Par exemple en France, la loi Hadopi permet d'envoyer des notices aux usagers qui utilisent des services d'échanges de fichiers en ligne (peer-to-peer ou P2P). En effet, grâce à cette loi, plus de 700,000 notices ont été envoyées aux usagers1. La firme Nielsen, pour le compte de l’IFPI a constaté que l’utilisation des réseaux P2P non-autorisés a diminué de 26 % depuis octobre 20101, correspondant avec le début de l’envoi des notices. On constate le même phénomène en Nouvelle- Zélande, en Corée du Sud, aux États-Unis et en Allemagne.

D’autres mesures concernent la collaboration avec les ISP (Internet Sercice Providers). Aux États-Unis, en Belgique et en Italie des ordres de la Cour ont forcé les ISP à bloquer l'accès à des sites pirates comme The Pirate Bay ou BTJunkie. Cela a eu pour effet de réduire ce genre de services aux internautes d’environ 70 %1. Ensuite, l’industrie de la musique a demandé une meilleure collaboration des compagnies d'engins de recherche comme Google, parce qu’il est trop facile, selon eux de trouver des fichiers mp3 gratuitement et illégalement. Avec la collaboration d’agents anti-piratage, l’industrie du disque a pu, via une nouvelle technologie automatisée, enlever 15 millions de tracks illégaux, une augmentation de 115 % par rapport à 20101.

Des ventes en ligne en force

La vente de musique en ligne commence à rapporter. En 2011, l'IFPI estime que 3,6 milliards de téléchargements ont été achetés à travers le monde1. C'est une augmentation de 17% par rapport à l'année précédente. La même année, iTunes s'est implanté dans 28 nouveaux pays, incluant tous les membres de l'Union européenne et seize pays d'Amérique latine.1 C'est donc un marché qui prend de l'expansion. Cependant, notons que l'achat de musique ne représente que 25% des opérations en ligne liées à la musique.2

Un nouveau joueur de taille : le streaming

Dix ans après qu'iTunes ait révolutionné le monde avec ses iTunes Stores, l'industrie de la musique subit une nouvelle transformation numérique radicale avec les consommateurs qui migrent du CD et du téléchargement vers des services de streaming comme Spotify, Pandora, Deezer et Youtube, Anghami au Moyen-Orient et Dhingana et Saavn en Inde. C'est aujourd'hui le streaming qui occupe la plus grande place du marché numérique (les trois quarts des opérations liées à la musique en août 20112). Ben Sisario parle carrément de cannibalisation du téléchargement par le streaming.3 Pour les propriétaires de ces sites, qui versent des droits d'écoute auprès des compagnies de disques, le streaming est la voie de l'avenir. Bien que les revenus soient encore relativement modestes par rapport aux autres secteurs de l'industrie, ils augmentent d'année en année. Ainsi, en 2010 Spotify a augmenté ses revenus de 458% et ont atteint 99 millions de dollars US3. L'IFPI, quant à elle, estime à 13.4 millions le nombre d'utilisateurs inscrits sur des sites de streaming en 2011 comparativement à 8.2 millions l'année précédente3. C'est une augmentation de 65%.

Mais ce n’est pas la manne (encore)

Cependant, et c'est là le problème, les droits versés par ces sites de streaming aux compagnies de disques sont très faibles. Ils sont de l'ordre d'environ ½ cent par écoute3. C'est très peu comparativement à ce que rapporte la vente en ligne. Un téléchargement iTunes de 99 cents rapporte 7 à 10 cents à l'artiste3. Ainsi, pour recevoir entre 5000$ et 7000$, une chanson doit être écoutée un million de fois. Cela peut rapporter beaucoup pour des artistes bien établis ou des chansons virales, mais pendant que ces nouveaux services grandissent et se transforment en des entreprises multimillionnaires, une infime partie de l’argent retourne aux artistes. Ceci est inquiétant pour tous les niveaux de l’industrie, mais surtout pour les artistes eux-mêmes.

Une adaptation continue

Ainsi l'industrie de la musique commence à s'adapter au marché du numérique et à en tirer certains profits. En 2011, l'IFPI estime que les revenus tirés de la musique numérique pour les compagnies de disques ont augmentés de 8%, comparativement à 5% l'année précédente3. Toujours en 2011, les différents marchés numériques représentent 32% des revenus globaux des maisons de disques, comparativement à 29% pour 2010 (et comparativement à 5% pour les journaux, 4% pour les livres et 1% pour les films)3. De plus, certains marchés comme les États-Unis et la Corée du Sud tirent plus de la moitié de leurs revenus du numérique (52% et 53% respectivement3).

Donc finalement, oui, Internet transforme profondément l’industrie de la musique et continue à le faire à tous les instants. L’année 2013 sera une continuité dans l’augmentation des revenus pour les compagnies de disque à partir du streaming et marquera espérons-le, une tendance à la réappropriation par le musicien de son propre contenu grâce à la promesse de nouveaux outils de la découverte musicale. A suivre donc….

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1. International Federation of the Phonographic Industry, IFPI Digital Music Report 2012, Keys Facts and Figures, p.1 http://www.ifpi.org/content/library/DMR2012_key_facts_and_figures.pdf, consulté le 21 février 2013.

2. Sara Heft, Facebook, l'ultime voie pour l'industrie musicale? Dans Ina Global.fr, 15 novembre 2011. http://www.inaglobal.fr/musique/article/facebook-lultime-voie-pour-lindustrie-musicale, consulté le 21 février 2013.

3. Ben Sisario, As Music Streaming Grows, Royalties Slow to a Trickle, New York Times, 28 janvier 2013. http://www.nytimes.com/2013/01/29/business/media/streaming-shakes-up-music-industrys-model-for-royalties.html?smid=go-share&_r=1&, consulté le 20 février 2013.