information désirée est à un simple clic de souris…

L’arrivée de Wikipédia dans le monde des encyclopédies a créé des remous à plusieurs niveaux. De nombreux détracteurs ont critiqué l’aspect collaboratif de l’encyclopédie, effrayés à l’idée que n’importe quel individu, sans être expert, puisse écrire des articles encyclopédiques, ou en corriger d’autres. Pierre Gourdain et alii ont d’ailleurs consacré la presque totalité d’un livre (La révolution Wikipédia : les encyclopédies vont-elles mourir? BBF ) à essayer de convaincre le public de la non-validité des articles de cette encyclopédie. Et ce n’est qu’une récrimination parmi tant d’autres! Je me pencherai plutôt sur les enjeux économiques reliés aux encyclopédies numériques, dont on parle un peu moins dans les médias.

Sur ce blogue, Jean-Michel Salaün a analysé trois facettes économiques utilisées ou affectées par Wikipédia (ici). Il s’agit des économies de la cognition, de l’attention et du don. Il est possible de dire que Wikipédia participe à l’économie de la cognition puisque l’encyclopédie a un impact sur le monde de l’éducation. Toutefois, cet impact n’est pas économique dans un sens traditionnel, puisqu’aucun étudiant ou professeur ne doit payer pour la consulter. De la même façon, Wikipédia participe à l’économie de l’attention (publicité) en créant une plus grande affluence sur les moteurs de recherche, permettant ainsi aux publicitaires de rejoindre un plus grand marché. Là encore, ce n’est pas Wikimedia, la fondation derrière Wikipédia, qui en profite, mais bien d’autres acteurs du web, comme Google. Enfin, Wikipédia fonctionne grâce à l’économie du don, puisque tous ses revenus proviennent de dons de particuliers ou d’entreprises prélevés lors de levées de fonds. Sur le site wikipédien de la fondation, on explique que “96% du budget de la Fondation Wikimedia provient des dons individuels, et que ce sont généralement de petits montants.(sic) .» Afin de convaincre les gens de donner, la Fondation insiste sur les projets qu’elle désire développer à l’extérieur des Etats-Unis, comme en Afrique, afin d’augmenter le nombre d’articles écrits en différentes langues. Mais il ne faut pas se leurrer : ce qui attire les dons, bien plus que les projets, est l’image de marque de l’encyclopédie. Car Wikipédia a un pouvoir d’attention qui dépasse celui de bien des ONG, et qui se rapproche davantage de celui des grandes compagnies de ce monde, telles que Nike ou Gap! La preuve en est que la Fondation Wikimedia, lors de sa dernière levée de fonds, a amassé 2.162 millions de dollars de 45.000 donneurs à travers le monde (Rapport de la fondation). Avec un tel montant, nul besoin de diffuser de la publicité !

Les encyclopédies plus traditionnelles essaient bien sûr de rester dans le coup, sans grand succès. Par exemple, l’Encyclopedia Britannica permet depuis peu de temps de collaborer à l’encyclopédie en écrivant des articles parallèles reprenant des informations présentes dans les « vrais » articles de l’encyclopédie (Toronto Star, 6 juin 2008). Toutes les créations d’internautes sont vérifiées par les collaborateurs de l’Encyclopédie. Britannica tente d’intéresser les gens en tirant parti de son prestige, en participant à la vague collaborative et en faisant miroiter la possibilité de conserver les bons articles dans la vraie encyclopédie. Mais une entreprise comme celle-ci, malgré sa longévité, peut-elle réellement faire face à l’effet de masse créé par Wikipédia ? Et surtout, combien de gens s’abonneront réellement à sa version numérique pour 69,95$ par année, alors que les encyclopédies gratuites sont satisfaisantes ? En passant de 1395$ pour les 32 volumes de l’encyclopédie à 69,95$ pour la version numérique, on peut dire que les éditeurs traditionnels ont tout un défi économique à relever ! Malgré cette baisse de prix impressionnante, ils n’arrivent même pas à concurrencer les encyclopédies qui n’existent qu’en version numérique, comme Encarta, qui se vend 30$ par année.

Une solution semble « parfaite » pour l’entreprise: c’est celle que préconise l’encyclopédie Knol de Google. Ses articles sont signés par des experts dont l’identité est vérifiée. Le terme « expert » est ici un peu élastique puisqu’un diplôme ne garantit pas nécessairement qu’aucune erreur ne sera faite. Google réussit à attirer ces experts grâce à sa notoriété (nous savons que l’image de marque de Google occupe une très grande place dans l’économie de l’attention sur le Web). Elle leur promet aussi une partie des revenus assurés par les publicités présentes dans leurs articles, en fonction du nombre de personnes qui les lisent. Google a le prestige nécessaire pour que Knol devienne le prochain Wikipédia, mais les utilisateurs se lasseront-ils de la publicité, alors qu’ils sont habitués à ne pas en avoir sur les pages wikipédiennes ? Il n’y a pas que la gratuité qui soit attirante pour les internautes, et une solution intéressante sur le plan économique pourrait en rebuter plus d’un sur le plan éthique : information pertinente, produits de beauté et publicités de voitures de luxe peuvent-elles réellement faire bon ménage ?

Quand la presse se regarde..

Je le signale juste pour mes lecteurs québécois. Cela n'a pu échapper aux Français tant l'effet de mise en abîme est ici saisissant. La presse de l'Hexagone est entrée, non sans quelques complaisances, dans une vaste réflexion sur elle-même grâce aux États-Généraux de la presse, lancés de façon quelque peu paradoxale par le plus monarchique des présidents français.

C'est une occasion unique pour obtenir des informations sur ce secteur en crise. Un site Web est entièrement dédié au processus, une mine pour les observateurs, étudiants, professeurs, chercheurs.. Tous les blogues de journalistes bruissent du sujet et les journaux eux-mêmes ne sont pas en reste.

Un regret pourtant : le site est un site de journalistes, construit pour rendre compte de l'information au jour le jour. Sans doute Il aurait été plus efficace ici de faire appel aux compétences en sciences de l'information. Car il faut ici accumuler, classer pour retrouver et analyser, et non entasser les postures convenues ou rendre compte de la dernière audition. Mais il paraît que l'on découvre l'existence de Journadocumentalistes là-bas, il y a de l'espoir ;-).

Complément du 24 octobre 2008

Et pour la presse US, l'équivalent au même moment :

New Business Models for News Summit, 23 octobre 2008, New York. Repéré par Jean-Marie Le Ray qui le commente.

mardi 21 octobre 2008

Sésamath : un modèle pour le développement des manuels scolaires numériques ?

Ce billet a été rédigé par Maïté Deroubaix, dans le cadre du cours Économie du document de l'École de bibliothéconomie et de sciences de l'information de l'université de Montréal.

En août dernier, les Student PIRGs (les groupes d’intérêt public des étudiants américains), aux États-Unis, ont publié une étude sur les manuels numériques à l’Université. Il y est démontré que trois conditions doivent être réunies pour qu’un manuel numérique soit réellement utilisable par les étudiants : il doit être moins cher qu’un ouvrage traditionnel ; l’impression (ou l’obtention d’une version papier) doit être facile et peu couteuse ; l’accès (qu’il soit en ligne ou hors connexion) doit être exempt de contraintes (limite de temps ou limite du volume de ressources consultées). Or, d’après l’enquête, seuls les manuels numériques diffusés sous licence libre répondent actuellement à ces critères.

Dans le monde de l’édition numérique, le modèle du libre s’adapte-t-il donc mieux aux attentes des utilisateurs (la réduction des couts) que le modèle marqué par le droit d’auteur ou le copyright ?

Ouvrons le débat avec une rapide présentation du manuel scolaire numérique Sésamath.

Sésamath est une association de professeurs de mathématiques bénévoles qui vise à mettre à disposition des outils et des ressources gratuites sur internet pour l’enseignement des mathématiques. Suite à l’élaboration du manuel numérique Sésamath, l’association a reçu, en 2006, le « Lutèce d’or » de la communauté la plus active dans la promotion et dans la diffusion des logiciels libres. Ce manuel n’est en fait qu’une des nombreuses ressources produites par l’association et est conçu plutôt comme un accompagnement à ces ressources.

Voyons tout d’abord dans quelle mesure ce manuel répond aux trois critères énoncés plus haut :

  • En ce qui concerne le prix : Sésamath est gratuit dans sa version numérique, téléchargeable en ligne ; la version papier publiée chez l’éditeur ''Génération5'' coûte 11 euros (ce qui est, en moyenne, deux fois moins cher qu’un manuel traditionnel). Des royalties sont versées à l’association.
  • Pour ce qui est de l’impression, personnelle ou pour une classe, elle est bien sûr excessivement chère. Un des objectifs de l’édition papier est de fournir une version imprimée du manuel à bas prix.
  • Quant à la question de l’accès, il est aussi libre qu’il puisse être, sans limitation de temps ni restriction du nombre de ressources consultées.

Ce manuel répond donc aux critères énoncés dans l’étude des Student PIRGs. Et, en effet, il semble correspondre aux attentes de la communauté éducative puisqu’il connait un relatif succès dans un milieu où l’implantation des éditeurs traditionnels reste très forte. Dans une entrevue de mars 2008, sur Framablog, Sébastien Hache, un des fondateurs des projets Sésamath, explique que l’association semble avoir trouvé un modèle éditorial sinon pérenne, du moins stable, et qu’elle a acquis une certaine indépendance financière grâce aux ventes de la version papier.

Il semble donc que Sésamath ait trouvé une alliance judicieuse entre édition traditionnelle et édition numérique, entre une logique de la diffusion et une logique de l’accès.

Pourquoi les éditeurs traditionnels semblent-ils rester à distance de ces évolutions (toujours selon les Student PIRGs) ?

Les prix bas pratiqués par Génération5 sont possibles grâce au modèle du libre : aucun droit de copie ou de droit d’auteur n’est à payer ; aucun auteur n’est rémunéré. C’est une organisation basée sur le bénévolat, qui échappe aux contraintes de l’économie de prototype (conception coûteuse ; bénéfices faits sur les copies ; besoin de se protéger des copies illégales) : la conception et la réalisation du manuel sont entièrement prises en charge par les membres bénévoles de Sésamath, depuis l’élaboration des exercices jusqu’à leur mise en page sous Open Office (cf. ici la description du processus de collaboration par Noël Debarle, co-animateur du projet).

Il semble que ce soit un autre modèle économique que les éditeurs doivent trouver pour séduire les utilisateurs.

lundi 20 octobre 2008

Quelle place pour la TV sur le Web ?

Je n'ai pas vraiment le temps de commenter, mais une fois de plus l'actualité se télescope et, me semble-t-il, confirme les thèses défendues ici d'une diversité des conséquences du numérique sur les différents médias.

  • Un article de Business Week nous apprend que les observateurs du marché publicitaire révisent tous à la baisse leur prévision sur la vidéo en ligne :

Liz Gannes, “Where's the Money in Online Video?,” BusinessWeek: Technology, Juin 10, 2008. repéré par AFP-MediaWatch ici.
Chapô de l'article (trad JMS) : Les revenus seront proches de zéro pendant un moment et les analystes réduisent leurs prévisions de croissance fondées sur d'autres facteurs que sur l'économie américaine en difficulté.

  • Le gouvernement français lance un «plan numérique 2012» (discours de présentation du secrétaire d'État Éric Besson le 20 octobre 2008) dont une bonne part est consacré au passage de la télévision au numérique.
  • Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes lance pour sa part (ici, repéré par M. Lessard ) une consultation publique sur la radiodiffusion sur internet avant d'entreprendre une audience publique en février prochain. Pour avancer la réflexion, il a mis en ligne une intéressante étude :

Eli M. Noam, De la télévision ou non? Trois types d’écran, une seule réglementation (CRTC, juillet 11, 2008). Repéré grâce à M. Lessard ici.

Résumé (extrait)

  1. Contenu. Mise en œuvre de deux méthodes d’harmonisation :
    1. Réglementer toutes les activités associées à du contenu télévisuel de la même manière et selon les mêmes principes.
    2. Réglementer toutes les activités associées à du contenu néomédiatique selon les normes habituellement appliquées aux médias au Canada.
  2. Véhicules de télédiffusion.
    1. S’attendre à ce la réglementation des nouveaux modes de télédiffusion soit commandée par la dynamique des relations qui s’établiront entre les fournisseurs de véhicules de télédiffusion – en télécommunication, en câblodistribution ou dans le domaine du sans fil.
    2. Garantir un accès payant au contenu vidéo diffusé sur plateformes Internet et mobile du même type que celui offert par les entreprises de télédiffusion classiques.
    3. Permettre aux fournisseurs de mener leurs propres activités en matière d’offre de contenu.
  3. Financement. Viser un contenu canadien précis et l’atteinte d’autres objectifs relativement aux nouveaux véhicules de télédiffusion en se dotant d’un mécanisme de financement reposant sur une surcharge imposée aux fournisseurs de services Internet semblable à celle que paient les câblodistributeurs et les fournisseurs de services par satellite, ainsi qu’en mettant sur pied un fonds d’affectation spéciale relatif au spectre.

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