Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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mercredi 05 janvier 2011

Money, money (1)

J'ai sur le feu depuis un moment un billet sur les modèles d'affaires du web, sans avoir le temps de le finaliser. Il viendra à son heure. Il devait se conclure par l'absurde valorisation financière de Facebook. Mais j'ai entendu la chronique de France-Inter de Ph. Lefébure ce matin.. enfin un peu de lucidité. Conclusion du journaliste :

La publicité sur Facebook rapporte peu. Malgré tout ça, certains y croient, et la grande banque Goldman Sachs vient donc de promettre aux patrons de facebook, de trouver de nouveaux actionnaires. Mais sans passer par la bourse, une "astuce" qui doit permettre au réseau social d'éviter de rendre public ses comptes! Plus sidérant encore, le "ticket d'entrée" pour devenir actionnaire de Facebook: il faut avoir un patrimoine de plus de 7 millions de dollars, et investir au moins 1 million et demi pour en être! On n'est loin de l'esprit communautaire et du "site des amis". Pour le coup, ça ne rappelle plus la bulle internet des années 2000 mais, toute proportion gardée évidemment, Bernard Madoff qui triait sur le volet, pour apparaître plus crédible, ses futurs victimes.

Plus de précisions sur cet étonnant tour de passe-passe sur L'Atelier.

Actu du 10 janvier 2011

Voir aussi sur CNN, l'opinion de Douglas Rushkoff, qui montre comment Goldman Sachs retrouvera son investissement grâce aux commissions, même en cas de déconfiture de FaceBook : Facebook hype will fade, 7 janvier

Et pour mieux comprendre comment l'aveuglement est créé, voir cette carte, explication ici, fascinante, mais impossible à interpréter économiquement.

Actu du 12 janvier 2011

Une autre alerte d'un autre expert de la bourse ici :

Extrait :

All that may be good for top company executives and employees, but is it good for long-term investors? Are companies going to take bigger risks or less once they’ve already partially cashed out ahead of a potential I.P.O.?

Actu du 13 janvier 2011

Autre constat fascinant, l'intégration des boutons Facebook dans un des plus influents journaux US, le Washington Post ici

Voir aussi la représentation graphique de la valuation de FaceBook par TechCrunch (ici)

Actu du 14 janvier 2011

Un point de vue inverse d'Étreintes digitales ici.

Actu du 30 janvier

Spéculation : Un groupe d'actionnaires de Facebook cherche à se débarrasser de 1 milliard de dollars d'actions sur le marché secondaire, une vente qui porterait valeur de l'entreprise à plus de 70 milliards de dollars. Reuters ici

jeudi 16 décembre 2010

Twitter, le coucou

Twitter vient de boucler une nouvelle levée de fonds de 200 millions de $. Apparemment, celle-ci s'est faite sans difficulté, il y avait même concurrence pour acquérir des parts. Tous les détails sont ici. Cet apport en capital s'est fait sur une valorisation de la société à 3,7 milliards de $, soit le triple de la précédente levée de fonds de 100 millions en septembre 2009 et, vrai ou faux, le journaliste rapporte que des propositions refusées auraient été faites sur la base d'une valorisation à 4,5 ou 5 milliards de $..

Il est vrai que la société doit gérer sa croissance. Elle est passée de 25 millions d'utilisateurs en septembre 2009 à 175 millions aujourd'hui. Il est vrai aussi que cette croissance s'appuie sur une taille qui reste modeste. Dans le même temps les effectifs sont aujourd'hui de 350 employés contre 130 autrefois.

Mais on ne trouvera nulle part de chiffre d'affaires et encore moins de bénéfice justifiant la valeur astronomique de l'entreprise affichée sur le second marché, et pour cause. De chiffre d'affaires il n'y a pas, même si comme le dit pudiquement Le Monde en conclusion de son article : Au mois d'avril, le site a décider (sic) d'intégrer à ses flux de messages des "tweets promotionnels" ("promoted tweets") qui lui apportent des recettes publicitaires. Il est très peu probable que le chiffre d'affaires ait explosé depuis, cela se saurait.

Trois interprétations de ce hiatus financier sont possibles, aucune très rassurante :

  1. La firme garde une taille modeste et pourra à terme se financer avec un chiffre d'affaires raisonnable. Mais alors les investisseurs d'aujourd'hui ont fait une très mauvaise affaire.
  2. L'investissement est purement spéculatif et relève de l'irrationnel, ce qui rappelle de très mauvais souvenirs pas si lointains comme cela a été très bien analysé par A. Odlyzko (ici commenté en fr ).
  3. La stratégie est parasitaire. Il s'agit de capter le maximum d'audience au détriment de firmes plus grosses (suivez mon regard.. G.. F.. Y.. M..). Alors ces dernières, elles-mêmes en concurrence entre elles, pourraient être tentées par un rachat. Mais d'une part, il s'agit d'une stratégie pour le moins perverse et destructrice de valeur et, d'autre part, il n'est pas sûr que ce qui a fonctionné hier (ex YouTube ici) marche encore aujourd'hui où les cartes sont plus fermement distribuées et où les enjeux se déplacent vers les industries culturelles.

Reste à comprendre pourquoi Twitter, comme son grand frère Facebook (ici), réussit à parader sur des bases financières aussi fragiles. Il y a une explication communicationnel au moins pour le premier. C'est devenu un outil important pour les relais d'opinion de tous poils. Il est naturel qu'il soit par simple effet de résonance surévalué. C'est un haut-parleur pour ceux qui crient déjà le plus fort.

Actu du 18 déc 2010

Dans le même sens Electron Libre .

Actu du 23 déc 2010

Un autre exemple de dérapage sur l'actualité, cette fois à propos Tumblr. Le titre peut laisser croire à une réussite économique :

Tumblr génère aujourd’hui plus d’argent et de pages vues que WordPress ici

Mais en réalité il ne s'agit ni de chiffre d'affaires, ni de bénéfice, simplement encore une fois d'une levée de fonds.

mercredi 27 octobre 2010

Facebook et les déplacements de valeur

Après Apple et Google, voici donc le troisième billet illustrant la théorie du document sur la stratégie d'une firme : Facebook. Bien évidemment après la forme privilégée par Apple, le texte par Google, le réseau social s'appuiera principalement sur la troisième dimension : le médium.

Il est délicat de mesurer l'économie de Facebook, car la firme n'étant pas cotée en bourse on ne dispose pas de chiffres certifiés. L'année dernière, elle a annoncé qu'elle avait, pour la première fois, équilibré ses comptes sans autre précision. Les observateurs parlent d'un chiffre d'affaires entre 500 M et 1 Mds de $ en 2009 et qui pourrait osciller en 2010 entre 1 et 2 Mds de $. Ces chiffres, pour peu qu'ils soient exacts, paraissent impressionnants, pourtant ils sont moins élevés que Google dans le même délai :1,5 Mds après 5 ans et 3,2 l'année suivante (23,6 Mds de CA et 6,5 Mds de bénéfices en 2009), et finalement très modestes si l'on considère que Facebook.com a dépassé Google.com sur le trafic internet US en mars 2010 (Hitwise). Un calcul rapide et approximatif chiffre à 7,87 Mds de $ le chiffre d'affaires de Google.com sur le seul marché US pour l'année 2009.

Facebook est un immense succès public, mais n'a clairement pas encore réussi à monétiser son audience. Il suffit de comparer en les feuilletant les pages destinées aux annonceurs de Facebook (ici) avec celles de Google pour comprendre que l'on ne joue pas dans la même cour.

Une économie spéculative

D'autres chiffres astronomiques font du jeune fondateur Marc Zuckerberg un des hommes les plus riches du monde (Forbes), mais cette richesse est basée sur une appréciation des marchés financiers qui ont depuis longtemps perdu la mesure de l'économie réelle, tout particulièrement dans le numérique. Ils font un autre raisonnement déconnecté du chiffre d'affaires et des bénéfices de la firme, basé sur la capacité à revendre ses parts à un prix plus élevé que celui de leur achat initial.

Ainsi par exemple, un fonds de capital risque russe, Mail.ru, cherche aujourd'hui à valoriser sa participation dans Facebook en vendant à un prix élevé ses propres actions et ). On trouvera une seconde illustration dans l'exposé de la stratégie d'investissement dans Facebook d'un autre fond, GreenCrest Capital LLC, qui cherche à racheter des actions aux anciens employés du réseau (WSJ). Même si elles sont rapportés par un journal du groupe Murdoch, concurrent direct du réseau avec MySpace les explications sont éclairantes. Extraits (trad JMS) :

Puisque certains de ces fonds ne sont pas sanctionnés par les starts-up dans lesquelles ils ont investi, ils n'ont pas accès aux informations de gestion, financières et autres. Cela rend ces investissements risqués, disent des observateurs professionnels de l'investissement. Les investisseurs potentiels peuvent obtenir des compte-rendus du conseil d'administration et quelques informations financières limitées d'actionnaires vendeurs, mais pas beaucoup plus. (..)

Le prix des actions Facebook sur le marché secondaire a considérablement augmenté, dit M. Halpert (un des directeurs du fond), d'environ 5 $ un an et demi auparavant il est aujourd'hui à environ 70 $, avant le récent fractionnement d'actions de 1-pour-5, ce qui valoriserait de l'entreprise à 33 milliards de dollars. Cette évaluation serait l'ordre de grandeur pour les actions de Facebook sur le second marché, selon une personne proche de la négociation en cours sur ce service.

La réalité économique de Facebook est dans cette économie spéculative. Les chiffres exponentiels de son audience, complaisamment relayés, permettent de faire monter les enchères. On ne parle toujours pas d'introduction en bourse et on s'attend à une prochaine levée de fonds qui sera d'autant facilitée que sa valorisation sera élevée.

L'économie de Facebook signifie souvent l'économie générée par ceux qui utilisent le réseau comme plateforme pour développer leurs propres activités rémunératrices (VisualEconomics et pour la principale application Zynga ). Les chiffres présentés sont parfois aussi spectaculaires en terme d'audience, mais pratiquement jamais exprimés en chiffre d'affaires ou bénéfices. Il y a ainsi comme une connivence dans la surenchère spéculative entre le réseau et les producteurs d'application, l'écosystème.

Cette situation n'est pas sans rappeler le début du millénaire, juste avant l'éclatement de la bulle internet. Il ne faudrait pas pour autant sousestimer le succès public de Facebook ni dénier à cette économie spéculative la capacité à construire de la valeur. Contrairement aux starts-up de l'épisode malheureux précédent, les réseaux sociaux produisent une activité. Ainsi selon la dernière enquête IFOP, pratiquement tous les Français (98%) connaissent Facebook et 43% ont un compte (ici). Même si un pourcentage sensiblement moindre y est actif, bien des entreprises rêveraient d'un tel succès.

L'individu-document

Difficile alors de garder la tête froide et de produire une analyse lucide du phénomène. Sans prétendre y arriver complètement, je voudrais suggérer que la théorie du document peut donner quelques clés de compréhension.

Facebook, comme les autres réseaux sociaux, inverse les propriétés documentaires du web. Les humains n'y recherchent pas des documents, les documents ne sont plus que des vecteurs qui relient entre eux des humains ou d'autres entités personnalisées (marques). Ainsi le réseau polarise l'ordre documentaire sur sa troisième dimension : le médium.

Mieux, les techniques du web documentaire servent à indexer les individus pour les décrire et les repérer, non seulement dans leur « forme », c'est-à-dire leur identité et caractéristiques, mais aussi dans leur « texte », leurs comportements et intentions. On pourrait dire comme Olivier Ertzscheild « L’homme est un document comme un autre » (ici, voir aussi mon billet). Dès lors toute la productivité d'un système documentaire est déplacée sur un terrain, la communication entre les hommes, où elle était jusqu'à présent peu utilisée faute d'outils adéquats (courrier postal, téléphone..).

La radicalisation de l'homologie individu-document, modifie l'ordre traditionnel des documents qui est alors soumis à celui des individus. L'individu-document est moins stable que l'objet-document. La versatilité et la réactivité des clivages sociaux s’introduisent dans les arcanes des logiques documentaires, qui, si elles ne les ignoraient évidemment pas, avaient auparavant plus de recul et d’inertie. On pourrait dire que l'ordre documentaire s’apparente ici celui de la mémoire vive, avec ses emballements et ses oublis.

La valorisation économique de ce positionnement se cherche aujourd'hui sur deux marchés : la publicité et la revente des données comportementales. Sur l'un et l'autre elle rencontre des difficultés.

Facebook cherche à utiliser sa maîtrise du «graphe social», c'est à dire l'empreinte des liens entre les personnes, comme un avantage concurrentiel décisif pour valoriser la vente d'attention. Vous pouvez cibler votre publicité par géographie, sexe, âge, mots-clés, situation amoureuse, emploi, lieu de travail ou établissement scolaire. Lorsque vous choisissez vos critères de ciblage, Facebook affiche le nombre approximatif d’utilisateurs concernés, peut-on lire sur les pages réservées aux annonceurs. Ce ciblage peut faire rêver les annonceurs. Il suppose néanmoins que les membres du réseau aient renseigné de façon sincère ces critères et acceptent de partager ces informations, c'est à dire qu'ils se soient auto-documentarisés. Nombreuses ont été les tentatives de la firme pour «obliger» les membres à diffuser leurs profils et nombreuses ont été les polémiques. Il ne s'agit pas de maladresses, mais bien d'un tâtonnement pour trouver un équilibre acceptable entre la protection des individus et les nécessités du commerce. Reste à savoir s'il existe vraiment.

Les données comportementales sont récoltées par les traces de navigation des internautes. Il s'agit cette fois d'une documentarisation automatique. Un marché souterrain de ces données, mariant les premières et transversal aux réseaux s'est mis en place non sans ambiguïtés ().

Aujourd’hui le débat éthique est très vif. Jusqu’à présent seules les organisations policières confondaient l’ordre documentaire et l’ordre social pour contrôler ce dernier. Cela n'était acceptable qu'avec des normes sociales explicites et acceptées sous le contrôle strict d'un État démocratique (), sans pour autant éviter de nombreux dérapages. L'idéologie libertarienne des fondateurs de Facebook accentue encore le malaise ().

Même en faisant abstraction de ce débat, la valeur économique de cette stratégie n’est pas encore vraiment démontrée. On en perçoit les potentialités qui font rêver les uns, cauchemarder les autres. Certaines rentabilisations pointent, mais il n’est pas évident que l’homologie individu-document soit à terme éthiquement supportable et économiquement rentable.

Actu du 31 octobre 2010

Voir aussi : 1. “Social Media and Revenues: Where’s the Profit?,” Master of Media, Octobre 31, 2010, ici.

Actu du 22 novembre 2010

Pour s'interroger sur quelques conséquences de la redocumentarisation des humains par Facebook :

Zadie Smith, Generation Why?, The New York Review of Books, November 25, 2010

Critique en français ici

Actu du 18 déc 2010

Quelques éléments sur les revenus 2010 de Facebook dans Inside Facebook ici.

Voir aussi Numerama,(), très optimiste.. et maniant curieusement les chiffres.

Actu du 3 fév 2011

Voir aussi cette infographie de Google vs Facebook. Je ne suis pas sûr des chiffres financiers à vérifier ici

Actu du 31 déc 2010

Bonne analyse détaillant différents mode de calcul de la valorisation :

Robert Cyran et Rob Cox, “Will 2011 be the year that Facebook’s value gets real?,” Reuter Breakingviews, Décembre 28, 2010, ici.

lundi 11 octobre 2010

Les origines libertariennes de Facebook

En ces temps où on veut toujours nous faire croire que les débuts de l'internet étaient seulement portés par une idéologie californienne libératrice (ici), il est salutaire de lire ou relire l'article de Tom Hodgkinson sur Facebook. Prémonitoire et on ne peut plus d'actualité près de deux ans plus tard, soit une éternité à l'échelle temporelle du web :

Tom Hodgkinson, “With friends like these ...,” The Guardian, Janvier 14, 2008, ici, traduit en français par Noslibertés (la toute dernière partie n'est pas traduite. L'auteur y suggère simplement de remplacer le mot Facebook par Big Brother dans l'énoncé de la politique de la firme sur la vie privée. L'effet est saisissant au sens propre !). Repéré par l'Encyclopédie de l'Agora ()

Extraits :

Facebook est un projet bien établi, et les personnes derrière le financement, sont un groupe de spécialistes du capital-risque de la Silicon Valley, qui ont clairement pensé l'idéologie qu'elles souhaitent diffuser dans le monde entier. (..)

Bien que le projet ait été au départ conçu par le très médiatisé Mark Zuckerberg, le vrai dirigeant derrière Facebook est le philosophe Peter Thiel, spécialiste du capital-risque et futurologue de la Silicon Valley, âgé de 40 ans. Il y a seulement trois membres du conseil de direction sur Facebook : Peter Thiel, Mark Zuckerberg et Jim Breyer, appartenant au groupe de capitalrisque Accel Partners.(..)

Mais Thiel est plus qu'un capitaliste intelligent et avare. C'est un philosophe du futur et un activiste des néoconservateurs. Il est diplômé de philosophie à Stanford, en 1998 il coécrit un livre appelé "Le mythe de la diversité", qui est une attaque détaillée sur l'idéologie multiculturelle qui domine Stanford. Il estime que le multiculturalisme a conduit à une diminution des libertés individuelles. Alors qu'il était étudiant à Stanford, Thiel fondait un journal de droite, encore en service actuellement, appelé "Que la lumière soit". Thiel est un membre de TheVanguard.Org, un groupe de pression néoconservateur sur Internet, qui a été créé pour attaquer MoveOn.org, un groupe de pression de gauche qui travaille sur le Web. (..)

L'Internet fait immensément appel aux néoconservateurs tels que Thiel, parce qu'il promet une certaine forme de liberté dans des relations humaines et dans les affaires : absence de droits nationaux embêtants, suppression des frontières, etc. L'Internet est le cheval de Troyes du libre-échange et de l'expansion du laissez faire. Peter Thiel semble également soutenir les paradis fiscaux en mer, et réclame que 40 % de la richesse du monde réside dans les endroits tels que Vanuatu, les Îles Cayman, Monaco et les Barbade. Je pense qu'il est réaliste d'indiquer que Thiel, comme Rupert Murdoch, est contre l'impôt et les taxes. Il aime également la mondialisation de la culture numérique parce qu'elle rend les banquiers mondiaux difficiles à attaquer. «Vous ne pouvez pas avoir une révolution des ouvriers contre une banque, si la banque est domiciliée au Vanuatu, » estime t-il... (..)

Ainsi, Peter Thiel essaye de détruire le monde réel, qu'il appelle aussi « nature », pour le remplacer par un monde virtuel, et c'est dans ce contexte que nous devons regarder le succès de Facebook. Facebook est une expérience délibérée dans la manipulation globale, et Peter Thiel est une lumière pleine de promesse pour les néoconservateurs, avec un penchant pour les folies utopiques de la technologie. Pas vraiment quelqu'un que je souhaite aider à devenir riche pour ses projets...(..)

Bien sûr, il a un côté excessif dans la dénonciation, naïf dans la nostalgie et quelque peu ignorant du travail des ingénieurs et de la complexité des rouages économiques, mais il remet pas mal de pendules à l'heure et cela nous change des propos lénifiants habituels.

21-08-2012

« Transcript: Schmidt and Thiel smackdown - Fortune Tech ».

lundi 03 mai 2010

Redocumentarisation des humains : Zaroff ou Gainsbourg

Pour la redocumentarisation des humains, il y a l'horreur, style La chasse du comte Zaroff (wkp), avec puce sous cutanée comme l'a repéré Olivier (), qui reste heureusement encore du domaine du délire de politiciens paranoïaques. Et puis, il y a la séduction, style Je t'aime, moi non plus celui de Facebook avec son bouton J'aime, qui lui se généralise à grande vitesse comme l'analyse parfaitement D. Durand dans une série de deux billets (ici et ). Voici la conclusion du second :

Mon avis est que la plupart des 50'000 sites (et tous ceux à venir...) implantant ces fonctions de manière effrénée ne prennent pas le temps de l'analyse et de la réflexion sinon ils préviendraient au moins leurs utilisateurs des conséquences potentielles sur leur sphère privée?

En effet, l'enjeu est la loyauté à long terme des utilisateurs: quelques publications sur le mur Facebook de l'un ou de l'autre valent-ils le risque d'un exode massif de votre propre site quand votre communauté aura compris à quoi vous jouez (trop discrètement...) avec sa vie privée? J'y réfléchirais personnellement à deux fois....

Et je ne parle pas du fait de permettre à un allié d'aujourd'hui mais potentiel concurrent de demain de se constituer sur vous-même des informations dont vous rêvez depuis toujours sans vous même y avoir accès.

On cherche à pendre Google haut et court pour bien moins que cela depuis longtemps....

Résistons, résistons !

Actu du 5 mai 2010

Les réseaux sociaux ne sont pas les seuls impliqués dans cette société de surveillance. Amazon repère les passages surlignés par les lecteurs sur les Kindles (ici), voilà qui devrait faire réfléchir les bibliothèques, bien naïves dans leurs alliances avec les industriels ()

Et un peu plus tard, cette éclairante comparaison des politiques sur la vie privée de Facebook au cours des années ici

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