Economie du document (Bloc-notes de Jean-Michel Salaün)

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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samedi 20 octobre 2007

L'archivistique théorise la bibliothèque numérique (sans les Québécois ?)

Quand j'ai traversé l'Atlantique pour m'installer au Québec, il y a maintenant deux ans, je n'avais qu'une connaissance lointaine de l'archivistique. J'en ai découvert la richesse à Montréal où elle est très vivante, tout particulièrement dans la prise en compte des documents actifs et semi-actifs, avec, par exemple, des outils comme le calendrier de conservation. On trouvera ici un document de l'EBSI sur la terminologie de base en archivistique avec une bibliographie. Ceci m'avait amené à constater les relations avec le développement des bibliothèques numériques et à proposer (ici) un néologisme, plus ou moins heureux pour les puristes de la langue, mais que je crois très parlant : archithèque.

Aussi, j'ai applaudi des deux mains, quand j'ai pris connaissance de cette communication :

Ross Seamus, Digital Preservation, Archival Science and Methodological Foundations for Digital Libraries, ECDL 2007. Pdf

Extraits (trad JMS) :

En réfléchissant aux bibliothèques numériques, on s'aperçoit rapidement qu'elles sont peut-être bibliothèques de nom, mais archives de nature. Le contenu qu'elles accueillent est, pour l'essentiel, unique et n'a pas vraiment besoin d'être détenu ailleurs car les services en réseau font qu'il peut être offert n'importe où et n'importe quand à partir d'une source unique. Quand les usagers accèdent à ce contenu, ils s'attendent à pouvoir lui faire confiance, vérifier son authenticité (mais pas nécessairement sa fiabilité), ils demandent la connaissance de son contexte de création et des preuves de sa provenance. Il s'agit des procédures connues de l'archivistique dont le cadre théorique a été développé et a été mis en pratique dans la conception, la gestion et l'utilisation des fonds. (..) (p. 4-5)

Je suggèrerais, avec modestie, que les bibliothèques numériques adoptent une position théorique. Comme je l'ai suggéré plus haut la science des bibliothèques est dépourvue de fondements théoriques et des connaissances de base pertinentes pour le monde touffu du numérique. L'archivistique, avec ses principes d'unicité, de provenance, de classification et de description, d'authenticité, d'évaluation et ses outils comme la diplomatique pourrait nous donner un cadre pour une fondation théorique des bibliothèques numériques. (..) (p. 10)

Mais je regrette de n'y trouver cité aucun auteur québécois. Au moment où la ville de Québec s'apprête à recevoir, les 11-17 novembre, la Conférence internationale de la Table ronde des archives (CITRA), il serait peut-être temps que l'archivistique québécoise se rende plus visible et plus ambitieuse. Sinon, elle risque de passer à côté d'enjeux dont on vient de voir l'importance, alors même qu'elle dispose, me semble-t-il, des atouts pour jouer en première ligne.

Actu du 9 juin 2008

Seamus Ross sera à partir de janvier 2009 le nouveau doyen de la Faculté des sciences de l'information de l'Université de Toronto (ou plutôt de la Faculté d'Information, puisque tel est son nouveau nom : Faculty of Information), un apport de qualité pour les Canadiens.

lundi 15 octobre 2007

Trois questions de B. Calenge sur le modèle bibliothéconomique

Bertrand Calenge, responsable de la prospective à la Bibliothèque municipale de Lyon, a posé dans le commentaire d'un précédent billet les trois questions ci-dessous. J'esquisse une première réponse, mais les questions s'adressent à tous les lecteurs de ce blogue. Alors n'hésitez pas à ajouter vos commentaires. Rappel du commentaire de Bertrand :

J'ai été très intéressé par les approches des différents médias (?) de diffusion ou d'appropriation des informations jugées utiles par leurs destinataires. Le modèle du polygone de l'appropriation de la mémoire, cité dans un des liens m'a conduit à réfléchir...

La différenciation des modèles économiques entre presse, édition, Toile et bibliothèque me semble très pertinente, mais non tant par sa version économique que par sa version culturelle. Étant bibliothécaire, l'étude des déplacements de points de vue m'intéresse dans la mesure où elle peut conduire à une action concrète. Or, j'ai pu constater dans l'établissement où je travaille, que la mise en oeuvre de nouveaux produits ou services ( le Guichet du Savoir (ici) puis le magazine Points d'actu ! () se heurtait non tant à une réticence gestionnaire ou - encore moins - à une réticence d'usage de la part des internautes, mais à des incompréhensions diverses - internes comme externes - de la part des bibliothécaires eux-mêmes.

Les réticences (et c'est tout le mérite des modèles que tu proposes) tiennent sans doute à une non-conformité de ces outils-services aux modes d'organisation fonctionnelle des bibliothèques : s'inscrire dans le 'lac' des savoirs comme pêcheur au gré des demandes (Guichet du Savoir), ou construire en fait un point de vue journalistico-éditorial sur des flots d'actualité, cela ne rentre pas dans le modèle que tu donnes de la bibliothèque. D'où deux questions livrées à toi et aux autres :

  1. à force de se fixer sur le "modèle" bibliothèque, ne risque-t-on pas de figer tant les bibliothécaires que leurs publics dans une fonction unique ?
  2. et la deuxième question explique la première : la BM de Lyon, selon ton modèle, s'égare avec les produits qu'elle a mis en oeuvre (cités plus haut) ; la bibliothèque (réelle et non modèle économique) ne peut-elle d'une part déplacer son objectif sur d'autres objectifs que la constitution-gestion d'une collection vivante ? Si l' "institution collective" bibliothèque s'intéresse d'abord à sa population (présente et à venir), ne peut-elle combiner plusieurs axes d'approches non exclusifs les uns des autres ?
  3. Et dans ce cas, comment un modèle économique du service public (pour autant que son action remporte les suffrages de la collectivité et des instances de tutelle, donc trouve d'une façon ou d'une autre les moyens de son financement à l'intention du plus grand nombre), s'inscrit-il dans ces questions d'accès, de diffusion, de polygone.... ?

Voici mes premiers éléments de réponse :

  1. Il y a deux mouvements en cours qui se concurrencent parfois. L'un sur la base de l'ordre documentaire traditionnel tend à renforcer le pentagone. Dans celui-ci, le Web-média trouve sa place entre TV et bibliothèque. L'autre, qui relève plutôt d'une redocumentarisation, fait exploser l'ordre en question en faisant muter son unité de base : le document. Dans ces changements, les frontières entre les métiers traditionnels évoluent. L'édition, quand elle passe réellement au numérique, construit des collections (au sens bibliothéconomique). La bibliothèque numérique emprunte, par exemple, à l'archivistique (en collectant des documents uniques issus de l'organisation) et à l'édition (en publiant). Il serait donc imprudent pour les bibliothécaires de s'enfermer dans une conception traditionnelle de leur métier, d'autant que d'autres, et de très gros, se sont donnés la même vocation. Cela pose, bien entendu, aussi la question de la formation.
  2. Donc la réponse de principe est oui, il est nécessaire de diversifier les services, d'autant que la relation à l'information se modifie très rapidement avec la redocumentarisation. Ensuite c'est une question de stratégie au sens marketing. Tout dépend du positionnement particulier de la bibliothèque en question dans sa collectivité. Je n'ai pas étudié de près celui de la BM de Lyon, mais on peut penser que compte tenu de sa taille, de sa tradition d'innovation, elle peut être ambitieuse et innovatrice dans les services à ouvrir. L'objectif est d'avoir un portefeuille de services qui dynamise la bibliothèque sans la dénaturer. Les services de bases restent et font le principal de l'activité, mais des services-vedettes, ou même ce qu'on appelle des dilemmes (car on n'est pas sûr de leur réussite) tirent la bibliothèque vers la modernité. Il ne faut évidemment pas que ces services soient confinés dans le modèle traditionnel. Je ne saurais répondre sur les deux exemples donnés. Il me faudrait les étudier plus précisément.
  3. Cette troisième question est la plus difficile, mais à mes yeux la plus importante. J'aurai deux réponses complémentaires, une locale et une globale. Une bibliothèque municipale a, comme son nom l'indique, vocation à servir une population locale. Mais le Web et l'internet, comme leur nom l'indique aussi, ne sont pas localisés. Il pourrait dès lors y avoir une contradiction : pourquoi une ville financerait-elle un service planétaire ? La réponse locale me paraît être la promotion de la ville. Plus un service est apprécié au delà de ses murs, plus l'image de la ville en bénéficie avec toutes les retombées possibles. Là encore, il s'agit d'une question de marketing. Pour les bibliothèques la stratégie est toujours double : en direction de son public et en direction de ses tutelles. En l'occurrence, il faut que l'élargissement du public par la valeur ajoutée du service proposé bénéficie à la ville. La seconde partie de ma réponse sera globale. Il est très important qu'une part des services développés sur le Web gardent une vocation de service public (au sens de leur financement). Cette importance est d'autant plus grande que le dit Web 2.0 tend à instrumentaliser à des fins mercantiles la mutualisation, le don, l'amitié, les échanges privés, etc. Aujourd'hui les bibliothèques, avec par ailleurs Wikipédia (et c'est une des raisons pour laquelle l'encyclopédie doit être défendue), sont parmi les rares acteurs à œuvrer sans ambigüités en ce sens. Ainsi, même s'il est parfois difficile de savoir quel service développer, il est très important que les bibliothèques prennent des initiatives ambitieuses sur le Web. Cela devrait faire partie de leur mission.

jeudi 11 octobre 2007

Pour une bibliothèque vraiment moderne

Dans un billet, if:book lance un appel à commentaires sur une réflexion qu'ils souhaitent démarrer autour de la numérisation de masse.

Extraits (trad JMS) :

Nous sommes à mi-parcours d'un « transfert (upload) » historique, une course frénétique pour basculer notre culture analogique dans le numérique. La numérisation en masse des imprimés, des images, du son, des films et de la vidéo découle des efforts d'acteurs des secteurs privés et publics et on ne sait pas bien encore comment les médias du passé doivent être préservés, proposés et interconnectés pour l'avenir. Comment pourrons-nous emporter avec nous les traces de notre culture dans le respect de l'original, mais aussi avec les avantages des nouvelles technologies qui les enrichissent et les réinventent ?

Notre objectif avec le projet « Pour une bibliothèque vraiment moderne » n'est pas de construire une bibliothèque physique, ni même une bibliothèque virtuelle, mais de susciter des réflexions nouvelles sur la numérisation de masse et, au travers des générations de nouveaux et inspirants dispositifs, interfaces et modèles conceptuels de stimuler l'innovation dans l'édition, les médias, les bibliothèques, les universités et les arts.

Ils ne parlent pas de redocumentarisation, mais c'est tout comme..


Actu un peu plus tard

Voir aussi l'article :

Ross Seamus, Digital Preservation, Archival Science and Methodological Foundations for Digital Libraries, ECDL 2007. Pdf

Extrait du commentaire de L. Dempsey (trad JMS) :

L'archivistique, avec ses principes d'unité, de provenance, de classement et description, d'authenticité, d'évaluation et ses outils comme la diplomatique peut nous offrir un cadre pour une fondation théorique de la bibliothèque numérique.

Ils ne parlent pas d'archithèque, mais c'est tout comme..

Repéré par Pintini

mercredi 10 octobre 2007

Facebook : bulle et diligence

Juste une petite remarque en passant sur Facebook qui agite énormément les commentateurs sur le web jusqu'à mes collègues biblioblogueurs qui en ont fait leur sujet favori.

Sans doute le phénomène est étonnant. Mais il est impossible aujourd'hui d'en tirer une analyse pertinente, sauf éventuellement en sociologie de l'innovation, du fait de son évolution rapide et du brouillard que produit le buzz. En réalité, pour ses promoteurs dans l'immédiat il s'agit surtout de faire monter les enchères pour un éventuel rachat.

Par ailleurs, le terme « réseaux sociaux » est bien mal approprié, il s'agit d'abord de réseaux de machines. Et il est probable que là aussi « l'effet diligence » soit à l'œuvre où les caractéristiques de communications interpersonnelles sont plaquées sans précaution sur une logique technico-médiatique de nature sensiblement différente. Là encore, impossible de tirer des conclusions un tant soit peu fondées dans le maelström actuel.

Enfin, la plupart des biblioblogueurs concluent leurs analyses en indiquant qu'ils se sont inscrits pour voir, mais qu'ils n'y trouvent pas leur compte. Il y a là un sérieux paradoxe. S'ils souhaitent vraiment observer de l'intérieur, il faut qu'ils s'y immergent. S'ils hésitent à le faire, c'est bien qu'il y a en réalité des problèmes.

Alors, une suggestion camarades : il y a bien d'autres sujets. Attendons un peu plus de calme pour mieux mesurer le phénomène. À trop le suivre de près, on ne fait qu'amplifier les défauts signalés ci-dessus, et on se rend complice de manœuvres intéressées.

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Actu du 11 octobre 2007

À lire dans le même sens ce billet de Techcrunch sur un article du Wall Street Journal. Faut-il en rajouter ?

samedi 06 octobre 2007

Google, le ciseau

Bien des analystes voient dans Google l'incarnation du Big brother orwellien, nous manipulant grâce à la connaissance de nos comportements qu'il accumule dans ses gigantesques bases de données. Je ne suis pas très convaincu par ces dénonciations qui ignorent la réalité de l'économie de la firme. Elle n'a vraiment pas vraiment besoin de cela. L'omniprésence de Google est pourtant réellement dangereuse, mais le danger est ailleurs.

Techcrunch vient de faire un calcul intéressant (ici). Il montre que Google contrôle près de 40% de toute la publicité en ligne aux US. De plus, je cite : le taux de croissance de Google est largement supérieur à celui de la publicité en ligne toute entière; 45,7% contre 26,5 % seulement. Un commentateur du billet ajoute : Sachant que les investissements publicitaires sur internet croissent 3 à 4 plus que sur les autres médias, Google sera dès l’année prochaine le plus gros médias au US en terme de CA pub… et probablement dans le monde car il est un des rares médias à être présent partout!

Par ailleurs nous savons déjà que Google est un des piliers de l'industrie du fair use (ici). Son influence accélère considérablement la mise en ligne gratuite de contenus sur le web qui justifie et optimise l'usage du moteur.

Ainsi le développement explosif de la firme agit sur les autres médias en pesant sur leurs revenus comme un ciseau dont chaque lame serait un de leurs deux marchés : il décourage l'acte d'achat de leurs lecteurs, auditeurs ou spectateurs et il accapare les revenus de leurs annonceurs. C'est une illustration de l'antagonisme des logiques économiques de la diffusion et de l'accès (ici et ) ?

Le vrai danger est là : l'assèchement des revenus des industries de contenu. Sans doute, il y a beaucoup à redire sur ces dernières, mais elles restent tout de même un des piliers de nos démocraties et de la richesse de nos arts et de notre culture. Le moment n'est plus loin, me semble-t-il, où il faudra que les États s'interrogent sur les conséquences de la puissance de Google.


Actu du 10-10-2007

Scot Karp dans un billet intitulé : The New Media Consolidation développe une idée complémentaire. Extrait (trad JMS) :

Google est la seule VRAIE réussite commerciale dans les médias de ces dernières années - peut-être de ce siècle - parce qu'il a trouvé comment consolider et monétiser le web en ENTIER, en captant l'attention des consommateurs de médias qui recherchaient le contenu d'autres acteurs - et ils ont même élargi la monétisation par le réseau Adsense aux sites où va cette attention.


Actu du 14-10-2007

Toujours dans le même sens, cet article du New York Time :

As Its Stock Tops $600, Google Faces Growing Risks, STEVE LOHR, October 13, 2007. Html

Repéré par F. Pisani


Actu du 15-10-2007

Et encore les chiffres et la concentration du marché publicitaire annoncé par Reuter :

Ad dollars flood Web, but will they go far enough? By Paul Thomasch Fri Oct 12. Html.

Repéré par D. Durand qui le commente.

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