Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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jeudi 12 avril 2012

Edition et fin de parenthèse Gutenberg

Voici donc une seconde initiative (après celle-là) qui me rend optimiste. On commence enfin à penser une économie du document renouvelée transformant radicalement les anciennes pratiques, sans vouloir faire du web une nouvelle économie.

François Bon a une âme de pionnier et il a mis en place une belle coopérative d'édition numérique, Publie.net. Jusqu'ici il s'agissait d'une expérimentation pleine d'enseignements pour la littérature et la diffusion sur support numérique, soutenue par l'énergie de son promoteur et le tissu de sympathie qu'il avait su bâtir. Sa portée restait limitée du fait d'une économie structurellement précaire.

Aujourd'hui, FB, retrouvant le papier en ouvrant son activité à l'impression à la demande, referme paradoxalement à son tour la parenthèse Gutenberg, mais cette fois pour le métier d'éditeur. Comme à son habitude, il ne fait pas les choses à moitié. L'articulation économique, juridique et technique, entre le fichier numérique, considéré comme la matrice, et l'exemplaire imprimé, considéré lui comme un produit dérivé, est cohérente. Le rôle des libraires et celui des bibliothèques sont intégrés au modèle. Tous les détails sont à lire ici. C'est encore un chantier et bien des points doivent être précisés, mais la direction est clairement exposée.

Je ne sais si son intiative rencontrera le succès et améliorera son bilan financier, je lui souhaite évidemment. Mais c'est pour moi une des toutes premières initiatives sérieuses, y compris dans sa dimension économique, ouvrant la voie à un vrai modèle éditorial renouvelé, celui du 21e siècle. Et je suis persuadé qu'elle sera observée de près par bien du monde.

mardi 10 avril 2012

Singulière "data"

Il est parfois des lectures intrigantes et stimulantes. Data is a singular noun est une de celles à marquer d'un tag blanc. Norman Gray, un astronome de l'université de Glasgow, nous propose une balade dans l'histoire du mot data, en anglais. En chemin, il nous fait découvrir des perspectives inattendues qui, de plus, devrait nous interroger, nous Français, sur des malentendus inconscients dus à une traduction impossible.

En résumé l'auteur démontre que le mot data, s'est paradoxalement imposé en anglais comme un nom au singulier et non au pluriel, comme pourrait le laisser croire une traduction littérale du latin. Il s'apparente à l'hypothèse d'un problème d'algèbre : "étant donnée telle situation, démontrer que...". L'usage du mot latin singulier datum a pratiquement disparu en anglais au 19e siècle (au même moment que documens en français, tiens, tiens..). Et c'est dans les années 60 que l'ambiguïté entre le singulier et le pluriel de data s'estompe. Extrait de la conclusion (trad JMS) :

Le mot duquel "data" est prétendument le pluriel a tout simplement disparu. Cela veut dire deux choses. Tout d'abord, il a créé un espace linguistique dans lequel "data" a sa place, il n'y a pas d'ambiguïté à utiliser "data" comme un mot au singulier. Ensuite et principalement, si "datum" a effectivement disparu, cela signifie que "data" ne peut être simplement son pluriel. Privé d'ancrage, il s'est éloigné de ce simple sens dérivé pour un sens en soi distinct et indépendant. Il a alors construit des règles d'usage pour lui-même, sans être entravé par son passé latin.

Data ne signifie plus juste une (foutu) datum après une autre. "Data" au vingtième siècle renvoie à une masse d'informations brutes (mass of raw information), que nous mesurons plutôt que nous comptons, et c'est aussi vrai maintenant que cela l'était au moment où le mot a fait ses débuts, en 1646. Cette acception universelle de data comme mesurable plutôt que comptable met sans ambiguïté le mot dans la même catégorie grammaticale que le "charbon", le "blé" ou le "minerai", qui est celle des noms de masse ou d'agrégat. Comme tel, il est toujours et inévitablement grammaticalement singulier. Nous ne saurions demander : ‘how many wheat do you have?’ (Quel nombre de blé avez-vous ?) ou dire ‘the ore are in the train’ (le minerai sont dans le train) si nous voulons être perçu comme des locuteurs anglais compétents. De la même manière et dans la même mesure, nous ne pouvons demander ‘how many data do you have?’ (quel nombre de data avez-vous ?) ou dire ‘the data are in the file’ (la data sont dans le fichier) sans faire une erreur grammaticale.

Beaucoup de choses à méditer, suite à cette découverte pour moi, par exemple :

  • la confusion entre mesurer et compter explique peut être bien des malentendus sur la mesure de l'information sur le web (p ex ici),
  • En français, nous ne faisons pas une différence aussi nette entre les deux verbes (combien traduit aussi bien how many que how much) et la traduction obligatoire du singulier anglais data par le pluriel français données (ajouté au fait qu'en anglais l'article the est invariable), réintroduit la confusion qui s'était effacée et est sans doute la source d'autres malentendus,
  • le Web of data, Web de données, raisonne sur des données discrètes et joue sur l'ambiguïté sans le dire. D'une certaine façon, l'anglais réintroduit en contrebande le sémantique qui n'apparaît pas dans le français alors qu'à l'inverse le français l'avait inclus dans informatique, contrairement à l'anglais computing...
  • Pour les promoteurs du Web de données, ces dernières jouent peut-être, inconsciemment ou non, le même rôle que les hypothèses dans un problème d'algèbre, et se rapportent à une certaine conception du monde qu'il faudrait peut-être mieux décrypter avant qu'elle nous envahisse.

Dossier : Architecture de l'information, architecture des connaissances

Annie Feyfant du service Veille et analyse de l'Institut français d'éducation a réalisé un Dossier d'actualité sur l'Architecture de l'information. Vous pouvez faire part de vos remarques sur ce dossier sur le billet de blog associé.

lundi 02 avril 2012

Un master en architecture de l'information et un colloque international à l'ENS de Lyon

Suite à l'expertise positive du ministère, l'ENS de Lyon envisage l'ouverture d'un nouveau master en architecture de l'information dès la rentrée prochaine 2012 (sous réserve de l'approbation du CNESER). Il existe une première page succinte d'information sur le site de l'ENS. Le site officiel du master est en construction, il ouvrira d'ici le mois de mai, démarrage des inscriptions.

Le cursus comprend un tronc commun de six UE :

  1. Introduction à l’architecture de l’information.
  2. Organisation des ressources et accès structuré aux ressources.
  3. Approche utilisateur et design Web.
  4. Langages et structure du web.
  5. Conduite de projet.
  6. Enquêtes, statistiques et modélisation.

Il comprend aussi quatre domaines d'application : Education et TICE, Patrimoine et création, Entreprise et institution et Humanités numériques, de quatre UEs chacun, soit seize UEs parmi lesquels l'étudiant devra en choisir cinq. Il comprend aussi, bien entendu, un stage de quatre mois et un mémoire.

Tout est fait pour que la deuxième année du master puisse être suivie à distance.

Le master est réalisé en partenariat avec l'Université Claude Bernard de Lyon 1, l'Ecole d'art et design de St Etienne, l'Enssib et l'Ebsi de l'Université de Montréal. Des procédures sont lancées avec les deux premiers en vue d'une cohabilitation.

Pour le Colloque international, ce sera dans un prochain billet. Retenez les dates : 19-20 novembre 2012.

mercredi 28 mars 2012

Architecture de l'information pour les SHS

Le prochain séminaire en architecture de l'information se tiendra le vendredi 6 avril de 13h30 à 17h à l'IXXI à Lyon (plan) avec la présentation de deux intervenants disposant d'une expérience forte dans le montage de services sur le Web pour la recherche en SHS.

Culture Visuelle, paradoxes d'une expérimentation en digital humanities

André Gunthert, maître de conférences à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), il dirige le Laboratoire d'histoire visuelle contemporaine (Lhivic)

La plate-forme de blogs Culture Visuelle a été créée en 2010, pour mettre à disposition des chercheurs un outil spécialisé dans la gestion de contenus multimédia. Deux ans plus tard, les principaux résultats de cette expérience montrent que les ressources du dispositif, largement sous-employées, ne sont d'aucune utilité en dehors d'un contexte de recherche et d'une communauté fortement soudée. Se heurtant à d'importantes résistances académiques, l'usage scientifique élaboré des outils numériques conserve un caractère d'exception.

Labos digitaux - exposer les données de la recherche

Sophie Pène, directrice de la recherche à l'Ecole nationale supérieure de création industrielle

Deux expériences de création et d'animation rédactionnelle ( 2006, à l'université Paris Descartes, la plateforme René Des Blogs, devenue les Carnets.2, avec10 000 comptes - 2009, sur Hypothèses.org, un blog de recherche, Paris Design Lab) sont le matériau proposé pour une réflexion sur les blogs SHS. Cette fraîche littérature grise est à coup sûr une remarquable activité discursive, qui transforme nos façons de faire de la recherche. Se pose la question de l'architecture de ces “big data”, la cité savante devenant une cité informationnelle, et se devant d'aménager sa visibilité pour un large public. Comment nos communautés SHS pourront-elles aborder le difficile chantier de la visusalisation de données, et passer ainsi d'une communication sur le quotidien de la recherche à une véritable exposition de recherche, comprenant les médias sociaux généraux et dédiés, le curating scientifique et politique ? Un travail en cours avec l'artiste Pierre Giner, pour le Labex Création Arts et Patrimoine, servira d'étude de cas, quant aux liens entre événements de recherche (colloque, conversations), rédaction de carnet et , véritablement, exposition, dans des lieux numériques qui sont aujourd'hui nos véritables laboratoires.

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