Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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vendredi 02 mai 2008

Éco-doc : révision séquence 7

Poursuite des réflexions sur le cours sur l'économie du document, prévu à l'automne à distance (Plan et explications ici), avec la septième séquence.

Il s'agit de la seconde illustration du modèle de l'accès, le Web-média après la présentation du modèle bibliothéconomique de la séquence précédente (ici). Le principe est toujours, comme pour les deux séquences précédentes, une alternance entre un cours classique et un dossier présenté par un groupe d'étudiants.

Cette illustration suscite beaucoup la curiosité des étudiants puisque le modèle est en construction. Ses contours et sa logique restent parfois imprécis, néanmoins ils s'affirment avec le temps qui passe, la maturation des marchés et la banalisation des pratiques. Plus encore que précédemment, cette séquence défend une thèse qui avait été introduite dans la séquence 3 () : celle de la naissance progressive d'un nouveau média fondé sur l'accès et dont les caractéristiques sont à rapprocher de deux modèles bien assis qui ont été maintenant présentés et illustrés : la radio-télévision d'un côté par le réseau de diffusion électronique et la bibliothèque de l'autre par l'orientation service.

Pour défendre cette thèse, il s'agit d'abord de délimiter l'objet dont on parle. Le Web-média ne comprend pas toute l'activité du Web, mais seulement l'activité qui relève d'une économie documentaire. Ceci exclue, par exemple, ce que l'on met habituellement sous le vocable e-commerce (transactions commerciales entre particuliers, vente d'objets ou de services non documentaires, agences de voyage, banques, etc.). Cela exclue aussi ce qui relève d'une communication de personne à personne (courriel, tchat, etc.). Bien entendu, il est difficile de tracer une frontière trop précise entre ces mondes. Néanmoins si l'on est cohérent avec les éléments présentés dans la séquence 1 (ici), il faut admettre que l'activité documentaire relève d'une économie particulière radicalement différente de l'économie ordinaire des autres activités.

Une fois les contours du Web-média dessinés, je m'attacherai à en présenter quelques caractéristiques empruntées aux deux modèles cités en soulignant leurs aspects paradoxaux. Dans l'énumération qui suit des économies ou des valeurs construites, le premier terme est issu du modèle de la radio-TV, tandis que le second est issu de celui de la bibliothèque. Ils sont souvent contradictoires et pourtant ils cohabitent pour bâtir un Web-média d'un genre nouveau. Dans le Web-média, on retrouve en effet à la fois l'économie.. : de l'actualité et de la mémoire ; de la notoriété et du partage, de l'attention et du choix.

Mais cette parenté avec les deux modèles précédents est bâtie sur un ordre documentaire tout à fait différent, d'une efficacité sans pareille et inédit dans l'histoire : le calcul statistique des relations entre les items, items documentaires ou individus. Par comparaison, l'ordre documentaire de la télévision est fondé sur la coïncidence temporelle entre les programmes présentés et la disponibilité des téléspectateurs, concrétisé par la grille de programme ; celui de la bibliothèque est bâti sur le catalogue et l'enregistrement du lecteur.

Je conclurai cette présentation par quelques histoires d'acteurs exemplaires et montrant comment ils se sont installés brutalement en bousculant l'équilibre médiatique précédent : Google évidemment, Elsevier, Wikipédia et quelques questions sur les réseaux sociaux et sur les différences de culture.

Même si les analyses ne sont pas toujours complètement assurées, il ne manque pas de travaux, académiques ou de consultants, sur ces questions. Bien sûr, leur propos ne recoupent pas exactement la thèse précédente, mais ce blogue montre, semaine après semaine, qu'ils peuvent très largement l'inspirer et l'illustrer. Je n'ai donc pas de gros problème pour cette séquence qui s'alimente très directement du blogue.

Un ou deux dossiers d'étudiants, réalisés selon les modalités décrites en séquence 2 (ici) ont été remis par un ou deux groupes d'étudiants. Ils sont mis en ligne sur le site de partage du cours. Ils concernent des problématiques d'actualité permettant d'aborder la mise en place progressive du Web-média. Un débat en ligne est lancé à partir d'une ou deux questions proposées par le professeur sur chacun de ces dossiers. C'est à la suite de ce processus que chaque groupe pourra réaliser le billet à publier sur le blogue.


Séquence 7 : Économie de l'accès : 2. le Web-média

Objectif général

À la fin de la séquence l'étudiant(e) devrait connaitre :

  1. La définition du Web-média.
  2. Les principales caractéristiques de son économie.
  3. Quelques acteurs exemplaires.

Objectif spécifique

À la fin de la séquence l'étudiant(e) devrait être capable de :

  1. Repérer la signification des stratégies en cours sur le Web documentaire.
  2. Interpréter les débats sur le développement des aspects documentaires du Web.

Contenu de la séquence (base à réviser)

  • Où commence et où s'arrête le Web-média
    • Faire la différence avec le e-commerce
    • Un service de diffusion et d'accès documentaire
  • Entre radio-télévision et bibliothèque
    • Temporalité (actualité et mémoire)
    • Valeur (notoriété et partage)
    • Relation (attention et choix)
  • Un ordre documentaire fondé sur le calcul statistique
  • Accélérations
    • Comment Google s'est imposé sur la publicité en ligne
    • Comment Elsevier a confisqué les collections aux bibliothèques
    • Comment Wikipédia peut concentrer le trafic avec 16 salariés
    • Comment les «réseaux sociaux» se déclinent suivant les cultures

Évaluation

L'évaluation de cette séquence est différente selon les étudiants. Les auteurs du dossier sont évalués sur celui-ci. Les autres sur leur participation au débat en ligne.

Bibliographie (à venir)

mercredi 30 avril 2008

Glocalisation publicitaire

Didier Durand, qui décortique billet après billet le dernier rapport de Morgan Stanley, soulève une intéressante question :

Statistiques publicitaires nationales: troublées - faussées ? - par Google & Yahoo, D. Durand, Média & Tech, 30 avril 2008. ici

Internet Trends, Mary Meker, David Joseph, Anant Thaker, Morgan Stanley, 18 mars 2008, Pdf

Il fait remarquer en effet qu'une part importante des recettes publicitaires internationales des grands joueurs du Web revient aux États-Unis. Ainsi, la mesure nationale des marchés publicitaires pour le Web ou son interprétation serait incertaine. Nous en avons eu un exemple très récent avec l'interprétation des mesures de Comscore sur les clics de Google (voir les actualisations de ce billet).

Le paradoxe est d'autant plus fort que ce marché là est porté par de nombreuses micro-transactions, sur des commerces plutôt géographiquement situés. Le Web-média est donc «glocalisé». Mais cette glocalisation a quelques limites. La difficulté pour Yahoo!, comme pour Google à prendre pied sur le marché chinois en est un exemple. Les chiffres ci-dessous, tirés du rapport de Morgan Stanley, montrent clairement où se trouvent les réserves de croissance les plus fortes : là où les grands californiens ne sont pas implantés.

vendredi 25 avril 2008

Éco-doc : révision séquence 6

Poursuite des réflexions sur le cours sur l'économie du document, prévu à l'automne à distance (Plan et explications ici), avec la sixième séquence.

Comme pour la séquence précédente l'objectif est d'approfondir les modèles industriels présentés dans la Séquence 3 (ici). Après les modèles de diffusion, les modèles d'accès sont évoqués, toujours avec une alternance entre un cours classique et un dossier présenté par un groupe d'étudiants.

Cette cinquième séquence est peut-être trop longue dans sa version prévue initialement. En effet cette thématique concerne le plus directement les étudiants, puisque l'on aborde d'abord l'économie de la bibliothèque et son évolution, puis celle du Web-média. Les deux modèles préoccupent à juste titre frontalement les étudiants en sciences de l'information et il est sans doute préférable de bâtir deux séquences séparées plutôt qu'une seule : une sur le modèle bibliothéconomique et une autre sur le modèle du Web-média. Je ne parlerai donc dans ce billet que de la première des deux.

Contrairement à l'économie du livre ou de la télévision, présentées dans la séquence précédente, il n'existe que peu de travaux et de données, de plus pour ceux que je connais pas toujours très convaincants, sur l'économie des bibliothèques. Aussi cette séquence s'appuie principalement sur mes propres analyses.

La logique des modèles de l'accès, contrairement à celle des modèles de la diffusion, est basée sur le service, c'est donc du côté de l'économie des services que l'on trouvera les outils les plus appropriés pour leur analyse. Le principe de ce cours est d'étudier l'économie de la bibliothèque comme celle d'une entreprise de services. L'idée est de montrer que la bibliothèque est un système de médiation entre deux mondes, celui du document dans lequel est colligé un savoir et celui du lecteur qui cherche à s'enrichir d'un savoir supplémentaire en vue d'améliorer sa situation. Cette médiation peut s'analyser à plusieurs échelles, micro, méso ou macro. On en trouvera une esquisse très succincte dans l'article suivant (deux premières pages) :

Salaün, Jean-Michel. 2008. Le défi du numérique : redonner sa place à la fonction documentaire. Documentaliste-Sciences de l'information, no 1 : 36-39. ici

Comme le suggère le même article, le numérique déplace les fonctions de la bibliothèque. Ce déplacement est alors examiné dans la seconde partie du cours.

Ici encore, la difficulté principale n'est pas pour moi le contenu général du cours, puisque je l'ai bâti sur mes propres travaux. Mais il faut avouer que les chiffres disponibles sur l'économie des bibliothèques ne sont pas légion, et quand ils existent ne sont pas toujours très rigoureux ou simples à interpréter. On dispose surtout de statistiques sur les collections et la fréquentation. Du côté du budget, suite à la crise des périodiques, les statistiques sur les acquisitions se sont affinées. On connait aussi parfois les subventionnements des bibliothèques. OCLC propose quelques indicateurs globaux, discutables mais qui méritent d'exister. La carence n'est pas difficile à comprendre. Les bibliothèques, au moins jusqu'à une période très récente, étaient perçues comme en marge de l'économie. La perception, au moins en Amérique du nord, se transforme radicalement ces dernières années, pour autant on ne dispose pas plus d'indicateurs très convaincants.

Un ou deux dossiers d'étudiants, réalisés selon les modalités décrites en séquence 2 (ici) ont été remis par un ou deux groupes d'étudiants. Ils sont mis en ligne sur le site de partage du cours. Ils concernent des problématiques d'actualité permettant d'aborder l'ébranlement par le numérique du modèle de la bibliothèque. Un débat en ligne est lancé à partir d'une ou deux questions proposées par le professeur sur chacun de ces dossiers. C'est à la suite de ce processus que chaque groupe pourra réaliser le billet à publier sur le blogue.


Séquence 6 : Économie de l'accès : 1. la bibliothèque

Objectif général

À la fin de la séquence l'étudiant(e) devrait connaitre :

  1. Les principales caractéristiques de l'économie de la bibliothèque.
  2. Les problématiques de l'économie des services appliquées à la bibliothèque.
  3. Les conséquences du numérique sur les fonctions et le positionnement de la bibliothèque.

Objectif spécifique

À la fin de la séquence l'étudiant(e) devrait être capable de :

  1. Repérer pour une bibliothèque particulière les différents éléments présentés.
  2. Interpréter les réponses proposées par la bibliothèque aux changements induits par le numérique.

Contenu de la séquence (base à réviser)

  • Positionnement des modèles de l'accès (rappel)
  • La bibliothèque comme entreprise de services
    • Au service des lecteurs (back-office, servuction)
    • Au service d'une collectivité (marché du document, organisation de l'action)
    • Au service de l'intérêt général (marchandise, bien public)
  • Décadrages
    • Évolution des fonctions
    • Marchandisation de l'activité
    • Repositionnement

Évaluation

L'évaluation de cette séquence est différente selon les étudiants. Les auteurs du dossier sont évalués sur celui-ci. Les autres sur leur participation au débat en ligne.

Bibliographie (à venir)

Le contenu n'est (décidément) pas le roi

Dans un article célèbre A. Odlyzko a montré que les industries du contenant ont toujours dans l'histoire présidé à celles du contenu.

Odlyzko Andrew, Content is Not King, First Monday, volume 6, number 2 (February 2001), ici

Mathématicien et économiste chez Bell, A. Odlyzko reflétait sans doute aussi le point de vue de son employeur. Mais l'actualité de cette fin de premier trimestre 2008 lui donne une nouvelle fois raison de façon spectaculaire, et on peut penser que nous sommes à la veille d'une révision radicale des modalités de financement d'une industrie du contenu, dont le rempart du droit d'auteur paraît aujourd'hui dérisoire et décalé par rapport au quotidien du fonctionnement des réseaux numériques.

D'un côté les industries de l'accès, financées par une publicité renouvelée, tiennent le haut du pavé (voir Google ici). Ironie de l'histoire, les plus anciennes industries du contenu profitent de la situation pour développer des services qui ignorent la rémunération des sources (Elsevier ou encore, plus anecdotique mais symbolique, Bertelsmann ). Mais celles de la musique, ou de la presse quotidienne prise en ciseau (voir ), souffrent.

De l'autre, un autre champion aux États-Unis de ce premier trimestre pourtant bien morose pour la bourse est Apple (voir sur La Tribune ici, communiqué de la firme ). La rentabilité de la Pomme repose essentiellement sur la vente de matériel. Mieux, son magasin de musique, iTunes est une réussite extraordinaire dans ses moments de dépression pour l'industrie musicale. Il est devenu le premier magasin aux US et son chiffre d'affaires égalera bientôt celui de la Warner Music. Pourtant, il a une rentabilité bien moindre que la vente de matériel pour Apple.. sans doute parce qu'il faut ici partager les recettes avec des ayant-droits. De fait, iTunes permet surtout de vendre des iPods, dont le succès par effet de halo ou par des produits-joints participe à la vente des autres matériels. Sur la stratégie du iPod, voir :

How Apple Is Preparing for an iPod Slump, Saul Hansell, Bits, New-York Times, 23 avril 2008. ici

Alors que faut-il en penser ? Tout d'abord que A. Odlyzko avait raison quand il concluait son article en disant (trad JMS) :

Le contenu n'a jamais été le roi, il n'est pas le roi aujourd'hui, et il est peu probable qu'il le soit un jour. L'internet s'est très bien débrouillé sans contenu, et peut continuer à prospérer sans lui. Le contenu aura une place sur l'internet, peut-être une place substantielle. Cependant cette place restera probablement subordonnée à celle du monde des affaires et des communications interpersonnelles.

Ensuite, qu'il serait important pour le domaine documentaire de faire la différence entre :

  • un processus de constitution d'un Web-média, pour lequel il faudra tôt ou tard trouver un moyen de rétribuer les producteurs de contenus, même si ces derniers y ont une place moindre que dans les modèles de diffusion traditionnels du fait de l'exploitation des archives et des écritures spontanées.
  • un processus de redocumentarisation, beaucoup plus large qui déstabilise notre rapport ancien aux documents, à la preuve et aux savoirs. Dans ce processus, la rétribution du contenu n'est pas vraiment la question essentielle. Mais les industries du contenant sont au coeur.

jeudi 24 avril 2008

Les paradoxes du Wikipapier

Tout le monde a annoncé la prochaine édition sur papier en Allemagne par Bertelsmann d'une version de Wikipédia et nombreux sont les commentateurs à faire la comparaison avec Quid qui, inversement, vient d'abandonner son tirage papier (p ex ici parmi bien d'autres).

En réalité cette décision est instructive pour les thématiques développées sur ce blogue, mais pas forcément en suivant les propos des commentaires lus ici et là. Voici rapidement trois réflexions en forme de paradoxe :

  • Crédibilité.La reprise par un grand éditeur du travail de l'encyclopédie en ligne, du moins dans sa version allemande, est une victoire des Wikipédiens qui montrent ainsi leur crédibilité reconnue par les vestales de la distribution du savoir traditionnel. Mais inversement, c'est aussi une victoire pour le codex qui montre ainsi qu'il reste le meilleur garant de la stabilité des savoirs.
  • Rémunération du contenu. La comparaison avec le Quid montre sans doute l'efficacité sans pareil du modèle Wikipédien pour construire une encyclopédie. Inversement, elle peut inquiéter sérieusement sur les modalités d'une économie du contenu, puisque contrairement à la première qui rémunère ses auteurs, le principe même de la seconde est le partage bénévole.
  • Coûts de structure. L'annonce de la grande «générosité» de Bertelsmann qui rétrocédera 1% à la fondation Wikimédia des 19,95 Euros du prix de vente peut être interprétée comme un différentiel de capacité de négociation des deux contractants. Elle montre surtout à la fois la très faible importance des coûts de structure de l'encyclopédie en ligne qui n'a besoin que de très peu de moyens pour tourner dans sa forme actuelle (qui de plus ne dispose d'aucune équipe, ni tradition pour négocier) et inversement l'importance de ceux de l'éditeur, qui devra sans doute effectuer un lourd travail éditorial (et dont par ailleurs la négociation est le quotidien).

Actu du même jour

Quelques précisions dans le NYT :

A Slice of German Wikipedia to Be Captured on Paper, NOAM COHEN, New-York Times, April 23, 2008. ici

Complément du 5 septembre 2008

Voir aussi :

Hervé Le Crosnier, “Abondance d'auteurs et concentration des vecteurs ,” davduf|net, juillet 23, 2008, ici.

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