Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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vendredi 27 juin 2008

Précisions sur les modalités du cours en ligne

Voici quelques nouvelles sur le cours en ligne qui s'ouvrira à la session d'automne (1er sept) :

  • Comme il s'agit d'un projet pilote, l'Université de Montréal a décidé d'ajuster ses tarifs. Pour tou(te)s les étudiant(e)s libres qui souhaitent s'inscrire à la session d'automne, quelle que soit leur provenance, les tarifs seront ajustés au plus bas, c'est-à-dire comme les étudiant(e)s québécoi(se)s, soit 277,19 CAD. Ce qui est plus raisonnable, mais il n'est pas assuré que ces tarifs soient maintenus pour les sessions à venir, en effet le subventionnement public des inscriptions au Québec est soumis à des règles complexes pour le moment peu adaptées à l'enseignement en ligne.
  • Par ailleurs, l'ensemble du matériel du cours sera en accès libre (diaporama, commentaires son, bibliographie). Les étudiant(e)s inscrit(e)s auront en plus l'encadrement pédagogique, l'interaction avec le professeur et l'assistant, les discussions sur le contenu, les travaux à réaliser et leur correction et, bien sûr, les crédits associés au cours à condition qu'ils aient satisfait à toutes les exigences.
  • Le cours sera contingenté. J'hésite encore sur le nombre, entre 10 et 15 étudiant(e)s maximum.
  • Pour les modalités et l'inscription, voir ici, pour le contenu voir .
  • J'ai aussi ajouté une catégorie Cours sur ce blogue pour accéder directement aux billets le concernant. ici

Je crois que l'on arrive à une économie du savoir équilibrée avec cette formule.

dimanche 22 juin 2008

La loi ne contruit pas un modèle d'affaires

Le mauvais feuilleton de la défense du droit d'auteur versus le droit du lecteur, ou des industries traditionnelles du contenu versus les industries ou les acteurs du Web (sans émettre un quelconque jugement de valeur, je nommerai dans la suite par facilité de langage anciens et modernes les tenants de l'un et l'autre camp) se poursuit en France, avec une énième version de loi dite «Hadopi» discutée au Parlement et au Canada avec le dépot d'un projet de loi dit «C-61», pas plus inspirant, sur le même sujet.

Pour ceux qui veulent suivre : Pour le Canada, voir sur Culture Libre d'Olivier Charbonneau en faisant la requête C-61 (ici). Pour la France, voir la Quadrature du net ()

Mais le feuilleton est mauvais, car l'intrigue est mal ficelée. Les anciens accusent les modernes d'abuser des facilités du Web pour piller les contenus, sans constater qu'une bonne part de ces contenus sont librement et volontairement accessibles, ou qu'à trop brider l'accès on tue création et innovation. Les modernes accusent les anciens de défendre des rentes de situation, sans proposer d'alternative réellement crédible pour financer les contenus et, par conséquent, en faisant le lit de quelques gros opérateurs qui utilisent l'accès pour s'enrichir sans contrepartie.

En réalité, le problème n'est pas vraiment juridique. Tout le monde est d'accord pour dire qu'il faut trouver une solution équilibrée entre l'ancien régime et le nouveau. Le problème est économique, ou plutôt gestionnaire. Et de ce point de vue, la situation est aujourd'hui très déséquilibrée, aussi bien d'un côté que de l'autre. Ainsi on peut argumenter à l'infini puisque la situation est insatisfaisante, sans trouver de solution juridique, puisque le problème n'est pas là.

Dans l'ancien régime, les ayant-droits, les créateurs de contenu, sont rémunérés à partir de grilles de répartition obsolètes, gérées par des institutions à l'histoire souvent prestigieuse mais au fonctionnement opaque. En théorie, le financement est proportionnel aux ventes, en pratique, comme les canaux de diffusion se sont multipliés, rendant souvent difficile un comptage précis, les modalités de répartition sont disons variées. Pire, ces systèmes laissent de côté une grande part de la création sur le Web.

Dans le nouveau régime, le principe de l' User Generated Content interdit le plus souvent la rémunération des créateurs de contenu. À la limite cette situation peut être analysée comme un servage sous la férule des portails et moteurs, qui, eux, en tirent un très fort profit. De ce point de vue, les batailles libertaires peuvent faire sourire.

La difficulté donc est de construire un modèle d'affaires qui permettrait de rémunérer aussi bien les créateurs issus de l'ancien régime que la multitude de nouveaux créateurs de contenu que le nouveau régime a fait émerger, évidemment proportionnellement à leur apport au patrimoine collectif. Une fois cette difficulté résolue, il y a fort à parier qu'un consensus juridique se trouvera facilement.

Cette difficulté n'est pas nouvelle dans l'histoire. Patrice Flichy a, dans un article déjà ancien, montré combien l'émergence de la radio ressemblait à celle de l'internet. Le parallèle est frappant, y compris dans la difficulté à trouver un modèle d'affaires :

Patrice Flichy, “Technologies fin de siècle : internet et la radio,” Réseaux, no. 100 (2000): 249-271. (ici)

Jean-Marie Leray amène, aujourd'hui me semble-t-il, un argument beaucoup plus convaincant que les débats juridiques en montrant comment une analyse fine des transactions publicitaires sur l'internet permet de comprendre à la fois la rente de Google (par Adwords) et en esquissant une alternative pour mieux rémunérer les créateurs de contenu par les rentrées publicitaires. Au moment où Google règne plus que jamais en maître absolu, imaginer des alternatives devient en effet urgent. Et à terme le plus important est de trouver comment rémunérer le contenu sur le Web.

Le Ray, Jean-Marie, Inverser la traîne (Turning the Tail), Passer de la longue traîne à la grande traîne (from Long Tail to Big Tail), Adscriptor, 21 juin 2008. ()

Actu du 26 juin 2008

Emmanuel Parody présentant les nouveaux outils de statistique d'audience librement accessible de Google, montre combien ce dernier a intérêt à rendre gratuit l'accès au contenu, et combien cela change notre rapport au marché :

Google Trends et Ad planner: et si c’était idéologique?, Ecosphere, juin 25, 2008. ici

vendredi 20 juin 2008

Gros lecteurs, vraiment ?

Voici un argument de poids en faveur de la lecture traditionnelle qui devrait faire réfléchir Hubert :

Shields Margot, Tremblay Mark S. Comportements sédentaires et obésité, Statistiques Canada, 19 juin 2008. Synthèse ici, Étude ()

Extrait du résumé :

L'étude, fondée sur des données relatives à 42 600 hommes et femmes âgés entre 20 et 64 ans, a permis de dégager des preuves convaincantes de l'existence d'un lien positif entre le temps passé devant le téléviseur et l'obésité, et ce, tant chez les hommes que chez les femmes. Il s'agit de l'une des premières études reposant sur un ensemble de données représentatives de la population nationale dans le but d'examiner les liens entre les comportements sédentaires et l'obésité chez les Canadiens adultes.

L'étude a également mis en lumière un lien entre l'utilisation d'un ordinateur et l'obésité, et ce, chez les deux sexes. Par contre, aucun lien n'a pu être établi entre une troisième activité sédentaire, la lecture, et l'obésité, ni chez l'homme ni chez la femme.

mercredi 18 juin 2008

Information (Sciences de l')

La Faculté des Sciences de l'Information (Faculty of Information Studies) de l'Université de Toronto change de nom le 30 juin pour s'appeler Faculté d'Information. Je cite son doyen dans un message envoyé à ses collègues canadiens (trad JMS) :

Bien qu'apparemment mineur (la suppression d'un seul mot «Sciences», «Studies»), nous le voyons comme un développement significatif et prometteur. (..)

Couramment, nous nous attendons à ce que que la faculté soit connue comme l'École d'Information («i-school») ou comme «Information» (et non pas FI ou un autre acronyme). Comme nos collègues de Droit, de Médecine, etc.. nous serons nommés par la matière que nous étudions, pas par l'étude de cette matière. Nous espérons aussi que ce nouveau nom présentera plus clairement et directement la mission de la Faculté.

Ce changement symbolise la montée en puissance des sciences de l'information, pardon de l'information, en Amérique du nord. Il s'inscrit dans le développement des i-schools porté par les plus grosses écoles du domaine aux États-Unis.

samedi 14 juin 2008

Les arcanes de la publicité sur internet

La suite logique du billet précédent sur le tsunami internet est l'enjeu publicitaire qu'il constitue. Il est très clairement présenté dans un article publié hier qui détaille les arcanes, plus ou moins réjouissantes, de la publicité sur internet :

Martine Valo, “Comment la publicité envahit Internet ,” Le Monde 2 , juin 13, 2008. ici

Pour donner envie de le lire, voici le dernier paragraphe :

Pendant ce temps-là, Jean-Pascal Mathieu, du Lab – une équipe de recherche au sein de Nurun, une grosse agence internationale –, s'efforce d'anticiper les utilisations futures des nouvelles technologies. Ainsi, qu'est-ce que le marketing sera capable de tirer du livre électronique ? Il pourra l'offrir en prime, puisqu'Internet a "la capacité de distribuer sans coût des choses qui ont de la valeur", pour reprendre sa citation qui laisse rêveur. Autre piste de réflexion : si un ami est une personne dont l'avis compte, comment fournir à un consommateur un avantage qu'il pourra lui-même transmettre à un proche ? "Notre capacité d'absorption est atteinte depuis longtemps. Proposer des choses intelligentes est le seul moyen de s'insérer dans le temps de cerveau disponible de chacun", assure le vice-président stratégique. Cet homme-là, comme il le dit lui-même, est un optimiste.

Mais comme par ailleurs, une étape, peut-être décisive, a été franchie avec l'accord Yahoo!-Google dans le feuilleton de la tentative de rachat par Microsoft du premier, la position déjà très dominante de Adwords est encore renforcée. Aussi les sophistications décrites dans l'article pourraient bien se réduire à une seule modalité, simplissime dans sa présentation ultime : l'achat de mots-clé pour positionner des liens sponsorisés.

Sur ce sujet, voir par exemple le billet de Didier Durand :

Google-Yahoo: good for all? not really..., Média & Tech, 13 juin 2008.

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