Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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jeudi 14 février 2008

XML 10 ans.. d'une révolution documentaire

Le consortium W3C fête les 10 ans de XML. L'anniversaire mérite d'être souligné tant le format s'est répandu et a révolutionné l'organisation du Web en favorisant flexibilité et interopérabilité entre les objets documentaires. Je cite le communiqué du W3C :

« Aujourd’hui, tous les ordinateurs du monde, qu’il s’agisse de postes de travail, de portables ou de stations de centre de données, traitent forcément du XML à un moment ou à un autre » déclare Tim Bray de Sun Microsystems. « Cela montre bien que les informations peuvent être regroupées, transmises et utilisées indépendamment des types d’ordinateurs ou de logiciels exploités. XML ne sera sans doute pas le seul vecteur neutre d’informations, mais ce fut le premier et à ce titre, il remplit bien sa mission. »

En fait, il est quasiment impossible de passer une journée sans avoir recours à une technologie qui repose, d’une manière ou d’une autre, sur XML. Quand vous faites le plein de votre voiture, XML passe souvent de la pompe à la station service. Quand vous configurez votre appareil photo numérique, vous utilisez des contrôles graphiques qui reposent sur XML. Lorsque vous le connectez à un ordinateur, cet appareil photo et le système d’exploitation communiquent en XML. Quand vous téléchargez de la musique numérique, le logiciel que vous utilisez pour l’organiser stocke les informations sur les chansons au format XML. Et quand vous explorez la planète Mars, XML vous accompagne ;

W3C XML fête ses 10 ans ! La communauté internationale est invitée à célébrer XML, Communiqué du 12 février 2008 ici

XML est un peu au document numérique ce que la page est au document papier : une forme standardisée et implicitement acceptée par l'ensemble de la société d'un contenu. Ainsi en faisant ce grand pas, XML a aussi transformé notre conception du rapport fond/forme des documents, sans qu'on y prenne vraiment garde. Voici ce que Roger en disait, il y a trois ans :

Les techniques documentaires fondées sur XML objectivent et réifient la tradition du document papier. Il est d’usage de considérer qu’un document structuré en XML recèle le fond – l’équivalent du manuscrit avant sa mise en forme typographique –, et que sa publication à travers par exemple des feuilles de style en est la forme. Mais les différentes représentations possibles d’un document en XML renvoient à des grammatisations différentes. Selon qu’elle adopte le formalisme des DTDs (Définition de Type de Document), des Schémas, ou bien encore des représentations logiques du Web sémantique, la codification XML renvoie à autant de considérations distinctes sur le contenu. (p.7-8)

Roger T Pédauque, “Le texte en jeu Permanence et transformations du document,” Avril 7, 2005, ici.

Ce n'est pas vraiment mon domaine de spécialités, mais, sauf erreur de ma part, je crois que les pistes lancées dans ce texte n'ont pas été suivies. Il est vrai que le style de Roger y est un peu abscons. Pourtant, il touche des questions essentielles et oubliées que cet anniversaire me donne l'occasion de rappeler.

Actu du 3 mars 2008 Gauthier Poupeau s'est depuis prêté au jeu, dans un long billet très critique de celui-là : Du Web sémantique au web de données, 2ème partie : retour sur un des articles de Roger T. Pédauque (ici)

mardi 12 février 2008

Google est un média

Je confirme une affirmation déjà souvent proclamée ici avec un argument financier. Juste en comparant quelques chiffres des comptes de Google des années 2005, 2006, 2007, on peut voir se construire petit à petit, en effet, l'économie d'un média autonome.

Je passe sur la croissance globale, impressionnante, même si la bourse en réclame toujours plus. Mais deux séries de chiffres sont très significatives :

  • La troisième ligne. La publicité fait toujours la quasi-totalité du revenu de la firme et il est peu probable que cela change maintenant. Les analystes qui comparent Microsoft et Google, comparent en réalité des firmes qui sont sur des marchés séparés, même si la seconde voudrait bien profiter de celui de la première. Autrement dit, Microsoft cherche à se diversifier, mais Google cherche, lui, à consolider sa position dominante de média.
  • La première ligne. On voit très clairement le centrage progressif sur l'activité interne, qui passe de 55 à 64%. Ainsi l'hyperactivité de Google ne doit pas faire illusion, elle est centripète. Le mariage de Adwords et du moteur est le coeur de l'activité. Le premier revend l'attention construite par le second. L'un et l'autre fonctionnent sur le même modèle : un calcul statistique entre les mots et les hits.

Sources informations financières de Google : Google Announces Fourth Quarter And Fiscal Year 2006 Results (ici) ; Google Announces Fourth Quarter And Fiscal Year 2007 Results ()

vendredi 08 février 2008

Éco-doc : révision séquence 4

Voici donc la suite des réflexions sur le cours sur l'économie du document, prévu à l'automne à distance (Plan et explications ici).

Cette séquence sur «Diversité et mondialisation» vise à souligner les différences de l'économie de la publication selon les parties du monde, aires politiques, culturelles et linguistiques et leurs inter-relations. La tendance naturelle des étudiants est en effet, de considérer la situation de leur pays comme universelle, tout particulièrement dans les deux cultures qui ont cette prétention : américaine et française. Il convient donc de relativiser, sans pour autant sousestimer les logiques transnationales qui influent sur l'évolution globale.

Cette séquence est pour moi plus délicate, peut-être la plus difficile de l'ensemble. Une difficulté vient du fait que l'on ne peut balayer la totalité du monde. À supposer même que je dispose de la connaissance suffisante (ce qui est évidemment faux), trois heures, ni même l'ensemble du cours, n'y suffiraient pas. Une autre difficulté survient quand il s'agit de proposer un portrait chiffré, les données statistiques sont limitées et sujettes à caution. Celles de l'Unesco sont intéressantes, très générales, parfois lacunaires et en refonte. Il faut aussi souligner l'intérêt de leurs synthèses sur une thématique particulière, mais elles sont rares. Il existe aussi de très nombreux cabinets, ou mêmes annuaires, fournissant des chiffres, dont il n'est pas toujours évident de sortir avec une vue assurée, ni impartiale, ni globale. Bien sûr, les principaux pays ont leur données, souvent accessibles, mais rarement homogènes et il est impensable, pour une séquence de cours de se lancer dans une telle récolte. Enfin, il ne manque pas non plus d'auteurs proposant une analyse à vocation mondiale. Ils alimentent et alimenteront évidemment la réflexion de cette séquence. Mais le sujet prête à la prise de position polémique politique et économique, et les analyses sont parfois biaisées.

Il y a encore donc du travail à faire pour améliorer la séquence. Et je devrai m'y atteler bientôt, d'où l'intérêt pour moi des suggestions qui pourraient advenir d'ici là..

J'ai choisi de l'organiser la séquence en trois parties :

  • La première présente d'abord quelques coups de projecteurs sur des situations locales, qui ne sont bien sûr que des illustrations ponctuelles et aussi souvent simplement allusives mais qui voudraient souligner des logiques plus générales. J'hésite encore sur les exemples, mais ce pourrait être : l'indépendance américaine et le marché du livre avec ses conséquences sur le copyright, l'église et l'édition au Québec, le plan Marshall et le cinéma en France, le numérique et l'identité coréenne.. rien n'est arrêté et je suis preneur de toutes les suggestions. Je voudrais aussi proposer quelques lectures sur des situations locales, en particulier africaines qui sont souvent négligées dans les cours. Dans un second temps, je présente, cette fois globalement, les partages et spécialisation des marchés mondiaux et les inégalités de situation en insistant sur la triade Europe/Amérique du nord/Asie.
  • La deuxième partie rend compte de l'histoire des logiques et tensions internationales dans le secteur (NOMIC, SMSI, etc.). Il s'agit là surtout du rappel de quelques faits marquant de l'économie politique mondiale du secteur. J'ai en effet remarqué une très large méconnaissance chez les étudiants de cette histoire.
  • La dernière partie propose une analyse générale. Pour cette dernière avant de poser quelques interrogations soulevées par le Web, j'ai repris, en l'adaptant un peu, la synthèse de Diana Crane sur la mondialisation de la culture :

Crane Diana,Cultural globalization from the perspective of the sociology of culture, Statistics in the Wake of Challenges Posed by Cultural Diversity in Globalization Context, Colloque Unesco Montréal 2002, 22p. Pdf

Cette séquence conclut la première partie du cours. Les quatre premières séquences ont décliné chacune une idée forte, qui doit se retrouver dans les dossiers réalisés par les étudiants. Les voici en très résumé :

  • Les documents ne sont pas des marchandises comme les autres et ont une économie particulière. (Séquence 1)
  • Les technologies de l’information ont un poids et une histoire qui orientent l’organisation du contenu. Cette histoire s’accélère aujourd’hui, parfois de façon chaotique, avec la convergence. (Séquence 2)
  • Les industries de contenus s’organisent selon des modèles. Le Web les perturbe ou s’insère entre eux. Les pratiques changent au rythme des générations. (Séquence 3)
  • Les régions du monde ont leur organisation et se sont spécialisées. Un nouveau droit à la communication émerge progressivement, tandis que l’Asie prend une place nouvelle grâce notamment au Web. (Séquence 4)

La deuxième partie du cours qui s'ouvre à partir de la séquence suivante illustre sur des médias particuliers les éléments de la première partie en s'appuyant en priorité sur la Séquence 3, c'est à dire la notion de modèle. Dans cette deuxième partie, chaque séquence sera illustrée par un dossier réalisé par les étudiants.


Séquence 4 : Diversité et mondialisation

Objectif général

À la fin de la séquence l'étudiant(e) devrait connaitre :

  1. L'importance des particularismes locaux et quelques grands traits des spécialisations mondiales dans l'économie des médias.
  2. Les principaux évènements marquants récents des négociations internationales sur cette économie.
  3. Les principaux traits des analyses de la mondialisation de la culture.

Objectif spécifique

À la fin de la séquence l'étudiant(e) devrait être capable de :

  1. Repérer dans des situations simples de l'économie des médias, les différents éléments présentés.
  2. Interpréter sommairement l'actualité internationales des médias.

Contenu de la séquence (base à réviser)

  • Histoire locales, effets globaux
    • Quelques illustrations ponctuelles
    • Inégalités et partage des marchés
  • Logiques marchandes /logiques politiques
    • « Nouvel ordre mondial de l’information et de la communication »
    • De l’exception culturelle à la diversité culturelle
  • Analyses
    • Quatre interprétations
    • Le Web : une nouvelle donne ?

Évaluation

L'évaluation de cette séquence se réalisera par celle de la partie du dossier de l'étudiant qui s'y réfère.

Bibliographie (à venir)

Actu du 13 février 2008 Voir ce sujet le renier rapport de la CNUCED :

Information Economy Report 2007-2008, Science and technology for development: the new paradigm of ICT (UNCTAD/SDTE/ECB/2007/1) (9 fichiers Pdf, ici)

Synthèse en français :



Rapport 2007-2008 sur l´Économie de l´Information - Aperçu Général, Science et technologie pour le développement: Le nouveau paradigme des TIC (UNCTAD/SDTE/ECB/2007/1(Overview)) 06/02/08, 65 Pages, 443 Ko Pdf

Actu du 21 février 2008

Et aussi

Gen Kanai : pourquoi l’open source se développe lentement en Asie ?, InternetActu, 21/02/2008, par Hubert Guillaud ici

mercredi 06 février 2008

Google Book Search, les frustrations d'un narcisse

H. Guillaud s'émerveille (ici) à juste titre du moins pour l'exemple qu'il donne sur l'interface et le contenu de Google Book Search. Mais, étant narcissique comme tout blogueur qui se respecte, j'ai essayé avec mon nom.. et j'ai eu quelques surprises qui ont refroidi mon enthousiasme.

L'intérêt en effet de travailler sur soi-même est de pouvoir faire une comparaison avec la connaissance fine que l'on a de sa propre production. Ma bibliographie basique d'enseignant-chercheur comprend à la rubrique «Livre» 27 items. Il s'agit de livres dont je suis auteur, co-auteur ou seulement auteur d'un chapitre ou encore que j'ai dirigé.

La requête «jean-michel salaün» amène 34 titres à 18h le 6 février 2008 et 32 à 22h (je ne sais combien vous en aurez, c'est ). Parmi ces derniers, il y en a 10 dont je suis effectivement auteur au sens du paragraphe précédent, 4 où je suis cité (dont un dont j'ai fait la préface). A`ceux-là s'ajoutent 1 revue que j'ai co-dirigée, 1 mémoire d'étudiant que j'ai dirigé, 1 vieux polycopié d'un cours, pourquoi ceux-là ? mystère. Tous sauf un, qui propose un affichage d'extraits (c'est à dire quelques lignes lisibles) ne sont que des éléments bibliographiques vraisemblablement tirés de Worlcat. Le reste n'est que bruit d'homonymes et, curieusement, quelques pages numérisées de Livre-Hebdo.

La requête «jean-michel salaun», sans le tréma, amène 55 titres à 18h (54 à 22h20, c'est ), un peu de bruit, pratiquement aucun dont je suis l'auteur mais surtout beaucoup de citations dans des livres dans diverses langues dont j'ignorais jusqu'ici l'existence et dont 18 proposent un aperçu limité, c'est à dire quelques pages.

Conclusion : Je peux comprendre et excuser le bruit, on n'attend pas d'un moteur un tri parfait. Je comprends un peu moins le silence, mais, bon, le catalogage des bibliothécaires n'est pas non plus sans défaut. Je veux bien comprendre aussi qu'un seul livre soit numérisé, il faut du temps au temps, d'autant que ce n'est pas le plus mauvais ;-), mais j'ai un peu de mal à accepter qu'il ne soit pas accessible en texte intégral alors qu'il est depuis fort longtemps épuisé.

Mais ce qui me parait peu admissible, c'est le mélange des genres entre fiches de catalogue, livres numérisés, auteurs, citations, etc. Pour Google, le Web n'est qu'un vaste texte où tout se mélange. Cela se comprend pour le Web ordinaire, c'est difficile à admettre pour des documents inclus dans un ordre documentaire aussi structuré que celui des livres. Encore moins quand les bibliothécaires prêtent aussi complaisamment leurs outils. Que fait OCLC dans ce bic-à-brac ? Qu'a-t-il à y gagner ?

Sans doute les bibliothèques peuvent faire ainsi numériser leurs livres à faible coût. Mais le lecteur gagne-t-il quelque chose ? Pour ce qui concerne mon exemple en tous cas les seules informations que je n'aurais pas trouvées dans WorldCat sont les citations de mon nom, mais à part une minuscule satisfaction personnelle, elles n'apportent rien, car à ce niveau d'imprécision on ne peut en tirer de leçon. À vouloir jouer la rapidité à tout prix et la quantité, j'ai le sentiment que l'on ajoute surtout au bordel ambiant..

Sans doute l'exemple donné par H. Guillaud est différent.. sauf qu'il s'agit là d'un éditeur qui a choisi de donner un large accès à ses publications, autrement dit une exception.

mardi 05 février 2008

Droits d'auteur et industries culturelles

Le département de la recherche du ministère français de la culture a mis en ligne une série de notes très éclairantes sur les relations entre le droit d'auteur et l'évolution explosive des industries culturelles.

Voici le résumé de celle qui fait la synthèse :

La révolution numérique touche à des degrés divers l’ensemble des filières des industries culturelles. Les modes de rémunération de la création artistique et le système du droit d’auteur s’en trouvent profondément bouleversés. On assiste à une course-poursuite entre des modèles en plein changement, qu’accompagnent de nécessaires adaptations du droit, et les pratiques effectives. Le système de droits proportionnels, lourd à gérer et aux coûts induits élevés, coexiste de plus en plus fréquemment avec des rémunérations forfaitaires : à-valoir généralisés dans le secteur du cinéma et de la télévision, photographies libres de droits ; rémunération forfaitaire dans l’édition, notamment d’ouvrages collectifs…

Parallèlement, la multiplication des licences légales et le développement des accords généraux de représentation constituent des formes d’organisation nouvelles adaptées aux évolutions des modèles de valorisation des oeuvres dont les caractéristiques de biens collectifs (non-exclusion, non-rivalité des consommateurs) ont tendance à se généraliser. Mais elles se heurtent à la complexité et parfois à l’opacité des mécanismes de répartition des droits.

Sur internet, des modèles alternatifs de production et de distribution sont mis en oeuvre, qui se traduisent par l’abaissement progressif de la frontière entre amateurs et professionnels, et qui transforment radicalement les filières, les oeuvres pouvant être remises en circulation après achat par un consommateur qui n’est plus « final ». Ces évolutions semblent pour le moment avoir des conséquences négatives sur le revenu des auteurs, dont le pouvoir de négociation au sein des filières s’affaiblit, d’autant que nombre de secteurs sont ou deviennent des économies de commandes, qui s’insèrent dans des filières très intégrées verticalement et dominées par l’aval.

1. Benhamou, Françoise et Peltier, Stéphanie, “Économies Des Droits d’auteur III. La Télévision,” DEPS, Ministère de la Culture, no. 6 (2007), ici

2. Joëlle Farchy et dir, “Économies Des Droits d’auteur II. Le Cinéma,” DEPS, Ministère de la Culture, no. 5 (2007), ici

3. Moureau, Nathalie et Sagot-Duvauroux Dominique, “Économies Des Droits d’auteur IV. La Photographie,” DEPS, Ministère de la Culture, no. 7 (2007), ici

4. Christian Robin, “Économies Des Droits d’auteur I. Le Livre,” DEPS, Ministère de la Culture, no. 4 (2007), ici

5. Benhamou, Françoise et Sagot-Duvauroux Dominique, “Économies Des Droits d’auteur V. Synthèse,” DEPS, Ministère de la Culture, no. 8 (2007), ici

Signalé par courriel Par E. Delamotte, merci à lui, qui indique que la revue Terminal (ici) prépare un numéro sur le même thème.

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