Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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mardi 04 septembre 2007

Les médias au Japon et en Corée

Même si la région fascine beaucoup, les études disponibles en Français sont rares. Alors, ce rapport de mission de sénateurs françaisvaut la peine d'être signalé :

N° 402 SÉNAT SESSION EXTRAORDINAIRE DE 2006-2007 Annexe au procès-verbal de la séance du 19 juillet 2007 RAPPORT D’INFORMATION FAIT au nom de la commission des Affaires culturelles (1) à la suite d’une mission effectuée en Corée et au Japon du 25 mars au 1er avril 2007, Par MM. Jacques VALADE, Jean-Léonce DUPONT, Mme Monique PAPON, MM. Serge LAGAUCHE, Louis de BROISSIA, Jean-François HUMBERT Jean-Marc TODESCHINI et Mme Annie DAVID. 48p. Pdf

Table des matières :

  • INTRODUCTION
  • I. DES MÉDIAS CORÉENS ENTRE TRADITIONS ET MODERNITÉ
  • A. UNE MUTATION RÉUSSIE
  • 1. De la tutelle étatique à « l’Hallyu »
  • 2. Les séquelles de la crise économique de 1997
  • B. LES MULTIPLES VISAGES DE LA PRESSE CORÉENNE
  • 1. La presse quotidienne payante : un secteur fortement concentré
  • 2. Quelles alternatives aux journaux « conservateurs » ?
  • C. UN SECTEUR AUDIOVISUEL EN QUÊTE D’INNOVATION
  • 1. Un paysage audiovisuel longtemps limité aux chaînes publiques
  • 2. Une offre désormais diversifiée
  • 3. Un pays à l’avant-garde technologique en matière audiovisuelle
  • a) La promotion de la Haute définition grâce au déploiement de la TNT
  • b) La télévision mobile : une première mondiale riche d’enseignements
  • c) Les services de télévision par internet : un marché balbutiant
  • D. GÉRER LA CONVERGENCE : LA VOIE CORÉENNE
  • II. LES MEDIAS AU JAPON : UNE ORGANISATION SINGULIÈRE
  • A. LES QUOTIDIENS, PIVOT DU SECTEUR MÉDIATIQUE JAPONAIS
  • 1. Une illustration du capitalisme à la japonaise
  • 2. Un secteur « protégé »
  • 3. Des groupes diversifiés
  • B. LE DOUBLE VISAGE DE LA PRESSE NIPPONE
  • 1. La presse quotidienne
  • 2. La presse magazine : la face méconnue de la presse nippone
  • C. LE PAYSAGE AUDIOVISUEL JAPONAIS
  • 1. Un paysage télévisuel bipolaire
  • 2. La télévision numérique terrestre, un véritable enjeu industriel
  • 3. Les défis de la télévision mobile japonaise
  • 4. La diffusion par satellite : deux bouquets complémentaires
  • 5. La réception par câble et par internent : des marchés dynamiques
  • III. L’ORGANISATION DU SYSTÈME UNIVERSITAIRE JAPONAIS :
  • SÉLECTION ET AUTONOMIE
  • A. LE PAYSAGE UNIVERSITAIRE JAPONAIS
  • B. LA RÉFORME DE L’UNIVERSITÉ : L’AUTONOMIE AU SERVICE DE LA
  • COMPETITIVITÉ
  • ANNEXE : PROGRAMME DE LA MISSION SÉNATORIALE

Repéré par Asie.Atelier

dimanche 02 septembre 2007

Comment traduire « cyberinfrastructure » et autres considérations sur le sujet

Le lecteur d'un précédent billet m'a fait remarquer à juste titre que mon emploi du terme cyberinfrastructure relevait plus d'un anglicisme que d'une heureuse traduction.

On trouvera une définition américaine du terme dans l'item correspondant de Wikipédia. J'ai déjà rendu compte ici, et , de l'agitation autour de cette notion. Il serait donc prudent, en effet, d'être pertinent sur la traduction.

J'ai alors fait appel à la liste Ebsi-l pour avoir un peu d'aide de mes amis ;-). Et l'appel a été entendu, merci à eux. Voici une compilation des propositions recueillies et de quelques autres (les justifications et commentaires sont repris de leur auteur ou de mon cru) :

  • automatique de l'information, qui nous viendrait de T. Breton, mais ne me parait pas très explicite et source de malentendus.
  • infrastructure technologique, qui renvoie au document technologique de la loi québécoise concernant le cadre juridique des technologies de l’information (21 juin 2001), mais c'est la seule utilisation à ma connaissance de cet adjectif comme synonyme de numérique ou électronique.
  • e-infrastructure, intéressant mais malheureusement imprononçable et reste un anglicisme.
  • e-science est le terme employé par les britanniques, voir ici. Il a l'avantage de faire directement référence au domaine, mais l'inconvénient de renvoyer au contenu et non au dispositif. Et cela reste un anglicisme transposé tel quel en Français.
  • infrastructure épistémique, selon la traduction de la proposition de John L. King, voir ici, mais le terme renvoie à l'ensemble des infrastructures de connaissance et non seulement à leur dernière instance électronique.
  • infrastructure cybernétique, mais la proposition déplace, sans la réduire la difficulté signalée.
  • infostructure, ou même infostructure scientifique selon l'expression utilisée par l'ICIST pour son plan stratégique 2005-2010. Le terme a l'avantage d'être le même en Français et en Anglais.
  • en rester, malgré tout à cyberinfrastructure selon le point de vue de H. LeCrosnier présenté dans le dernier colloque CIDE. Mais le terme, même en Anglais, ne paraît pas très heureux. Il fait sans doute référence à l'informatique, mais ni à la science, ni même à l'information.

Ainsi, le terme le plus approprié pour la traduction, plus approprié que l'original même, paraît être infostructure. Il a été largement documenté par un chercheur qui a compilé toute la littérature anglophone lui faisant référence, et développe un argumentaire afin de montrer toute l'importance des bibliothèques dans le développement des pays :

Taher Mohamed, Infostructure in National Development Perspectives, mai 2006 Html

Remarque additionnelle sur les relations Anglais/Français dans la science



Infostructure a déjà été utilisé par des chercheurs en Français dans un sens différent (BRESSAND, Albert & DISTLER, Catherine. - La planète relationnelle, Paris, Flammarion,1995) et un de mes anciens étudiants, Jalel Rouissi, s'est servi de cette notion dans sa thèse pour l'appliquer à un réseau de bibliothèques. On en trouvera un résumé dans cet article :

Rouissi, Jalel, Le réseau sous l’éclairage de la démarche qualité : Proposition d’une grille d’indicateurs pour l’évaluation des effets qualitatifs de la coopération inter-bibliothèques, 2001 ArchiveSic.

En voici un extrait :

Nous nous appuierons sur le modèle établi par Albert Bressand et Catherine Distler (1995) qui abordent le réseau en tant que « machine relationnelle » qui se définit comme : « un ensemble de moyens (infrastructure) et de règles (infostructures) permettant aux acteurs qui y ont accès d'entreprendre et de mener à bien des projets communs dès lors que ceux-ci sont conformes aux attentes et usages communs (infoculture) »

  • L'Infrastructure englobe l'ensemble des équipements matériels ; d'où sa nature physique. Mais de nos jours, elle a de plus en plus tendance à intégrer des éléments immatériels comme les standards, les logiciels et les normes. Les acteurs de l'infrastructure sont les constructeurs des technologies comme les fabricants de matériels, les fournisseurs des logiciels et des programmes, les ingénieurs systèmes qui installent les équipements et les programmes et en assurent le suivi et la maintenance.
  • L'Infostructure désigne l'ensemble des règles qui régissent le fonctionnement du réseau. C'est l'expression formelle du réseau traduite par un système d'obligations qui définit la nature des rapports entre les partenaires (contrats, conventions, etc.)
  • L'Infoculture renvoie à la culture réseau que partagent les partenaires. Le réseau est aussi, d'autres diraient avant tout, un état d'esprit, une attitude et une philosophie qui imprègnent les comportements et les réflexes des professionnels au quotidien et conditionnent considérablement la performance du réseau, voire même sa pérennité. Albert Bressand et Catherine Distler parlent de connivence.

L'acception de ces termes a été peu reprise et donc cela n'invalide pas la proposition de traduction précédente. Néanmoins, la trilogie mérite qu'on s'y arrête. Distinguer ces trois dimensions d'un réseau me parait pertinent. Et J. Rouissi en montre une application pratique intéressante. De plus cette trilogie n'est pas sans rappeler celle sur le document de Roger (voir la fin de ce billet), ou encore celle de la langue (syntaxe, sémantique, pragmatique). Il y a là, me semble-t-il, matière à réflexions.

Cette trilogie va nettement au-delà des considérations plutôt vagues et générales sur le côté multidimensionnel des infostructures proposées par un groupe de chercheurs nord-américains financé par la NSF, et même aurait fourni un cadre stimulant aux réflexions des chercheurs du dernier numéro de CT Watch Quaterly.

Et l'oubli de cette référence m'amène à une remarque plus générale sur les relations entre Français et Anglais dans la science. Depuis maintenant presque deux ans que j'ai traversé l'Atlantique, j'ai pu constater, au moins dans les domaines qui sont les miens, une méconnaissance réciproque, quoi qu'on en dise, entre l'Amérique du nord (Québec compris) qui ne semble lire que la littérature scientifique anglophone et la France qui néglige une bonne part de la littérature scientifique anglophone, même si le phénomène des blogues fait bouger les choses sur ce second volet. Clairement, c'est un problème car, au moins pour les sciences humaines et sociales, la langue dans laquelle on pense et on écrit n'est pas sans effet sur les résultats produits, leur écriture et leur lecture, tout simplement parce que la rhétorique est un des instruments de ces sciences. D'un autre côté, ici comme ailleurs, l'Anglais domine.

Dès lors, lorsque les scientifiques francophones de ces disciplines se privent de l'usage et de la connaissance de la littérature scientifique dans leur langue maternelle ou, inversement, de la lecture de la littérature anglophone, ils négligent un avantage concurrentiel fort (qu'a contrario l'extrême-orient a utilisé et continue d'utiliser abondamment).

mardi 28 août 2007

Compte d'auteur et livres en ligne

Je relaie ici un long commentaire, reçu de jour, mais dans un billet ancien et qui risque de passer inaperçu alors qu'il mérite lecture et réflexion, même si sa conclusion n'est pas très gentille pour les universitaires et leurs étudiants. Sur celle-ci, je rappelle simplement que ce bloc-notes est plein de subjectivités. Il est pour moi l'occasion de pointer des informations, de lancer des idées, de suggérer des analyses, de favoriser la diffusion de réflexions d'autres personnes, et notamment des étudiants, certainement pas de rendre compte de recherches abouties de ma part. Cela passe par d'autres canaux. C'est aussi l'occasion de recueillir d'autres avis grâce à la possibilité de l'intervention des lecteurs. En voici une bonne, et je remercie Serge-André Guay de nous la donner.

La question est celle de l'économie du livre à compte d'auteur, dont le rédacteur du commentaire est un des acteurs au Québec avec la ''Fondation Fleur de lys'' et de sa relation avec internet. J'ai retenu ces extraits du commentaire (l'intégral est ici à la suite du billet qu'il discute) :

En effet, il faut un certain courage au Québec pour s'afficher comme un éditeur à compte d'auteur puisque ce type d'édition a depuis longtemps la très mauvaise réputation d'exploiter sans retenu le rêve de l'auteur d'être publié. Cette exploitation tient au fait que l'éditeur à compte d'auteur, qui est souvent rien de moins qu'un imprimeur déguisé en éditeur, ne se donne pas la peine de ramener l'auteur sur terre le temps venu de passer sa commande d'exemplaires. Plus le nombre d'exemplaires commandés par l'auteur sera élevé, plus l'éditeur-imprimeur fera de profit. On proposera à l'auteur de jumeler sa commande personnelle à une commande pour l'option «Distribution en librairies». Et là les choses se gâtent réellement parce que l'auteur se voit déjà dans les vitrines de toutes les librairies au Québec. Ce qu'il oublie, c'est l'absence de promotion, à moins de payer encore un peu plus pour ajouter l'option «Publicité». Pis encore, il oublie ou ne connait tout simplement pas la durée de vie très limitée d'une nouveauté en librairie. Au bout de trois mois, les librairies retournent à l’auteur les exemplaires invendus de son livre. (..)

Il y a des éditeurs en ligne qui ne demandent aucune contribution à l’auteur. Mais ce bel accueil cache souvent un piège : la cession de droits obligatoire. Le contrat d’édition stipule que l’auteur cède ses droits d’auteur à l’éditeur, comme c’est la pratique dans le secteur de l’édition traditionnelle. On justifie alors l’obligation de cette cession de droits à l’éditeur en soutenant que c’est ce dernier qui, après tout, prend tous les risques. L’Union des Écrivaines et des Écrivains Québécois (UNEQ) se bat depuis des années pour que les éditeurs (traditionnels) laissent tomber cette cession de droits au profit d’une licence d’édition, limitée dans le temps (ex. : 2 ans). Et le contexte actuel du marché du livre donne raison à l’Union. Nous l’avons vu, la durée de vie d’une nouveauté en librairies dépasse rarement trois mois. Or, obliger l’auteur à céder ses droits d’auteur jusqu’à 50 ans après sa mort, est très exagéré compte tenu d’une durée de vie en librairies de trois mois. C’est que l’éditeur veut aussi prendre le risque «de faire de l’argent plus tard avec le livre», notamment au décès de l’auteur, à l’image des propriétaires des galeries d’art avec les peintres. (..)

Autrement dit, on peut vanter le fait que l’édition à compte d’éditeur ne coûte rien à l’auteur, mais il ne faut pas oublier que pour ce faire il cède ses droits d’auteur et, par le fait même, le contrôle de l’offre et de la demande. Tout va pour mieux si son livre connaît le succès en dedans des trois premiers mois. Autrement, il doit passer à autre chose.

Mais si l’auteur a été édité à compte d’éditeur en ligne, la durée de vie n’est pas limitée. Le livre demeure dans la vitrine virtuelle de l’éditeur en ligne et, le cas échéant, dans la libraire en ligne de cet éditeur, parfois même dans un vaste réseau de librairies en ligne. L’éditeur en ligne, contrairement à l’éditeur traditionnel, dispose d’une importante marge de manœuvre pour promouvoir ses auteurs et leurs œuvres.

Mais cette marge de manœuvre ne justifie toujours pas la cession de droit exigé par les «éditeurs gratuits» (à compte d’éditeur). Nous croyons que l’édition en ligne est et doit demeurer une «alternative» à l’édition traditionnelle. Il faut que l’auteur puisse poursuivre sa recherche d’un éditeur traditionnel tout en étant édité en ligne. Il faut aussi que l’auteur puisse rompre sans aucun préjudice son contrat d’édition en ligne advenant une offre d’un éditeur traditionnel qui réalisera son rêve original : être dans les «vraies» librairies. Cela impossible si l’auteur à céder ses droits à son éditeur en ligne, s’il a mordu à l’hameçon de la gratuité. (..)

Le livre édité électroniquement n’est pas nécessairement un livre électronique. Il peut être un livre papier au même titre que tous les autres livres dans les librairies traditionnelles. Et ce n’est pas parce qu’un livre papier est imprimé uniquement à la demande, qu’il faut abaisser cette option comme vous le faites dans votre texte («si ce n’est par une imprimante personnelle ou un imprimeur à la demande»). Il faut dire que l’édition en ligne s’est développée grâce à l’impression à la demande. Plus de 80% des ventes de notre maison d’édition en ligne sont des exemplaires papier imprimés à la demande. Sur Internet, il se vend davantage d’exemplaires papier imprimés à la demande que d’exemplaires numériques. En fait, si l’exemplaire électronique «s’apparente» autant au livre papier, c’est que l’exemplaire électronique vendu est souvent la maquette utilisée par l’imprimeur à la demande. (..)

lundi 27 août 2007

Montréal, 500 ans d'images d'archives

Voici un nouvel exemple de redocumentarisation archivistique réalisé par le Groupe des Archivistes de la Région Montréalaise, spectaculaire par sa qualité et son intérêt public.

Montréal, 500 ans d'histoire en archives

Extraits du communiqué :

Le récit est un condensé de l’excellent ouvrage de l’historien Paul-André Linteau, Brève histoire de Montréal (Éditions du Boréal). Il est accompagné d’un éventail remarquable de photographies, de dessins et de textes, dont plusieurs inédits, qui expliquent et illustrent abondamment les grandes étapes de l’histoire de Montréal de 1500 à 1992. Le tout est complété par un quiz et des ressources pédagogiques pour les élèves du primaire et du secondaire.

C’est la première fois que les archivistes de la métropole réalisent conjointement un tel survol de l’histoire de Montréal avec autant de documents d’archives. Pour les Montréalais, il s’agit d’une occasion unique de commencer à prendre la mesure du riche patrimoine conservé pour eux par les services d’archives sur leur territoire.

Cette exposition virtuelle est le premier élément d'un portail intitulé MontréaListes qui vise à fournir aux habitants de la ville l'accès à l'ensemble des archives montréalaises.

samedi 25 août 2007

Médium pauvre, signes riches

Y a-t-il rapport entre les mangas japonais et les Têtes à claques québécoises ? Lointain dira-t-on, sinon qu'ils ont, les uns et les autres, de plus en plus de succès sur les téléphones cellulaires. Je voudrais en suggérer ici un autre, qui explique le premier, inattendu mais plein de leçons, au risque de chagriner peut-être quelques-uns de mes amis québécois, justement amoureux de la pureté de leur français.

Le succès des mangas au Japon de date pas d'hier. Ils forment une véritable industrie dont la bande dessinée, conçue pour être lue vite dans les transports en commun, est la pierre angulaire, mais qui déborde sur les dessins animés, les jeux vidéos et toute une gamme de produits dérivés.

Aujourd'hui, les mangas tirent le marché du e-book sur les cellulaires qui, selon un billet de l'Atelier a connu une croissance fulgurante de 331,3% à une valeur totale de 6,9 milliards de yens (environ 42,4 millions d’euros) en 2006 bien qu’il ne représentait que 1,6 milliards de yens (environ 9,8 millions d’euros) en 2005. On prévoit une croissance encore supérieure pour 2007.

De leur côté, le succès des Têtes à claques est beaucoup plus modeste (à l'échelle du Québec) et beaucoup plus récent. Mais, comme l'a signalé M. Lessard, ils viennent de s'implanter en France en participant à la campagne de promotion d'un opérateur de télécom pour ses nouveaux forfaits.

La valorisation du contenu sur les cellulaires est rendue difficile à cause des limites du médium : l'écran est petit, très petit. Le son est médiocre, même si les dernières générations promettent monts et merveilles. Et surtout le signal, pas toujours fiable, rend difficile l'envoi généralisé de contenus trop lourds, sauf dans les rares endroits où les infrastructures le permettent comme en Corée (voir ce billet).

Un des avantages du Japonais, dans sa forme écrite, est la multiplicité des signes qu'il utilise : Deux alphabets (un pour les mots originaires de l'ile, l'autre pour ceux venus d'ailleurs), l'utilisation fréquente de sinogrammes, et même la possibilité d'utiliser l'alphabet roman, lu par la plupart. Les mangas ont utilisé graphiquement ces facilités depuis leur origine, au point d'en faire un élément esthétique et signifiant. Cette richesse graphique se décline parfaitement dans des cases.. ou des écrans de téléphone donnant une grande expressivité au récit. On peut s'en convaincre facilement, même sans comprendre le Japonais en « feuilletant » un manga à partir cette page (cliquer p. ex. sur un des trois liens en haut et à gauche de la page). Inversement, la bande dessinée de l'école belge ou encore américaine, ne dispose pas de ces facilités. De même, l'exportation des mangas à l'extérieur du Japon réduit cet avantage. Il suffit de comparer les exemples précédents avec cette démo (cliquer sur l'encadré du haut) pour être convaincu.

Alors quel rapport avec les Têtes à claques ? Côté visuel, elles ne tiennent pas la comparaison. Il s'agit d'une esthétique Guignol laissant très peu de place à l'expressivité. Mais ce qu'elles perdent à l'image, elles le regagnent au son. Et là le parallèle est surprenant :

  • Comme les mangas utilisent deux alphabets pour une seule langue, les Têtes à claques utilisent deux Français (québécois et hexagonal). Ici par ex. Et voir le lexique sorti pour la campagne de promo citée.
  • Comme les premiers importent finement des signes de leur grand voisin, les seconds intègrent joyeusement des anglicismes. Voir le plus populaire.

Bien sûr ni les uns, ni les autres ne sont responsables de cette sémiotique qui fait partie de la culture du peuple, jouant l'une sur l'écriture, l'autre sur la parole. Néanmoins, les deux ont eu le talent de l'exploiter en transcendant les limites d'un médium.

Contrairement aux mangas, les Têtes à claques ne sont pas un genre, juste un succès ponctuel. Mais si l'on poursuit le raisonnement précédent, et que l'on pense à la diversité de la francophonie, il y a peut-être là matière à développement..

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