Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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lundi 18 février 2008

Bibliothèques scolaires : l'Ontario mieux que le Québec ?

Paulette Bernard me signale ce communiqué que Gouvernement Ontarien (ici), qui annonce le recrutement de 160 bibliothécaires dans les écoles primaires en quatre années.

Le Québec avait annoncé un plan, moins précis, il y a une dizaine de jours..

Harvard prône l'accès libre.. à quand Montréal ?

Dominic Forest me fait remarquer avec raison que je n'ai pas signalé le vote historique de l'Université de Harvard sur l'accès libre pour la science. Il s'agit en effet d'une étape importante de plus pour le mouvement, après l'adoption de l'obligation de dépôt par les NIH mais aussi surement d'un moment historique.

On trouvera chez Olivier une bonne mise en contexte (ici).

Il est apparu au cours des dernières années que la simple possibilité de dépôt par les chercheurs n'était pas une obligation suffisante pour l'alimentation des collections en accès libre. Le fait qu'une des principales universités entre aujourd'hui très officiellement et volontairement dans le mouvement marque un tournant qui risque bien de faire basculer l'ensemble. Il y a, bien entendu, une dimension noble dans cette décision : la volonté de l'Université de Harvard de poursuivre sa tradition académique, mais aussi un calcul plus terre-à-terre qui comprend aux moins deux dimensions économiques :

  • Les chercheurs les plus reconnus n'ont plus forcément intérêt à publier dans les revues les plus connues si elles ne sont pas librement accessibles en ligne, ce qui déstabilise l'économie générale de la publication scientifique (je parle ici de l'économie des idées, non du trafic des éditeurs commerciaux). Voir .
  • L'importance de plus en plus grande des classements internationaux des universités dans leur concurrence, liée à la mondialisation et à la montée de l'Asie. Voici quelques éléments de contexte présentés par un article récent (trad JMS) :
    • En 2000, sur le nombre total de doctorats délivrés en science et ingéniérie, 78% proviennent de l'extérieur des US et la croissance de la formation doctorale est spectaculaire en Chine, suivie par le Japon, la Corée du Sud et le Royaume-Uni.
    • Du coté de la publication scientifique, les US ont de loin la plus grosse part mondiale d'articles produits en science et ingéniérie avec 31%, le second est le Japon avec 9%. Cependant, le nombre d'articles par auteur aux États-Unis « est resté constant depuis 1992, même si les efforts en R&D et le nombre de chercheurs a continué d'augmenter». La production d'articles a continué de grossir fortement en Europe de l'Ouest et en Asie, et la part de la produstion scientifique mondiale a déclinée. Les raisons de cette «stagnation» de la production américaine sont dites «inconnue et font encore l'objet d'enquête».

Open Access Publishing and the Emerging Infrastructure for 21st-Century Scholarship Donald Waters Ann Arbor, MI: Scholarly Publishing Office, University of Michigan, University Library vol. 11, no. 1, Winter 2008, (ici)

Alors à quand l'université de Montréal ?

dimanche 17 février 2008

«L'eau (information) est-elle propre et fraîche ?»

Repéré grâce à la liste ADBS-Info.

Davenport Thomas, Privilégier l'information sur la technologie, Les Échos, 17 février 2008. Ici

Extraits :

Imaginez-vous dans un monde obnubilé par la plomberie. Dans cet univers étrange, des centaines de livres, de magazines et même quelques chaînes de télévision traitent uniquement de la plomberie et font l'éloge des dernières innovations en matière de valves, d'installations et de tuyauterie. Dans les soirées mondaines, la question qui alimente toutes les conversations est de savoir si telle marque de lavabo se vide plus vite que telle autre. Les magnats du secteur de la plomberie sont en couverture des magazines spécialisés (ou non) et figurent parmi les citoyens les plus riches du monde. Les entreprises paient des milliards de dollars pour relier leurs systèmes de plomberie afin que leurs tuyaux atteignent tous les bureaux et même les voitures. Dans ce monde étrange, un seul sujet est pourtant totalement négligé : l'eau. Est-elle propre et fraîche ? Les consommateurs souhaitent-ils même boire de l'eau ? Ont-ils soif ? (..)

Dans le secteur informatique, les personnes chargées de l'information sont généralement des programmeurs, des administrateurs de réseau et des analystes de support technique. Mais si ce personnel technique doit aussi représenter l'essentiel de votre effectif dédié à l'information, il y a tout à parier que la qualité de votre information laissera à désirer. Heureusement, il y a plusieurs autres catégories de personnel sur lesquelles on peut compter pour créer un environnement informatif plus efficace.

Tout en haut de la liste, on trouve les documentalistes (qualifiés aussi de « scientifiques de l'information », même si leur tâche principale n'est pas très scientifique). Les compétences de ces documentalistes dans le domaine du classement, de la recherche et de la récupération des données, ainsi que leur compréhension des besoins sur le plan de l'information, représentent un excellent potentiel pour une entreprise qui se lance dans la gestion de bases de données. Cependant, pour de multiples raisons, ils risquent de rater le coche précisément au moment où leur valeur potentielle pour l'entreprise est à son maximum.

Et ce, parce que nombre de documentalistes, ainsi que les institutions qui les forment, se ruent tête baissée dans l'informatisation. Bien évidemment, un minimum de compétences informatiques leur est nécessaire puisque l'information est de plus en plus basée sur l'informatique, mais ont-ils réellement besoin de connaître toutes les subtilités des réseaux client/serveur ? Il y a déjà suffisamment de personnes pour s'en charger. L'autre problème est de nature complètement différente : il est lié au fait que les documentalistes se considèrent comme les gardiens de documents bien palpables qui se trouvent dans leur centre de documentation. Mais, l'acte d'informer ne se limite pas à un lieu particulier. Au contraire, il implique l'établissement de relations avec d'autres personnes de l'entreprise en vue de répondre à leur besoin d'informations. (..)

samedi 16 février 2008

Écrire la science en français

JM Jolion me signale par courriel une pétition qui circule en France contre une tendance inquiétante de l'agence d'évaluation nationale à ne pas considérer au même niveau les publications scientifiques en anglais ou en français des chercheurs.

Trois raisons principales y sont données pour la défense des publications en français : 1) Les financements publics et donc l'accessibilité des résultats au contribuable ; 2) L'enseignement et les manuels ; 3) L'apprentissage d'une langue seconde.

Des Québécois en cette période de discussions sur le bilinguisme ajouteraient sans doute simplement la vitalité de la langue qui pour sa survie doit embrasser l'ensemble des activités humaines.

Pour ma part, je crois que l'essentiel est ailleurs : la diversité des langues participe aussi à la diversité des points de vue scientifiques. Il y a bien une informatique, une sociologie, une philosophie.. françaises qui n'ont pu se déployer que dans un environnement en français. Ce point est encore plus sensible dans les discussions et les échanges interdisciplinaires, pour y avoir participé je peux en témoigner.

Et la publication en français confère, s'ils en prennent la mesure, un avantage concurrentiel certains aux chercheurs qui maîtrisent un tant soit peu les deux langues : ils ont accès à la recherche internationale comme tous, mais ont par ailleurs les résultats et la sensibilité de leur communauté propre. Sur cette dimension d'ailleurs les Québécois devraient être particulièrement bien placés, mais, du moins dans les limites du domaine que je connais, ils ne l'exploitent que très peu.

Le même raisonnement est évidemment valable pour toute langue se déployant dans une civilisation suffisamment riche. Et les pays asiatiques ne se privent pas d'en jouer. Pour le dire plus pompeusement, une société qui maîtrise son ordre documentaire, et au premier chef les documents qui l'éclairent sur son avenir, s’appelle tout simplement une civilisation.

La pétition est ici.

vendredi 15 février 2008

Dossier médical : redocumentarisation et modernité

Le dossier médical électronique (DME) est exemplaire des thématiques reliant redocumentarisation et nouvelle modernité. Le site Euractive qui popularise le travail de l'Union européenne propose une excellente synthèse sur le sujet.

Dossiers médicaux électroniques. Publié: mercredi 19 décembre 2007 | Mis à jour: mardi 15 janvier 2008 (ici)

En voici quelques extraits. Il ne rendent pas compte de la richesse documentaire du site. Mon objectif est juste de pointer quelques thématiques de la nouvelle modernité pour montrer sur cet exemple à quel point elles sont étroitement corrélées avec le processus de redocumentarisation.

1 Ubiquité :

Alors que les patients sont de plus en plus mobiles en Europe, le DME, consultable par les cliniciens dans différents lieux de soins et différentes langues, peut rendre les traitements plus sûrs et réduire les coûts.

La question de la mobilité est étroitement liée à l’interopérabilité. Si les normes du DME restent nationales, cela dressera de nouvelles barrières à la mobilité des patients. Cela signifie en revanche que ces normes devront surmonter non seulement les obstacles linguistiques, mais également les différences entre les systèmes de soin de santé, allant des traitements médicaux à la commercialisation des produits pharmaceutiques. (..)

2. Maîtrise des coûts de santé :

Avec un investissement initial relativement faible, les dossiers médicaux électroniques permettraient aux médecins et au personnel médical de partager les résultats des examens médicaux plus efficacement, évitant ainsi de pratiquer plusieurs fois le même type d’examen sur le même patient, lorsque celui-ci va consulter un autre médecin ou est traité dans un autre centre de soin.

De plus, l’informatique pourrait être utilisé pour réduire les coûts additionnels, comme les prescriptions pharmaceutiques et les frais d’hospitalisation et de transport. Une base de données anonymes concernant la santé de tous les patients pourrait être utilisée pour rendre les marchés des soins de santé plus efficaces. Par exemple, l’efficacité et la sécurité des médicaments génériques par rapport aux médicaments originaux pourraient être testées indépendamment et plus efficacement. (..)

3. Dangers de contrôle social :

Le groupe de travail ajoute : « en rassemblant les informations médicales relatives à une personne en provenance de différentes sources, facilitant et généralisant ainsi l’accès à ces informations sensibles, les systèmes de DME créent de nouveaux risques et donnent une ampleur inédite au danger d’abus des informations médicales relatives aux personnes ».

Cela dit, les collègues qui travaillent sur le sujet me soufflent que les difficultés de mise en œuvre sont encore très sous-estimées.

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