Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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vendredi 13 juin 2008

Le tsunami internet

Deux publications récentes, l'une québécoise, l'autre française, précisent l'évolution des pratiques sur l'internet.

CEFRIO Léger Marketing, NETendances - Rapport abrégé Final. (Communiqué)

Pierre Berret, “Diffusion et utilisation des TI en France et en Europe”, Ministère de la Culture - DEPS, no. 2008-2, Culture chiffres (juin 2008): 4. ici

J'en ai tiré tout d'abord deux diagrammes convergents. Le premier concerne l'évolution de l'utilisation hebdomadaire de l'internet par les Québécois selon leur âge. L'évolution est très impressionnante et ne laisse aucun doute sur l'entrée du média dans la vie ordinaire des gens, de tout le monde en réalité.

Le second, tiré de la publication française, montre l'évolution du pourcentage de particuliers ayant utilisé l'internet au cours des trois derniers mois répartie aussi par tranche d'âge, dans l'Union européenne (réduite à 15 pays) et en France. Il montre un niveau d'utilisation un peu inférieur à celui du Québec, mais une même orientation des courbes. Il y a peu de doute que dans quelques années la saturation sera totale d'un côté et de l'autre de l'Atlantique.

Ces courbes fournissent de plus une réponse à la question posée sur l'évolution possiblement différente en âge et en génération (voir ). En réalité leur parallélisme laisse penser que nous sommes bien dans une vague de fond qui touche progressivement l'ensemble de la population et finira par la submerger toute entière.

Parmi bien d'autres, j'ai retenu deux leçons supplémentaires de la lecture de ces études : d'une part le commerce électronique se développe, mais moins vite que ce qui était souvent annoncé et on y achète des produits traditionnels, souvent culturels mais d'abord touristiques (voyages, hotels) ; d'autre part l'internet est utilisé principalement pour deux activités, rechercher des informations sur les biens et services et communiquer. Cela relativise l'idée d'un Web-média.

Actu 21 juin 2008

Voir aussi pour le Canada :

Enquête canadienne sur l'utilisation d'Internet, Statistiques Canada, 2007, ici

jeudi 12 juin 2008

Wikipédia dérange toujours

La question des encyclopédies sur le Web pose toujours bien des questions. Ce n'est pas vraiment étonnant. L'Encyclopédie est l'objet qui illustre peut-être le mieux le savoir à l'époque moderne et le Web déroute la modernité du savoir. Le mariage des deux engendre un enfant mutant, phénix ou vilain petit canard, que personne n'arrive à réellement analyser correctement.

On trouvera chez Olivier une chronique des concurrences entre encyclopédies traditionnelles et mutantes. Tout particulièrement ces deux billets :

  • Ertzscheid Olivier, Bataille encyclopédique, Affordance, 14 mai 2008, ici.
  • Ertzscheid Olivier, C'est wikipédie qui l'est : vers une guerre de position, Affordance, 11 juin 2008

Et Laure Endrizzi a réalisé une bonne synthèse actualisée sur l'aventure Wikipédia pour une journée d'études récente :

  • Endrizzi Laure, Wikipédia 2001-2008 : état des lieux, Journée professionnelle de l'ADBEN Angers : Wikipédia : comment appréhender cet outil collaboratif avec des élèves ? CDDP d'Angers, 31 mai 2008, ici

Elle coordonne aussi un Wikilivre sur le sujet

Actu du même jour

Décidément le titre de ce billet est approprié. Voici la présentation d'une étude de Euro RSCG C&O :

WIKIPEDIA CANNIBALISE L’IMAGE DES ENTREPRISES DU CAC 40 ET DE LEURS DIRIGEANTS, Communiqué, 10 juin 2008 ici.

Résumé :

  • 39 entreprises du CAC 40 voient l’article Wikipédia les concernant positionné sur la 1ère page de Google.fr
  • 29 dirigeants du CAC 40 voient l’article Wikipédia portant sur leur biographie arriver en 1ère position sur Google.fr
  • Wikipédia devenue une source d’informations majeures sur les entreprises et leurs dirigeants concurrençant fortement les sites officiels ;
  • La fiabilité et la véracité des informations publiées par l’encyclopédie collaborative sont contestées et mises en doute. Elles participent malgré tout à la construction de l’image de l’entreprise et de leurs dirigeants et peuvent nuire à la valeur de la marque.
  • Pour permettre aux entreprises d’apporter leurs voix dans un souci d’égalité des prises de parole, Euro RSCG C&O, leader de la communication d’entreprise en France propose la création d’un nouveau standard de communication, le NDLE (note de l’entreprise), dans le respect du principe de neutralité propre à l’encyclopédie.

L'ensemble du communiqué originel mérite lecture.

Repéré par D. Durand (ici) qui commente un article de ZDnet à ce sujet ().

mercredi 11 juin 2008

Persistance du livre

J'ai déjà eu l'occasion de le répéter maintes fois. Le plus remarquable pour le livre n'est pas son passage au numérique, mais sa résistance sur papier. Une récente enquête réalisée pour la maison Random House fournit des confirmations et précisions intéressantes :

The Reading and Book Buying Habits of Americans, Zogby International, mai 2008. Pdf. repéré grâce à Pinitiblog ici.

L'enquête a été passée en ligne auprès d'un échantillon de 8.218 adultes américains. A priori, faute d'éléments supplémentaires sur la méthodologie, on peut lui faire une relative confiance, d'autant que les résultats ne sont pas favorables au numérique, du moins pour la lecture, pour l'achat c'est autre chose.

En voici un échantillon suggestif (dans l'ordre des numéros de question, trad JMS) :

Où achetez-vous le plus souvent des livres ?

  • En ligne = 43%
  • dans une chaîne de librairie = 32%
  • chez un libraire indépendant = 9%

Quel format de livre achetez-vous le plus souvent ?

  • Relié = 43%
  • e-book = 0%

Quel vendeur en ligne fréquentez-vous ?

  • Amazon = 66%
  • Barnes & Noble = 10%

Prévoyez-vous d'acheter une tablette de lecture (liseuse, e-book reader) ?

  • Oui je le prévois = 4%
  • Oui, j'en ai une = 3%
  • Non je ne prévois pas d'en acheter = 80%
  • Pas sûr = 13%

Avez-vous déjà acheté un livre numérique (e-book) ?

  • Oui = 15%
  • Non = 85%

La réponse est encore plus radicale pour un clavardage avec un auteur ou la participation à un groupe de lecture en ligne : 95% de non.

Naviguez vous sur le Web pour des livres sans savoir exactement ce que vous cherchez ?

  • Oui = 62%
  • Non = 37%

Éloquent, non ?

Actu du 16 juin 2008

On peut aussi prendre le raisonnement à l'inverse et s'interroger sur le modèle économique du livre électronique. On trouvera plein de comptes-rendus d'expérience et d'interrogation après la tenue du premier Bookcamp à Paris :

Guillaud Hubert, BookCamp : Atelier Economie de l’édition numérique, La Feuille, 16 juin 2008. ici

Sans minimiser l'intérêt de toutes ces expériences et analyses, il est frappant qu'après tant d'années on n'ait que si peu avancé. En 2000, la vedette du Salon du livre de Paris était le « village du e-book » (). Voir par exemple à la même époque la déclaration de Jean-Pierre Arbon, pdg de 00h00h et principal artisan de ce village :

L'heure de l'édition en ligne, février 2000.

En 2006, on annonçait son retour, après avoir tiré le bilan de ses échecs :

Livre numérique 1996-2006, E-book, le retour, Fluctuat.net, dossier,

Cruel. Pour une chronologie complète, voir l'excellent dossier d'Educnet

mardi 10 juin 2008

Inscriptions au cours en ligne

Cet automne je vais assurer le cours en ligne sur l’économie des documents, monté en parallèle à ce blogue. On trouvera sa présentation ici.

Le cours démarre début septembre et se termine vers le 20 décembre, à raison d’une séance par semaine environ. C’est un cours de la maîtrise en sciences de l’information de l’Université de Montréal. Il s’adresse donc tout d’abord aux étudiants de la maîtrise. Des diplômés de la maîtrise peuvent aussi s’y inscrire pour une actualisation de leurs connaissances. En ce sens, il donne 3 crédits nord-américains (1 cr nord-américain = 1,5 crédits ECTS).

Mais je souhaiterais utiliser ma position à cheval sur deux cultures, québécoise et française, nord-américaine et européenne, pour tenter une ouverture plus large à des étudiants ou professionnels internationaux. L’objectif est de faire profiter d’autres publics de l’investissement réalisé, mais aussi inversement de profiter des apports d’expériences variées pour enrichir les échanges dans le cours.

Pour être admis, il est indispensable d’avoir déjà une maîtrise/master en sciences de l’information ou sciences connexes (ou une maîtrise/master en cours) ou au moins un baccalauréat/licence en sciences de l’information ou sciences connexes.

Les tarifs de l’université de Montréal pour les étudiant(e)s libres pour un cours de 3 crédits sont de (non-contractuel) :

  • Résidents du Québec et Français : 277,19 CAD, soit environ 175 €
  • Canadiens hors-Québec : 426,48 CAD
  • Autres : 1288,97 CAD

Actualisation des tarifs, voir ici.

Le cours sera contingenté, car il est difficile de gérer un trop grand effectif à distance. Mais si vous êtes intéressé(e)s, vous pouvez envoyer une lettre de motivation accompagnée d’une preuve de diplôme à Maria Konida (prénom.nom at umontreal.ca). Il faut évidemment aussi disposer facilement et régulièrement d’une connexion et d’un équipement de base pour l’accès à internet et le travail bureautique. La sélection se fera dans l’ordre de l’arrivée des demandes retenues. Les candidat(e)s retenu(e)s recevront toutes les informations utiles pour leur inscription officielle.

Au plaisir de débattre avec vous,

dimanche 08 juin 2008

Éco-doc : révision séquence 8

Poursuite des réflexions sur le cours sur l'économie du document, prévu à l'automne à distance (Plan et explications ici), avec la huitième séquence.

Cette séquence est consacrée à la « redocumentarisation ». On peut la mettre en parallèle avec la troisième séquence sur les modèles industriels (ici), illustrée dans les cinquième, sixième et septième séquences. Tout comme celles-là, elle propose une interprétation à partir de l'apport des sciences de l'information, elle sera aussi illustrée par des exemples dans la séquence suivante.

Si la réflexion était vraiment aboutie, je dirais que celle-ci fait plutôt appel à une autre racine de ces sciences : la dynamique des modèles industriels de la troisième séquence a été éclairée par l'introduction du modèle bibliothéconomique dans le raisonnement ; la redocumentarisation s'intéresse à la production du document lui-même et à son cycle de vie, c'est alors plutôt l'archivistique qui devrait intervenir. Les deux familles ont des perspectives différentes, mais elles sont également concernées par le numérique, mieux le numérique déplace, parfois efface, les frontières entre l'une et l'autre. Mais l'archivistique n'a pas encore vraiment, à ma connaissance, pris de front la problématique du numérique alors même qu'elle dispose d'outils pour l'éclairer (pour ceux qui en douteraient encore voir ici).

Les modèles industriels précédents représentaient la tentative de rentabiliser de façon autonome l'activité du Web à partir d'un développement des modèles traditionnels des industries de la culture. La redocumentarisation prend en compte la transformation de l'objet même qui est produit et échangé : le document. Il s'agit alors de relire avec une entrée documentaire les thèmes qui agitent les acteurs et analystes du Web. L'intérêt de cette approche est double. D'abord, elle fournit une interprétation des mouvements en cours et ceci aussi bien sur la longue durée que dans les constants développements de l'actualité. Ensuite, elle place les problématiques documentaires au centre de l'explication ce qui n'est que justice.

Cette séquence n'est pas la plus facile à développer, car elle s'appuie sur une théorie en cours de construction. Mais, arrivés aux 2/3 du cours, les étudiants ont maintenant une plus grande familiarité avec son objet et il est possible de suggérer des pistes sans prétendre proposer des réponses à toutes les questions. Elle s'appuie beaucoup sur les travaux réalisés dans le RTP-DOC, et tout particulièrement sur les premier et troisième textes de Roger (ici et ), mais aussi sur les réflexions développées depuis notamment dans l'écriture de ce blogue. Enfin, elle a l'avantage de disposer de très nombreuses illustrations et documents pédagogiques construits et disponibles sur la toile. Parmi ceux-là, la très célèbre vidéo de M. Wesch () me servira d'introduction et de conclusion pour vérifier que les notions ont bien été assimilées.

Pour résumer l'intrigue, il me suffit de reprendre ce court texte rédigé à la demande de Michèle de Battisti pour l'Oeil de l'ADBS du mois de mai (ici, réservé aux adhérents) :

Documentariser, c'est traiter, matériellement et intellectuellement, un document comme le font traditionnellement les professionnels de la documentation : le cataloguer, l'indexer, le résumer, le découper, éventuellement le renforcer, etc. L'objectif de la documentarisation est d'optimiser l'usage du document en permettant un meilleur accès à son contenu et une meilleure mise en contexte.

Le numérique implique une re-documentarisation. Dans un premier temps, il s'agit de traiter à nouveau des documents traditionnels qui ont été transposés sur un support numérique en utilisant les fonctionnalités de ce dernier. Mais bien des unités documentaires du Web ne ressemblent plus que de très loin aux documents traditionnels. La stabilité s'estompe et la redocumentarisation prend alors une tout autre dimension. Il s'agit d'apporter toutes les métadonnées indispensables à la reconstruction à la volée de documents et toute la traçabilité de son cycle. Les documents traditionnels, dans leur transposition numérique, acquièrent la plasticité des documents nativement numérique, qui eux-mêmes, par la facilité de leur production, témoignent des moindres activités humaines.

Cette nouvelle forme de documentarisation reflète ou tente de refléter une organisation post-moderne de notre rapport au monde, repérable aussi bien dans les sphères privée, collective et publique, qui se superposent de plus en plus. Comme à d’autres moments de l’Histoire, le document accompagne les mutations sociales, mais il s’est transformé au point que l’on peut se demander s’il s’agit encore de la même entité. Pourquoi alors reprendre le même terme, en ajoutant juste le préfixe re-, s'il s'agit d'un changement de paradigme ? En réalité, s'il y a bien une rupture, celle-ci est dans une continuité historique qu'il est d'autant plus important de souligner que les professions de la documentation devraient plus y faire valoir leur place. Maîtriser son ordre documentaire est pour une société une des conditions pour rester civilisée.


Séquence 8 : La redocumentarisation

Objectif général

À la fin de la séquence l'étudiant(e) devrait connaitre :

  1. La définition de la redocumentarisation.
  2. Son placement dans l'histoire et ses conséquences sur la notion de document.
  3. Les principaux décadrages qu'elle entraîne.

Objectif spécifique

À la fin de la séquence l'étudiant(e) devrait être capable de :

  1. Repérer des processus de redocumentarisation.
  2. En interpréter quelques enjeux.

Contenu de la séquence (base à réviser)

  • Histoire et définitions
    • Rappel des quatre âges de l'imprimé
    • De l'analogique au numérique
    • L'âge des fichiers et des (méta)données
    • Documentarisations et modernités
  • La recherche et les développements sur trois fronts
    • Forme (numérisation, systèmes de lecture, ergonomie.. XML ?)
    • Texte (traitement du texte, ontologies.. Web sémantique ?)
    • Médium (bibliothèque numérique, blogue, réseaux sociaux.. Web 2.0 ?)
    • Les potentialités de l'archivistique
  • Décadrages
    • Le privé publicisé
    • Le collectif éclaté
    • L'espace public redistribué

Évaluation

Quelques questions posées sur l'animation de Welsch.

Bibliographie (à venir)

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