Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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mardi 18 septembre 2007

L'industrie du «fair use» = 1/6 du PIB US

Voici un rapport qui va faire quelques bruits. Il s'agit de la première étude détaillée et chiffrée sur les bénéfices procurés par les exceptions à la propriété intellectuelle. Sans doute les chiffres seront discutés et peut-être contestés. Ils sont néanmoins spectaculaires et méritent d'être pris très au sérieux.

Thomas Rogers and Andrew Szamosszegi, Fair Use in the US Economy: Economic Contribution of Industries Relying on Fair Use, Washington DC: Computer & Communications Industry Association, 2007, 84p., Pdf, résumé Pdf, présentation PPT

Extraits du résumé (trad JMS) :

Tandis que les politiques concentrent leurs efforts sur la propriété intellectuelle, les exceptions à cette propriété contribuent aussi à l'innovation et sont un des principaux leviers de la croissance américaine. Les exceptions à la propriété intellectuelle dans les lois américaines et internationales, généralement notées sous le vaste chapeau de «fair use», sont vitales pour de nombreuses industries et favorisent la croissance de l'économie. Les sociétés qui bénéficient des exceptions génèrent un chiffre d'affaires important, emploient des millions de travailleurs et, en 2006, représentent le 1/6 du PIB des États-Unis. (..)

Les industries qui dépendent ou bénéficient des exceptions comprennent :

  • Les fabricants de matériels grand public qui permettent les copies individuelles de programmes sous droits ;
  • Les institutions de formation ;
  • Les développeurs de logiciels ;
  • La recherche sur internet et les fournisseurs de serveurs Web. (..)

L'économie américaine est de plus en plus basée sur les connaissances qui viennent de la diversité dynamique des industries qui dépendent des exceptions à la propriété intellectuelle. Grâce à la croissance de l'internet et de la révolution des technologies de l'information qui lui sont associées, l'économie des États-Unis a bénéficié de la création et de l'explosion d'industries nouvelles et d'une relance de la productivité qui a favorisé de meilleurs niveaux de vie. (..)

L'économie du fair use en 2006 a engrangé 4,5 trillions de USD de C.A. (note JMS : sauf erreur de ma part, il s'agit ici de trillions US, c'est à dire 1000 milliards) et 2,2 milliards de valeur ajoutée, environ 1/6 du total du PIB des États-Unis. Elle a employé plus de 17 millions de personnes et distribué 1,2 trillions en salaires. Elle a généré 194 milliards à l'exportation et de rapides gains de productivité. (..)


Actu du 19-09-2007

Olivier Charbonneau indique dans un billet :

Cette étude provient du Computer and Communications Industry Association (CCIA), qui regroupe les gors de l’industrie informatique, dont Google et Microsoft. Par ailleurs, il s’agit du groupe qui mène la campagne médiatique en faveur du « fair use » : «Defend Fair Use ».

Cela n'enlève rien à son intérêt, mais la recadre. Le plus fascinant pour moi est de voir combien les principes moraux qui sont souvent évoqués pour attaquer ou défendre la propriété intellectuelle pèsent bien peu en regard des intérêts économiques. On peut mettre en relation ces constatations avec celles sur les rôles inversés de l'UE et des US sur internet entre les contenus et l'accès. Voir ce billet.

lundi 17 septembre 2007

Son Memex

C'est celui de Patrick Lozeau, étudiant de deuxième année de maîtrise de l'EBSI, qui alimente un blogue (intitulé Mon Memex) sur les bibliothèques et le numérique qui vaut le détour.

vendredi 14 septembre 2007

Google est un média de masse

"Il faut, d'une part, limiter la collecte des données à des fins précises. Il faut également que cette collecte s'opère dans la transparence pour l'utilisateur et que ce dernier garde le contrôle des informations collectées qui le concernent. Enfin, il est nécessaire que ces informations soient conservées dans de bonnes conditions de sécurité."

Qui tient ce discours ? Peter Fleischer, responsable de la gestion des données privées de Google au cours de la conférence Ethique et droits de l'homme dans la société de l'information de l'Unesco qui se tient à Strasbourg en ce moment. Le tout est rapporté par Le Monde dans un article publié aujourd'hui :

Google plaide pour une harmonisation des règles de protection des données personnelles, Stéphane Foucard, Le Monde 14.09.07 Html

Voilà de quoi nuancer quelques critiques anti-googleliennes un peu simples sur les risques totalitaires de la stratégie de la firme. Le journaliste explique cette demande par le caractère international de l'implantation de la firme et de la diversité des législations qui le fragilise. Sans doute l'explication est juste.

Mais je ne saurai le suivre quand il trouve l'attitude paradoxale, indiquant que : Le modèle économique de Google est, en effet, fondé sur la publicité ciblée, qui implique de connaître le plus finement possible chaque utilisateur. En réalité, la publicité ciblée de Google est réalisée à partir des requêtes qui sont agrégées par mots clés et non précisément sur les utilisateurs. La nuance est d'importance. Il ne s'agit pas contrairement à ce que l'on dit souvent de one-to-one, mais bien d'un média de masse dont la distribution est simplement différente des modèles précédents. Sans cela, le marché publicitaire ne pourrait se construire. C'est justement la difficulté que rencontre les dits réseaux sociaux pour se valoriser (voir ici et ).

Numérisation récentes, textes surannés..

Il y a des jours comme cela où cela fuse de toutes parts !

À lire ce billet de La Feuille Quand les oeuvres anciennes questionnent les oeuvres récentes qui renvoie lui-même à une critique de R-P Droit dans Le Monde des traductions surrannées mises en ligne par la numérisation de masse de livres des collections anciennes des bibliothèques et au commentaire qu'en fait F. Bon.

Le tout peut être mis en rapport avec le billet sur l'analyse de P. Duguid ou encore le précédent billet sur le rôle des bibliothèques dans la numérisation de masse.. on sent que le débat mûrit très rapidement !

Numériser à grande échelle et rôle des bibliothèques

Repéré grâce à un commentaire d'A. Pierrot, merci à lui.

Le CLIR (Council on Library and Information Ressources) vient de mettre en ligne un livre blanc sur la numérisation à grande échelle qui mérite d'être lu :

Oya Y. Rieger, Preservation in the Age of Large-Scale Digitization, A White Paper, CLIR sept 2007. 54p. Pdf (Adresse obsolète voir fin de billet)

Un appel (ici) à commentaires est lancé.

Extraits de la conclusion (trad JMS) :

Obligations de service. Les institutions culturelles ont l'obligation de protéger l'avenir du patrimoine scientifique comme un bien public. Certains responsables de bibliothèques et certains scientifiques se demandent s'il est raisonnable de confier notre patrimoine culturel à des partenaires commerciaux pour de simples raisons de rapidité ou de convenance. C'est une vraie question. (..) Beaucoup s'inquiètent de savoir si le contenu numérique pourrait ne plus être accessible à l'avenir à l'aide des moteurs de recherche d'aujourd'hui qui évoluent rapidement à la fois en terme de contenu et de techniques de recherche. (..) Les bibliothèques impliquées dans des projets de numérisation à grande échelle peuvent être en position de conserver des bits à un niveau institutionnel et d'utiliser des copies numériques pour la sauvegarde. Cependant fournir un accès pérenne en facilitant la découverte et la recherche de matériels (dans la limite de la propriété intellectuelle) pour les générations futures est un défi énorme - un de ceux qui ne peut être relevés que collectivement. (..) Les usagers d'aujourd'hui préfèrent rechercher l'information dans un environnement intégré. Ils n'utilisent des livres numériques que s'ils sont accessibles facilement par leurs outils de recherche préférés et supportent leurs moyens de lecture préférés. Par conséquent, accueillir simplement des livres du domaine public dans les portails de bibliothèques séparés est probablement insuffisant.

Rentabilité. Bien que la plupart des coûts de la numérisation soient supportés par les partenaires commerciaux, les bibliothèques participantes y contribuent par un effort substantiel en préparant et gérant le contenu. La valeur des années d'investissement dans l'achat et la gestion des collections imprimées est souvent sousestimée. (..) Toutes les bibliothèques n'ont pas les ressources pour assumer une mission d'archivage à long terme pour un contenu si vaste. La gestion d'entrepôts partagés est un exemple possible d'une préoccupation de rentabilité. (..)

L'avenir des bibliothèques de recherche. Il est essentiel que les bibliothèques de recherche évaluent les incitations et les freins à la collaboration au sens large en prenant en compte les tendances émergeantes dans ces bibliothèques. Les bibliothèques doivent à l'évidence modifier leurs rôles et leurs programmes pour rencontrer les besoins des usagers du 21è siècle. Le rôle symbolique de la bibliothèque comme "coeur de l'université" est contesté, et il est probable qu'il y aura à l'avenir des indicateurs différents pour évaluer le rôle des bibliothèques dans la communauté académique. (..)

Sommaire :

  • About the Author
  • Acknowledgments
  • Preface
  • 1. Introduction: Large-Scale Digitization Initiatives in the Limelight
  • 1.1 Interplay between Access and Preservation
  • 1.2 Terminology
  • 1.3 Outline
  • 2. Overview of Leading Large-Scale Digitization Initiatives
  • 2.1 Motivating Factors in Partnerships: Library Perspective
  • 2.2 Motivating Factors in Partnerships: Commercial Entities
  • 2.3 Large-Scale Digitization Efforts by Nonprofit Entities
  • 3. Framework for Assessing Preservation Aspects of Large-Scale Digitization Initiatives
  • 3.1 Selection for Digitization and Preservation Reformatting
  • 3.2 Content Creation
  • 3.3 Technical Infrastructure
  • 3.4 Organizational Infrastructure
  • 4. Implications of LSDIs for Print Collections
  • 4.1 Pressure for Relieving Space
  • 4.2 Impact on Traditional Preservation and Conservation Programs
  • 4.3 Print-on-Demand Books
  • 5. Proposed Recommendations
  • 5.1 Reassess Digitization Requirements for Archival Images
  • 5.2 Develop a Feasible Quality Control Program
  • 5.3 Seek Compromise to Balance Preservation and Access Requirements
  • 5.4 Enhance Access to Digitized Content
  • 5.5 Understand the Impact of Contractual Restriction on Preservation Responsibilities
  • 5.6 Lend Support for Shared Print-Storage Initiatives
  • 5.7 Promote the Use of Registry of Digital Masters
  • 5.8 Outline a Large-Scale Digitization Initiative Archiving Action Agenda
  • 5.9 Devise Policies for Designating Digital Preservation Levels
  • 5.10 Capture and Share Cost Information
  • 5.11 Revisit Library Priorities and Strategies
  • 5.12 Shift to an Agile and Open Planning Model
  • 5.13 Re-envision Collection Development for Research Libraries
  • 6. Conclusion: Why Join Forces
  • Appendix: Large-Scale Digitization Initiatives: Survey of Preservation Implications

Actu 2 mars 2008 La version définitive du rapport a été publiée en février 2008 :

Rieger Oya Y., Preservation in the Age of Large-Scale Digitization, A White Paper, CLIR Février 2008. 52 p Pdf Résumé Html

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