Bloc-notes de Jean-Michel Salaün

Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique

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vendredi 10 février 2012

Séminaire AI Lyon

J'ai oublié de signaler que le séminaire sur l'Architecture de l'information, cette année plus orienté vers les réseaux sociaux, avait repris. Nous avons eu la semaine dernière une séance sur Mouvement sociaux et réseaux sociaux avec A. Casilli et par visioconférence depuis Tunis nos collègues de l'ISD, Raja Fenniche, Mohamed Ben Romdhane et Aida Chebbi.

Vendredi prochain 17 février, le thème est Réseaux Sociaux et Visualisation.

Visualisation interactive de réseaux sociaux : dernières avancées et défis, Jean-Daniel Fekete, directeur de recherche à l’INRIA, responsable de l’équipe-projet AVIZ.

Depuis dix ans, des progrès significatifs ont été réalisés dans le domaine de la visualisation interactive des réseaux sociaux. Ces progrès permettent d’explorer et de naviguer dans des réseaux de plusieurs millions de sommets et d’arêtes, ainsi que dans des réseaux très denses et enfin dans des réseaux multi-valués (avec de multiples attributs associés aux sommets et aux arêtes).

''Nous allons passer en revue les nouveautés qui permettront d’améliorer notablement l’analyse exploratoire des réseaux sociaux lorsqu’elles seront intégrées aux logiciels modernes comme Cytoscape, Tulip ou Gephi. Nous décrirons aussi les défis auxquels les chercheurs se sont attelés et qui permettront d’explorer des réseaux dynamiques, agrégés selon plusieurs hiérarchies, ainsi que liées à des données complexes.''

Cartographie des réseaux sociaux. Des données à la visualisation. Thierry Joliveau, Professeur de Géographie à l’Université Jean Monnet de Saint-Etienne, membre de l’UMR Environnement-Ville-Société

En partant de l’analyse de différents essais pour dresser une carte de Facebook, on s’interrogera sur la géovisualisation de l’activité des réseaux sociaux au croisement de la question technique et de son rôle social et politique. On terminera par une ouverture sur le thème de la dimension géographique des réseaux sociaux à travers la localisation des membres mais aussi des objets qu’ils échangent ou dont ils débattent.

Les dates, thématiques, intervenants des séances suivantes sont :

9 mars : Opendata et big data, Gauthier Poupeau (Antidot), Tarleton Gillepsie (Cornell University)

23 mars : Traces et réseau, Éric Fleury (ENS-Lyon), Yannick Prié (Lyon 1), Gérard Grefenstette

6 avril : Architecture de l'information pour la recherche SHS, André Gunthert (EHESS), Sophie Pène (ENSCI)

Horaire : 13h30, Lieu : Salle de conférence de l'IXXI à Lyon. Plan. Entrée libre.

mardi 7 février 2012

Le monde selon Facebook et selon Google

Pour rebondir sur la discussion d'un précédent billet voici deux images révélatrices des conceptions documentaires du monde par Facebook et par Google. Il reste à trouver celle qui représenterait le monde d'Apple. La comparaison des deux images est en effet instructive.

Facebook-P-Butler-14-12-2010.jpg

WebGL-Globe-Search-2012.jpg

On connait l'emblématique image des relations de Facebook, qui ressemble à une carte des lignes aériennes que l'on trouve dans les magazines disponibles dans les avions ou encore à celles des flux migratoires ou des échanges commerciaux des manuels de géographie de ma jeunesse. Facebook, chantre de la connexion, représente son activité sur une carte par des flux d'échanges.








Google propose de son côté un service expérimental de visualisation de données géolocalisées sur un globe terrestre, The WebGL Globe, et, comme exemple, il présente les recherches sur son moteur (search) colorée par langue dans le monde. On trouvera ci-contre une copie d'écran, mais l'image animée en 3D est beaucoup plus spectaculaire. Google présente ici son activité comme cumulative. Il ne s'agit plus de flux, mais de stock. La richesse d'informations accumulées en un lieu. Sans doute, la représentation est contrainte par l'algorithme qui organise de cette façon la visualisation des données, mais l'exemple n'est pas du au hasard, c'est aussi une image fidèle du modèle d'origine de la firme, issu de la bibliothéconomie. Dans la construction du modèle de Webmédia qui croise télé (-phone et -vision) et bibliothèque ou archives. Facebook penche plus, lui, vers la première origine.

Dans les deux cas, sur les deux cartes, on peut aussi visualiser l'implantation comparable des deux firmes américaines avec des déserts pourtant habités dus soit à l'absence d'activité sur l'internet dans ces zônes (Afrique), soit à l'existence de concurrents mieux implantés (Russie, Chine).

dimanche 5 février 2012

Livre <=> Blog <=> Cours

Le livre Vu Lu Su sera disponible en librairie jeudi prochain et en ebook une semaine plus tard. On peut déjà lire l'introduction ci-dessous à partir du widget de La Découverte.

Comme les lecteurs assidus de ce blogue le constateront, il reprend souvent des éléments esquissés ici. Le blogue m'a servi en effet de carnet de notes pour la rédaction du livre. Pour rendre compte de cette relation, j'ai indexé une bonne partie des billets à partir de la table des matières du livre. Ainsi on peut se rendre compte du murissement du propos ou élargir la réflexion à partir des liens contenus dans les billets ou des idées non reprises dans le livre. Je vais poursuivre et ainsi placer le livre dans l'actualité du web et de la recherche au fur et à mesure des événements et analyses nouvellement produites.

Pour autant, le livre constitue un document qui garde toute son autonomie. Il est le résultat d'un travail de réflexion et de rédaction, lent et long, bien différent de la dynamique d'un blogue. Il constitue une proposition articulée et complexe, que j'espère novatrice et cohérente, dont la lecture est indépendante du maelström du web, dans le temps et dans l'espace. La version ebook du livre sera actualisée tous les six mois, mais il s'agira bien, chaque fois, d'une nouvelle édition.

Enfin, ce blogue est aussi étroitement articulé à un cours. À l'origine, le livre devait être le manuel du cours, mais mon éditeur m'en a dissuadé. Il a eu raison. Le cours est le lieu de la transmission directe pour les étudiants inscrits, même s'il est librement accessible sur le web. Il ne prend vraiment tout son sens qu'au moment de la transmission. La dernière fois qu'il a été dispensé, c'était en juin 2011. Je dois maintenant l'actualiser et trouver une autre plage pour le proposer en 2012. Un livre a un autre statut, un autre tempo et sa rédaction m'a amené sur d'autres chemins que ceux induits par la pédagogie.

Sans que cela ait été voulu au départ, je m'aperçois maintenant en souriant que ces trois propositions documentaires complémentaires privilégient chacune une des dimensions du document. Le livre, le vu ; le blogue, le lu ; et le cours, le su.

8 février 2012

L'université du Cleo 2011 vient de mettre en ligne l'enregistrement d'une conférence qui reprend principalement les éléments développés dans le chapitre 4 du livre.

vendredi 3 février 2012

L'évangile selon Saint Marc (Zuckerberg)

Facebook a donc initié le processus de son introduction en bourse. Le point de départ est le dépôt d'un formulaire officiel, dit S1 qui fournit toutes les informations utiles aux futurs actionnaires, et donc enfin des chiffres indiscutables (mis sous Pdf par J. Battelle). Celui-ci a évidemment fait l'objet de très nombreux commentaires. On en trouvera un bon résumé sur le Journal du Net.

CA-Facebook-2011.png Pour l'aspect financier, je ne retiendrai que deux points dont il faudra surveiller l'évolution. Le chiffre d'affaires de Facebook, relativement modeste comparé à son implantation mondiale, montre deux sources de revenus : la première, attendue, est la publicité ; la seconde est le "paiement", c'est à dire les revenus issus de sa monnaie virtuelle, les Facebook Credits. Cette seconde source est récente mais prend de l'ampleur. Il semble que le principal de ces revenus proviennent des jeux et tout spécialement de Zinga. Difficile d'en tirer de grandes conclusions pour l'instant.








Mais le plus étonnant, pour moi, est le ton de la traditionnelle lettre du fondateur, Marc Zuckerberg, qui accompagne le dossier. On en trouvera ci-dessous de larges extraits (trad. JMS). N'oublions pas qu'il s'agit dans ce document de trouver de futurs actionnaires pour Facebook.

A l'origine, Facebook n'a pas été créé pour être une entreprise commerciale. Il a été construit pour accomplir une mission sociale : rendre le monde plus ouvert et connecté. (..)

Aujourd'hui, notre société a atteint un nouveau point de bascule. Nous vivons un moment où la majorité des gens sur la terre ont accès à l'internet ou à la téléphonie mobile, les outils de base pour commencer à partager ce que ils pensent, ressentent et font avec qui ils veulent. Facebook aspire à construire les services qui donnent aux gens le pouvoir de partager et les aider, une nouvelle fois, à transformer un grand nombre de nos principales institutions et industries.

Il y a à la fois un énorme besoin et une énorme occasion pour connecter tout le monde, pour donner à chacun une voix et pour aider à changer la société pour le futur. L'ampleur de la technologie et de l'infrastructure à construire est sans précédent et nous croyons que c'est le plus important des problèmes auquel nous devons nous atteler. (..)

A Facebook, nous construisons des outils qui aident les gens à se connecter avec les personnes qu'ils souhaitent et partager ce qu'ils souhaitent, et ainsi faisant nous élargissons les capacités à construire et entretenir leurs relations.

Le fait de partager plus, même simplement avec ses amis proches ou sa famille, crée une culture plus ouverte et conduit à une meilleure compréhension de la vie et des perspectives des autres. Nous croyons que cela crée un plus grand nombre et de plus solides relations entre les gens, et que cela aide les gens à être exposés à un plus grand nombre de points de vue différents.

En aidant les gens à réaliser ces connexions, nous espérons reorienter la façon dont les gens diffusent et consomment l'information. Nous pensons que l'infrastructure informationnelle du monde devrait ressembler à un graphe social, un réseau construit à partir de la base ou pair à pair plutôt que la structure monolithique descendante qui existe aujourd'hui. Nous croyons aussi que donner aux gens le contrôle sur ce qu'ils échangent est un principe fondamental de cette réorientation.

Nous avons déjà aidé plus de 800 millions de personnes à établir plus de 100 milliards de connexions, et notre objectif est d'accélérer cette réorientation. (..)



Comme les personnes partagent plus, ils ont accès à plus d'opinions de personnes en qui ils ont confiance sur les produits et services qu'ils utilisent. Cela rend plus facile la découverte des meilleurs produits et l'amélioration de leur qualité de vie.



Faciliter la découverte de meilleur produit permet de récompenser les entreprises qui les réalisent, les produits qui sont personnalisés et conçus autour des gens. Nous nous sommes aperçus que les produits qui sont "sociaux par conception" (social by design) ont tendance à être plus impliquants que leurs homologues traditionnels, et nous sommes impatients de voir plus de produits s'engager dans cette direction dans le monde. (..)

En donnant aux gens la possibilité de partager, nous commençons à voir qu'ils font entendre leur voix à une échelle différente de ce qui était historiquement possible. Ces voix vont augmenter en nombre et volume. Elles ne peuvent être ignorées. Avec le temps nous pensons que les gouvernements répondront mieux aux questions et préoccupations issues directement de leur peuple plutôt qu'au travers d'intermédiaires contrôlés par une élite.



Grâce à ce processus, nous croyons que les leaders émergeront dans tous les pays qui seront pro-internet et se battront pour les droits de leur peuple, y compris le droit de partager ce qu'ils veulent et le droit d'accéder à toute information que d'autres voudraient partager avec eux. (..)

Dis simplement : nous ne construisons pas des services pour faire de l'argent ; nous faisons de l'argent pour construire de meilleurs services.

Et nous pensons que c'est une bonne façon de construire quelque chose. Je crois qu'à notre époque de plus en plus de gens veulent utiliser les services de sociétés qui croient en quelque chose, au-delà de la recherche du profit maximum. (..)

A lire son fondateur et principal actionnaire, Facebook ressemble plus à une église qu'à une entreprise. Décidément, le Web est porteur d'une puissante idéologie, y compris là où on l'attendrait le moins. A méditer.

6 fev 2012

Et derrière les jeunes prophètes piaffent :

Réseaux sociaux: Tumblr détrônera-t-il Facebook ?

Au début du millénaire, on parlait de nouvelle économie. Aujourd'hui l'économie n'a plus la cote, la politique l'a remplacée :

"La génération qui a grandi avec internet montre que son monde est différent, et qu'elle contrôle les gouvernements", veut croire ce New Yorkais à la ligne de modèle -il a été choisi par la griffe japonaise de prêt-à-porter Uniqlo pour la campagne de lancement de son grand magasin de New York- dont la frange tombe juste au dessus de ses yeux clairs. (il s'agit de David Karp).

On est plus que jamais dans l'idéologie libertarienne. Mais j'ai peur que la désillusion soit la même.

mardi 24 janvier 2012

Récupérer le Web, version Apple

Nous le savons, la vitalité de Apple repose entièrement sur sa maîtrise de la première dimension du document, la forme. Cette tendance s'est encore accentuée en 2011. Voici le graphique actualisé, la courbe du chiffre d'affaires est maintenant presque verticale :

Revenus-Apple-2011.png

Le chiffre d'affaires a dépassé les 100 Mds de $ (108,25) pour un bénéfice de 43,8 Mds, soit une rentabilité commerciale de 40,5% pratiquement inchangée depuis trois ans, très supérieure à celle de Google.

Plus précisément, cet envol est du à deux produits : la vente de iPad a triplé entre 2010 et 2011 (311%) et celle de iPhone presque doublé (87%). La vente de ces deux matériels représente respectivement 19% et 43% du chiffre d'affaires global de la firme en 2011, soit au total plus de la moitié de celui-ci. Par comparaison, la vente de contenu a augmenté de 28% d'une année sur l'autre et compte pour 6% dans le chiffre d'affaires, pourcentage en baisse régulière (8% en 2010 et 9% en 2009).

Source : rapport d'activité 2011

Cette réussite est en même temps une fragilité pour la firme qui ne peut compter pour maintenir une telle croissance que sur l'augmentation du parc par l'ouverture de nouveaux marchés ou sur des innovations de produit, aujourd'hui incertaines.

C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre le lancement par Apple de son service iBook Autor entièrement tourné vers le manuel scolaire, où une nouvelle fois il a mis tout son savoirfaire en design en refusant toute interopérabilité. On le sait, le projet était déjà dans les cartons de Steve Jobs et n'est pas une simple application supplémentaire. Pour la firme, ce n'est pas tant le manuel scolaire en lui-même qui est intéressant que sa capacité à habituer (formater) les jeunes lecteurs à la pratique de la tablette.

Le meilleur outil de marketing du livre est l'école. Nous avons appris à lire et à écrire sur un objet extraordinaire : le codex. Cette forme nous est depuis familière, naturelle. Si demain nos enfants apprennent à lire, écrire et compter sur un nouvel objet aux fonctionnalités tout aussi décoiffantes : un iPad ou son successeur, il y a fort à parier qu'ils ne pourront plus s'en passer en grandissant. La tablette remplacera alors définitivement le codex dans la vie quotidienne des générations à venir.

Reste que ces stratégies de verrouillage du Web au profit d'une seule firme, qu'elle s'appelle Apple, Google ou Facebook, risquent de rencontrer de fortes résistances politiques et éthiques. On voit mal des Etats laisser la maîtrise des documents, essentiels dans la régulation des sociétés humaines à un oligopole de sociétés privées, quoique, si l'on fait un parallèle avec ce qui se passe du côté de la finance, on puisse s'interroger...

Actu 25 janvier 2012

Voir aussi les résultats du premier trimestre suivant, qui amplifient encore la tendance.

29 janvier 2012

aKa, « L’iPhone et l’enfant de 13 ans travaillant 16h par jour pour 0,70 dollars de l’heure », text, janvier 17, 2012.

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