Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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mercredi 09 janvier 2008

UGC et bibliothèques publiques

Je suis en ce moment à Philadelphie pour le congrès ALISE (ici), qui est la rencontre annuelle des écoles nord-américaines en sciences de l'information. En vérité occupé par d'autres activités, je n'ai pas vraiment le temps d'écouter les communications. Néanmoins, celle d'une collègue de l'Alberta, Margaret Mackey, a retenu mon attention, moins par les résultats présentés que par la posture générale.

La plupart de la littérature ou des propos sur la relation entre le Web 2.0 et les bibliothèques publiques insiste sur la participation des usagers dans les services, sur les outils d'échange à proposer, bref sur une amélioration, jusqu'à parfois une évolution radicale des services bibliothéconomiques.

Sans contester le bien fondé de ces propositions, elles laissent de côté une autre dimension essentielle de la bibliothèque publique, lieu où les usagers sont autonomes, lieu de lecture, lieu de démocratie. Une bibliothèque ne comprend pas que des étagères, des livres, des outils de repérages et une banque de prêt.. mais aussi des tables, des chaises ou des fauteuils où l'on peut lire confortablement, travailler, c'est-à-dire souvent écrire. Autrement dit, la bibliothèque est un lieu où l'acte de lecture et même de lecture-écriture peut se développer librement. Ce point est important pour la démocratie, ou devrait l'être, car la bibliothèque publique permet à des populations qui ne disposent pas de ces facilités d'en bénéficier.

Maintenant, transposons cette remarque dans le monde du Web 2.0. Tout le monde n'est pas actif dans le Web 2.0, mais potentiellement tout le monde pourrait l'être.. à condition d'avoir un accès simple, long et confortable à des machines et un réseau et d'avoir les compétences appropriées. Une problématique, peu différente finalement de celle de la lecture-écriture traditionnelle.. sauf que bien souvent dans les bibliothèques, l'accès en libre service des ordinateurs connectés est contingenté, bridé, inconfortable, organisé pour être court : le recueil des courriels et une recherche d'information sur le Web. Il y a des raisons financières, le nombre limité de machines, mais sont-ce les seules ? D'autres formes d'organisation ne sont-elles pas envisageables ? Pour le dire autrement, n'est-il pas de la mission des bibliothèques publiques d'offrir à ceux qui n'en ont pas l'opportunité la possibilité d'être actifs sur le Web ?

Actu du lendemain Voir aussi le billet de H. Guillaud sur l'évolution de la lecture (ici). Si la lecture évolue, sa place en bibliothèque ne doit-elle pas évoluer ?

vendredi 04 janvier 2008

Plan du cours sur l'économie du document

On trouvera ci-dessous la présentation générale du cours sur l'économie du document que j'espère proposer en ligne, comme cours au choix de la maîtrise en science de l'information à l'automne 2008. Je déclinerai dans des billets futurs mes questionnements sur chacune des séances.

J'ai déjà plusieurs interrogations générales, sur la forme du cours et sur son contenu. Je suis preneur de tout commentaire.

Concernant la forme, ma conviction est qu'il n'est pas pertinent de réaliser un contenu trop élaboré en ligne. En effet, on confond alors cours et manuel ou pédagogie et édition. L'économie de l'un(e) et l'autre est fort différente et étrangère l'une à l'autre. Mon idée pour le moment est de proposer plutôt une série de séances avec simplement des diapositives et du son. S'y ajouteront, bien entendu un système de messagerie pour le feed back, et toujours le blogue pour des exercices « dans le ciel ». Mais je reste hésitant sur la forme.

Concernant le contenu, la difficulté est de réaliser un cours d'initiation qui permette néanmoins d'orienter les choix stratégiques pour des responsables futurs de services documentaires dans un environnement particulièrement fluctuant. Il faut donc faire comprendre les grandes logiques qui régissent les mouvements, rester vigilant sur les retournements ou imprévus et donner des outils d'analyse pour des situations concrètes. Ce souci explique le plan général du cours. Mais le blogue est aussi là pour alerter sur les changements de l'actualité et aussi pour impliquer les étudiants dans cette actualité. Là encore je reste hésitant. Par exemple, on peut imaginer d'autres outils qu'un blogue..


Cours sur l'économie du document

Description

Introduction à l’économie de l’information, des médias, des bibliothèques dans le cadre des transformations découlant du numérique. Présentation du processus de redocumentarisation en cours. Repositionnement des services documentaires.

Objectif général

À la fin du cours, l’étudiant(e) devrait connaître :

  1. les principes de bases de l’économie de l’information, des médias, des bibliothèques et de l’internet
  2. les transformations dans les modèles traditionnels dues au numérique et le processus de redocumentarisation en cours

Objectif spécifique

À la fin du cours, l’étudiant(e) devrait être capable de :

  1. analyser le positionnement d’un service documentaire dans son environnement économique
  2. évaluer les avantages et inconvénients économiques de participation à un réseau documentaire

Contenu du cours

1. Principes de base

  • Particularités économiques du document publié (révision)
  • Articulation contenant/contenu (révision)
  • Les modèles et leur industrialisation (révision)
  • Diversité et mondialisation (révision)

2. Illustrations

3. La redocumentarisation

  • Le processus (révision)
  • Illustrations : la science, la presse, la musique (selon actualité)

4. Comment se (re)positionner dans un réseau documentaire

  • Outil d’analyse
  • Étude de cas (1)
  • Étude de cas (2)

Le cours est de trois crédits étudiant, c'est à dire théoriquement 135 heures de travail pour l'étudiant. Chaque * correspond à trois heures de cours dans la version traditionnelle, à chaque heure s'ajoute deux heures de travail personnel de l'étudiant. Il faut y ajouter la séance d'introduction, les examens et travaux divers.

Lectures obligatoires au début du cours :

  • Anderson Chris, La longue traîne, La nouvelle économie est là, Village mondial, mai 2007, 288 p. (version anglaise : Hyperion, juillet 2006) (Lire l'article initial de Wired trad Html, survoler le reste)
    • L'adaptation de la loi des 20/80 au commerce électronique. Une des analyses les plus populaires de la nouvelle économie.
  • Borgman Christine, Scholarship in the Digital Age: Information, Infrastructure, and the Internet, The MIT Press, octobre 2007, 336 p. (Lire le chapitre 1, le reste survolé)
    • L'évolution numérique de l'information scientifique par la meilleure spécialiste nord-américaine du domaine.
  • Cavalier François, Les collections dans « l'âge de l'accès » : le consortium Couperin et la documentation électronique, in Jacob Christian (dir), Lieux de savoir, Espaces et communautés, Albin Michel, octobre 2007, p : 654-680.
    • La bascule des bibliothèques universitaires françaises dans l'économie de l'édition numérique. Chapitre d'un livre qui la replace dans une logique de très longue durée.
  • Our Cultural Commonwealth. The report of the American Council of Learned Societies Commission on Cyberinfrastructure for the Humanities and Social Sciences, 2006, 51p. Pdf (Lire la synthèse et l'introduction)
    • Explication du rôle et de l'importance de la notion de cyberinfrastructure, ici pour les SHS, mais l'ensemble des références sont données.
  • Pédauque Roger, Le Document à la lumière du numérique : forme, texte, médium : comprendre le rôle du document numérique dans l'émergence d'une nouvelle modernité, C&F éditions, septembre 2006, 218p. (Lire Pédauque 3 Document et modernités Pdf, le reste survolé)
    • Réflexions d'un collectif multidisciplinaire de chercheurs français sur le document numérique dans toutes ses dimensions.

Résolution 2008

Plusieurs facteurs m'incitent à faire évoluer ce blogue en 2008.

Tout d'abord, il avait un objectif précis : accompagner un cours sur l'économie des documents. Or ce cours ne se donnera pas en présentiel en 2008. Même si, sans doute, cet objectif ne résume pas tous les bénéfices qui en ont été tirés, il reste la priorité. Je ne suis pas très motivé par un blogue qui se justifierait par sa seule dynamique.

Ensuite, sans évidemment prétendre avoir fait le tour de la question, j'ai de plus en plus l'impression d'illustrer des propos déjà tenus par des actualités sans cesse en renouvellement. Il me parait alors temps de récolter mon aire, de faire un point plus systématique à partir des analyses déjà réalisées, quitte à ce qu'elles soient contredites par d'autres ou par des faits nouveaux. Mais pour qu'elles puissent l'être, encore faut-il les exposer avec suffisamment de complétude.

Enfin, il me semble aussi que les blogues, je parle de ceux qui concernent les domaines connexes au mien, sont parvenus à une étape. Quelques uns se sont installés et sont incontournables. Beaucoup picorent, d'autres redondent. Le propre des blogues est de se renouveler. Certains meurent, d'autres naissent. Et j'ai peur de n'avoir pas l'énergie, ni la motivation, suffisantes pour retenir l'attention des internautes dans une course à l'audience.

Aussi pour 2008, voici ma résolution : ce blogue sera principalement consacré au montage d'un cours en ligne sur l'économie des documents, avec pour objectif de le proposer à l'EBSI à l'automne prochain. J'essaierai aussi de donner à l'occasion quelques contrepoints dans l'actualité entre le Québec (et plus généralement l'Amérique du nord) et la France sur ces questions, puisque j'ai la chance d'appartenir à ces deux cultures et communautés.

lundi 31 décembre 2007

Le rôle social des bibliothèques en Amérique du nord

Le Monde (ici) vient de relayer une dépèche de Reuters annonçant la publication d'un nouveau rapport du Pew Internet & American Life Project. L'article insiste sur la fréquentation des bibliothèques par les jeunes adultes américains de 18-35 ans, mais ce n'est pas l'objet premier de l'étude et son interprétation risque d'être mal comprise en France si on ne remet pas les résultats dans leur contexte.

On trouvera ici l'ensemble de l'étude :

Estabrook Leigh, Witt Evans, Rainie Lee, Information Searches That Solve Problems, How people use the internet, libraries, and government agencies when they need help, Pew Internet & American Life Project, 30 déc 2007, 40p. Résumé (Html), Rapport (Pdf)

Un objectif de l'étude était de savoir si les bibliothèques avaient perdu pour les nouvelles générations leur rôle de ressources pour résoudre les problèmes de la vie quotidienne au profit d'Internet. Les résultats montrent qu'il n'en est rien, bien au contraire et de façon paradoxale, pour la génération Y (18-35 ans), mais en partie à cause de la possibilité de consultation libre de l'internet dans les bibliothèques.

Sans doute ces résultats sont importants et méritent lecture. Ils montrent la robustesse du positionnement des bibliothèques publiques américaines, ils confirment aussi la place primordiale de l'internet dans la fonction renseignement.

Mais ils sont difficilement transposables dans un contexte différent, sauf pour s'en inspirer. Le rôle social des bibliothèques est beaucoup plus accentué de ce côté-ci de l'Atlantique qu'en France. Il est naturel de venir s'y renseigner pour des difficultés de toutes sortes, c'est aussi un lieu de rencontre entre voisins.

samedi 29 décembre 2007

Pointer du doigt ou taper sur l'épaule : économie de l'attention

J'avais dit que je reviendrai sur la relation entre la résistance du livre et l'économie de l'attention. À première vue, les deux notions sont étrangères l'une à l'autre, l'économie de l'attention fait en effet référence à la captation de l'attention de leur audience par les médias en vue de la revendre à des annonceurs intéressés. Chacun sait qu'il n'y a pas de publicité, ou très rarement, dans les livres.

Mais on se pose rarement la question de la raison de cette absence. En réalité, il y a bien une économie de l'attention du livre, même si elle contraste fortement avec celle des autres médias de masse. Un livre captive l'attention de son lecteur qui doit s'y «plonger» pour l'apprécier. C'est comme si l'auteur pointait du doigt son texte pour le proposer au lecteur. Cette attention profonde est rare, focalisée sur le texte et donc peu monnayable car peu capitalisable et transposable. Bien sûr, il arrive souvent que l'on feuillette, consulte des livres sans s'y plonger, mais alors l'attention se partage entre plusieurs, sans pouvoir non plus se capitaliser sur un support monnayable.

Cette caractéristique est peut-être une des explications économiques fortes de la valeur d'un livre. Il n'y a pas partage de l'attention, le prix est à la hauteur de cette promesse.

Les médias traditionnels : journaux, puis radios, puis télévision, jouent une autre partition. Comme le livre, ils pointent du doigt pour forcer notre attention, pourtant en même temps, ils nous tapent sur l'épaule pour l'entretenir, la maintenir et la fragiliser. C'est ainsi qu'elle peut être capitalisée par la régularité, partagée par son ébranlement, et bien entendue revendue. Là encore, nous tenons peut être une explication de la baisse des prix pour les lecteurs, c'est aussi une baisse de la valeur de l'attention.

Avec le Web, l'économie de l'attention se cherche encore souvent, mais dans une relation qui se renverse : on nous tape sur l'épaule d'abord, pour pointer du doigt éventuellement ensuite. Autrement dit, l'attention sera continuellement fractionnée et distraite par la connectivité du réseau et les liens qu'il propose. Dès lors le principal de la capitalisation de l'attention ne se produit pas par les textes, mais par le mouvement, par la tête que l'on tourne. D'où la prospérité de ceux qui sont capables d'orienter le mouvement et le recul au contraire de ceux qui misent sur le contenu qui nécessite une attention prolongée. Pour l'internaute tout devra être gratuit, car il n'est plus capable de fixer une attention continuellement sollicitée.

Je n'ai pas mis de liens dans ce billet pour ne pas distraire l'attention du lecteur. J'espère même avoir réussi à la captiver un court instant ;-)

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