Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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vendredi 20 avril 2012

"Vu, lu, su" : lecture augmentée

Vu_lu_su-couverture.jpgA la veille d'un passage sur France Culture (PDLT) et quelques mois après la publication sous forme imprimée et numérique (ici) de son livre, un auteur peut entretenir l'espoir, ou l'illusion, avoir eu quelques lecteurs. Aussi il est temps de rappeler que ce blogue est aussi conçu comme une prolongation de leur lecture grâce au classement de ses billets en fonction des différentes parties et sous parties du livre.

L'enrichissement n'est pas négligeable, comme le montre le nombre de billets correspondant à chaque sous-partie dans la liste ci-dessous. L'ensemble des liens vers les billets reprenant les titres et sous-titres du livre est accessible ici.

Outre l'augmentation de la lecture et donc l'approfondissement des thèmes proposés, cette liste me renseigne, comme auteur, sur les thématiques qui ont le plus attiré mon attention dans l'actualité du web et celle de la recherche. Certains thèmes sont plus souvent évoqués que d'autres. Le champion est, de loin, Google avec 45 billets. Malgré son implication documentaire, je ne suis pas sûr qu'il mérite un traitement si disproportionné. Il faudrait sûrement que j'ouvre un peu plus mon éventail d'observation.

Cette liste me permettra à terme d'actualiser facilement le livre. Pour le moment, il me semble que le déroulé de l'histoire du web et de l'avancée des recherches ne contredit pas mon propos, bien au contraire, ce qui me rassure.

  • 0. INTRODUCTION - UNE APPROCHE DOCUMENTAIRE DU WEB 5 billets
  • 1. AU COMMENCEMENT - LA BIBLIOTHEQUE 2 billets
  • 11. AU COMMENCEMENT - LA BIBLIOTHEQUE ; L’affirmation d’un modèle 1 billet
  • 111. AU COMMENCEMENT - LA BIBLIOTHEQUE ; L’affirmation d’un modèle ; Un succès qui compte 3 billets
  • 112. AU COMMENCEMENT - LA BIBLIOTHEQUE ; L’affirmation d’un modèle ; Le partage 2 billets
  • 113. AU COMMENCEMENT - LA BIBLIOTHEQUE ; L’affirmation d’un modèle ; Le temps long 5 billets
  • 12. AU COMMENCEMENT - LA BIBLIOTHEQUE ; La valeur créée 1 billet
  • 121. AU COMMENCEMENT - LA BIBLIOTHEQUE ; La valeur créée ; Le retour sur investissement 5 billets
  • 122. AU COMMENCEMENT - LA BIBLIOTHEQUE ; La valeur créée ; La valeur ajoutée 6 billets
  • 123. AU COMMENCEMENT - LA BIBLIOTHEQUE ; La valeur créée ; Modèle bibliothéconomique 5 billets
  • 13. AU COMMENCEMENT - LA BIBLIOTHEQUE ; Externalisations numériques 4 billets
  • 131. AU COMMENCEMENT - LA BIBLIOTHEQUE ; Externalisations numériques ; Collections numériques 11 billets
  • 132. AU COMMENCEMENT - LA BIBLIOTHEQUE ; Externalisations numériques ; Recherche d’information 2 billets
  • 133. AU COMMENCEMENT - LA BIBLIOTHEQUE ; Externalisations numériques ; Adaptations ou éclatement 12 billets
  • 2. LES MUTATIONS DU DOCUMENT 1 billet
  • 21. LES MUTATIONS DU DOCUMENT ; Petite histoire du mot 3 billets
  • 211. LES MUTATIONS DU DOCUMENT ; Petite histoire du mot ; Un enregistrement 10 billets
  • 212. LES MUTATIONS DU DOCUMENT ; Petite histoire du mot ; Des documens du Moyen Âge… 6 billets
  • 213. LES MUTATIONS DU DOCUMENT ; Petite histoire du mot ; ... aux documents de la révolution scientifique 6 billets
  • 22. LES MUTATIONS DU DOCUMENT ; Petite histoire de la notion 2 billets
  • 221. LES MUTATIONS DU DOCUMENT ; Petite histoire de la notion ; Auteurs et Chercheurs 5 billets
  • 222. LES MUTATIONS DU DOCUMENT ; Petite histoire de la notion ; Bibliothécaires et documentalistes 4 billets
  • 223. LES MUTATIONS DU DOCUMENT ; Petite histoire de la notion ; Journalistes 2 billets
  • 224. LES MUTATIONS DU DOCUMENT ; Petite histoire de la notion ; Philosophes-historiens-sociologues 4 billets
  • 23. LES MUTATIONS DU DOCUMENT ; Les trois dimensions 6 billets
  • 231. LES MUTATIONS DU DOCUMENT ; Les trois dimensions ; Vu : forme 7 billets
  • 232. LES MUTATIONS DU DOCUMENT ; Les trois dimensions ; Lu : texte 2 billets
  • 233. LES MUTATIONS DU DOCUMENT ; Les trois dimensions ; Su : médium 2 billets
  • 234. LES MUTATIONS DU DOCUMENT ; Les trois dimensions ; Intégration 1 billet
  • 235. LES MUTATIONS DU DOCUMENT ; Les trois dimensions ; Définition du document 8 billets
  • 3. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES 2 billets
  • 31. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES ; Renouveau 1 billet
  • 311. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES ; Renouveau ; L’ordre documentaire 2 billets
  • 312. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES ; Renouveau ; Le document comme tête de réseau 1 billet
  • 313. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES ; Renouveau ; Le Web 4 billets
  • 314. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES ; Renouveau ; L’inversion du flux 8 billets
  • 315. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES ; Renouveau ; Les trois dimensions du Web sémantique 7 billets
  • 32. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES ; Le document au XXIe siècle 7 billets
  • 321. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES ; Le document au XXIe siècle ; Vu : des sites multiformes 5 billets
  • 322. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES ; Le document au XXIe siècle ; Lu : homothétie et néodocuments 3 billets
  • 323. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES ; Le document au XXIe siècle ; Su : la vérité est dans la trace 1 billet
  • 33. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES ; D’une modernité à l’autre 19 billets
  • 331. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES ; D’une modernité à l’autre ; Objectivité et réflexivité 8 billets
  • 332. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES ; D’une modernité à l’autre ; De la neutralité 14 billets
  • 333. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES ; D’une modernité à l’autre ; « Je » est un document 21 billets
  • 34. REINGENIERIES DOCUMENTAIRES ; D’une modernité à l’autre ; Économie de service 11 billets
  • 4. L’ECONOMIE DU DOCUMENT 1 billet
  • 41. L’ECONOMIE DU DOCUMENT ; Les trois modèles de valorisation du document 2 billets
  • 411. L’ECONOMIE DU DOCUMENT ; Les trois modèles de valorisation du document ; Vu : édition 18 billets
  • 412. L’ECONOMIE DU DOCUMENT ; Les trois modèles de valorisation du document ; Lu : Bibliothèque 8 billets
  • 413. L’ECONOMIE DU DOCUMENT ; Les trois modèles de valorisation du document ; Su : spectacle-dialogue 6 billets
  • 42. L’ECONOMIE DU DOCUMENT ; Articulation des modèles 2 billets
  • 421. L’ECONOMIE DU DOCUMENT ; Articulation des modèles ; La gestion de l’attention 25 billets
  • 422. L’ECONOMIE DU DOCUMENT ; Articulation des modèles ; Le Web entre flot et bibliothèque 23 billets
  • 423. L’ECONOMIE DU DOCUMENT ; Articulation des modèles ; Immédiateté et mémoire 14 billets
  • 424. L’ECONOMIE DU DOCUMENT ; Articulation des modèles ; Les cinq industries de la mémoire 16 billets
  • 43. L’ECONOMIE DU DOCUMENT ; L’économie du document 3 billets
  • 431. L’ECONOMIE DU DOCUMENT ; L’économie du document ; Le secteur culturel et créatif 2 billets
  • 432. L’ECONOMIE DU DOCUMENT ; L’économie du document ; Le secteur du document 8 billets
  • 433. L’ECONOMIE DU DOCUMENT ; L’économie du document ; Caractéristiques économiques du document 5 billets
  • 5. À LA RECHERCHE DU NEODOCUMENT 3 billets
  • 51. À LA RECHERCHE DU NEODOCUMENT ; Les paradoxes du néodocument 2 billets
  • 511. À LA RECHERCHE DU NEODOCUMENT ; Les paradoxes du néodocument ; Propriété et partage 18 billets
  • 512. À LA RECHERCHE DU NEODOCUMENT ; Les paradoxes du néodocument ; Lecture et calcul 4 billets
  • 513. À LA RECHERCHE DU NEODOCUMENT ; Les paradoxes du néodocument ; Conversation et traces 10 billets
  • 514. À LA RECHERCHE DU NEODOCUMENT ; Les paradoxes du néodocument ; Mémoire et oubli 5 billets
  • 52. À LA RECHERCHE DU NEODOCUMENT ; L’élaboration d’un modèle commercial 17 billets
  • 521. À LA RECHERCHE DU NEODOCUMENT ; L’élaboration d’un modèle commercial ; La stratégie de la forme : Apple 14 billets
  • 522. À LA RECHERCHE DU NEODOCUMENT ; L’élaboration d’un modèle commercial ; La stratégie du texte : Google 45 billets
  • 523. À LA RECHERCHE DU NEODOCUMENT ; L’élaboration d’un modèle commercial ; La stratégie du médium : Facebook 22 billets
  • 524. À LA RECHERCHE DU NEODOCUMENT ; L’élaboration d’un modèle commercial ; Intégration 18 billets
  • 6. CONCLUSION - ARCHITECTES ET ARCHITHEQUES 30 billets

Extrait du livre :

Gouvernance et données ouvertes

Le prochain séminaire en architecture de l'information se tiendra le vendredi 27 avril de 13h30 à 17h à l'IXXI à Lyon (plan) avec la présentation de deux intervenantes qui confronteront leur expérience de chercheuse et de terrain.

Open data : consensus déceptif ou levier de changement politique ?

Valérie Peugeot, chargée de recherche en prospective au sein du laboratoire de Sciences Humaines et Sociales d'Orange Labs.

L'open data est un phénomène encore récent et pourtant cet objet politique ne cesse d'étonner : rares sont les innovations institutionnelles à connaître un rythme d'adoption aussi rapide et à bénéficier d'un tel consensus sur l'échiquier politique mondial. L'analyse des intentions véhiculées par les promoteurs de l'open data permet de décrypter les racines intellectuelles et politiques de ce mouvement avant d'en évaluer les premiers effets réels, tels qu'observés au cours d'un terrain mené au Royaume-Uni en 2010-2011. Préalable indispensable au moment où l'open data déborde du champ de la stricte donnée publique pour aborder les territoires de la donnée d'entreprise et de la donnée personnelle, sur toile de fond de big data.

Rennes : Open data et collectivité locale

Bernadette Kessler, responsable du service Innovation Numérique à la ville de Rennes et à Rennes Métropole

Nous cherchons à Rennes à trouver des solutions qui permettent :

  • de garantir la pérennité des applications pratiques réalisées dans le cadre de l'open data,
  • de sensibiliser les habitants et les associations à l’intérêt de ce programme par la diffusion de visualisations des données (partage de la connaissance) et le lancement d'opération de croud sourcing,
  • de nous donner les moyens de faire de l'open data un levier d'animation du territoire,
  • de favoriser l'utilité sociale de l'open data et son rôle dans le développement du débat public.

Ce séminaire clos la saison 2011-2012. Nous testons pour la saison prochaine une autre forme de séminaire, plus proche du webinaire. A suivre donc.

jeudi 19 avril 2012

Instagram, pique et pique et colegram

Beaucoup d'observateurs se sont esbaudis ces derniers jours du prix payé par Facebook pour l'achat de Instagram (1 Milliards de $), se sont interrogés sur les subtilités stratégiques de cette acquisition ou encore se sont inquiétés des conséquences sur le service rendu aux usagers.

Mais plusieurs articles de la presse US qui éclairent les détails de cette transaction (NYT, WSJ, repérés par Le Monde) montrent aujourd'hui qu'il s'agit surtout d'un tour de passe-passe du Pdg de Facebook qui illustre jusqu'à la caricature la thèse présentée ici même dans un billet précédent sur le pouvoir absolu des ingénieurs managers (voir d'ailleurs dans le même temps une autre illustration chez Google Libé).

Instagram ne sera pas payée 1 Milliards de $

Sur la base d'un prix de 1 Mds, le rachat de la firme s'est fait pour 30% en cash et 70% en actions. Cela signifie qu'aujourd'hui dans ce deal personne ne peut dire combien vont toucher les propriétaires d'Instagram, mais Facebook, lui, ne paiera "que" 300 Millions de $.

La valeur finale du prix touché dépendra donc de la valeur des actions de Facebook qui doit entrer en bourse mi-mai. Il semble que le deal se soit construit sur une valorisation de 75 Mds, en dessous des prévisions actuelles des observateurs actuellement à 100 Mds. Il est donc possible que les vendeurs touchent plus que le milliard promis.

D'un autre côté, le cout payé par Facebook, 300 Millions, n'est pas une si mauvaise affaire puisqu'Instagram était valorisée juste avant l'opération à 500 Millions sur le second marché.

Ainsi les dirigeants des deux firmes touchent le jackpot, sur le dos des spéculateurs boursiers. Le vendeur en récupérant un joli pactole, l'acheteur en ajoutant au portefeuille de son entreprise des services complémentaires aux siens à un coût intéressant. Mieux en attirant l'attention sur Facebook à un moment propice, on favorise sa valorisation à venir. Ce qu'on appelle dans les affaires du win-win.

Les deux compères

Il est un peu vain alors, je crois, de tenter une analyse stratégique sophistiquée de cette histoire, qui ressemble plus à une combine qu'à un choix entrepreneurial.

L'opération, racontée par le WSJ, s'est réglée en un week end, dans un quasi tête à tête entre Mark Zuckerberg, 27 ans, et Kevin Systrom, 28 ans. Le premier détient 28% des actions de sa société, mais contrôle 57% des votes. Le second détient 45% des parts de la sienne. Tous les deux sont donc très directement intéressés, et n'ont pas besoin de l'aval de leurs investisseurs pour prendre des décisions. Du moins aujourd'hui.

Selon le WSJ, le pdg d'Instagram aurait demandé d'abord un prix de 2 Mds de $. Voilà l'argumentaire de la négociation selon le WSJ (trad JMS) :

On raconte que M. Zuckerberg, qui envisageait de payer principalement en actions, a demandé à M. Systrom ce qu'il pensait de la valeur de Facebook. S'il croyait qu'un jour Facebook vaudrait autant qu'une société comme Google, 200 Milliards ou plus, alors l'équivalent de 1% de Facebook serait suffisant pour atteindre son prix.

C'était un argument comme un autre, sachant que la façon traditionnelle d'évaluer une société, par son cash-flow ou la somme de ses parties, est sans fondement quand la société ne propose qu'un produit et le donne gratuitement.

Ce dernier paragraphe sonne curieusement dans un tel journal. Il montre à quel point la finance est fascinée par la croissance explosive en activité des médias sociaux. Croyant sans doute à un futur âge d'or de l'exploitation des données personnelles, elle a perdu tout esprit critique.

Drole de monde. En attendant, certains gamins astucieux savent profiter de la situation.

Bourre et bourre et ratatam...

lundi 16 avril 2012

"Quelles valeurs sont transmises aux étudiant-e-s de l'université de Montréal ?"

Personne n'en a, à ma connaissance, parlé en France, sauf Wikipédia, ni les médias traditionnels, ni la blogosphère, pourtant si prompte à s'enflammer. Les étudiants québécois sont en grève, depuis le 13 février dernier. C'est la plus longue grève étudiante de l'histoire du Québec. Le 22 mars dernier s'est tenue aussi à Montréal une des plus importantes manifestations, rassemblant près de 200.000 personnes.

Ils sont en grêve, car le Gouvernement du Québec a décidé une augmentation des droits de scolarité de 75%, étalée sur cinq ans. Les droits de scolarité sont actuellement les plus bas d'Amérique du nord, mais très nettement supérieurs à ceux payés en France (2 168 $CAN par année, soit environ 1650 €). Depuis aucune négociation n'a été ouverte.

Ces derniers jours, l'Université de Montréal s'est adressée aux tribunaux pour obtenir une injonction, interdisant le blocage des accès aux salles de cours et a indiqué aux étudiants que, je cite, "à compter du lundi 16 avril, les cours et les évaluations qui seront donnés, même devant un groupe partiel d’étudiants, ne seront pas repris ultérieurement."

Une telle déclaration unilatérale met les étudiants et aussi les professeurs dans une situation très difficile. A l'EBSI, par exemple, la grève est très suivie et les professeurs se trouvent devant un groupe très réduit d'étudiants. Un certain nombre de départements de l'UdeM ont voté des motions refusant cet ultimatum. L'assemblée départementale de l'EBSI se réunit mercredi sur cette question.

Dans ce contexte difficile, une lettre d'une étudiante m'a réjoui. Même si elle n'ouvre la porte à aucune solution, je me dis qu'il reste des raisons d'être optimiste et que mes collègues de l'EBSI ont bien de la chance d'avoir des étudiantes de ce calibre.

C'est ce Québec-là ouvert et responsable que j'ai appris à aimer.

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Montréal, le 16 avril 2012.

Monsieur Guy Breton, Recteur de l’Université de Montréal, Monsieur Gérard Boismenu, Doyen de la Faculté des arts et des sciences de l’UdM, Monsieur Clément Arsenault, Directeur de l’EBSI de l’UdM, Mesdames, messieurs mes 519 collègues étudiant-e-s de l’EBSI, membres de l ‘AEEEBSI,

OBJET : RETOUR EN COURS ? OUI... MAIS PAS N'IMPORTE COMMENT !



Depuis le début du mouvement étudiant, je suis CONTRE cette grève et je dénonce les heureusement rares manifestations de vandalismes qu’elle a entraînées. Cela ne m'empêche pas d'admirer la capacité de mobilisation et d’organisation estudiantine ni de penser que la hausse des frais de scolarité est trop drastique et le programme de bourses, famélique.



Je souhaite rapidement poursuivre et terminer mes cours de la session d'hiver 2012. Retourner en cours, d'accord, mais comment ?



Comme pour d’autres, la grève a des impacts sur ma vie personnelle, académique, professionnelle et financière. Elle crée une forte incertitude et un flou m'empêchant de planifier mes activités des prochaines semaines et prochains mois. Elle décale tous mes projets.



Cependant, malgré tout et avant tout, je suis POUR le respect des droits établis démocratiquement dans notre société, à quelque niveau que ce soit.



J’adhère totalement à la déclaration de la rubrique « Mot du recteur » de l’UdM, sur le site Internet du même nom : « nous sommes là pour rendre le monde qui nous entoure plus juste, plus équitable, plus agréable, plus durable ». Cet espoir de changer le monde est effectivement un pilier de l’université. C’est ce même idéalisme qui anime le mouvement étudiant. Ce même idéalisme qui permet la coexistence d’idées et d’opinions différentes dans un pays, une province, une université, une salle de cours. Mais la richesse de cette diversité est possible si les droits et les procédures démocratiques y sont respectés par tous. Or, face à certains glissements, je me sentirais bien lâche de garder le silence, de m’asseoir dans un auditoire et de continuer mes cours, sans penser plus loin que mes intérêts personnels.



Grâce à ma formation à l’Université de Montréal, j'espère, un jour, moi aussi contribuer à rendre notre monde plus juste, plus équitable et plus agréable, en travaillant dans une bibliothèque pour y jouer un rôle actif dans notre société, auprès des enfants, comme facilitatrice de l’accès à l'information, du développement d'un esprit critique et du respect de toutes les différences. Pour être cohérente avec ces aspirations, je me dois de m’inquiéter et de réagir quand les valeurs démocratiques me semblent gravement mises en péril dans un de mes environnements, en l’occurrence l’Université de Montréal.



Je veux reprendre les cours rapidement, mais pas n'importe comment. Je comprends que la direction de l'Université de Montréal soit face à un casse-tête hors du commun en termes de gestion, d’organisation et de budget à cause de la grève. Toutefois, les décisions de cette direction m’amènent à me poser de nombreuses questions. Pourquoi la direction de l’UdM ne profite-t-elle pas de cette situation exceptionnelle pour démontrer des pratiques exemplaires de négociation et de respect ? Pourquoi la direction de l’UdM n’incite pas le gouvernement à écouter les opinions de ses étudiant-e-s à travers tous ses représentant-e-s ? Pourquoi demander à nos professeurs d'enseigner peu importe le nombre d’étudiant-e-s et ainsi les priver de pouvoir évaluer si les conditions pédagogiques sont réunies pour livrer un cours à la hauteur de la qualité académique dont se réclame l’Université de Montréal ? Quelles valeurs sont donc ainsi transmises ces dernières semaines aux étudiant-e-s (qu’ils soient pour ou contre la grève) par la direction de leur université ?

Je trouve ce choix d'actions déplorable et profondément choquant de la part d'une institution d'enseignement. Les étudiant-e-s sont poussé-e-s non pas à dialoguer dans leurs espaces décisionnels prévus légalement à cet effet, à savoir les associations étudiantes réunies en assemblées générales. Au contraire, les étudiant-e-s sont poussé-e-s à l'affrontement sur le terrain, tout en étant menacé-e-s de sanctions, plutôt que d’être encouragé-e-s au respect des valeurs démocratiques. J'appréhende les dérapages que pourront causer de tels choix.

Le présent m’inquiète, mais tout autant l’avenir de toute cette cohorte de diplômé-e-s de l’EBSI dont je fais partie, futur-e-s bibliothécaires, archivistes, responsables de l’information numérique, spécialistes en sciences de l’information, directeurs et directrices, etc.



Comment continuerons-nous à collaborer dans nos cours comme étudiant-e-s placé-e-s en situation de confrontation par les mesures de la direction de l’UdM ? Comment continuerons-nous à former une communauté intellectuelle riche de sa diversité et de ses échanges ?

Comment, dans quelques semaines, quelques mois ou quelques années, vivrons-nous «l'après-grève» quand, ex-étudiant-e-s de l'EBSI, nous deviendrons collègues de travail, employé-e-s ou employeurs, membres d’un réseau, d’une association ou d'une même corporation professionnelle ?

Quelles séquelles vont rester si les étudiant-e-s sont obligé-e-s de s'opposer les uns aux autres parce que les autorités universitaires et gouvernementales ne prennent pas le temps d'ouvrir une réelle porte pour un dialogue avec les associations étudiantes SUR le sujet de litige ?



Démocratiquement et respectueusement, j'ai eu l'occasion à plusieurs reprises de me prononcer pour ou contre la grève lors d'assemblées générales de mon association. J'ai constaté que les étudiant-e-s de l'EBSI partagent ces valeurs de démocratie et de respect. Comment puis-je voter dans cette instance démocratique et ensuite renier le processus de vote en assemblée auquel tous pouvaient librement participer, en assistant aux cours et en brisant la grève ?



Je suis solidaire avec mes collègues étudiant-e-s à l’EBSI, quelle que soit leur opinion par rapport à la grève. Je suis pour un rattrapage équitable et de qualité des cours de la session d’hiver 2012, pour tous les étudiant-e-s concerné-e-s lorsque la fin de la grève sera votée démocratiquement en assemblée générale.

Comme étudiante, mon seul pouvoir dans la complexe structure du monde universitaire est de m'exprimer et de voter au sein de l’association étudiante qui me représente. Si la direction de l’Université de Montréal me signifie que les décisions qui y sont prises ne sont pas valables, que dois-je en déduire ? Que je ne dois pas respecter les décisions prises démocratiquement si je suis en désaccord avec le vote de la majorité ? Quand la démocratie est ainsi ébranlée, la porte s’ouvre à la barbarie.

Avec tout mon respect démocratique,



Ariane Bertouille Étudiante à la maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l’information à l’EBSI de l’UdM

A quoi pense-t-il/elle ? (affiche master)

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