Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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Mot-clé - 23. LES MUTATIONS DU DOCUMENT ; Les trois dimensions

Fil des billets

jeudi 23 août 2012

Vu, lu, su et UX

Tout comme j'avais été interpelé par cette affirmation de la designer Jannet Murray (ici) :

J'ai deux éclairages sur ce qu'est un média que je peux présenter brièvement ici : le premier est que tout média est composé de trois parties : l'inscription, la transmission et la représentation ; le second est que le paradigme le plus productif pour le designer pour penser un média est, de mon point de vue, celui de l'attention captée (focused attention).

Je retrouve dans cette lumineuse présentation de l'architecture de l'information de Matthieu Mingasson à ParisWeb 2010 (repéré grâce à F. Cavazza) un schéma familier.

M._Mingasson-ParisWeb-2010_2_.jpg

En effet, on y retrouve les éléments de la théorie du document (présentation courte, medium, longue) : la forme (vu, design), le texte ou le fond (lu, contenu) et le medium ou la fonction (su, technologie). Nuance tout de même, ici la triade est orientée vers un objectif qui unifie les trois facettes, tandis que dans la théorie du document, il s'agit d'un contrat de lecture. En réalité, la temporalité est simplement différente. La présentation de M. Mingasson présente une méthode pour construire un site web avec une finalité immédiate. Le contrat de lecture est bien alors entièrement compris dans l'objectif. Si l'on raisonne sur un temps plus long, le site devient alors un document dont l'objectif initial peut se diluer, mais son usage est toujours dépendant de la validité d'un contrat de lecture.

C'est aussi l'occasion pour moi de rappeler que les inscriptions pour le colloque international sur l'architecture de l'information sont ouvertes (ici)

vendredi 24 février 2012

Vu, Lu, Su par le design

Janet Murray, professeur design à Georgia Tech, vient de publier aux Presses du MIT un important livre sur le design du numérique : Inventing the Medium: Principals of Interaction Design as a Cultural Practice ici. Elle tient aussi un blog qui accompagne et actualise le livre (). On peut lire enfin un long et passionnant entretien avec H. Jenkins ().

Je retiens entre autres ceci dans l'entretien (trad JMS) :

J'ai deux éclairages sur ce qu'est un média que je peux présenter brièvement ici : le premier est que tout média est composé de trois parties : l'inscription, la transmission et la représentation ; le second est que le paradigme le plus productif pour le designer pour penser un média est, de mon point de vue, celui de l'attention captée (focused attention).

On retrouve ainsi sous sa plume les trois facettes Vu (inscription), Lu (représentation) et Su (transmission), ainsi que l'insistance sur l'économie de l'attention. Je suis heureux de constater cette convergence de la réflexion sur le design des médias avec mes propres réflexions, ce qui me conforte dans l'insistance sur la notion d'architecture de l'information.

Voici comment J. Murray décline sur le numérique les trois principes sur son blog (trad JMS) :

  • Toutes choses faites de bits et de codes informatiques relèvent d'un seul média, le média numérique avec ses affordances originales.
  • Concevoir un élément quelconque dans ce nouveau médium relève d'un effort collectif plus large consistant à construire du sens au travers de l'invention et de l'affinement de conventions du média numérique.
  • En élargissant les conventions de construction du sens qui composent la culture humaine, nous élargissons notre capacité à comprendre le monde et à entrer en relation avec les autres.

On y retrouve aussi la notion de contrat de lecture.

samedi 17 septembre 2011

Dutronc et la théorie du document

Les artistes sont visionnaires, ils sentent les choses avant tout le monde. C'est pour cela que l'on a besoin d'eux et de Jacques Dutronc en particulier qui dans ses chansons a souvent perçu les bascules de l'air du temps. En 1967, il se moque des intellectuels, un an avant que la spontanéïté envahisse (provisoirement) la rue.

Plus de quarante ans plus tard, sa chanson mérite d'être réécoutée à l'époque des lectures industrielles, de Google qui nous rendrait idiot et de la théorie du document, elle prend un nouveau relief. Un petit bol d'air et un peu d'autodérision.

Paroles de la chanson.

jeudi 28 juillet 2011

Histoires de mots (3) et théorie du document

Voilà un billet qui pourrait intéresser mes collègues français des sciences de l'information et de la communication. Je me suis interrogé sur les termes du langage courant qui pouvait rendre compte le plus clairement des trois dimensions du document et sur leur usage. Il me semble que les trois termes sont les suivants :

  • « Document » lui-même pour la forme, le vu
  • « Information » pour le texte ou le contenu, le lu
  • « Média » pour la relation ou la transmission, le su

Maintenant regardons l'évolution de leur occurrence dans le corpus français des livres numérisés par Google, grâce à N-Gram (un rapide sondage aléatoire semble montrer que la très grande majorité des monographies comprenant ces mots sont des bulletins, des études et des revues). Voici le résultat pour les mots au pluriel (l'addition du singulier creuse encore la tendance, mais complique le graphique).

Ngram-documents-informations-medias.jpg

J'avais déjà noté la montée du terme « document » au 19e. Il est intéressant de constater que le terme « information » ne décolle vraiment qu'après la seconde guerre mondiale, tandis que celui de « média » ne démarre que dans les années 80.

Tout se passe comme si, selon cet indicateur, la prise en compte dans le langage écrit, ou leur révélation comme phénomène analysable, des trois dimensions s'était faite de façon progressive. La traduction de Pour comprendre les médias de McLuhan date de 1968, l'édition de La société du spectacle de Debord de 1967.

jeudi 23 juin 2011

Redocumentarisation et web documentaire

Pour conclure les trois semaines intensives du cours sur l'économie du document de la maîtrise en sciences de l'information de l'EBSI, voici un dernier module (M9) qui élargit la problématique en développant la notion de redocumentarisation et, cerise sur le gâteau grâce à l'amabilité du Collégium de Lyon, ci-dessous un petit film qui articule la théorie du document et son économie numérique contemporaine, présentée dans un module précédent (M7).

Pour aller plus loin :

Olivier Ertzscheid, L'homme est un document comme les autres : du World Wide Web au World Life Web, Hermès, no. 53 (2009): 33-40.

Roger T. Pédauque, Le document à la lumière du numérique, C&F éditions, 2006.

Roger T Pédauque, “Document : forme, signe et médium, les re-formulations du numérique” dans Le Document à la lumière du numérique (C & F éditions., 2006), English version, Versión española

Roger T. Pédauque, Document et modernités, dans Le Document à la lumière du numérique (C & F Éditions, 2006), .

Jean-Michel Salaün, Web et théorie du document. Utopie des ingénieurs et appétit des entrepreneurs. In 3ème Conférence "Document numérique et Société", sous la dir. de Evelyne Broudoux, Parina Hassanaly, Ghislaine Chartron. 15-16 novembre 2010, Aix en Provence. ADBS-Édition.

Il me reste à remercier les étudiants pour avoir parfaitement joué le jeu de l'intelligence collective (quelques 70 commentaires sur les billets du blogue et une participation intensive sur les forums et travaux internes) et Martin Bélanger, mon assistant sur ce cours, pour son aide discrète mais très efficace.

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